et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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16 septembre, 2011

- 45 – DES BIBLIOTHEQUES TOUJOURS OUVERTES.

   Ce mardi, seuls ceux qui surveillaient l’impression de notre Recueil restaient consignés. Avec Karine, quelques autres collègues, nous avons erré dans les rues de Paris et grappillé des petits cadeaux pour la famille restée en province. 

A midi, dans le cirque, nous avons organisé un grand pique-nique où se sont mélangés charcuteries, fromages, gâteaux de toutes nos régions… histoires et chansons. œuvrer pour une cause nationale, rien de tel pour que s’embellissent les richesses de nos folklores. 

L’Européanisme, le Mondialisme, avec toute la symbiose de leur humanisme ne feront que privilégier les riches-ses de ces particularismes patrimoniaux…Vive les « ismes » quand ils sont généreux !  Pour l’après-midi, avant de retrouver Rob, Alice, Thierry et son épouse, Sylvain m’a proposé de le suivre  chez les anciens de
la Résidence qu’il fréquentait chaque semaine. 
Pierrot nous prêtait sa voiture, mais il faudrait que je conduise ! 

La Résidence des vieux amis de Sylvain était bien conçue, des petites maisonnettes de deux pièces, cuisine, salle d’eau avec un jardinet et trois immeubles de deux étages avec des deux pièces aussi. Je pense que l’affectation s’effectuait au choix ou selon le degré d’autonomie des pensionnaires. Souvent les couples occupaient les pavillons, 

Le tout était dispersé dans un parc ombragé, bien situé dans le centre ville, isolé ni des commerces, ni des foyers de vie. Un groupe scolaire, avec lequel les résidents pouvaient partager ateliers et souvenirs, côtoyait la maison de retraite.  Nous étions attendus dans le grand salon, destiné à toutes les réunions certainement.  Inutile de préciser que les tables étaient garnies d’une variété incroyable de pâtisseries, fabriquées par nos hôtes bien sûr. 

Pour tous ces gens à petit appétit, c’était démesuré, mais très chaleureux.    Après leur accueil et leurs embrassades avec Sylvain, nous avons parlé d’autrefois.  Si un ancien qui disparaît est une bibliothèque qui se ferme, Sylvain avait la chance, moi avec lui ce jour, de lire les volumes de celles-ci. Nous les avons parcourus avec passion. 

Une dame magnifique, toute plis et sourires, à la chevelure d’argent, a compris notre étonnement 

- Vous savez, nous sommes des papis, des mamies. C’est souvent à la gourmandise que nous nous référons. D’abord, parce que nous n’avons plus très faim, et ensuite parce que c’est l’un des moyens de séduction qui nous restent.  Un petit bonhomme, la barbiche presque à la hauteur du bec de sa canne, a profité de l’opportunité pour nous plonger dans ses souvenirs :  - Maintenant, nous n’avons plus faim et pourtant quand j’étais gamin, à la maison, on ne parlait que de ça. 

S’abriter, se chauffer, se protéger et se nourrir étaient nos préoccupations essentielles, mais surtout « Ne pas avoir faim ! » Ici, maintenant nous parlons de diététique, c’est intéressant mais quand j’étais enfant, on parlait de nourriture, point ! 

Le pain avait une grosse importance. Il était de quatre livres en général, on l’achetait à la pesée… - Chez nous, à la campagne, l’a interrompu un solide « …génaire », on le payait  au bourg, à la fin du mois, même celui que le commis nous livrait à l’Ecart. On comparait les tailles sur nos deux baguettes : celle du client et celle du boulanger portaient les mêmes encoches effectuées à chaque achat, “ la marque ”. 

Sa voisine, un peu intimidée, s’est lancée : - Moi, c’était la ville, mais notre boulanger était bien accommodant aussi. Quand son four était encore chaud, il nous permettait d’y cuire nos plats…. 

- Lorsqu’il était un peu trop dur, on retrouvait le pain dans la soupe. La panade des longues fins de mois, souvent difficiles, se trempait à deux voire trois repas. - Moi, gamin, avec mes frères, on attendait le dimanche. Souvent ma mère préparait du poulet et des frites. Comme la viande coûtait cher, c’était nos petits luxes. 

Les yeux de cette dame en fauteuil roulant en brillaient encore ! Maintenant, les souvenirs s’envolaient et c’est un petit grand-père tout rond, tout rose, qui a complété la précédente intervention : 

- Chez nous aussi et il venait souvent de notre petit élevage, comme les lapins, mais eux, on en vendait aussi. Avec les légumes du jardin, on arrivait à remplir les assiettes dans notre banlieue. Mon père disait : « Il faut se donner de la peine…». Je le redis à mes petits-enfants quand ils me font raconter tout ça ! - Ce que j’aimais bien, c’est aller avec mes parents dans les jardinets ouvriers, le long des voies ferrées attribués par
la S.N.C.F. ou
la Mairie. On y discutait, on jouait, on échangeait des légumes, des fruits… Parfois, nous mangions ensemble quand il faisait beau. 

Ça sentait bon quand, dans la rue, c’était le moment des confitures… Avec les conserves, nos mères arrivaient à avoir un peu de réserve. -Nous, a relevé la première dame, avec plusieurs familles nous partions faire des cueillettes et des ramas-sages de fruits, châtaignes, champignons, baies… C’était aussi de bons moments tous ensemble. 

- Mon père était pêcheur, chasseur, pas toujours autorisé… Maintenant il ne risque plus rien, a confié une nouvelle résidente. Il attrapait des poissons, des beaux souvent, même des brochets, et des écrevisses. Il en vendait à des voisins, ça arrangeait le porte-monnaie… De la chas-se, il ramenait plutôt des petits oiseaux. Avec des pommes de terre au four, c’était délicieux. - Ici, on boit mieux qu’à cette époque et c’est moins fatigant. Je n’étais pas Cosette, mais comme aînée, j’étais souvent de corvée d’eau et la borne fontaine n’était pas à côté de la maison. Pour revenir, ça montait !   

Dit avec le sourire, ça passait mieux et celui de cette dame était bien large. - On buvait beaucoup d’eau, mais pas seulement, s’est souvenu son voisin. Avez-vous connu le kéfir, le coco, le lithiné, les infusions ? Ma grand-mère concoctait même un drôle de mélange : des feuilles de frêne, plus du sucre candi, plus de la levure de boulanger. Elle la préparait dans un tonneau et la laissait macérer quelques semaines avant sa consommation Elle nous faisait, comme ça, une boisson d’été peu coûteuse et rafraîchissante.. 

- Quand même, a corrigé un monsieur à l’abondante chevelure blanche, en plissant les yeux au milieu d’une face déjà bien tourmentée, quand même, on buvait un peu de vin. Nos vignes de Seine-et-Oise n’étaient pas généreuses, enfin par chez nous. Le vin était peu coloré, et un peu tord-boyaux, mais il apparaissait parfois à table, dans le verre des adultes ou très mouillé dans celui des grands. 

- On n’avait pas de frigo, nous. On conservait tout dans le garde-manger grillagé, accroché au frais, hors de portée de visiteurs à quatre pattes. 

- Dans notre ville, au fond de galeries souterraines, on  conservait la glace découpée dans les étangs en hiver. Quand il faisait chaud, on achetait des pains de glace. Minots, on courait derrière la charrette du livreur pour boire l’eau fraîche qui coulait. On courait après tout ce qui roulait d’ailleurs : les marchands ambulants, le charrette des quatre-saisons, de laitage, de charbon, parfois de tissus, le rémouleur, les camelots… 

Dans le quartier, nos rues bougeaient.  Une dame très emmitouflée, peut-être est-ce ce qui inspirait sa remarque, a levé un autre souci passé.  - Il fallait bien aussi se chauffer. Une cuisinière, parfois un poêle, c’était bien juste certains hivers. Le sac de charbon chez le bougnat était pas donné, oh non ! Chez nous, on n’était pas les seuls, il fallait ramasser du bois mort, et les restes de charbon des dépôts des locomotives du P.L.M. 

