et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

8 septembre, 2011

- 41 – NAISSANCE D’UNE CHARTE POUR L’ECOLE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 21:09

               Heureusement, nous avions bien travaillé dans notre petit théâtre de Montpellier. J’avais quand même révisé, recueilli des remarques, annoté nos premiers jets pendant cette fin de semaine. Même si mes déplacements ne m’avaient pas laissé de temps pour m’y replonger, j’étais au point pour la seconde mi-temps.. 

 

                Les représentants des médias étaient encore plus nombreux. Percevaient-ils que nous atteignions la dernière phase de nos travaux ? Que du plausible s’alignait sur nos feuilles ?              

                Les saluts, les appels étaient pleins d’amitié.   

            Les journalistes partageaient cette bonne humeur. Les appareils photos crépitaient, les micros se tendaient, mais les questions tournaient plus sur les réactions, les consignes de nos comités locaux que sur les résultats de notre précédente semaine.   

                     Je pense qu’ils avaient compris que chacun d’entre nous avait un pavé sur la langue, au moins sur ce sujet.

             En revanche, eux s’ingéniaient à tirer des hommes politiques, au pouvoir ou d’opposition, leurs sentiments sur notre Mouvement, notre Congrès et notre volonté d’aboutir à une Ecole nouvelle.        

             Rares étaient les avis délibérément négatifs. Nous avions été portés par une trop grande vague populaire pour qu’un élu se déclare hostile à nos objectifs. 

          Evidemment, les adversaires du gouvernement souhaitaient que nous affirmions avec force les nuisances  apportées par sa politique scolaire et qu’il en soit déstabilisé lors des prochaines élections. Mais nous n’étions pas convaincus de leur totale adhésion à nos projets. Un jour, c’est peut-être l’actuelle opposition qui prendrait les rênes de l’Etat et nous souhaitions des engagements, pas de la récupération.        

            La majorité aux commandes tablait sur notre utopie, l’assimilait aux rêves des hippies. Elle comptait sur le temps pour que les déterminations s’épuisent. Elle savait que nos propositions devraient nécessairement passer par le tamis du Parlement et qu’il serait facile d’allonger les temps d’étude de la proposition de loi en multipliant les demandes d’amendements, en jouant sur la navette, en affadissant le contenu des articles agréés… Et puis, même votée, une loi peut stagner, les textes d’application se faire attendre, être complexés, erronés, bref qu’entre législation et réalisation, le temps de l’oubli peut aisément s’installer.

 

          Les commentateurs, les journalistes brassaient allègrement les moindres propos des politiciens et en forgeaient des hypothèses, semaient la confusion,    

        Seuls, pour l’instant, nous étions épargnés.

          Je retrouvais ma rangée dans les gradins du cirque. Karine et Sylvain étaient déjà installés. Elle n’avait pas quitté la capitale, sa banlieue surtout. Entre sa famille et celle de Thibault, il y avait bien des visites à rendre. Le papa et Lucas étaient en forme, nous les verrions ce soir.            Les pansements de Sylvain s’étaient allégés. Il nous a affirmé se sentir plus solide, plus vaillant. 

            Je les revoyais avec un très grand plaisir.

                 Sylvain nous a fait une proposition :     

           - A midi, la pause sera assez longue car nos Sages du Bureau ont prévu, après les travaux de la matinée, de consacrer ce moment à peaufiner et rédiger une Charte quasi-définitive. Ils annoncent une reprise de la réunion vers 16 h. 

           Si vous le souhaitez, je peux vous présenter Pierrot et mon Bureau, rue de Grenelle…        

    Tout de suite, nous nous sommes regardées, Indéniab-lement, Karine et moi partagions la même et soudaine émotion

          C’est vers Manu que Sylvain se proposait de nous amener. Vers le lieu de son autodafé, là où avait jailli le mouvement qui nous réunissait.       

    Notre ami a allégé notre tension en restant pragmatique :  

          – On n’y mange pas mal, Pierrot et sa femme sont sympas et peut-être que je vous parlerai de mon boulot…  

          C’était d’accord.   

