et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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24 août, 2011

- 28 – L’ECOLE DE KILLIAN.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 20:48

             Le trajet était assez bref ! Le wagon, bien rempli, exhalait les fortes odeurs de fin de journée ; un bouquet plus que varié ! Mais la cueillette de sourires, non négligeable, était aussi surprenante que sympathique, le plaisir du retour sans doute… Cela tombait bien, je me sentais guillerette !  

             Robert et Alice savaient que le dîner, la soirée se-raient à nous. Ils m’ont encouragée à rejoindre Yann et mes deux trésors. 

            Nous avions bien discuté avant mon départ à propos de mes réunions à Montpellier et, déjà, les soirées à la maison, leurs échanges dans la cour de récré avaient bien dégrossi Juliette et Killian. 

             Pourtant, quand en grimaçant vers l’objectif de la webcam, ils m’ont demandé si je m’amusais bien, j’ai tenu à rectifier cette mauvaise interprétation de mon voyage :  

            – Bonjour les trois grands ! 

            Trois avec un peu d’imagination parce que leur gros plan me laissait peu de chance d’apercevoir Yann. 

           – Je ne m’amuse pas mais je vais bien et je suis con-tente de ce que je fais. Savez-vous quoi au juste ?  

            Killian n’a pas laissé le temps à Juliette de s’aligner au départ, il a foncé : 

              - Ouais !‘’Oui’’, a grondé le papa. Quand j’étais là, il laissait passer…  Toi et tes copains, vous n’aimez pas l’école. Vous en voulez une autre !  

          A peine le temps d’un soupir, insuffisant pour ses voisins, et Killian a déclaré : 

          – Moi, j’en veux une au fond de la mer ! » 

          Triple regards convergents et interrogatifs vers lui… 

          - … On aurait des tuyaux, pour sortir de la grande bulle. On rencontrerait tous les poissons, même des pas connus… 

         On irait dans des fermes et on apprendrait à manger des algues… 

         Balle à Juliette, elle rentre dans l’histoire de son frère et s’inquiète, pratique : 

        -  Comment tu irais? 

        – Ben en ascenseur à air, directement dans la grosse bulle en verre, tiens ! » 

        C’est évident, ma chère sœur ! 

        Elle joue le jeu : 

          -Tu apprendrais à lire, à écrire et à compter là-dessous ? 

           – Il faudra bien ! (ça y est, il a plongé !). Sinon comment on pourrait connaître tout ce qu’il y a au fond ? On ne saurait pas comment ça marche ou comment ça vit ! 

       – Et écrire ?           

           – Encore plus besoin, si on veut marquer tout ce qu’on trouve, si on veut le raconter aux autres sur la terre et dans les écoles des autres mers… 

            – T’auras un ordinateur ? 

         – Forcément, le papier ça tiendrait pas longtemps dans le mouillé ! Même avec l’ordinateur, il faudra quand même écrire, dessiner, mettre des photos… pour tout garder. 

- Apprendre à compter, alors ? 

    – Fastoche ma vieille : dans la mer on compte tout ; il y a des milliards de poissons. 

       Il ouvre largement les bras pour embrasser cette multitude. 

            -Des crabes. Moins de baleines, mais c’est plus gros. Les requins aussi faudra les compter, en faisant attention… 

          -Tu resteras dans la mer plus tard ? 

            -J’sais pas, j’suis trop petit. Pis, après la mer, je voudrais avoir une école de rivière, de montagne, de désert, de forêt, de jouets ( !) … 

      -Tu n’as pas fini d’aller en classe ! Essaie-t-elle de le décourager. 

        -Ça fait rien, si ça me plaît…   

        Et c’est nous qui cherchons comment justifier l’Ecole, mettre les enfants en appétit… 

          Ni Yann, ni moi, n’avons interféré dans leur échange. Ils étaient tellement dans leur jeu de construction que nous immiscer aurait tout brisé… 

          Un jour, je leur dirai que ce n’est pas si loufoque cette idée d’une Ecole perpétuelle et omniprésente… 

           Peu de place pour Yann et moi lors ce premier rendez-vous. 

                 Quand nous avons commencé à parler de ma journée, les deux curieux, ont foncé, surtout lorsque j’ai raconté la rencontre avec Karine et avec Sylvain. 

          Lui, ils le connaissaient. Les conversations surprises, la télé, et toujours Radio Copains… 

          J’ai dédramatisé. J’ai dit la vérité : je n’avais pas vraiment eu le temps de lui poser de questions. On verra plus tard… 

           Ils se sont enfin lassés et j’ai pu retracer les grandes lignes de ce début de séjour parisien. L’accueil des horlo-gers, l’arrivée et la rencontre avec Karine, l’organisation de notre session, la découverte de Sylvain, mon trac sur la piste, le retour en métro et mon optimisme… 

           Yann a donné son appréciation notée : « 15 sur 20, semble à l’aise ! » 

           Quant à lui, rien de spécial, du courant… Menteur ! D’habitude, il est au bureau, ne prépare pas les repas, ni les vêtements des enfants. En revanche, il participe bien au ménage en fin de semaine et se spécialise, en vaisselle, dans la catégorie gamelles… 

           Donc pour le courant, il repassera… Non quand même pas, pour le linge, j’ai prévu quelques heures de chèque emploi… 

             Une voisine vole à son secours… 

          Il est un peu agacé pourtant : jamais son père, mes parents et surtout sa mère n’ont éprouvé si souvent la nécessité de le joindre. Inquiétudes, manque de confiance, traduit-il ! 

             Il a interdit les visites, si je peux revenir samedi et dimanche, mais il ne peut museler le téléphone 

        Le comble, c’est lorsque Juliette et Killian s’emparent du combiné avant lui… Il a l’impression de les entendre faire leur rapport et se délecter à détailler ses initiatives ménagères… 

               Il n’arrive même pas à détourner la conversation vers moi. 

           Après des câlineries virtuelles, c’est chaud l’éloignement, nous avons renvoyé au lendemain la suite du feuilleton familial… 

            Maintenant, porte ouverte à notre groupe du village élargi à d’autres chateurs autorisés. 

           Premier contact avec Alain. Il s’est chargé de préve-nir tout le monde, messagerie arabe, pour notre colloque. 

            J’ai déplié le menu de ce lundi, exposé en détails mes impressions et mes commentaires. 

           Chacun y va de sa question ; j’apporte les précisions et inscris les points sans réponses, pour l’instant. 

