et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

30 juin, 2011

1- L’autodafé

Classé dans : — Alain @ 22:54

A ton bûcher, Phénix, j’ajouterai ma bûche.

C’est pour nous que tu meurs et renais de ta mort.

Jean Cocteau

« N’HUMILIEZ PLUS LES ENFANTS ! »

«DONNEZ UNE CHANCE A NOTRE JEUNESSE ! »

« RECONSTRUISEZ L’ECOLE ! »

« MA VIE CONTRE UNE VERITABLE ECOLE ! »

« JE DOIS TOUT A MES ELEVES, MÊME MA VIE ! »

    Chaque jour, depuis le Premier de l’An 2011, l’une des déclarations grandiloquentes de cet ultimatum a fleuri, sur les murs des monuments parisiens, dans les couloirs du Métro, du R.E.R., aux stations de vélib, sur le net. En bandeaux majuscules, en affichettes, en collages, en graffiti… Simples et précises.

     Au début, peu de journaux en firent état. Pas assez de matière sans doute, trop naïf… Puis, un transfo éteint plon-gea un quartier dans l’obscurité. Près des manettes baissées, un même message réclamait le réveil des parents, des éduca-teurs, des politiques pour que renaisse l’Ecole.

    Les médias ont ironisé sur cette pression puérile, ce chantage sans otage ni violence. En partie seulement, parce qu’en hiver, même brièvement, les coupures de courant, ça refroidit !

    Presque chaque soir, un nouveau transformateur cessa ses fonctions jusqu’à agacer et interpeller. Après les paris sur le futur quartier visé, sur l’identité du mauvais plaisant, des regards se sont posés sur l’objet des messages, l’Ecole.

     L’Etat, lui, ne bronchait pas, sauf par un porte-parole, naturellement bien informé, condescendant, qui annonçait l’arrestation imminente du coupable. Les moyens de l’E.D.F. (société devenue privée) et de la Police (encore Nationale) créditaient cette éventualité.

    Le dénouement flamboya, le lundi 30 janvier 2011, à l’entrée des bureaux, rue de Grenelle, lorsque s’annonça la voiture ministérielle.

Avant que quiconque puisse intervenir, un individu a bondi d’un porche et s’est enflammé contre la portière arrière.

    Sélectionné pour ses réflexes, le chauffeur arracha la voiture et pénétra dans la cour, mais le kamikaze, sans doute totalement imbibé de carburant, ne pouvait échapper ni aux rétines des spectateurs ni aux objectifs de caméras, ni au Ministre surtout.

    Les agences de Presse avaient été prévenues que le coupeur de courant allait venir rencontrer le ministre tôt ce matin-là.

     Lorsque, enfin, le feu fut maîtrisé, il ne restait plus qu’un corps carbonisé sous une bâche toilée. Un autre brûlé gisait, déjà objet de premiers soins.

    Aucune image n’avait échappé aux appareils profes-sionnels ou amateurs.

    Moi, Isabelle, mère de famille tranquille dans mon village occitan, je ne le savais pas, mais ce second brûlé ent-rait dans ma vie, autant que l’esprit du premier allait envahir le mien.

A ce moment, tout était lancé et ce sacrifice suprême allait entraîner tant de points d’interrogation que l’ironie, l’indifférence et le dédain devenaient caducs…

    Malgré les confusions semées par le gouvernement pour mettre en doute la stabilité psychique du défunt, l’ef-fervescence grandit.

    Radios, chaînes de TV, presse et bien sûr, internet, multiplièrent les indignations, mais aussi les interrogations, les essais de compréhension, les supputations…

     Quelle désespérance pouvait conduire à un tel geste ?

    Ce sont des débats que les médias ne devaient plus ignorer. La toile s’illuminait trop pour ne pas les obliger à réactiver les émissions d’échanges, de controverses.

    Dans le café, à l’angle de la rue, Sylvain, l’écrivain public, avait bondi impulsivement ! Ses yeux avaient connu ceux de Manu. Pour lui, tout a changé, pour moi, tout allait changer, pour notre société rien ne devait plus être comme Avant…

    Edition après édition, chaque instant fut détaillé.

     Manu avait tout préparé : son jerrycan était caché sous un porche dont la porte était maintenue entrebâillée. Il avait pris un café, deux cafés, ses derniers, dans le bistrot de Pierrot, le copain de     Sylvain. Rien n’avait signalé ce client au garçon, sinon qu’il avait payé aussitôt ses consomma-tions ; pas de dettes au moment ultime !

    Il n’avait même pas bousculé Sylvain qui arrivait. Sa sortie ne fut pas plus agitée que celle de quelqu’un qui constate son retard.

    Dès que la voiture ministérielle s’était annoncée, Em-manuel s’était levé, sans hâte, simplement, était entré dans l’immeuble voisin, en était ressorti enveloppé dans un imper qui déjà s’enflammait.

    Ça! Sylvain l’avait vu, enregistré, sans admettre ce qui arrivait. Pas plus que ne le comprirent, les journalistes et photographes, qui arpentaient les trottoirs dans l’attente du mystérieux Interrupteur.

    Sylvain, lui, au moins, a réagi, sans réfléchir…

    Il a hurlé au patron: « Pierrot, ton extincteur ! »

    Il a arraché, non sans casse, le rideau de la baie et s’est précipité sur la torche encore collée à la portière avant que la voiture ne s’arrache vers l’entrée du ministère.

    Tout de suite, il ne fut que douleur, son front, ses mains, puis partout.

    Il a ouvert grand la toile pour en étouffer les flammes. C’est à ce moment que Manu s’est tourné vers lui, dernier mouvement volontaire ? Chute incontrôlée?

    Aucun cri ne s’est échappé de cette bouche au souffle de feu, mais ces yeux, écarquillés, directs, soudains liquides, fondus… Jamais Sylvain ne pourrait les oublier.

    Pas plus que ne les oublierait le Ministre qui l’instant précédent avait aussi fixé ce visage collé à sa vitre teintée.

    Sylvain se sentit arraché, jeté, roulé, étouffé…

    Par qui ? Photographes, journalistes, policiers, pas-sants… Il est incapable de s’en souvenir. Il est tombé en arrière, a ressenti un choc et puis plus rien… Jusqu’à son émergence à la conscience, trois jours plus tard.

    Il n’était pas seul, le sentait, l’entendait, mais dans le noir total.

    Sylvain ne souffrait pas, pas encore, trop d’analgési-ques pour ça. Il ne se posait aucune question non plus mais éprouvait l’agitation de l’air enflammé et le regard tendu vers lui.

    Dans sa tête, avec son réveil, jaillirent un cri, un hur-lement, des yeux en larmes, une bouche ouverte et des flam-mes, des flammes.

    Plus tard, il me dira que, contre toute possibilité, il avait compris « Maman ! », craché avec ces flammes. Le hurlement, il devait l’admettre jusqu’à l’écœurement, à travers les reportages passés en boucle dans chaînes TV, c’est lui qui le poussait.

    Sur les images, il s’est reconnu, agité près d’Emma-nuel, son rideau, vain, entre les mains. Il a compris l’origine de ses brûlures. Il s’est vu tiré brutalement, en arrière, par un inconnu qui le sauvait.

    Sur l’écran, ses bras se tordaient, son grand corps basculait, heurtait le trottoir…

    Lui, avait aussi ses images imprimées, bien impri-mées… Ce que nul appareil n’avait capturé, c’était ce regard en fusion mais direct ; c’était ce cri de feu, vers lui, pour lui ou en lui…

    Dans son esprit, Sylvain n’était plus seul !

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