         Nos documents en main, nous avons commencé à faire état des modifications, des formulations, des précisions souhaitées. Comme pour moi, les remarques de tous avaient été enrichies des avis glanés auprès de nos mandants. Les ondes avaient bourdonné, la toile s’était éclairée et la grande trame de nos concitoyens avait consolidé ses fils.   

        Notre Charte naissait, se précisait, l’architecture de notre Ecole profilait sa charpente, étayait ses murs, dégageait ses larges fenêtres ouvertes sur la vie,      

     Voir, chapitre après chapitre, s’énoncer les finalités, les objectifs, les consignes, les attentions, les précautions, avait une force extrêmement convaincante. 

 

          Nous étions en plein dans notre rêve auraient dit nos détracteurs! Nous aussi, car c’était un rêve que nous, les « dreamers » de Manu, avions eu et que nous voulions transformer en réalité.

                                                                                                                 A SUIVRE 

7 septembre, 2011

- 40 – OUI TANTINE !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 12:35

                             Vers 22 h, j’étais au pied de l’immeuble de mon oncle et de ma tante. Le printemps avait adouci l’air et les platanes, le carré d’herbe rustique, les rosiers me semblaient agréablement accueillants. 

                            J’étais toujours encolérée par ce vilain barbu ! 

                            Décidément, je ne comptais pas la tolérance au nombre de mes vertus… Tant mieux sans doute, car sinon, me serais-je lancée dans cette aventure ? 

                            Rob et Alice m’attendaient. Ils avaient préparé un repas de campagne, ma campagne militante et la campagne de leurs terroirs… Ils devraient pourtant savoir que le «retour au pays» n’avait pas été une période de carême…                          Comme pour de nombreux grands-parents et parents, nourrir les « petits » allait de pair, pour l’élan maternel, avec affection et chaleur 

                        J’ai remarqué aussi que, comme moi, comme Yann, certains de nos amis, dès leur arrivée chez leurs parents, instinctivement, ouvrent le frigo, moderne sein maternel, peut-être… Pour les enfants devenus autonomes, se réapproprier l’ambiance familiale passe par le palais et l’estomac.                           Fine mouche, Licette avait senti ma tension derrière mon plaisir à les retrouver. D’entrée, elle m’a dirigée vers la douche : 

                        – Lave-tout !               – Oui Tantine !  

                    J’ai réussi quand même à différer le décrassage pour téléphoner à la maison; pas de net ce soir. 

                  Juliette m’a beaucoup interrogé sur Romane, avec une belle envie dans la voix. Elle a saisi tout l’esprit du conte, Killian, plus pratique, trouvait qu’une cruche fendue pour arroser, c’était nul. Je laissais le soin à sa sœur de lui déc-rypter le message de l’histoire             Yann a tout apprécié, sauf cette fin de semaine un peu bousculée et s’est indigné de mon altercation de terminus : 

            - Ah si j’avais été là ! »                  J’ai imaginé l’explosion et j’ai dédramatisé l’incident. 

                Bonne nuit à tous, bisous adaptés selon le destinataire et à demain. 

              Evidemment
la Carthagène élevée au rang d’apéro ici, de pousse-repas chez mes parents, rare à la maison, attendait. C’est vrai que son fruité, lourd, présent, portait le soleil de nos vignobles. Une boisson pour souligner une journée bien remplie ! 

          – Alors ?            ça, c’était la brièveté curieuse de Rob… 

               J’ai tout raconté en me débarrassant d’entrée de l’épi-sode désagréable de notre interpellation, déjà corrigée par la réaction des voyageurs. Toujours lapidaire, Rob a tranché : 

          – Quel con !            Ni nuances, ni discussion, un jugement, une condamnation sans appel ! Approuvée par le hochement de menton de son Chou d’épouse. 

          Après… Que du bonheur ! 

               En remontant le temps, j’ai fait aimer à mes deux hôtes, Delphine, Romane. J’ai conté
la Cruche fêlée. Robert en connaissait une version maghrébine. 