             Comme après un examen, ils s’inquiètent auprès de la candidate : 

           – Tu n’as pas oublié de dire… ? 

          – Et eux, qu’est ce qu’ils pensent de… ? 

            – Quelle était l’ambiance… ? 

           – Est-ce qu’ils y croient… ? 

            – Et dehors, t’as rencontré des gens pour, des gens contre… ? » 

              Je n’ai rien omis. J’ai tout raconté, la colère de Karine en ouverture, l’intervention surprise d’Huguette et la venue de Sylvain. 

              Déception, il ne nous a pas parlé de Manu ! 

            Eux aussi me percevaient détendue depuis mon entrée dans le cirque et se réjouissaient de recevoir mes ondes d’espoir. 

            Notre ancien, Bernard, m’a proposé de faire, après chacune de nos rencontres, le compte rendu sur le blog. Il avait tout noté. Demain matin ou cette nuit, il me résumerait les premières réactions. 

            Ils savaient déjà pour Karine et Huguette, normal : les infos. Cela s’était passé dehors. La presse ignorait et devrait encore l’ignorer, la présence de Sylvain 

          Pourtant avec l’ambulance, les pansements… 

           Peut-être de la discrétion… Dans certaines rédactions, oui ! Toutes, je n’y crois guère. 

          A présent, à table, je suis espérée. 

           D’abord, apéro, Carthagène maison et rapport en guise de biscuits. Attention, j’ai école demain… 

23 août, 2011

- 27 – DEUX SOURIRES MAGNIFIQUES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 15:31

                 La première journée s’est achevée vers 18 heures. Notre planning était content, nous respections ses prévisions en temps de passage individuel et en nombre de prestations accomplies.                 Même si demain s’avérait plus dense, un début de journée moins perturbé, l’allongement éventuel de notre journée laborieuse devraient nous permettre, dès mercredi, d’éclater en groupes de travail par thèmes. 

               Nos au revoir, cordiaux, se sont rapidement échangés. Beaucoup de bises, à droite, à gauche, devant, derrière, de sourires, de poignées de main viriles pour les hommes, d’épaules frappées et chacun s’est envolé. Parfois en petits groupes selon affinités, domiciles ou discussions entamées. 

                    Son ambulance attendait le brûlé. Bisous effleurés, des  « A demain ! » prometteurs et, hop, un Sylvain disparu!              Thibault était déjà arrivé.             Le mari de Karine et leur fils, Lucas, nous ensoleillaient de deux magnifiques sourires. 

          Vraiment tout y participait, les yeux, les petits plis des commissures, ceux du front, tant chez le père que chez le bambin.           La voiture attendait, garée en double file. 

           Re bises à ma nouvelle amie, primeur pour l’immense Thibault, comme mon Yann. « Ô so pas rin  p’tits, t’cho grands! » aurait pu dire la Chaumoise, et clowneries pour faire naître les éclats de rire de Lulu…          Je m’enfourne dans la gueule du Métropolitain, destination… les bras de d’Alice et de Robert 

          J’ai rendez-vous avec mes trois amours par téléphone ou par écran, Yann a bien équipé mon ordinateur portable…            Nous avons prévu une conversation à plusieurs. Application de mon initiation maison à la messagerie instan-tanée, via Windows Live Messenger, avec mes complices, du village et du Comité héraultais 

         Puis, j’aurai mes devoirs du soir à rédiger. Une page d’écriture pour laisser, à tous ceux qui voudront se connec-ter, une trace de mes impressions et notes sur notre blog. 

              Pas de temps à perdre ! 

22 août, 2011

- 26 – HORS-LA-LOI.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 0:16

 

Nos interrogations ont porté, surtout, sur le succès des stratégies mises en place dans plusieurs classes, plusieurs établissements, avant la canalisation, le formatage. 

C’est de là que partaient les pistes positives

 

Sont-ils des hors-la-loi, ces enseignants qui se méfient, des diktats pédagogiques, des programmes imposés ? 

Je le dis au présent car il est impossible que leur esprit se soit endormi, même si prudence et lassitude les ont découragés ! 

Ils faisaient leur marché, privilégiaient les principes fondamentaux et ne prenaient dans toutes les réflexions no-vatrices des penseurs patentés que ce qui pouvait améliorer la pratique de leur métier. 

 

Parfois, leurs méfiances n’étaient dues qu’à la mauvaise digestion des consignes. 

Tout n’était pas à balayer. 

 

Les structures de réflexion, de mise en œuvre, tels les Projets d’Etablissement, les Conseils de Cycles, des Maîtres, d’Ecole, les Equipes Pédagogiques, les équipes éducatives, les Commissions de Circonscription pour les enfants en difficulté n’ont pas toujours pu remplir vraiment leur rôle. 

C’est dommage, car il aurait dû être déterminant. 

 

Cette efficacité, faible ou irrégulière, est imputable, selon la majorité des avis, et nous n’en avons pas manqué, aux lacunes de la formation, au peu de temps de suivi nécessaire à un travail collectif efficace ! 

Aujourd’hui, c’est pire, l’encadrement des initiatives, le scepticisme face à la «  course à la rentabilité » ne peuvent qu’amener la pratique des enseignants à se scléroser. 

Les professeurs, les équipes qui utilisaient leur connaissance des élèves, faisaient preuve de motivations souvent heureuses pour les amener au savoir, pour l’ancrer, se sont retrouvés muselés. 

Des revues avaient relaté, conté ces originalités. 

Il était regrettable qu’elles les aient si souvent qualifiées d’expériences. 

Non parce qu’elles débouchaient sur un fiasco, mais parce qu’elles ne duraient pas, mais parce qu’elles n’étaient pas généralisées, mais parce qu’elles restaient liées à un enseignant, une école, un regroupement, mais parce qu’elles n’étaient pas encouragées… 

Elles ont, souvent, trop, été mal comprises, considérées comme des pertes de temps. 

 

Pourtant, dans l’univers des médias, l’attention était plus grande. 

Que de lectures, d’émissions radiophoniques, télévisuelles, que de documentaires, romans, séries, films, récits ont mis un cas en valeur ! 

Un prof est confronté à une situation particulière, pédagogique, familiale ou sociale. 

La démarche pour l’aborder, la traiter, la résoudre, donne l’occasion de souligner l’ingéniosité de l’enseignant, réel ou figuré. 

Admiration souvent émue des spectateurs ! 

Un prix, parfois, couronnait l’adhésion du public. 