Paris-Lyon-Marseille me fut-il traduit, la future S.N.C.F. Pendant la guerre, c’était encore plus fréquent, mais bien risqué. 

- Souvenez-vous de la brique chauffée au four pour accompagner nos pieds dans les draps froids ! Après, on a eu des bouillottes, c’était pas pareil ! - Même si on avait toujours peur de « manquer », on arrivait à faire la fête, avec pas grand chose, de la débrouille et en s’y mettant tous ! 

- Il y avait pourtant bien des malades, a dit une personne tremblotante près de moi. J’ai revu une ancienne camarade d’école communale, il y a quelques jours. En premier, on s’est souvenu que nous avions toujours la goutte au nez, des rhumes, des écorchures et aussi, c’était plus triste, que les bébés vivaient pas tous longtemps - Oui, pour la coqueluche, on nous emmenait en altitude, en aéroplane des fois. 

- Moi, j’avais peur du médecin ! Il ne venait pas souvent à la maison, mais à l’école. Il nous piquait pour les vaccinations. On pleurait presque tous.  Nous avons laissé se dérouler la longue bande de mémoire des souvenirs qui émergeaient en vrac : l’hôpital et ses salles communes, le chloroforme, les leçons de morale, les totos, les mains propres, les rigolos pas drôles, les rebou-teux, les accidents mal réparés, les bêtises, car nos aînés avaient été, pour plusieurs, des graines de garnements. La « Guerre des Boutons » n’était pas que du cinéma…  - On nous menaçait de fessées si on était attrapé, du martinet, du coin noir, mais on nous effrayait aussi avec les légendes « à faire peur » : le loup, le père fouettard, les vagabonds, les chemineaux, les bohémiens voleurs d’en-fants … et surtout l’œil des voisins. Pas besoin de caméras, la surveillance était partout… 

Nous nous sommes séparés avec, évidemment, des promesses de se revoir, de s’écrire… 

Sylvain a garanti qu’il y veillerait. Juste avant de franchir la porte, nous avons été rattrapés par un petit groupe de dames : 

- Nous n’avons pas parlé de notre école à nous. Elle était dure, mais elle était belle… Leur écrivain leur a rappelé :   

- Avec moi, vous en avez bien discuté, mais c’est vrai, je n’ai pas beaucoup écrit. La prochaine fois, je vous expliquerai ce que veulent Isabelle, ses amis et de très nombreux Français pour une nouvelle Ecole et vous, vous me direz ce que vous en pensez. Vous la comparerez à celle de votre enfance. D’accord ? »  - D’ac ! a répondu avec malice son interlocutrice. T’inquiète pas, on va y travailler.. »     Nous avons réembarqué sous les gestes d’au revoir et les envols de bisous de ces grandes gamines espiègles.

15 septembre, 2011

- 44 – LE RECUEIL.

 

                    15 h, lundi après-midi. 

 

Le retour s’est effectué également au grand air parisien. Notre digestion s’en est trouvée facilitée. 

Chacun avait, semble-t-il, bien usé de cette récréation, sauf les Sages qui avaient studieusement accompli leur rédaction. 

Peu avant 16 h, nous étions assis dans les gradins. Il n’y avait plus d’espaces vides désormais, nous formions un bon groupe bien resserré, comme pour nos idées. 

Nous n’étions que nous, les Délégués, pourtant nous nous sentions, en tout orgueil, en toute fierté, peut-être les « millions » de Spartacus. 

L’intimité de cette première lecture de notre Recueil achevé ne nous remplissait pas de curiosité, nous y avions tant travaillé que chaque élément nous en était connu. Nous aurions pu l’assembler les yeux fermés. 

Pas de curiosité, non; d’impatience, oui !   

 

Pourquoi le Recueil, pourquoi pas le Protocole, le Code,
la Charte,
la Proposition, et cetera… ? 

 Beaucoup d’échanges avaient parcouru la toile, beaucoup de discussions lexicales avaient animé les rencontres… C’est, finalement, la nature même de ces communications, de ces messages qui a amené à l’évidence. Nous étions en train de constituer un vaste catalogue d’expériences anciennes délaissées ou interdites, d’avis cachés, de  réflexions enfin révélées et de découvertes. 

Recueillir, voilà quel avait été le souhait de Manu, voilà ce dont avait besoin notre Ecole : cueillir, recueillir, encore et encore les fruits des cogitations de tous ceux qui veulent croire qu’éduquer et instruire sont
la Priorité pour  donner à Demain les moyens de vaincre les aléas de
la Vie.   

En ce jour, s’ouvrait notre Générale ! 

Notre collègue comédien ne nous intimidait plus. D’abord parce que, sous son allure bourrue, il cachait un cœur d’or, parce qu’aussi ses lèvres pincées ne pouvaient compenser la flamme rieuse de son regard, parce que les tempêtes de sa grosse voix éraillée rejoignaient les nôtres, parce qu’il savait lui donner un frémissement de tendresse lorsqu’il parlait des enfants, ceux de notre sol et ceux des pays meurtris, parce que sa notoriété n’était plus pour nous et notre rassemblement, qu’amitié. 

Il n’était pas la seule célébrité à avoir rejoint notre  mouvement. Quelques représentants des arts picturaux, du cinéma, de la littérature et de la musique siégeaient parmi nous, discrètement comme lui. Leurs arrivées comme leurs départs se faisaient avec mille précautions. J’aime à croire que, même pour eux, des reporters intelligents savaient détourner les yeux et distraire ceux des moins discrets de leurs confrères. 

Malgré tout, en cette occasion, en dépit de notre familiarité, de notre convivialité, de notre communauté d’esprit, je suis certaine que, tous, comme moi, comme Karine, com-me Sylvain, retenaient leur souffle et leur attention. 

 

Debout, sans paraître consulter les feuillets du Re-cueil, notre orateur s’est lancé. 

 

- Avant d’enseigner à un gosse les usages de notre société, les principes de notre humanité, le code de notre communauté, avant de lui donner les outils pour qu’il façonne sa vie, nous les adultes, parents ou non, nous avons des devoirs envers les enfants, tous les enfants. 

Ils sont l’avenir de notre monde et ils seront les ac-teurs du progrès et les garants de notre Futur. Leur responsabilité sera immense et la nôtre, aujourd’hui ne doit pas être moindre.   

Nous croyons en une seule voie pour compléter le rôle premier de la famille, pour le soutenir, l’enrichir, la corriger… Ce chemin suprême se nomme l‘Ecole… 

 

Article par article, la voix de notre Recueil a dressé le portrait de notre Ecole, celle que nous avions élaborée pour notre pays, celle que nous voulions pour nos enfants… 

Montée vers nous de l’arène du cirque, amplifiée par la vaste salle, notre texte résonnait. « Ça a de la gueule ! », aurait dit Pierrot. 

 

- …Une école en perpétuelle interaction avec sa société, mieux, une Ecole en avance sur cette société, une Ecole de perspectives mais aussi une Ecole de la citoyenneté progressive. 

Une école ouverte et protégée !…  

 

Lecteurs qui, avec moi, avez suivi notre vague, vous retrouverez  tous les points soulignés, dans notre ESSENTIEL, au terme de mon récit. 

 

Lorsqu’il s’est tu, le point d’orgue ne s’est transformé que peu à peu en soupirs de relâchement… 

Notre émotion était tangible. Notre orateur a dû user de quelques plaisanteries pour nous ramener à la sagesse terre à terre dont ses envolées nous avaient décollés. 

 

Nous avions hâte de soumettre notre Recueil à tous ceux qui nous avaient mandatés. 

Nous avions hâte de le traduire en Proposition de Loi. 

Nous avions hâte de le présenter à tous les émissaires patentés afin qu’ils l’essaiment, qu’ils le sèment à tous les vents de notre pays. 

Foin de modestie, notre Ecole, nous la percevions ! 

 

Après le silence, ce fut le brouhaha salvateur et critique. Peut-être aurait-il fallu insister plus sur… insister moins sur… laisser plus de marge aux législateurs…, être plus contraignants… 

Nous nous serions crus dans un jury de dégustation. 