            J’ai multiplié les anecdotes, les plaisanteries et les bisous de mes deux trésors, j’ai vanté les talents ménagers de Yann et évidemment donné des nouvelles des Cévenols, la sœur Pythie, le beau-frère inventeur, Xénia la voyageuse et David, le broc comme le surnommait Rob… L’œil allumé de Licette ne trompait pas, elle savait, la chipie, l’attirance de mon beau-père pour elle…              Je n’ai pas omis toutes nos rencontres, nos échanges par tous les moyens, avec ceux qui, directement ou indirectement, m’avaient confié la responsabilité de les représenter à Paris. 

          Vers 23 h, c’est raisonnable, au lit, demain il y a usine ! 

5 septembre, 2011

- 39 – DEUX COMPAGNES MAGIQUES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:28

               Cette fois, j’ai eu la chance d’avoir pour compagne de voyage, une maman, de mon âge environ, une jolie blonde au grand sourire et au regard lumineux. Des yeux, sans un mot, nous avions déjà sympathisé mais la présence de sa petite fille valait aussi toutes les passerelles du monde.            

            Une magnifique poupée, toute ronde qui d’entrée m’explorait, me dédiait sourires et pépiements, me déployait toutes les armes de sa séduction. Immobile, ses prunelles, noires, immenses, ne quittaient pas les miennes. Ni sa mère, ni moi n’intervenions, cela eût été un sacrilège. Elle me jaugeait.              Sans brusquerie, en détournant à peine son attention, elle a exploré le sac posé près d’elle, en a sorti une vache, un arbre, une poule mais les a seulement posés sur la tablette. Son sourire s’est élargi, comment était-ce possible, et elle m’a offert un lapin de chiffon, bien érodé apparemment. 

           Elle lui a fait un câlin et sans hésiter me l’a tendu. Je venais d’être adoptée !              Ce que m’a confirmé Delphine, la maman. Enfin, nous pouvions parler, la glace était rompue ! 

           Mademoiselle se prénommait Romane, venait de fêter son premier anniversaire et trottinait déjà…           Après le lapin, c’est un livre qui m’est parvenu avec des mimiques expressives ; elle me tendait les bras et m’instaurait sa lectrice. 

          Quelle attention ! Le livre était familier, car elle tournait les pages au bon moment et si par jeu, je changeais l’histoire, montrais une illustration de Tortue en la nommant Cochonnet, Romane me prenait la main et me fixait, sourcils froncés, réprobatrice.            Un moment, après lecture, jeux avec les petits person-nages, quelques grognements et impatience se sont manifestés, la faim montait. 

          Delphine a sorti les plats préparés pour sa fille et nous sommes allées jusqu’au wagon-restaurant pour les réchauffer.           Bien sûr, prise entre nous deux, c’est sur ses gambettes dodues que Romane a parcouru l’allée, sans hésiter pour se rattraper à un fauteuil, un genou, une main secourable… Le train est une dure école d’équilibre pour les petits châteaux branlants ! 

           Nous avons bénéficié d’une tablette disponible et d’une chaise pour Romane. Café pour nous, copieux goûter pour la miss. Il n’y avait plus qu’à procéder au nettoyage et à la mise à l’aise pour un sommeil qui déjà s’annonçait.            Personne n’occupait la quatrième place, hasard ou gentillesse d’un voyageur… Nous avons calé la presque endormie sur mon côté et je me suis installée près de Delphine. 

           Elle était professeur de danse et, après les cours pour tous âges, avait restreint ses leçons aux enfants. 

           Parfois dans des activités d’associations, parfois dans des écoles, de plus en plus rarement, elle avait appris la valeur de l’expression corporelle chez tous, chez les enfants surtout. Elle fourmillait d’anecdotes de petits renfrognés, observateurs dédaigneux, puis conseillers, puis mimes et peu à peu intégrés à la troupe…            Elle racontait la communion dans les groupes pour qu’un spectacle naisse et enchante autant les petits artistes que les familles. 