Hypocrites, les « Hauts Responsables » félicitaient les lauréats… et préparaient les baillons des fonctionnaires. 

 

Certaines tentatives persistent. Elles sont devenues clandestines et malheureusement rares, ces dernières saisons scolaires… 

Avec un peu d’attention, de clairvoyance, de bonne volonté, nos promoteurs de décrets empilés l’un après l’autre, auraient pu comprendre le chemin à suivre plutôt que d’en faire une impasse. 

Au contraire… 

La transformation des écoles en Etablissements Publiques d’Enseignement Primaire a permis de confier leur ad-ministration et leur animation à n’importe quel fonctionnaire agréé par les Représentants de l’Etat. 

Des gérants sont, de toute évidence, très peu préparés aux innovations pédagogiques et éducatives. 

 

Bien sûr, il est apparu, à travers les avis de lecteurs, d’auditeurs, les enquêtes, que tous les parents, tous les enseignants, n’étaient pas des partisans fanatiques de la pédagogie motivée, différenciée, adaptée. 

Toutes les classes, toutes les écoles ne vivaient pas avec autant d’originalité leur quotidien, et rassuraient ainsi des parents qui y retrouvaient « l’école d’avant ». 

 

Mais… 

 

Aucun bilan n’a établi le parallélisme et le devenir de tous ces élèves : ceux scolarisés dans des classes ou des établissements à projets motivants «des classes où l’on joue ! », et ceux  inscrits dans des classes ou des établisse-ments où l’on suit avant tout « le » Programme, sans céder à la “dispersion”. 

Pour condamner l’Ecole, seules des statistiques en vrac sur des évaluations faussées, orientées, ont tenu lieu d’épouvantail, sans nuance, sans appel… 

 

Nous avons étayé ces observations par l’analyse d’apports variés et riches ! 

Dès le début, dans les petits groupes initiaux puis les regroupements, nous nous sommes tous interrogés sur les raisons des échecs, sans parti pris, sans avis préconçus, sans restrictions non plus. 

Tous se sont exprimés, des simples particuliers, des familles, des professionnels, des bénévoles mêmes, des enfants et des institutions, beaucoup. 

Une mise en cause sincère, profonde… a conduit à un premier constat : pas d’écoute, pas d’analyse, pas de consi-dération, pas de débats, pas d’échanges officiels, pas d’adaptation, pas de généralisation, un grand voile étendu sur les travaux des grands courants pour une pédagogie nouvelle pragmatique… 

 

Marginaliser les recherches, ignorer les essais semblent être la seule doctrine acceptable rue de Grenelle ! 

Sans doute encore un problème d’audition ! Il nous faudra veiller au bon état de l’ouïe chez notre prochain Ministre…  

 

J’ai regagné ma place, saluée, comme tous les intervenants, par les applaudissements des délégués. 

J’étais crispée et je comprenais totalement le soupir de Karine après sa prestation. 

Il fallait relâcher la pression, à donf, ma fille ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

20 août, 2011

- 25 – SYLVAIN PARMI NOUS.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 17:44

              Nous étions tous regroupés sur les quatre premières rangées de banquettes, le responsable de l’organisation nous interpellait ; tel un Monsieur Loyal, depuis la sciure de la piste, devant la lice veloutée de rouge foncé.                                   Derrière nous, isolé dans sa rangée, un inconnu, suivait avec attention nos échanges.            

                Un inconnu, pas vraiment ! Je pense que tous ici savaient ou avaient deviné qui il était…        

                   Les pansements de son visage, de ses mains, ses sourcils, ses cheveux rasés, la rougeur de son peu de peau visible, l’identifiaient sans erreur possible. 

          Sylvain était parmi nous. 

            Nous étions fin avril et il me semblait que même près de trois mois après avoir essayé de sauver Manu, ses brûlures auraient dû le garder hospitalisé. 

           Karine s’est retournée et lui a fait signe de venir nous rejoindre.           Deux, trois refus, puis finalement, il a enjambé les dossiers des rangées qui nous séparaient. 

         Bon, les jambes allaient bien…              De véritables gamines ! Nous avions l’impression d’approcher une vedette ; avec un peu d’audace, il allait devoir subir nos demandes d’autographe.   

        En murmurant, nous nous sommes présentées : Karine, Vendée et Isabelle, Hérault ; lui a confirmé : Sylvain, de partout !             La voix, basse, était grave, mais nette. A quoi nous attendions-nous ? 

        Sagement, nous avons patienté jusqu’à la première pause pour faire plus ample connaissance.             A la reprise, c’est moi qui allais plancher       

           Faire connaissance… Après seulement que l’un des membres du Bureau National a officialisé la présence de Sylvain et que les applaudissements nourris qui l’ont salué, s’éteignent.   

        Nous avions la priorité de la découverte et comptions bien en user…

          - Comment allez-vous ? N’est-ce pas un peu tôt pour vous exposer à l’air ? Ne craignez-vous pas d’infection ?  

         D’entrée, je le saoulais de questions, comme si j’avais eu à faire à un inconscient.          – Laisse, je pense que s’il est ici, c’est avec toutes les garanties de la Faculté ! Non ?   

        - Oui et non…            Sylvain s’est essayé à sourire en nous répondant. Les yeux étaient expressifs, mais avec les pansements et ses lèvres parcheminées, ce n’était pas gagné.

          - J’ai une permission de journée pendant tout le temps de votre réunion, mais le soir, retour et soins intensifs.   

      Je ne pouvais pas vous savoir tous ici, à Paris, près de moi, rassemblés pour conclure le projet voulu par Manu. Je devais être présent et entendre vos paroles.          Je suis certain que vous me comprenez, que tous ici comprendront, comme les responsables de votre Bureau qui ont autorisé ma venue.   

    Pas le temps d’aller plus loin…  La séance reprenait ; c’était à moi.          Nous avions convenu d’éviter de nous appesantir sur les points qui avaient déjà ou seraient abordés par d’autres rapporteurs ; sauf pour réparer un oubli, suggérer une modification…  

          Des échanges préalables, coordonnés par notre cellule informatique, avaient permis d’alléger chacune de nos contributions. Elles étaient bâties autour d’un ou deux thèmes seulement.     

          Mes dossiers, éventuellement, me permettaient d’intervenir avec de solides arguments sur pratiquement tous les sujets abordés par les autres rapporteurs, si besoin était.          Leur traitement, en groupes de travail, était programmé pour les deux jours suivants, ensuite viendraient la présentation de leur synthèse, les propositions et l’écoute des suggestions, des corrections en réunions plénières. 