Nous savourions, mais nous doutions un peu, non de nos ingrédients, non des qualités de notre plat, mais de ce liant subtil qui fait la gastronomie convaincante dès la première bouchée. 

 

Les sages nous ont ramené à notre réalité, celle des produits de tous les terroirs de nos régions qui avaient donné à notre cuisine cette solidité, cette générosité, cette universa-lité sans équivalence depuis que l’Instruction et l’Education sont reconnues comme des préparations délicates et fortifiantes. 

 

Nous avons réussi à nous séparer, enfin pour la plupart, car le lendemain étant journée sans réunion, je crois que nombre de délégués ont évacué leur tension en se quittant fort tard. 

 

Cela n’a pas été notre cas, Thibault et Lucas, sans doute à portée de téléphone ont cueilli Karine et ont ramené Sylvain à ses soins. 

Moi, c’est bien fatiguée, mais heureuse que j’ai emprunté les rames du Métropolitain pour rejoindre le nid avunculaire. 

 

Douchée, amplement emmitouflée, je me suis laissée aller au récit de cette journée. 

Sur l’écran, par la caméra de l’ordinateur, avec le drôle de décalage entre nos images dansantes et nos voix, j’ai particulièrement soigné le portrait de Pierrot et de Marie-Claude. 

J’ai exagéré leur côté rabelaisien pour mieux développer, amplifier leurs gigantesques qualités de cœur. 

J’ai voulu que Juliette et Killian en rêvent comme de bons génies bienfaisants et souhaitent vite les connaître. 

J’ai à peine tempéré mon enthousiasme pour Yann ; mon ingénieur de  mari aime bien les contes et légendes. 

- Alors c’est fini, m’a-t-il demandé en retour à la réalité. 

- Notre Recueil, oui ! Devine qui nous l’a lu ? 

Le nom de notre célèbre collègue l’a impressionné, d’autant plus que Yann aimait le choix de ses personnages de cinéma et de théâtre, autant que ses romans et ses chansons… 

A croire que j’avais influé pour faire plaisir à mon époux ! 

A la maison, pour eux, ça allait toujours bien ! No comment… 

Ce qui m’a un peu intriguée. Quelle bêtise cela me cachait-il ? 

J’ai adressé un compte-rendu à Alain, en insistant évidemment plus sur l’exposé de notre Recueil et lui ai promis un rapport plus circonstancié de notre passage à l’Assemb-lée Nationale. 

Comme d’habitude, avec Bernard, il se chargeait de répandre les nouvelles que je lui fournissais auprès de tous ceux qu’ils avaient dans leurs répertoires. Le site était toujours évité, trop public encore. 

 

Le P.C. éteint, je suis retournée vers mes hôtes et
la Carthagène. 

A nouveau, j’ai déroulé ma journée, les retrouvailles, la bonhomie des journalistes, nos derniers correctifs et le déjeuner chez Pierrot. 

Je pense avoir été aussi dithyrambique qu’avec mes villageois. 

Je les ai vivement encouragés à se rendre au bistro-resto de nos nouveaux amis. D’ailleurs, Robert et Alice avaient également alimenté mes conversations avec les cafetiers. J’étais certaine qu’ils se plairaient d’emblée. 

Jamais je n’ai ressenti autant ce que pouvaient être la sympathie, l’harmonie qu’à travers la qualité d’écoute de cette femme magnifique en cette belle soirée d’avril 2011. 

Et tout cela rien que pour moi ! 

Robert, cette apparence de certitude minérale, puisait sa solidité dans la ferme sérénité de son Alice. La vie n’avait pas été plus clémente avec elle qu’avec le commun des mortels… Elle avait additionné les petits et les grands bonheurs, en avait soustrait, durement parfois, les peines et les malheurs, mais sa philosophie lui donnait l’énergie vitale, optimiste, pour continuer. Une philosophie qu’elle nous faisait vivre, une énergie qu’elle nous insufflait… 

 

Alice, tout simplement. 

 

La soirée a exercé son pouvoir relaxant, nous l’avons prolongée d’anecdotes familiales et cévenoles bien sûr. Les versions colorées de leurs rencontres avec d’autres marcheurs, au cours de leurs randonnées, dans les gîtes d’étape, à Aire-de-Côte, Cabrillac, Meyrues… ou sur les drailles, étaient tour à tour, touchantes, troublantes ou cocasses. Pour eux, les paysages, les circonstances n’avaient de qualités que s’ils les partageaient avec d’autres. 

Sans âne, mais l’esprit bien aiguisé, ils auraient pu, largement, compléter le voyage de Stevenson. 

La journée du lendemain libérée, mon rendez-vous avec Karine et d’autres déléguées seulement en fin de matinée, je pouvais me coucher tard, avec la perspective d’une petite grasse matinée… 

 

Que du bonheur ! 

- 43 – LA MARSEILLAISE.

Classé dans : Liens,POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 0:01

                 Pierrot était venu nous rejoindre, remplaçant Marie-Claude. La salle se vidait, le brouhaha diminuait comme une marée qui recule et s’étale. Sylvain l’a lancé sur le foot, les possibles succès du P.S.G., les incertitudes des Bleus. Il a évoqué les supporters de plus en plus encadrés, de plus en plus triés et les violences qui s’étaient déplacées aux abords des stades. 

- Cette connerie ! ça toujours été, trancha le cafetier. Que ce soit à la fin d’une manif, dans une fête foraine, lors d’un match de foot, il y en a qui vienne que pour la provoc, et la chicore ! C’est bien pour l’ambiance pendant le match qu’ils ne puissent pas entrer, mais ce n’est pas rassurant pour la sortie. De toutes façons, prétextes ou pas, la violence augmente partout.. Croyant le calmer, Karine lui a demandé : 

- Que pensez-vous ? - Que penses-tu, l’a corrigé Pierrot, les amis de mon Sylvain sont mes amis ! 

- Que penses-tu, a obéi
la Sablaise, de
la Marseillaise pour les manifestations sportives ? 
- Sais-tu que j’en ai déjà discuté avec mes clients ? C’est très partagé ! Les joueurs représentent
la France, quand ils gagnent, c’est cocorico ! Mais, toujours, ce qui fâche et amène des discussions, ce sont les paroles. 

Comment veut-on parler de la saine camaraderie du sport, d’affrontements durs mais réguliers avec des mots qui t’invitent à la boucherie ? Bon, c’est l’hymne national et il a bien servi quand il fallait gagner sa liberté, sauver le pays, mais aujourd’hui est-ce utile ? 

On pourrait lui trouver des paroles plus apaisées non ? Il était bien parti et Marie Claude nous a apporté le dessert sans qu’il y prenne garde. 

- Tenez, après avoir entendu un étudiant qui me disait que
la Marseillaise devait s’autodétruire, j’ai cherché le couplet dont il nous parlait, celui des enfants. 

Il a farfouillé dans un tiroir et nous a sorti un dossier plein d’anecdotes, les brèves de son comptoir. - Lisez !  

Nous avons lu. J’avoue que je connaissais le début de ce couplet, pas sa fin.  Nous entrerons dans la carrière,
         Quand nos aînés n’y seront plus ;
         Nous y trouverons leur poussière
         Et la trace de leurs vertus. (Bis)
         Bien moins jaloux de leur survivre
         Que de partager leur cercueil,
         Nous aurons le sublime orgueil
         De les venger ou de les suivre. 
Aux armes, citoyens ! Etc.
         Enfants, que l’Honneur,

la Patrie
         Fassent l’objet de tous nos vœux !
         Ayons toujours l’âme nourrie
         Des feux qu’ils inspirent tous deux. (Bis)
         Soyons unis ! Tout est possible ;
         Nos vils ennemis tomberont,
         Alors les Français cesseront
         De chanter ce refrain terrible :
         Aux armes, citoyens ! 

Imparable ! Et pourtant nous continuons de chanter ce « refrain terrible » même pour jouer avec une balle… et nous continuons à apprendre à nos enfants qu’ils doivent se préparer à combattre « nos vils ennemis ». 