          - La décontraction, seule concevable chez des enfants, disparaît trop vite avec la peur du ridicule à l’adolescence. Seuls le plaisir du geste réussi et, devant le public, leur fierté, même camouflée sous les airs blasés, justifient leurs efforts. Les miens aussi…            Elle avait surpris un de ses « rigides » de neuf, dix ans, dansant seul une chorégraphie de son invention devant le miroir d’une salle désertée… Discrète, puis complice, elle avait valorisé sa création, joué le jeu de la spectatrice et peu à peu le gamin s’était débloqué. Il était devenu meneur dans son groupe de danseurs… 

           Je lui parlais de notre Congrès pour l’Ecole. Elle était bien informée, avait participé à des groupes de réflexion.             Delphine s’était particulièrement sentie touchée par l’isolement de certains enfants, pas rejetés par les autres mais s’excluant d’eux-mêmes de la société sous toutes ses formes. Pas autistes mais simplement écartés, méfiants mais surtout étrangers… 

                Elle m’a fait retrouver un conte que j’avais entendu ou lu avec des circonstances, des personnages différents, mais qui en tous ses avatars portait toujours la même force.              Pour ce jour, c’est en Chine qu’elle m’a transportée, près d’une vieille paysanne dont la fonction depuis très longtemps était d’alimenter le hameau en eau. 

              Plusieurs fois par jour, son balancier en équilibre sur ses épaules, elle portait ses cruches vides jusqu’à la source éloignée et les rapportait pleines et fraîches.            Seulement, l’une des cruches, récente, solide, rapportait toute son eau, sans en perdre une goutte alors que l’autre plus âgée, usée, fêlée suintait tout le long du chemin et arrivait à moitié vide au village.   

             Evidemment la belle grosse cruche se moquait de la pauvre cruche fissurée qui en souffrait  beaucoup.           Un jour, elle n’y tint plus et osa parler à la vieille Chinoise : 

           -  Tu dois me jeter ! Je suis usée, je perds de l’eau et ne rapporte presque plus rien au village. Je suis lourde et tu te fatigues pour peu de résultats… Abandonne-moi ce sera beaucoup mieux !              - Pas question ! s’exclama la porteuse d’eau. As-tu déjà fait attention au chemin que nous parcourons depuis tant de jours ? 

           - Oui, il est long pour toi !             - Mais non, bécasse ! Regarde bien sur ton côté, lorsque nous allons à la fontaine tout est sec, caillouteux triste… De l’autre côté, celui que tu suis, lorsque je t’ai bien remplie, poussent des fleurs splendides, toutes espèces de fleurs, de toutes formes, toutes tailles, toutes couleurs, tous parfums. Elles sont là grâce à toi. 

           Sur ce bord de notre chemin habituel, j’ai semé des graines, il y a longtemps, et toi tu les arroses, doucement plusieurs fois dans une journée à chaque retour… Si je peux embellir ma maison, celle de mes amis du village, nos fêtes c’est grâce à toi. Tu es usée, tu fuis, la belle affaire ! Ce que tu appelles tes défauts pour moi, pour nous, ce sont des richesses et nous y tenons…              La jeune cruche avait bien compris le beau travail de sa compagne et demanda à la vieille dame de la remplir encore plus pour remplacer un peu le cruche fêlée…  

           J’ai aimé me retrouver dans cette parabole et me suis promise de la raconter le soir même à Juliette et Killian ; à quelques adultes un peu secs de cœur aussi… 

          Nous n’avons guère cessé de parler pendant le reste du voyage. Romane souriait à ses rêves, son lapin blotti contre son cou. 

          L’importance de quiétude prénatale est venue dans notre conversation, à propos de bébés très agités. Les recherches dans l’hérédité abondaient dans ce cas : son père, sa tante, sa grand-mère… étaient déjà comme ça ! 