           La rédaction définitive dec la Charte, chapitre par chapitre, devait se  dérouler le cinquième et sixième jour. Le dimanche, suspension.          La présentation du texte complet, assemblé le lundi, avant les ultimes corrections, était prévue pour le mardi suivant. 

           Cette Générale, nous l’avions confiée à notre collègue délégué du Vème arrondissement parisien.  

         Un acteur célèbre, connu pour son franc-parler et ses engagements.           Son timbre de voix sonore, sa marque, profond, pleinement audible, capable de jouer avec aisance entre la solennité et la légèreté, ne faillirait pas, comme ce qui nous menaçait pratiquement tous, pour cause d’émotion paralysante.    

         L’Hérault, par ma bouche, devait évoquer les établissements qui, autrefois, fonctionnaient si bien grâce à leurs initiatives, leurs projets adaptés, leur organisations structurées selon les besoins réels, et leurs activités motivantes, mobilisatrices…         Je me suis lancée. 

17 août, 2011

- 24 – LE CIRQUE DES DELEGATIONS.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:44

               Nous sommes alors entrés dans l’enceinte de notre Cirque. 

              Enfin, nous avons ouvert
la Bourse des réflexions collectées dans toute
la France, métropolitaine, outre marine, et chez nos émigrés. 
               La première journée, nous avons parlé, lu, présenté et écouté.               Certains constats étaient déjà des propositions, d’autres étaient à clarifier, mais il nous fallait d’abord tout entendre, tout exposer, puis classer par  grands chapitres. 

           Une idée, forte, a uni nos volontés, orienté nos réflexions :            Pour une vraie chance, l’Ecole doit être Une dans son esprit, sa finalité, dans sa mise en œuvre, sa cohérence, sa cohésion. Elle doit se décliner en établissements, en structu-res variées, adaptées, mais logiques dans leur succession. L’ennemi, c’est la rupture ! 

              Nous ne nous étions pas quittées avec Karine. Elle a présenté, en début de séance, la motion que lui avait confiée le Comité de
la Roche-sur-Yon. Elle exposait leurs réflexions sur les programmes. 

16 août, 2011

- 23 – LA PASSANTE AVEC SOUCIS.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 12:22

               Nous partions rejoindre notre place sur les gradins du cirque, portés par les applaudissements qui approuvaient le coup de gueule de Karine et soulignaient la confusion du journaliste. 

              Quand… 

            …Une dame, d’allure B.C.B.G., simple promeneuse avons-nous cru, à tort, nous a retenus.            Sa voix, surprenante de vibration, sans doute causée par son audace, a survolé la presse et les sympathisants ve-nus nous encourager. 

           – Vous savez, nous sommes bien coupables, nous les supporters sans condition de notre champion de Président ! 

           Je n’étais pas à une impasse près…      

          Autrefois j’avais bien salué le dresseur de Mammouths ! Pauvre de moi ! 

        Je vous confesse avoir cru, sincèrement, que la mise à l’équerre des écoles, l’autorité ou l’autoritarisme en tous espaces d’Enseignement était la seule prescription, à appliquer sans déroger.       

         Des fausses bonnes innovations, bien empaquetées, nous ont séduit et caché le sale travail. 

         Un couloir s’était élargi au milieu de la Presse, bordé par des curieux, des passants, des sympathisants, des délé-gués. Il convergeait vers cette nouvelle intervenante, ouvrait une avenue éclairés d’heureux étonnements, entre elle et nous ! 

           – Par exemple, nous, parents, grands-parents ou simplement citoyens soucieux du futur de notre civilisation, voulons et c’est légitime, le meilleur des services pour nos enfants, pour tous.  

            L’annonce de la création des Jardins d’Eveil ne m’a pas choquée, au contraire, et je me suis indignée qu’il soit lui aussi l’objet de méfiance, de rejets. 

          Pour une fois, j’ai essayé d’argumenter mon soutien à ce projet, mais écoute et documentation ont ouvert ma com-préhension, alimenté mes désillusions.            

        Etait-ce une auto flagellation, un acte de contrition ? Déjà, nous commencions à regarder nos montres.           

         Lancée, la voix affermie nous a expliqué cette révéla-tion…       

      – Je pensais et pense toujours : 

        Oui, je suis pour un plan d’éducation et d’instruction, concerté, débattu, cohérent pour notre jeunesse, de la nais-sance à l’autonomie, l’entrée en vie professionnelle.         

        Non, je ne suis pas pour un plan de réduction des coûts et le transfert des charges, sans logique, aux collec-tivités. 

         Pourquoi laisser les communes prendre sur leurs épaules le fardeau de l’école avec leurs seules ressources, si inégales ?       

        Oui au jardin d’éveil pour tous… Multiplions les possibilités d’accueil, les activités d’éveil véritable. 

         Oui, favorisons le savoir-faire des crèches, la formation des intervenants et surtout la liaison harmonieuse avec familles, écoles, associations…       

       Mais pas au détriment des Petites Sections, de la Grande et bien sûr de  la Moyenne ! 

         Je vous ai bien entendu, Madame la Déléguée, face à cet abruti. Je me réjouis de votre combativité, égale certai-nement à celle de vos collègues, comme le prouve la con-fiance accordée par ceux qui vous ont choisie.     

       Vous avez évoqué notre Ecole Maternelle défunte, moi aussi je veux participer à son épitaphe, en espérant sa résurrection. 

          Deux textes m’ont choquée :      

        Le premier ratifiait l’allégement plus qu’inquiétant des objectifs officiels, en Moyenne et surtout en Petite Section. Il a minimisé arbitrairement l’importance de ces niveaux, jusqu’à la suppression de la première classe. 

         A contrario, il gonflait fortement ceux de  la Grande Section.         

      Avec de telles régressions, le glissement de la première classe vers le Jardin d’éveil s’est justifié, en toute hypocrisie. Couches, siestes, comptines, occupationnel en attendant les parents, a ironisé Monsieur le Ministre. 

         L’alourdissement des apprentissages en Grande Section, lui, relevé avec insistance, par ceux qui l’avaient manigancé, a permis l’escalade de ce niveau vers la «Grande Ecole »        

          Tant de connaissances à acquérir, c’est déjà pour le C.P., presque ! 