         Pire nous en avons laissé faire un symbole polémique de l’Identité Nationale comme pour notre drapeau et notre Marianne. A ce que je sache, même si j’ai plus usé mes fonds de culotte que ma cervelle à l’école, ils ne représentent pas notre pays, qui en a connu autres, mais bien ceux, chèrement gagnés, de notre République.          Ah ça c’est sûr, les oublieux de nos origines si croi-sées, philosophent moins à propos de notre belle devise « Liberté – Egalité – Fraternité ». ! Moi je crois que ces trois mots ridiculisent trop leur moulinets identitaires. Peut-être que certains lui préfèreraient celle au nationalisme sulfureux de « Travail – Famille – Patrie  ? 

Nous avons calmé Pierrot, en le branchant sur les troglodytes de Rochemenier près de Doué et les caves de Saint Nicolas de Bourgueil. 

Le café avalé, nous avons demandé la note, recongestionnant l’ami de Sylvain. - Ici vous êtes chez moi, et chez moi mes invités ne donnent que leur amitié ! 

Si vous voulez payer, alors faites-vous servir à côté…  C’était presque du César !  Nous avons ri, tous. Il n’y avait que cela à faire et à offrir, avec pour seul règlement, nos bises et nos promesses de revenir… 

Avec ou sans l’Ecrivain. 

13 septembre, 2011

- 42 – « CHEZ PIERROT ».

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:20

En fin de matinée, la circulation était, à peu près, raisonnable, et Sylvain nous a fait voyager en surface, en bus tout simplement. 

Quand on bavarde, le trajet passe vite et notre trac restait subconscient. Notre guide n’avait pas besoin de nous commenter les lieux et les faits, les images avaient été précises, terribles et habitaient notre mémoire depuis cette fin janvier. 

Devant le café, un espace dégagé disparaissait sous les petits bouquets.. Contre le mur, Pierrot, nous a appris Sylvain, avait accroché un grand panneau de liège, des petits mots y étaient épinglés… 

- Chaque jour amène sa provision de messages, parfois même par courrier à l’adresse du bar. La pause du dimanche ne ralentit pas ces signes. » Pierrot et Marie-Claude veillaient à la fraîcheur des fleurs, au renouvellement des petits mots et à leur classement dans un album pour les plus anciens. 

Sylvain avait pour projet d’en faire un recueil, comme existent déjà ces opuscules de « Lettres de… » Aurons-nous assez de temps pour feuilleter cet album ? 

Le café, à cette heure de restauration, était plein… 

Après un silence qui s’est répandu de table en table, Sylvain a très vite été le centre d’un vacarme. 

Nombreux étaient les familiers de ‘‘Chez Pierrot’’ qui le revoyaient pour la première fois depuis l’Evénement. D’autres clients le connaissaient de vue ou de notoriété. Il a calmé cette agitation par un grand geste de salut. 

- Bonjour à tous, je suis particulièrement heureux de vous retrouver chez Pierrot et Marie-Claude. Je vais bientôt retrouver mon coin, pas avant septembre pourtant car la Province m’attend cet été. Je sais que ceux qui le voulaient n’ont pas été oubliés. Mes amis écrivains m’ont tenu au courant de vos demandes et me donnaient de vos nouvelles. Je voudrais vous présenter ces deux jeunes et jolies dames qui m’accompagnent. Elles sont les héritières des vœux de Manu. Elles font partie de ces délégués désignés par le vaste mouvement national pour que notre pays, nos enfants retrouvent une véritable Ecole. 

Ils ont, tous, beaucoup travaillé et bientôt nous connaîtrons le résultat de leur engagement. Nous vous souhaitons un bon appétit et une belle journée. 

Merci de votre accueil et à plus, avec plaisir…  Les applaudissements nous ont accompagnés pendant que Marie-Claude nous conduisait dans leur Privé, un agréable coin bureau-salon-salle-à-manger, réservé aux Pat-rons.  Visiblement, Sylvain était chez lui ici et il a reconnu y avoir passé quelques siestes… 

 Pierrot avait embauché un remplaçant pour pouvoir rester avec nous, enfin lui ou son épouse, alternance oblige. - Où en êtes-vous ? Est-ce que ce pauvre Manu se sera sacrifié pour du renouveau solide ? Quand le saurons-nous ?  

C’était ses questions apéritives et nous lui avons suffisamment dépeint la levée des interrogations, des suggestions et des volontés pour le rassurer. Oui, nous arrivions à l’issue de nos travaux ! Oui, nous en ferions le cadre officiel de notre Ecole! Oui, nous lui donnerions les outils nécessaires pour que jamais la vigilance ne s’éteigne ! 

Le repas était simple, excellent et trop copieux. Il au-rait mérité que nous fassions honneur aux vins de Bourgueil, la région d’origine de nos hôtes, mais la journée n’était pas terminée et nous tenions à garder un peu de lucidité. 

Puisque nous étions dans l’un des « Bureaux » de l’écrivain public, la conversation a abordé la fonction choisie par notre ami. - Ce n’est pas une vocation, vous le savez. Les médias ont suffisamment brodé autour des grandes lignes de mon histoire. 

Certains journalistes, téléguidés peut-être, ont essayé de créer des transversales entre ma route et celle de Manu. Le parallélisme ne leur suffisait pas. Non, non, mon premier et unique contact avec Manu s’est établi ce lundi 31 janvier 2011, devant le Ministère de l’Education Nationale et devant son ministre ! 

Contrairement à Emmanuel, le baroudeur, j’ai eu droit à une sinécure militaire. 

Voulant, avant tout faire abstraction de ma personne, j’ai rempli mes journées avec les préoccupations des autres. Pour les confidences, vraies ou sublimées, le foyer du soldat est un bel endroit pour s’épanouir, plus encore que le bistrot traditionnel. 

De la confidence à la révélation de problèmes, le pas a été sauté doucement et j’ai offert mes services pour conseiller une démarche, arbitrer un dilemme, prendre un contact administratif et, enfin, aider à rédiger des courriers, variés… Vous savez, les soucis des hommes, à l’époque je n’avais à faire qu’à des militaires au masculin, sont très peu diversifiés. Famille, argent, amour, amitié, relations admi-nistratives, le tout décliné en demandes, refus, explications sur le mode de la banalité, de la joie, de l’affection, du dépit, de la peine ou de la colère. 

Boileau a fait suer bien des lycéens en affirmant que « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » Quelle sottise ! 

Que de belles phrases, j’ai entendues ! Que de belles images me furent décrites ! Que de poésie dans des souvenirs, dans des espoirs exprimés ! Puis plus rien devant la feuille… 

Ah, si tous les êtres humains pouvaient écrire leurs rêves, presser les fruits de leur imagination ou simplement se raconter, que de beaux livres naîtraient ! Mais voilà, dire est déjà difficile et toute la maïeutique d’un psy est délicate, alors écrire, pour certains, relève de l’impossible Voltaire a beau dire que : « L’écriture est la peinture de la voix », cela ne rend pas tout le monde artiste, même amateur ! 

Voilà comment je suis devenu une oreille et une main. Mon organisation est curieuse sans doute, mais pas fantaisiste. Vous savez, elle est bien structurée. Je peux aller de quartiers en quartiers, limités et choisis quand même, puis de villages habituels en villages habituels, sans que mes bureaux soient désertés. C’est une belle chaîne où règne le chèque-emploi le plus souvent, où chacun retrouve son compte, de services, de complément de ressources et d’amitié. 

Je pense que j’avais un ancêtre peintre rupestre qui déjà gravait dans le fond des grottes les messages de ses compagnons chasseurs. C’est à travers une longue chaîne des scribes que se perpétue notre fonction…  Sylvain avait terminé. Karine, puis moi, lui avons naturellement demandé si la Vendée ou l’Hérault n’étaient pas sur sa route de colporteur d’écritures… - Pour l’instant non ! Je descends presque à vol d’oiseau du Nord vers le Sud en m’arrêtant près de Millau. Mais c’est à voir pour un franchissement des Cévennes. Quant à la Vendée, j’y ferai plutôt une visite d’amitié. Lucas, Thibault et toi serez mes guides pour un département dont je connais l’histoire, les richesses, mais où je n’ai pas encore posé mes bottes.  