           Moi, je me souvenais d’une émission ancienne, j’étais au collège mais ce bref documentaire m’avait marquée. Un spécialiste évoquait un bébé très agité, tout en gesticulations, cris de rage, essoufflements… Apparemment, rien ne pouvait l’apaiser. Dans un laboratoire, étaient disposés deux lits, un pour la maman, un pour le bébé. Entre les deux, une citerne d’eau et tout un système de communication orale qui passait par le liquide.               Je me souviens, comme d’un tour de magie, que lorsque la maman parlait calmement à son enfant à travers ses couches d’eau sans doute savamment dosée, le bébé se calmait, tout en lui s’étendait ; les bras, les jambes, les yeux, les crispations s’effaçaient et les cris se taisaient. 

            Le commentateur faisait état de nombreuses répétitions du traitement et finalement d’un enfant prêt pour la vie. Il avait revécu paisiblement un contexte pré natal, à l’origine, très tumultueux. 

            Nous avons étalé les témoignages de vie toujours présents dans nos sacs à main si moqués par les hommes.         Des photos de maisons, de paysages, de parents et de nos absents. Guillaume, l’époux de Delphine était aussi un grand, costaud, aux yeux profonds et largement étirés. Un large sourire que je lisais malicieux traversait son visage et contredisait une coupe rase, commando : « « Pour le casque de moto ! » 

           – C’est un faux taiseux, expliqua sa compagne. Bien lancé sur ses sujets d’intérêt, et il n’en manque pas, il devient intarissable et très jovial. Il a ses têtes, ses ambiances, ses lunes aussi. Il travaille pour une très grosse entreprise aéronautique et son sérieux, sa méticulosité en font, semble-t-il, un auxiliaire très apprécié.            Guillaume est un sportif sans excès ni recherche d’exploit mais constant. Cela lui permet de cultiver, en divers activités, une belle fidélité à ses amis les plus anciens. 

           Nous avons convenus, après mon portrait nullement objectif de Yann, qu’ils devraient s’accorder sans problème. Quand deux femmes tissent l’avenir, la tapisserie rutile de clins d’œil rieurs.           Les photos, multiples, de Juliette et de Killian m’ont permis de les raconter de leur naissance à ce jour. Deux joyaux dans l’écrin de notre amour parental. 

          Que du bonheur ! 

           Pourtant… 

          Nous avons terminé ce voyage par un épisode houleux. Romane commençait à s’agiter. Je me levais pour la border. Soudain, notre voisin de derrière, un barbu que j’aurai bien vu prof, il m’a très vite détrompée, nous a lancé :  

          - Je vous ai entendue, vous faites partie de ces illuminés qui pensent que l’école est un jeu et que la discipline est inutile. Parce qu’un malade s’est fait brûler, vous allez monter le bourrichon des émotifs, culpabiliser les parents et ramener notre Education dans le « N’importe quoi… »           Madame, la vie n’est pas un cadeau ! Ce qu’il faut, c’est leur apprendre à lutter et à gagner, pas les attendrir…  

      Le silence s’était fait dans la voiture, sauf pour Romane qui commençait à chouiner avec ce réveil en fanfare. 

            Delphine a posé la main sur mon bras pour prévenir une réaction trop vive.           Je n’avais pas l’intention de me lancer dans une polémique avec cet énergumène. Je m’adressais plutôt à nos voisins : 

        - Veuillez excuser ce Monsieur ! Il a dû faire un cauchemar en nous entendant parler d’enfants heureux ou d’enfants retrouvant la joie d’apprendre. Il pense qu’une bonne guerre remettrait tous les utopistes, les trublions dans le rang et que la loi du plus fort redeviendrait enfin une ga-rantie d’obéissance et de paix…            A tous ceux qui pensent ainsi, je dis : « Vous en avez le droit ! », notre démocratie le permet. A tous ceux qui croient que l’enfant est la chance du Futur et que l’Ecole doit la garantir, alors je dis : « Vous aussi, vous avez le droit de le penser, de le dire, de soutenir ceux qui aujourd’hui oeuvrent pour qu’il en soit ainsi ! » 

          Delphine me tenait toujours. Romane s’était calmée et me tendait ses menottes avec un sourire qui valait toutes les promesses pour Demain. 