       Quant à la Moyenne Section, c’est vrai, il restait cette classe… Ben, ne pouvant rester isolée, n’est-ce pas, elle s’est éclatée entre Jardin d’Eveil et Primaire. Au choix sans doute, selon la maturité de l’enfant…    

        Vous avez raison la messe, était dite. La Maternelle était enterrée ! Et des générations sacrifiées à la techno-cratie… 

          J’ai été infirmière pour jeunes enfants handicapés. Je  peux attester de l’importance de leur accueil en ces anciennes écoles protégées, cette pédagogie pré élémentaire si éloignée des rejets, des racismes, des ségrégations par la seule innocence de l’acceptation naturelle des différences. 

           La culture de la pratique des mêmes exercices de communication, de l’apprentissage d’un même langage, de l’éveil par les mêmes interrogations, par la référence confiante aux mêmes adultes, était une chance inestimable. 

            Nos technocrates n’ont su, eux, l’apprécier qu’en termes d’économie. 

          Tout est possible à cet âge où le mixage est un fait, pas un sujet de curiosité, à cet âge où éducation rime avec progression, répétition, réflexion, proposition, satisfaction. A cet âge où savoir se conjugue au présent immédiat dans l’impatience de l’utilisation…   

         Nous, adultes, déteignons vite et cette candeur de la course à la connaissance, pour le plaisir seulement,  disparaît inéluctablement 

          Avant, lorsque s’achevait la mission de l’Ecole Ma-ternelle, commençait celle des classes élémentaires, et, se mettaient en place des codes structurés…           

          Des journalistes, impatients, voulaient identifier cette intervenante imprévue que nous semblions ne plus pouvoir interrompre :            - Qui êtes-vous ? Est-ce un montage ? Qui représentez-vous ?  

           - Qui je suis ?  Je suis une bonne sauvage de province. Une Huronne voltairienne, une indienne ! Dites « Hugh ! », comme Huguette, et vous me nommerez suffisamment ! 

           Laissez-moi terminer, je suis venu parler après m’être trop tue, et puis je m’en irai…

             Le second texte, de mars 2009, -horrible année !- a  ouvert la direction des E.P.E.P. à tous les fonctionnaires de plus de dix ans d’ancienneté. La seule expérience exigée n’est encore, qu’administrative. Elle est sans doute jugée suffisante pour la prise en main d’un grand établissement, de quinze classes et plus ; pas forcément regroupées en un même lieu, un même village.         

           Je suis une élue de petite ville, voyez, je me découvre. J’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme, la responsabilité de la jeunesse, tous les âges, dans et autour de l’école, et je ne suis pas rassurée !  

           La disparition des maternelles alimentera en effectif le personnel enseignant de ces Etablissements Public d’Enseignement Primaire mais des quartiers, des villages perdront leur centre de vie éducative… 

La peau de chagrin de l’Ecole sera alors rétrécie, au plus juste.   

            Huguette, la bonne sauvage, avait capté nos esprits et les minutes s’écoulaient sans précipitation.   

              – Quid des vraies réformes indispensables pour pallier les manques de notre système scolaire : une véritable formation, une solide équipe d’école, des directions éclai-rées, reconnues, une réelle adaptabilité aux différences individuelles et aux différences locales… ?  

                    Aujourd’hui, nous constatons la victoire facile des économistes, plus apte à réduire des budgets de service que des dépenses d’apparat. Haro sur les pédagogues et sur les élus naïfs, utopistes, tous ces boucs émissaires, fautifs pro-fessionnels… 

             Ah, si l’Ecole avait eu des grands pontes pour inciter notre Président à réfléchir et l’amener à contredire ses ministres !            De nombreux intellectuels, des chercheurs célèbres la  soutenaient mais ils étaient moins électoralement importants que les médecins avec leur clientèle, par exemple, ou que des grands financiers même en crise… 

            L’ancienne infirmière, bien actuelle Maire Adjointe, a soupiré, a souri et a repris son chemin en agitant, vers nous, sa main au-dessus de sa tête, bien haut : 

           - Nous vous faisons confiance …

             Ses derniers mots, pratiquement chantonnés. 

           Elle s’éloignait, ignorante des journalistes, des photographes qui flairaient une personnalité digne de leurs lecteurs… 

- 22 – LA CHAUMOISE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 9:11

                       J’ai rejoint sans problème la salle de congrès. La dernière officieuse avant le rendez-vous solennel au Parle-ment.              

                  Je me préparais, mais ce n’était pas une nouveauté, à franchir la troupe des journalistes qui gardait, surveillait chaque entrée. 

                 Notre agora parisienne avait des allures d’arènes. Parmi plusieurs offres de propriétaires gagnés à notre croi-sade, notre Bureau avait opté pour un cirque en dur, bien connu.                   Certains ont pu y trouver matière à dérision et ne s’en sont pas privés.                

                    Notre vaste, intense détermination, partagée par tant de Français devenus éloquents, n’avait pas que des adeptes et des rumeurs sournoises distillaient leurs remarques acerbes. Elles rejoignaient encore les attaques qui avaient tenté de salir Manu et tous ceux qui l’avaient connu. 

                 J’ai choisi la porte principale. Celle-ci, comme les autres, avait son lot de curieux et j’étais assez solide, main-tenant, pour ne pas les fuir.                  Je n’étais pas la seule à opter pour cet accès.               

                Sur le seuil, un demi-cercle s’était formé d’où montait une voix claire, assurée et virulente.             

               Je me suis enquis auprès d’un autre délégué bien concentré :            – Un journaliste agressif et ironique, vient d’apostropher une de nos collègues, de Vendée, une Prof de L.E.P.          

               Il semblait savourer cette origine, comme une friandise ! Etait-il membre de cette tribu des finisseurs en vrac des orientations hasardeuses ?               - L’échotier, -Ironie ou fixation attardée sur Renaudot !- lui a demandé pourquoi les enseignants se sentaient maintenant le courage de protester, pourquoi ils avaient laissé faire. A mon avis, il ne va pas regretter sa question…  

          Voilà une intervention qui me ramenait dans le jardin d’Alain. Tout au début, une demande semblable avait aussi cherché réponse auprès d’enseignants, mais sans perfidie.             Je me glissais entre deux photographes, assez pour apercevoir, une jeune femme, aussi jolie qu’animée, les yeux vrillés dans ceux d’un reporter d’info télé, connu même de moi :            -… pas assez pour mériter votre indignation ?   Où étiez-vous ces derniers mois ? Dans l’attente d’un autre autodafé sans doute, mais pas dans la fréquentation des milliers de petits groupes de réflexion !               Un peu de surdité intellectuelle, peut-être, vous privait de l’écoute des témoignages ?            