8 septembre, 2011

Bouger pour construire aussi!

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,SAVOIR ET PROPOSER — Alain @ 21:19

Aujourd’hui est un cadeau, c’est pour ça qu’on l’appelle présent.

Saurons-nous faire présent de notre passé pour que demain ne devienne pas un mystère trop pesant pour nos jeunes? 

         Je n’ai jamais quitté l’école, élèves, enseignant spécialisé, directeur, retraité intervenant j’ai connu bien des réformes, bien des expériences…  toutes  furent projetées avec de bonnes intentions rares furent celles dont les moyens puis les résultats furent à la hauteur de leurs ambitions.

           Mais jamais nous n’avons assisté à de telles successions de réformettes disparates et démobilisatrices. Quand enfin ira-t-on à la racine du problème :

 UNE ECOLE ACCEPTEE DANS SA DIVERSITE ET GEREE EN FONCTION DE CETTE DIVERSITE, DANS SON PROJET, SON EQUIPE, SON ANIMATION ET SES MOYENS ADAPTES ?

            Trop simple sans doute. Un puzzle, c’est mieux!

        Je me félicite de retrouver presque chaque jour dans la presse des échos du combat des parents et des enseignants. Par contre je ne comprends pas pourquoi il y a ce conflit !

          Le gouvernement est nommé, sous la houlette du Président de la République (c’est un raccourci, je connais le rôle théorique d’un premier ministre) pour qu’en France les problèmes soient analysés, des discussions conduites, des propositions examinées et des mises en œuvres engagées… et tout cela dans l’intérêt supérieur du pays, des citoyens, des enfants et de l’Avenir.

          Les Français sont, dans leur majorité, directement concernés sinon intéressés à ce qu‘émergent des solutions pragmatiques !

           Or que voyons-nous? Un pouvoir qui décide de transformations sans tenir compte des besoins ressentis, exprimés. Aucun échange n’est véritablement établi, sinon sur le mode conflictuel.

         Ce n’est pas la valse hésitation des ukases puis des reculs qui peut clarifier cette situation.

         Dans la lutte du pot de fer contre le pot de terre, on ne dit pas où est la vérité, car il ne saurait y en avoir une seule, on dit simplement que celui qui a la force a toutes les chances de briser l’autre.

        Nous sommes de nombreux anciens, retraités, à nous demander ce que nous avons fait de mal pour que notre école soit ainsi un enjeu, plutôt qu’un lien fort. Notre expérience, notre vocation, nos erreurs comme nos réussites nous pouvons les mettre au service d’un renouveau.

        Je n’accorde pas toute ma compréhension à ceux qui s’engagent si dangereusement, pour eux,  mais j’admire leur pugnacité, sous les menaces, les quolibets de leur administration. Avons-nous besoin de sacrifices pour que naissent le respect et la discussion ? Il faut croire que oui. C’est vraiment dommage !

        A tous ceux qui regardent ailleurs, qui crient à l’anarchie, qui rit des agitations bruyantes… je dis : «  Vous les sages, modérés passifs qu’attendez-vous ? Que l’ECOLE se détériore encore plus ? Qu’elle se banalise, se formate ? Que l’inégalité éducative devienne la règle comme pour les soins, le pouvoir d’achat ? Ou, peut-être, attendez-vous qu’un événement médiatise un moment du conflit et lui donne alors le droit à votre attention ? Ce serait bien dans l’air du temps hélas !

              Allons soyons sensés, tous, et demandons un retour au calme constructif !

               N’oublions pas notre Présent difficile mais pensons aussi à notre Futur et à celui de nos enfants.

- 41 – NAISSANCE D’UNE CHARTE POUR L’ECOLE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 21:09

               Heureusement, nous avions bien travaillé dans notre petit théâtre de Montpellier. J’avais quand même révisé, recueilli des remarques, annoté nos premiers jets pendant cette fin de semaine. Même si mes déplacements ne m’avaient pas laissé de temps pour m’y replonger, j’étais au point pour la seconde mi-temps.. 

 

                Les représentants des médias étaient encore plus nombreux. Percevaient-ils que nous atteignions la dernière phase de nos travaux ? Que du plausible s’alignait sur nos feuilles ?              

                Les saluts, les appels étaient pleins d’amitié.   

            Les journalistes partageaient cette bonne humeur. Les appareils photos crépitaient, les micros se tendaient, mais les questions tournaient plus sur les réactions, les consignes de nos comités locaux que sur les résultats de notre précédente semaine.   

                     Je pense qu’ils avaient compris que chacun d’entre nous avait un pavé sur la langue, au moins sur ce sujet.

             En revanche, eux s’ingéniaient à tirer des hommes politiques, au pouvoir ou d’opposition, leurs sentiments sur notre Mouvement, notre Congrès et notre volonté d’aboutir à une Ecole nouvelle.        

             Rares étaient les avis délibérément négatifs. Nous avions été portés par une trop grande vague populaire pour qu’un élu se déclare hostile à nos objectifs. 

          Evidemment, les adversaires du gouvernement souhaitaient que nous affirmions avec force les nuisances  apportées par sa politique scolaire et qu’il en soit déstabilisé lors des prochaines élections. Mais nous n’étions pas convaincus de leur totale adhésion à nos projets. Un jour, c’est peut-être l’actuelle opposition qui prendrait les rênes de l’Etat et nous souhaitions des engagements, pas de la récupération.        

            La majorité aux commandes tablait sur notre utopie, l’assimilait aux rêves des hippies. Elle comptait sur le temps pour que les déterminations s’épuisent. Elle savait que nos propositions devraient nécessairement passer par le tamis du Parlement et qu’il serait facile d’allonger les temps d’étude de la proposition de loi en multipliant les demandes d’amendements, en jouant sur la navette, en affadissant le contenu des articles agréés… Et puis, même votée, une loi peut stagner, les textes d’application se faire attendre, être complexés, erronés, bref qu’entre législation et réalisation, le temps de l’oubli peut aisément s’installer.

 

          Les commentateurs, les journalistes brassaient allègrement les moindres propos des politiciens et en forgeaient des hypothèses, semaient la confusion,    

        Seuls, pour l’instant, nous étions épargnés.

          Je retrouvais ma rangée dans les gradins du cirque. Karine et Sylvain étaient déjà installés. Elle n’avait pas quitté la capitale, sa banlieue surtout. Entre sa famille et celle de Thibault, il y avait bien des visites à rendre. Le papa et Lucas étaient en forme, nous les verrions ce soir.            Les pansements de Sylvain s’étaient allégés. Il nous a affirmé se sentir plus solide, plus vaillant. 

            Je les revoyais avec un très grand plaisir.

                 Sylvain nous a fait une proposition :     

           - A midi, la pause sera assez longue car nos Sages du Bureau ont prévu, après les travaux de la matinée, de consacrer ce moment à peaufiner et rédiger une Charte quasi-définitive. Ils annoncent une reprise de la réunion vers 16 h. 

           Si vous le souhaitez, je peux vous présenter Pierrot et mon Bureau, rue de Grenelle…        

    Tout de suite, nous nous sommes regardées, Indéniab-lement, Karine et moi partagions la même et soudaine émotion

          C’est vers Manu que Sylvain se proposait de nous amener. Vers le lieu de son autodafé, là où avait jailli le mouvement qui nous réunissait.       

    Notre ami a allégé notre tension en restant pragmatique :  

          – On n’y mange pas mal, Pierrot et sa femme sont sympas et peut-être que je vous parlerai de mon boulot…  

          C’était d’accord.   

         Nos documents en main, nous avons commencé à faire état des modifications, des formulations, des précisions souhaitées. Comme pour moi, les remarques de tous avaient été enrichies des avis glanés auprès de nos mandants. Les ondes avaient bourdonné, la toile s’était éclairée et la grande trame de nos concitoyens avait consolidé ses fils.   

        Notre Charte naissait, se précisait, l’architecture de notre Ecole profilait sa charpente, étayait ses murs, dégageait ses larges fenêtres ouvertes sur la vie,      

     Voir, chapitre après chapitre, s’énoncer les finalités, les objectifs, les consignes, les attentions, les précautions, avait une force extrêmement convaincante. 