         Après un bref, très bref silence, des applaudissements ont éclaté, ravivant ma confusion et humidifiant mes yeux de toute ma tension contenue. Que de sourires et de mains tendues, même quelques bises lors de l’évacuation à notre arrivée. 

          Je n’ai plus vu mon agresseur et ne m’en suis vraiment pas souciée ! 

           Il était 21 h à notre arrivée à Paris. Nous avons pris le temps d’échanger adresses, numéros de téléphone et promesses de contacts. Romane ne me quittait plus. Elle était à nouveau prête pour jouer.            - Elle s’endormira dans la voiture, pas de problème.           La mère de Delphine approchait. C’était elle qui les récupérait ce soir. Le mari de ma nouvelle amie volant vers Los Angeles ; un avion défectueux le réclamait… 

Rencontres au long des pages…

Classé dans : Liens,POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 11:29

Dans les pages de « …et l’Ecole renaîtra de mes cendres! » vous rencontrerez: 

MANU : Le baroudeur devenu prof de mécanique auprès de jeunes en difficulté. Sa bulle se brise, il veut que son sacrifice serve l’Ecole, l’avenir.   

  SYLVAIN : L’écrivain public itinérant des arrondissements de Paris et les villages de province. Il n’oubliera jamais les yeux de Manu.

   ISABELLE : Maman résignée à subir, compenser la casse de l’école, brusquement réveillée par le geste ultime de Manu. Déléguée de l’Hérault, elle est le fil d’Ariane de cette aventure.

    KARINE : Déléguée de Vendée, elle devient l’amie d’Isabelle et de Sylvain séduits par sa véhémence et sa passion.

   LE BROC . Philosophe et attentif autant à l’histoire des objets qu’à celle des gens qui leur ont donné une âme.

 LES HORLOGERS : Ce couple improbable, né d’une guerre, offre leur nid si pittoresque à Isabelle et ses amis.    LE GENDARME : Bouleversé par sa rencontre tumultueuse avec des loubards de banlieue et leurs animateurs bénévoles, il en reste  profondément marqué.  

les BISTROTIERS : Hauts en couleurs, ils animent le café en face du ministère de l’Education Nationale. Sylvain y tient table d’écriture et Manu y prend son dernier café avant de s’élancer…

 L’ANIMATRICE DU PRJ : Son action, sa nécessité rappellent que les villages ne sont pas exempts des incertitudes, des troubles de l’adolescence… Elle accompagne les jeunes, propose son oreille autant que des actions de valorisation.   DES PROFS BIEN SÛR : Résignés de plus en plus ; attachés à leur vocation encore, ingénieux mais solitaires, et puis réveillés soudain… 

  DES PARENTS : Inquiets, résignés aussi ou à la recherche de compensations pour pallier le désarroi d’un système éducatif à la dérive.     DES ANCIENS D’UNE MAISON DE RETRAITE : Autour de Sylvain, ils ouvrent le livre de leur vie et de leurs envies… 

  DES ENFANTS : Comment ne pas entendre leur voix et agir pour donner une chance à leur avenir.  LES ELEVES DE MANU : Dans son atelier, dans leur établissement, ils formaient sa bulle et justifiaient ses engagements. Ne pas avoir su les protéger va le briser. Ils parlent  de leur prof avec émotion mais ils veulent aussi que leur avenir devienne possible et beau. Au nom de Manu, pour eux, pour d’autres marginalisés, ils œuvrent pour y parvenir. 

 LES DELEGUES : Dans leur cirque parisien, ils portent la volonté, la vague de la renaissance. Sans violence, avec pugnacité, forts de l’imagination constructive du grand réveil de toutes les réunions de l’hexagone, ils exposent, écoutent, corrigent, adaptent  avec un seul but : une refonte sincère, lucide, réaliste de notre ECOLE.    DES ELUS : Par eux doivent passer les textes qui rendent réels les rêves d ‘Ecole. 

3 septembre, 2011

- 38 – LE POINT RENCONTRE JEUNE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 11:00

               Le dimanche matin fut court. La grasse matinée s’étira encore plus ; il fallait bien se retrouver et les enfants, tard couchés, nous laissaient à notre intimité.