              Vous avez négligé la lecture de vos confrères, les articles des modestes correspondants de, trop petits terrains, qui, eux, allaient de village en village, de quartier en quartier, toutes oreilles ouvertes aux idées brassées.  

             Les sourires de la Presse, pas de cadeau les confrères, les rires de soutien des délégués, des badauds, ont agité notre « Monsieur », prononcé avec une première syllabe bien accentuée.           Nous le sentions prêt à esquiver, à s’esquiver, mais il était malaisé de franchir discrètement cet arc de cercle de plus en plus dense !              

           Karine, j’ai appris plus tard son prénom ; le hasard, ce grand ensemblier, allait nous rendre voisines de banquette dans les gradins, a poursuivi, très pédago :           

             - En quelques années, Nouveaux Programmes, nouveaux livrets, nouvelles évaluations, nouveau vocabulaire se sont bousculés, se sont remplacés. Tout changeait, toujours, sans jamais nous donner le temps de juger des effets, des qualités et des vices des précédents.          

              Nos propres dirigeants, ceux qui devraient soutenir les acteurs du Service Public, ne nous ont  guère épargné les attaques perpétuelles et insultantes             La désinformation, les ordres et contre-ordres ont retenti dans les Infos, mais les textes sont restés et, sans bruit, les transformations, apparemment désavouées dans les tribunes médiatiques, se sont  pourtant incrustées.           

                 Nous, vos enseignants négligents, Monsieur, étions pourtant conscients qu’il y avait des réformes indispensab-les, des dysfonctionnements à corriger, dont l’effectif et le budget n’étaient pas forcément les plus importants.            Chaque changement programmé a été symbolique d’une volonté réductrice du gouvernement,  sans débat cont-radictoire préalable.            

                Le plus grave peut-être, le plus minable, s’est attaqué à la base fondatrice de toute la scolarité,
la Maternelle. 
          

                 Moi qui assume des élèves en fin de parcours, en Lycée Professionnel, je peux vous parler de certains chemi-nements chaotiques après un début de scolarité sacrifié…            Disparue l’originalité de notre Ecole à la Française, cette vraie chance d’une première éducation adaptée pour tous, l’Ecole Maternelle !          

                 Pour elle, pour tous les niveaux, s’est réalisée la concentration des établissements.             Victoire des économies de personnel, de budgets, sur l’Education intelligemment adaptée ! 

             Pourquoi n’avoir pas résisté, dites-vous ?          Nul ne peut affirmer que nous sommes restés muets et immobiles !       

        La casse de notre école a dû se réaliser avec des atermoiements, des déclarations mensongères, des trucages, en douce…             Cela parce que, relayés par certains de vos confrères, nous avons défilé, crié, écrit, dérangé, par nos réunions d’informations, par nos manifs et nos grèves.            En vain, Monsieur ! (nouveaux rires).   Avant tout, nous sommes des fonctionnaires et sauf, revendication massive des citoyens, nous servons la loi. Plus qu’à d’autres, elle s’impose à nous. La tentation, le devoir presque, de désobéissance est impossible à soutenir seuls.            Un programme est un texte de loi ; chaque courrier que nous recevons est un texte de loi et si nous ne l’appli-quons pas, nous sommes hors-la-loi.         

            Pire, Monsieur, vous pouvez écrire que nous nous sommes dégonflés que nous sommes des baudruches. Par respect pour notre fonction, par obligation de réserve, véri-table piège, nous avons dû et devons faire passer, auprès des familles, des nouveautés auxquelles nous n’adhérons pas.             Nous ne pouvions qu’aider les familles à comprendre, sans critiquer, les conséquences des changements.          

              Certains auraient été opportuns d’ailleurs, si le contexte et les régressions ne leur avaient pas fait perdre leur efficacité.             Nous avons essayé de rassurer les parents. Nous avons affirmé, avec conviction, que, dans leur grande majo-rité, ceux qui ont choisi de servir d’abord l’enfance dans toutes ses diversités, les enseignants, assureront toujours la meilleure instruction, la meilleure éducation possible, en toutes circonstances.          

                Mais, que c’est difficile !           Nous sommes devenus de moins en moins maîtres du choix de nos méthodes et de la mise en œuvre d’orientations efficientes…               Le débat a ainsi été lancé sur le trottoir, avant que nous abordions la mission qui nous avait été confiée par nos délégations.              Nous devions éviter de répondre à des questions tant que notre synthèse finale n’était pas réalisée, acceptée par tous les représentants et rédigée en motions bien pesées.          

             Il était, néanmoins, ardu de ne pas respecter les interventions impulsives, nous qui étions issus de cette spontanéité, tant pis si notre ultime session devait prendre quelque retard ! 

14 août, 2011

- 21 – VEILLEE D’ARMES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:07

                  Pas d’ascenseur bien sûr pour ce troisième étage ! L’arthrose de mes deux parents ne devait guère faciliter l’escalade, même pour deux randonneurs forcenés.                 

                    Les Cévennes, mais aussi les Alpes, les Pyrénées avaient usé longtemps leurs semelles crantées, presque aussi longtemps que les yeux de Robert sur les engrenages les plus fabuleux.               Leur intérieur me fascinait. Aucun meuble n’était simple : tables, buffets, commodes, le moindre gadget, recelaient un secret pour s’allonger, se déplier, cacher.               

                Les statuettes se mouvaient, regardaient… Les jouets mécaniques ne devaient rien aux piles. Evidemment, les appareils ménagers n’usaient guère d’électricité ; l’antique moulin à café était assez démultiplié pour que tourner devienne un jeu…                   Je crois que leur histoire aurait mérité bien des paragraphes mais pour eux, rien à dire, tout à vivre.                    Licette, Chou souvent, appellations d’intimité supérieure réservée à Rob, et Robert s’étaient laissé survoler par Mai 68, mais ils avaient suivi les évènements qui me conduisaient dans la capitale. Elle connaissait l’histoire de Manu. Nous avions correspondu, le plus souvent par lettres. Elle était la seule qui recevait de moi autre chose que de brèves cartes, des courriels ou des coups de téléphone. Pour une fois, j’étais prolixe.                        