 

          Nous étions en plein dans notre rêve auraient dit nos détracteurs! Nous aussi, car c’était un rêve que nous, les « dreamers » de Manu, avions eu et que nous voulions transformer en réalité.

                                                                                                                 A SUIVRE 

7 septembre, 2011

- 40 – OUI TANTINE !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 12:35

                             Vers 22 h, j’étais au pied de l’immeuble de mon oncle et de ma tante. Le printemps avait adouci l’air et les platanes, le carré d’herbe rustique, les rosiers me semblaient agréablement accueillants. 

                            J’étais toujours encolérée par ce vilain barbu ! 

                            Décidément, je ne comptais pas la tolérance au nombre de mes vertus… Tant mieux sans doute, car sinon, me serais-je lancée dans cette aventure ? 

                            Rob et Alice m’attendaient. Ils avaient préparé un repas de campagne, ma campagne militante et la campagne de leurs terroirs… Ils devraient pourtant savoir que le «retour au pays» n’avait pas été une période de carême…                          Comme pour de nombreux grands-parents et parents, nourrir les « petits » allait de pair, pour l’élan maternel, avec affection et chaleur 

                        J’ai remarqué aussi que, comme moi, comme Yann, certains de nos amis, dès leur arrivée chez leurs parents, instinctivement, ouvrent le frigo, moderne sein maternel, peut-être… Pour les enfants devenus autonomes, se réapproprier l’ambiance familiale passe par le palais et l’estomac.                           Fine mouche, Licette avait senti ma tension derrière mon plaisir à les retrouver. D’entrée, elle m’a dirigée vers la douche : 

                        – Lave-tout !               – Oui Tantine !  

                    J’ai réussi quand même à différer le décrassage pour téléphoner à la maison; pas de net ce soir. 

                  Juliette m’a beaucoup interrogé sur Romane, avec une belle envie dans la voix. Elle a saisi tout l’esprit du conte, Killian, plus pratique, trouvait qu’une cruche fendue pour arroser, c’était nul. Je laissais le soin à sa sœur de lui déc-rypter le message de l’histoire             Yann a tout apprécié, sauf cette fin de semaine un peu bousculée et s’est indigné de mon altercation de terminus : 

            - Ah si j’avais été là ! »                  J’ai imaginé l’explosion et j’ai dédramatisé l’incident. 

                Bonne nuit à tous, bisous adaptés selon le destinataire et à demain. 

              Evidemment
la Carthagène élevée au rang d’apéro ici, de pousse-repas chez mes parents, rare à la maison, attendait. C’est vrai que son fruité, lourd, présent, portait le soleil de nos vignobles. Une boisson pour souligner une journée bien remplie ! 

          – Alors ?            ça, c’était la brièveté curieuse de Rob… 

               J’ai tout raconté en me débarrassant d’entrée de l’épi-sode désagréable de notre interpellation, déjà corrigée par la réaction des voyageurs. Toujours lapidaire, Rob a tranché : 

          – Quel con !            Ni nuances, ni discussion, un jugement, une condamnation sans appel ! Approuvée par le hochement de menton de son Chou d’épouse. 

          Après… Que du bonheur ! 

               En remontant le temps, j’ai fait aimer à mes deux hôtes, Delphine, Romane. J’ai conté
la Cruche fêlée. Robert en connaissait une version maghrébine. 

            J’ai multiplié les anecdotes, les plaisanteries et les bisous de mes deux trésors, j’ai vanté les talents ménagers de Yann et évidemment donné des nouvelles des Cévenols, la sœur Pythie, le beau-frère inventeur, Xénia la voyageuse et David, le broc comme le surnommait Rob… L’œil allumé de Licette ne trompait pas, elle savait, la chipie, l’attirance de mon beau-père pour elle…              Je n’ai pas omis toutes nos rencontres, nos échanges par tous les moyens, avec ceux qui, directement ou indirectement, m’avaient confié la responsabilité de les représenter à Paris. 

          Vers 23 h, c’est raisonnable, au lit, demain il y a usine ! 

5 septembre, 2011

- 39 – DEUX COMPAGNES MAGIQUES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:28

               Cette fois, j’ai eu la chance d’avoir pour compagne de voyage, une maman, de mon âge environ, une jolie blonde au grand sourire et au regard lumineux. Des yeux, sans un mot, nous avions déjà sympathisé mais la présence de sa petite fille valait aussi toutes les passerelles du monde.            

            Une magnifique poupée, toute ronde qui d’entrée m’explorait, me dédiait sourires et pépiements, me déployait toutes les armes de sa séduction. Immobile, ses prunelles, noires, immenses, ne quittaient pas les miennes. Ni sa mère, ni moi n’intervenions, cela eût été un sacrilège. Elle me jaugeait.              Sans brusquerie, en détournant à peine son attention, elle a exploré le sac posé près d’elle, en a sorti une vache, un arbre, une poule mais les a seulement posés sur la tablette. Son sourire s’est élargi, comment était-ce possible, et elle m’a offert un lapin de chiffon, bien érodé apparemment. 

           Elle lui a fait un câlin et sans hésiter me l’a tendu. Je venais d’être adoptée !              Ce que m’a confirmé Delphine, la maman. Enfin, nous pouvions parler, la glace était rompue ! 

           Mademoiselle se prénommait Romane, venait de fêter son premier anniversaire et trottinait déjà…           Après le lapin, c’est un livre qui m’est parvenu avec des mimiques expressives ; elle me tendait les bras et m’instaurait sa lectrice. 

          Quelle attention ! Le livre était familier, car elle tournait les pages au bon moment et si par jeu, je changeais l’histoire, montrais une illustration de Tortue en la nommant Cochonnet, Romane me prenait la main et me fixait, sourcils froncés, réprobatrice.            Un moment, après lecture, jeux avec les petits person-nages, quelques grognements et impatience se sont manifestés, la faim montait. 

          Delphine a sorti les plats préparés pour sa fille et nous sommes allées jusqu’au wagon-restaurant pour les réchauffer.           Bien sûr, prise entre nous deux, c’est sur ses gambettes dodues que Romane a parcouru l’allée, sans hésiter pour se rattraper à un fauteuil, un genou, une main secourable… Le train est une dure école d’équilibre pour les petits châteaux branlants ! 

           Nous avons bénéficié d’une tablette disponible et d’une chaise pour Romane. Café pour nous, copieux goûter pour la miss. Il n’y avait plus qu’à procéder au nettoyage et à la mise à l’aise pour un sommeil qui déjà s’annonçait.            Personne n’occupait la quatrième place, hasard ou gentillesse d’un voyageur… Nous avons calé la presque endormie sur mon côté et je me suis installée près de Delphine. 

           Elle était professeur de danse et, après les cours pour tous âges, avait restreint ses leçons aux enfants. 

           Parfois dans des activités d’associations, parfois dans des écoles, de plus en plus rarement, elle avait appris la valeur de l’expression corporelle chez tous, chez les enfants surtout. Elle fourmillait d’anecdotes de petits renfrognés, observateurs dédaigneux, puis conseillers, puis mimes et peu à peu intégrés à la troupe…            Elle racontait la communion dans les groupes pour qu’un spectacle naisse et enchante autant les petits artistes que les familles. 

          - La décontraction, seule concevable chez des enfants, disparaît trop vite avec la peur du ridicule à l’adolescence. Seuls le plaisir du geste réussi et, devant le public, leur fierté, même camouflée sous les airs blasés, justifient leurs efforts. Les miens aussi…            Elle avait surpris un de ses « rigides » de neuf, dix ans, dansant seul une chorégraphie de son invention devant le miroir d’une salle désertée… Discrète, puis complice, elle avait valorisé sa création, joué le jeu de la spectatrice et peu à peu le gamin s’était débloqué. Il était devenu meneur dans son groupe de danseurs… 

           Je lui parlais de notre Congrès pour l’Ecole. Elle était bien informée, avait participé à des groupes de réflexion.             Delphine s’était particulièrement sentie touchée par l’isolement de certains enfants, pas rejetés par les autres mais s’excluant d’eux-mêmes de la société sous toutes ses formes. Pas autistes mais simplement écartés, méfiants mais surtout étrangers… 

                Elle m’a fait retrouver un conte que j’avais entendu ou lu avec des circonstances, des personnages différents, mais qui en tous ses avatars portait toujours la même force.              Pour ce jour, c’est en Chine qu’elle m’a transportée, près d’une vieille paysanne dont la fonction depuis très longtemps était d’alimenter le hameau en eau. 