                 Rob parlait moins mais était attentif, présent, ses regards s’exprimaient clairement.                  Tard dans la nuit, nous avons refait le monde de l’enfant. J’étais stupéfaite de la clairvoyance, de la passion que portaient ces deux quasi-ermites à la société.                     Licette (Quand j’étais petite « Tante Lice », mais nous avions le même âge maintenant !) m’avait tout appris de ses engagements bénévoles. Robert avait tout interprété des découragements de son épouse, de ses petits bonheurs glanés dans les coups de main, de ses coups de gueule parfois.                

               Des enfants, elle connaissait surtout ceux qui avaient faim, ceux qui mendiaient, volaient, se prostituaient, fuguaient, squattaient, ceux qu’on enlevait pour les reconduire hors de France, dans leur pays inconnu…                Ils ne m’ont pas demandé ce que moi j’allais faire, dire dans nos Etats Généraux.   

                   Seulement, en me levant le lendemain, je savais que j’étais à ma place et sur la bonne route. J’allais ajouter ma force de conviction à toutes celles qui étaient venues à Paris, poussées par des milliers de petits comités enfin réveillés.                   J’étais prête pour la première journée ! 

10 août, 2011

- 20 – ALICE et ROBERT.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 16:15

  Belle comme un cœur, Alice s’était retrouvée pendant la guerre d’Algérie, militante pour une indépendance raisonnée, actrice pour la défense de basanés bousculés et… marraine de guerre.            

Elle avait fait paraître une annonce, en toute simplicité et en toute colère. 

  Elle avait entendu des copains de copains, en perm, rarement, ou dégagés de leur temps militaire, parler de leurs angoisses, de leurs nausées. Elle avait interprété leurs omissions. Elle avait suivi les regards attardés sur leur récent passé, à jamais gravé en leur être.                

Elle avait lancé, non pas une bouteille mais un hameçon et avait ramené le plus torve des petits gars du contingent.              

Visage mouvementé à la Michel Simon, massif, noueux, hirsute, ce que cachait la tonte réglementaire et surtout, misanthrope monolithique. 

Tout ce qui pouvait l’isoler, gardes, corvées, lectures, gribouillages, croquis… lui convenait.            

Ses grosses paluches étaient d’une dextérité incroyable. Il aurait pu graver des grains de riz comme ces artistes ukrainiens…   

L’école l’avait mené jusqu’au bac sans peine.            

Les cours de récré étaient agressives à ses difformités ; au début seulement, car cette force contenue par une peur instinctive de brutaliser pouvait se déchaîner. Non pour lui, mais pour un autre souffre-douleur… 

           Pendant sa scolarité, pendant son service et parfois dans des espaces publics, cela lui avait valu des ennuis. Il était aussi difficile de le calmer que de le mettre en colère.              

C’est ce phénomène, ermite parmi la foule, totalement innocent de la gente féminine malgré les traquenards pour le traîner au B.M.C., que pêcha la ligne de ma tante.            

Il n’avait pas été le seul à répondre, mais le seul à ne pas parler de combats, de cauchemars, de copains disparus, de felouzes torturés, de “corvées de bois” ou de sauver ce Coin de France… 

 Ses lettres ne peignaient aucun portrait, mais beaucoup de rues de la casbah, les ciels de chaque nuit et racontait sa longue immersion dans leur profondeur. 

Elles lui parlaient aussi de Lyon, sa ville, où les étoiles n’existaient que pendant les coupures d’éclairage ou au planétarium.           

Ce poète, lui, remontait, comme une immense saga, la succession des probabilités qui avaient enchaîné des milliards de chances pour qu’une vie palpite aujourd’hui… Elles avaient été tressées, jamais rompues. Une existence est le présent de la chaîne tourmentée de ce  passé hasardeux et le maillon d’un futur, seulement aléatoire… 

Son respect de chaque vitalité magnifique et fragile expliquait sa crainte de tout ce qui pourrait l’altérer.           

Il lui parlait d’intelligence mais pas de  caractère ; il négligeait les humeurs, guère évoluées depuis la nuit des temps, pour l’intéresser à la conquête de la satisfaction des besoins vitaux.            

A peine effleurait-il le besoin d’être compris et de comprendre, d’aimer et d’être aimé, besoin ressenti mais pas assez mathématique pour sa sécurité…. 

Il ne lui avait pas demandé de photo car jamais il n’avait envisagé une rencontre… Elle, oui ! Il répondit seulement : « Je ne suis pas beau, pas du tout mais vous me dites que mes lettres sont belles, alors c’est bien ainsi. »             

Puis ce fut la fin, le retour vers Lyon. Il lui annonça en même temps que son intention de la libérer de cette correspondance.          

Lui n’avait jamais évoqué sa famille, elle beaucoup. Si lui parcourait les astres, elle sillonnait les garrigues et les Cévennes de son enfance. 

 Pour lui, Alice, Licette, remontait aussi les rues de Paris où l’avaient menée la probabilité des hasards.          

Elle lui contait leur histoire… Elle savait que ces mouvements de foule du passé, ces grands personnages inscrits sur les plaques commémoratives, l’agaçaient, même celles des savants. Elle savait que, seules leurs inventions, leurs techniques l’emballaient. 

 Pour elle, un espace, de campagne ou de cité, était d’abord un lieu pour vivre, hier, aujourd’hui, demain peut-être… 

  Alice ne pouvait se contenter d’un simple merci, adieu ! Même si une fiancée l’attendait à Lyon, il lui devait, au minimum, un final sonore. 

Elle s’entêta, enquêta et trouva une adresse à son nom. Maligne, elle sut faire avaler au bureau de poste le plus proche, qu’une lettre lui était revenue et demandait une vérification. Coup de chance, sympathie, charme, négligence… elle avait obtenu confirmation ; le fils était domicilié chez ses parents.            

Malgré les appels à la prudence de sa grande sœur, de son amie, confidente et collègue, elle avait aussitôt décidé d’aller le voir.           

Elle n’était pas particulièrement vertueuse ; sa beauté, son charme surtout, lui valait bien des succès. Sans en abuser, elle consommait sans pudibonderie mais sans constance non plus. Indépendante de cœur, elle était devenue dépendante aux phrases de son militaire. Addiction quand tu nous tiens !  

Ma tante était allée dans les traboules. Elle avait trouvé la porte, le nom de famille et à côté une échoppe d’horloger. Minuscule, la vitrine couverte de blanc grisâtre camouflait l’intérieur jusqu’à mi-hauteur. L’atelier s’identifiait sur son entrée vitrée. Le même nom précédait une précision plus fraîchement tracée : « Père et Fils »            

La légende familiale a bien conservé l’émotion, la crainte et l’impact de la rencontre. 

 Il était agenouillé devant un automate noir au ventre ouvert, position aussi grotesque qu’allusive pour tout esprit gaulois. Tassé, plié, il semblait un korrigan échappé de ses landes.           

Sa loupe vissée à l’œil droit, il se détourna avec len-teur des engrenages pour s’étonner de la présence de celle belle inconnue. 

  Elle savait : « Je ne suis pas beau du tout ! », mais là, elle ne put se contenir et partit d’un fou rire incoercible. Entre deux hoquets, elle put placer : « Rob !»  prénom tronqué qu’elle devait lui conserver.            

Lui, redressé, plantigrade borgne, comprit tout de suite :  

 « Licette ! » et, à son tour, bien conscient de l’énormité du moment, se joignait à son rire, à en pleurer…            

Ce qu’ils firent tous les deux finalement. Elle parce que sa quête était achevée et lui parce qu’il voyait s’inscrire le mot fin à plus d’un an de communion…            

 Il n’a pas compris pourquoi elle se jetait dans ses bras, le serrait si fort, fourrageait sa chevelure redevenue broussailleuse, se grattait à sa joue mal rasée, hoquetait en écorchant son prénom. Robert devenait Rob… 

   Aujourd’hui encore, elle continue à se le réserver avec ce raccourci. 

 Ils ont  cultivé leur surdité à toutes les mises en garde

 Chacun, membre de la famille, amis, d’expliquer à Alice que seule dans la Belle et la Bête, le laid devenait Prince Charmant.            

A Robert, on citait le Sage contemporain, Claude François : « Fille jolie rend un mari très fier, oui mais aussi malheureux et jaloux… » 

  Eux ne savaient qu’une chose : ils se connaissaient du plus profond d’eux-mêmes  et ils étaient magnifiques.            

Ils se sont mariés, plus entourés de curiosité que de chaleur. 

 Ils sont partis pour Paris, ont loué et meublé ce modeste appartement du 14ème. Ils ont acheté, près de la gare Montparnasse, une ancienne échoppe de cordonnier et installé l’atelier d’engrenages de précision.           

Rob avait le génie de la roue dentée, de l’horloge de beffroi à la montre bijou miniature. Le problème était qu’il ne pouvait refuser une réparation, une fois qu’il avait vu un mécanisme. L’autre problème était qu’il avait du mal à s’en séparer ensuite. 

  Au début, pendant trois ans je crois, Alice a poursuivi son travail d’acheteuse dans une librairie, puis elle s’est investie dans la promotion, la comptabilité de l’horlogerie. 

  Vite, la boutique est devenue le recours des amateurs et des professionnels. Nombreux ont été les films où figurait l’un de ses automates. Les antiquaires lui adressaient leurs acheteurs pour redonner vie aux vieux cœurs métalliques.            

Depuis 45 ans, le couple était toujours fusionnel et beau. Aucun enfant n’avait pu naître d’un amour aussi dense et pourtant il y avait de la place pour plusieurs dans leur cœur.           

 Alice avait appartenu à tant d’œuvres, aidé tant de misères,  qu’elle avait fait siens, hors de leurs murs, les enfants des autres. 

   Depuis un peu plus d’un an, la boutique était devenue un musée privé. Les visites guidées étaient réservées aux neveux, petits-neveux, amis et fils, filles d’amis ; des moments passionnants, rares…             

C’est chez eux que je montais. 

6 août, 2011

18-Les délégués.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 21:04

 

                  A l’ancienne, comme en 1788, de communes en can-tons, en départements, en régions, se sont déléguées des responsabilités, ont été désignés des Représentants Popu-laires au sens le plus noble de la confiance publique. 

                 Ce fut long mais l’élan impulsé par la volonté de ré-pondre ensemble à l’immense besoin ressenti, nous offrit la patience nécessaire. 

 

                Je me suis impliquée dès le début dans cette révolu-tion. 

               Pourquoi moi, alors que tant d’autres, plus compé-tents s’éveillaient, eux aussi meurtris par les images et les mots ? 

               Je me suis senti portée par ceux de notre groupe, peu à peu, devenu important. 

             Avec Gilbert, l’ancien gendarme, devenu si féru, si convaincant, j’ai présenté nos réflexions au Comité regrou-pé à Montpellier. 

             Moi qui n’avais jamais appartenu à un quelconque parti, syndicat, groupe d’opinion… je me suis retrouvée porteuse de nos idées vers la capitale, élevée au rang de déléguée nationale. 

            Yann partageait mes inquiétudes, mes enthousiasmes, calmait mes emballements et m’assurait que « ça valait le coup ! » 

            Il s’est arrangé pour se libérer du bureau, travailler à la maison, vive l’informatique, pendant deux semaines afin de s’occuper des enfants toute la durée de ma mission. 

 

            Maman s’était proposée, Xénia était prête à inter-rompre sa villégiature marocaine… 

           J’étais heureuse de ces formes de satisfecit. Je savais ce que représentait, en discussion avec son pacha, la propo-sition de ma belle-mère, autant que la descente de son fief pour ma mère. 

          Yann a été catégorique. Merci mais il garderait le foyer, lui ! 

           Sa part dans notre engagement, c’était ça, le temps de ma tranquillité et sa présence rassurante auprès de Killian et de Juliette. 

            Il ne nous a pas ménagé l’apport de ses techniques d’informaticien, non plus, dès le début. 

 

          De Montpellier, je rentrais chaque soir, piloté par Gilbert. 

          La synthèse des contributions de tous les groupes de notre Académie nous a mobilisés cinq belles mais longues journées dans un petit théâtre. 

 

           Par Internet mais le plus souvent, autour d’un verre chez l’un ou l’autre, nous nous ressourcions auprès de nos amis du village. Nous élaguions nos doutes, clarifions les propos enregistrés et préparions la  journée suivante. 

 

           Je craignais la solitude de ce voyage à Paris. Pas l’isolement personnel, la capitale n’était pas un désert familial, mais mon manque                  d’assurance pour cette dernière étape. 

          Assurance, comme celle que confèrent des équipiers de cordée à l’alpiniste qui franchit une passe ardue. 

 

         Nous avons convenu de messages réguliers que Gil-bert répercuterait auprès de nos collègues de Montpellier. A eux de faire suivre à tous ceux qui les avaient mandatés. 

 

          Notre forme d’engagement, née de la volonté de Manu, se devait de toujours impliquer la trame la plus vaste de ceux qui s’étaient levés. 

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