              Plusieurs fois par jour, son balancier en équilibre sur ses épaules, elle portait ses cruches vides jusqu’à la source éloignée et les rapportait pleines et fraîches.            Seulement, l’une des cruches, récente, solide, rapportait toute son eau, sans en perdre une goutte alors que l’autre plus âgée, usée, fêlée suintait tout le long du chemin et arrivait à moitié vide au village.   

             Evidemment la belle grosse cruche se moquait de la pauvre cruche fissurée qui en souffrait  beaucoup.           Un jour, elle n’y tint plus et osa parler à la vieille Chinoise : 

           -  Tu dois me jeter ! Je suis usée, je perds de l’eau et ne rapporte presque plus rien au village. Je suis lourde et tu te fatigues pour peu de résultats… Abandonne-moi ce sera beaucoup mieux !              - Pas question ! s’exclama la porteuse d’eau. As-tu déjà fait attention au chemin que nous parcourons depuis tant de jours ? 

           - Oui, il est long pour toi !             - Mais non, bécasse ! Regarde bien sur ton côté, lorsque nous allons à la fontaine tout est sec, caillouteux triste… De l’autre côté, celui que tu suis, lorsque je t’ai bien remplie, poussent des fleurs splendides, toutes espèces de fleurs, de toutes formes, toutes tailles, toutes couleurs, tous parfums. Elles sont là grâce à toi. 

           Sur ce bord de notre chemin habituel, j’ai semé des graines, il y a longtemps, et toi tu les arroses, doucement plusieurs fois dans une journée à chaque retour… Si je peux embellir ma maison, celle de mes amis du village, nos fêtes c’est grâce à toi. Tu es usée, tu fuis, la belle affaire ! Ce que tu appelles tes défauts pour moi, pour nous, ce sont des richesses et nous y tenons…              La jeune cruche avait bien compris le beau travail de sa compagne et demanda à la vieille dame de la remplir encore plus pour remplacer un peu le cruche fêlée…  

           J’ai aimé me retrouver dans cette parabole et me suis promise de la raconter le soir même à Juliette et Killian ; à quelques adultes un peu secs de cœur aussi… 

          Nous n’avons guère cessé de parler pendant le reste du voyage. Romane souriait à ses rêves, son lapin blotti contre son cou. 

          L’importance de quiétude prénatale est venue dans notre conversation, à propos de bébés très agités. Les recherches dans l’hérédité abondaient dans ce cas : son père, sa tante, sa grand-mère… étaient déjà comme ça ! 

           Moi, je me souvenais d’une émission ancienne, j’étais au collège mais ce bref documentaire m’avait marquée. Un spécialiste évoquait un bébé très agité, tout en gesticulations, cris de rage, essoufflements… Apparemment, rien ne pouvait l’apaiser. Dans un laboratoire, étaient disposés deux lits, un pour la maman, un pour le bébé. Entre les deux, une citerne d’eau et tout un système de communication orale qui passait par le liquide.               Je me souviens, comme d’un tour de magie, que lorsque la maman parlait calmement à son enfant à travers ses couches d’eau sans doute savamment dosée, le bébé se calmait, tout en lui s’étendait ; les bras, les jambes, les yeux, les crispations s’effaçaient et les cris se taisaient. 

            Le commentateur faisait état de nombreuses répétitions du traitement et finalement d’un enfant prêt pour la vie. Il avait revécu paisiblement un contexte pré natal, à l’origine, très tumultueux. 

            Nous avons étalé les témoignages de vie toujours présents dans nos sacs à main si moqués par les hommes.         Des photos de maisons, de paysages, de parents et de nos absents. Guillaume, l’époux de Delphine était aussi un grand, costaud, aux yeux profonds et largement étirés. Un large sourire que je lisais malicieux traversait son visage et contredisait une coupe rase, commando : « « Pour le casque de moto ! » 

           – C’est un faux taiseux, expliqua sa compagne. Bien lancé sur ses sujets d’intérêt, et il n’en manque pas, il devient intarissable et très jovial. Il a ses têtes, ses ambiances, ses lunes aussi. Il travaille pour une très grosse entreprise aéronautique et son sérieux, sa méticulosité en font, semble-t-il, un auxiliaire très apprécié.            Guillaume est un sportif sans excès ni recherche d’exploit mais constant. Cela lui permet de cultiver, en divers activités, une belle fidélité à ses amis les plus anciens. 

           Nous avons convenus, après mon portrait nullement objectif de Yann, qu’ils devraient s’accorder sans problème. Quand deux femmes tissent l’avenir, la tapisserie rutile de clins d’œil rieurs.           Les photos, multiples, de Juliette et de Killian m’ont permis de les raconter de leur naissance à ce jour. Deux joyaux dans l’écrin de notre amour parental. 

          Que du bonheur ! 

           Pourtant… 

          Nous avons terminé ce voyage par un épisode houleux. Romane commençait à s’agiter. Je me levais pour la border. Soudain, notre voisin de derrière, un barbu que j’aurai bien vu prof, il m’a très vite détrompée, nous a lancé :  

          - Je vous ai entendue, vous faites partie de ces illuminés qui pensent que l’école est un jeu et que la discipline est inutile. Parce qu’un malade s’est fait brûler, vous allez monter le bourrichon des émotifs, culpabiliser les parents et ramener notre Education dans le « N’importe quoi… »           Madame, la vie n’est pas un cadeau ! Ce qu’il faut, c’est leur apprendre à lutter et à gagner, pas les attendrir…  

      Le silence s’était fait dans la voiture, sauf pour Romane qui commençait à chouiner avec ce réveil en fanfare. 

            Delphine a posé la main sur mon bras pour prévenir une réaction trop vive.           Je n’avais pas l’intention de me lancer dans une polémique avec cet énergumène. Je m’adressais plutôt à nos voisins : 

        - Veuillez excuser ce Monsieur ! Il a dû faire un cauchemar en nous entendant parler d’enfants heureux ou d’enfants retrouvant la joie d’apprendre. Il pense qu’une bonne guerre remettrait tous les utopistes, les trublions dans le rang et que la loi du plus fort redeviendrait enfin une ga-rantie d’obéissance et de paix…            A tous ceux qui pensent ainsi, je dis : « Vous en avez le droit ! », notre démocratie le permet. A tous ceux qui croient que l’enfant est la chance du Futur et que l’Ecole doit la garantir, alors je dis : « Vous aussi, vous avez le droit de le penser, de le dire, de soutenir ceux qui aujourd’hui oeuvrent pour qu’il en soit ainsi ! » 

          Delphine me tenait toujours. Romane s’était calmée et me tendait ses menottes avec un sourire qui valait toutes les promesses pour Demain. 

         Après un bref, très bref silence, des applaudissements ont éclaté, ravivant ma confusion et humidifiant mes yeux de toute ma tension contenue. Que de sourires et de mains tendues, même quelques bises lors de l’évacuation à notre arrivée. 

          Je n’ai plus vu mon agresseur et ne m’en suis vraiment pas souciée ! 

           Il était 21 h à notre arrivée à Paris. Nous avons pris le temps d’échanger adresses, numéros de téléphone et promesses de contacts. Romane ne me quittait plus. Elle était à nouveau prête pour jouer.            - Elle s’endormira dans la voiture, pas de problème.           La mère de Delphine approchait. C’était elle qui les récupérait ce soir. Le mari de ma nouvelle amie volant vers Los Angeles ; un avion défectueux le réclamait… 

Rencontres au long des pages…

Classé dans : Liens,POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 11:29

Dans les pages de « …et l’Ecole renaîtra de mes cendres! » vous rencontrerez: 

MANU : Le baroudeur devenu prof de mécanique auprès de jeunes en difficulté. Sa bulle se brise, il veut que son sacrifice serve l’Ecole, l’avenir.   

  SYLVAIN : L’écrivain public itinérant des arrondissements de Paris et les villages de province. Il n’oubliera jamais les yeux de Manu.

   ISABELLE : Maman résignée à subir, compenser la casse de l’école, brusquement réveillée par le geste ultime de Manu. Déléguée de l’Hérault, elle est le fil d’Ariane de cette aventure.

    KARINE : Déléguée de Vendée, elle devient l’amie d’Isabelle et de Sylvain séduits par sa véhémence et sa passion.

   LE BROC . Philosophe et attentif autant à l’histoire des objets qu’à celle des gens qui leur ont donné une âme.

 LES HORLOGERS : Ce couple improbable, né d’une guerre, offre leur nid si pittoresque à Isabelle et ses amis.    LE GENDARME : Bouleversé par sa rencontre tumultueuse avec des loubards de banlieue et leurs animateurs bénévoles, il en reste  profondément marqué.  

les BISTROTIERS : Hauts en couleurs, ils animent le café en face du ministère de l’Education Nationale. Sylvain y tient table d’écriture et Manu y prend son dernier café avant de s’élancer…

 L’ANIMATRICE DU PRJ : Son action, sa nécessité rappellent que les villages ne sont pas exempts des incertitudes, des troubles de l’adolescence… Elle accompagne les jeunes, propose son oreille autant que des actions de valorisation.   DES PROFS BIEN SÛR : Résignés de plus en plus ; attachés à leur vocation encore, ingénieux mais solitaires, et puis réveillés soudain… 

  DES PARENTS : Inquiets, résignés aussi ou à la recherche de compensations pour pallier le désarroi d’un système éducatif à la dérive.     DES ANCIENS D’UNE MAISON DE RETRAITE : Autour de Sylvain, ils ouvrent le livre de leur vie et de leurs envies… 

  DES ENFANTS : Comment ne pas entendre leur voix et agir pour donner une chance à leur avenir.  LES ELEVES DE MANU : Dans son atelier, dans leur établissement, ils formaient sa bulle et justifiaient ses engagements. Ne pas avoir su les protéger va le briser. Ils parlent  de leur prof avec émotion mais ils veulent aussi que leur avenir devienne possible et beau. Au nom de Manu, pour eux, pour d’autres marginalisés, ils œuvrent pour y parvenir. 

 LES DELEGUES : Dans leur cirque parisien, ils portent la volonté, la vague de la renaissance. Sans violence, avec pugnacité, forts de l’imagination constructive du grand réveil de toutes les réunions de l’hexagone, ils exposent, écoutent, corrigent, adaptent  avec un seul but : une refonte sincère, lucide, réaliste de notre ECOLE.    DES ELUS : Par eux doivent passer les textes qui rendent réels les rêves d ‘Ecole. 

3 septembre, 2011

- 38 – LE POINT RENCONTRE JEUNE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 11:00

               Le dimanche matin fut court. La grasse matinée s’étira encore plus ; il fallait bien se retrouver et les enfants, tard couchés, nous laissaient à notre intimité.

             Nous étions déjà levés lorsqu’ils ont émergés. Yann préparait le repas et oui !  

          Moi je ne quittais plus le téléphone. Mes parents, des amies qui ne m’avaient pas assez vue hier soir… Alice et Robert même. Deux ou trois correspondants de presse, à tout hasard, mais pas David. 

               Lui a enfreint les interdits de Yann. Il s’est pointé, de passage a-t-il dit, pour me remettre un vieux Code Soleil de 1960 et une Morale des Instituteurs encore plus ancienne.  

           -Tiens, il y a de bonnes choses et d’autres assez drôles là dedans… 

               Ce qui l’intéressait, c’était bien sûr de me sentir satisfaite de ma semaine, mais surtout heureuse de mon hébergement dans le 14ème. Plus particulièrement chez les horlogers, plus précisément sous la houlette de Licette.  

          Je l’ai fait un peu languir, puis me suis lâchée pour exprimer le bonheur de partager des moments avec ce couple d’exception. David n’en était pas jaloux. Pour cet inconditionnel, la fée de ce logis était ma tante et elle rayonnait sur tout, sur son esprit notamment, à 800 km de distance…  

             Il n’est pas resté. Monsieur partait tout simplement là-haut, vers l’Aigoual, chez mes parents…  

             Je me suis permis une seule échappée vers notre animatrice du Point Rencontre Jeune. Je ne connaissais vraiment Jordane que depuis nos réunions. J’avais découvert une jeune femme discrète, mais d’une énorme capacité d’écoute, d’une connaissance extraordinaire des adolescents et des jeunes gens qu’ils devenaient. 

             Son autorité était incontestable et reposait sur le cont-rat de confiance souscrit entre elle et ses jeunes. Entre elle et ses employeurs aussi, entre elle et le village. 

           J’ai assisté à des moments chauds où le ton montait entre quelques garçons énervés. Les mots grossissaient et allaient céder la place aux coups. Elle est entrée dans la pièce, n’a pas dit autre chose que : « Non ! » et ignoré les tentatives d’explications, les renvois de la faute vers l’autre. Elle a dit simplement : 

           - Ici c’est chez tous ! Nous avons nos règles, notre code comme vous m’avez dit. Ici, on discute on écoute, on ne se butte pas. Que je sois présente ou non.

           Ou vous respectez le contrat ou vous abandonnez le foyer…    

       Elle n’a pas demandé que les mains soient serrées, que des promesses de paix s’échangent, non simplement le retour au calme et le respect de leur vie ensemble.

              Avant que les protagonistes ne réagissent, protestent, boudent ou sortent, elle a offert :

             – Si vous voulez qu’on discute, pas de problème, c’est o.k, vous le savez, mais pas tout de suite. Maintenant, on a à faire, j’ai besoin de vous… 

               Je l’ai vue aussi calmer des débuts de rixes entre jeunes gitans des terrains voisins et des jeunes du village, en renvoyant les uns et les autres dans leur coin.    

             Elle est un élément de liaison entre les associations qui accueillent des jeunes, leur participation aux fêtes, aux opérations Village Propre, à l’animation de notre animal to-témique… Ces prises actives de responsabilité, c’est son œuvre.   

            Seulement, l’association départementale qui mettait de tels animateurs à la disposition des communes était menacée. Les détachements supprimés décimaient leur encad-rement et les subventions diminuaient, diminuaient…

             Je suis certaine qu’elle connaissait certains de ses jeunes qui avaient fui un bracelet ou des contrôles trop fréquents.  

                Je lui ai raconté l’ambition qui animait les délégués. Je lui ai assuré que nous n’avions pas oublié ses protégés. 

          – Il serait temps, m’a-t-elle confié, il y a déjà eu des vols dans les grandes surfaces pour ravitailler les clandestins. J’ai peur que cela ne fasse que s’amplifier. Tous ces marginaux n’ont plus grand chose à perdre ou à espérer ! La fracture s’aggrave… 

              J’ai retrouvé ma petite famille. Yann avait fait des prodiges et sans recourir aux conserves ou aux surgelés.  

             L’après-midi, nous l’avons voulu sportif. C’est dans un immense domaine gagné sur la garrigue, au-dessus des combes, des vallonnements, des vignobles et des oliveraies que nous avons marché, couru, joué.

               Ces hectares s’étaient peu à peu boisés d’essences très diverses. Un homme, un émule de Giono, depuis des années, plantait des arbres, les soignait, dégageait les sentiers et racontait leurs origines, leurs légendes aussi. 

           Il a bien fallu remplir ma valise et envisager le départ. 

            Yann avait enregistré sur une clé USB les messages de cette semaine. Il les avait classés par dossier, cela me ferait une occupation pour le trajet vers Paris.    

          Nouveaux bisous pour Juliette, pour Killian, pour Yann, un au revoir par la fenêtre et en route pour notre Charte. 

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