             Nous étions déjà levés lorsqu’ils ont émergés. Yann préparait le repas et oui !  

          Moi je ne quittais plus le téléphone. Mes parents, des amies qui ne m’avaient pas assez vue hier soir… Alice et Robert même. Deux ou trois correspondants de presse, à tout hasard, mais pas David. 

               Lui a enfreint les interdits de Yann. Il s’est pointé, de passage a-t-il dit, pour me remettre un vieux Code Soleil de 1960 et une Morale des Instituteurs encore plus ancienne.  

           -Tiens, il y a de bonnes choses et d’autres assez drôles là dedans… 

               Ce qui l’intéressait, c’était bien sûr de me sentir satisfaite de ma semaine, mais surtout heureuse de mon hébergement dans le 14ème. Plus particulièrement chez les horlogers, plus précisément sous la houlette de Licette.  

          Je l’ai fait un peu languir, puis me suis lâchée pour exprimer le bonheur de partager des moments avec ce couple d’exception. David n’en était pas jaloux. Pour cet inconditionnel, la fée de ce logis était ma tante et elle rayonnait sur tout, sur son esprit notamment, à 800 km de distance…  

             Il n’est pas resté. Monsieur partait tout simplement là-haut, vers l’Aigoual, chez mes parents…  

             Je me suis permis une seule échappée vers notre animatrice du Point Rencontre Jeune. Je ne connaissais vraiment Jordane que depuis nos réunions. J’avais découvert une jeune femme discrète, mais d’une énorme capacité d’écoute, d’une connaissance extraordinaire des adolescents et des jeunes gens qu’ils devenaient. 

             Son autorité était incontestable et reposait sur le cont-rat de confiance souscrit entre elle et ses jeunes. Entre elle et ses employeurs aussi, entre elle et le village. 

           J’ai assisté à des moments chauds où le ton montait entre quelques garçons énervés. Les mots grossissaient et allaient céder la place aux coups. Elle est entrée dans la pièce, n’a pas dit autre chose que : « Non ! » et ignoré les tentatives d’explications, les renvois de la faute vers l’autre. Elle a dit simplement : 

           - Ici c’est chez tous ! Nous avons nos règles, notre code comme vous m’avez dit. Ici, on discute on écoute, on ne se butte pas. Que je sois présente ou non.

           Ou vous respectez le contrat ou vous abandonnez le foyer…    

       Elle n’a pas demandé que les mains soient serrées, que des promesses de paix s’échangent, non simplement le retour au calme et le respect de leur vie ensemble.

              Avant que les protagonistes ne réagissent, protestent, boudent ou sortent, elle a offert :

             – Si vous voulez qu’on discute, pas de problème, c’est o.k, vous le savez, mais pas tout de suite. Maintenant, on a à faire, j’ai besoin de vous… 

               Je l’ai vue aussi calmer des débuts de rixes entre jeunes gitans des terrains voisins et des jeunes du village, en renvoyant les uns et les autres dans leur coin.    

             Elle est un élément de liaison entre les associations qui accueillent des jeunes, leur participation aux fêtes, aux opérations Village Propre, à l’animation de notre animal to-témique… Ces prises actives de responsabilité, c’est son œuvre.   

            Seulement, l’association départementale qui mettait de tels animateurs à la disposition des communes était menacée. Les détachements supprimés décimaient leur encad-rement et les subventions diminuaient, diminuaient…

             Je suis certaine qu’elle connaissait certains de ses jeunes qui avaient fui un bracelet ou des contrôles trop fréquents.  

                Je lui ai raconté l’ambition qui animait les délégués. Je lui ai assuré que nous n’avions pas oublié ses protégés. 

          – Il serait temps, m’a-t-elle confié, il y a déjà eu des vols dans les grandes surfaces pour ravitailler les clandestins. J’ai peur que cela ne fasse que s’amplifier. Tous ces marginaux n’ont plus grand chose à perdre ou à espérer ! La fracture s’aggrave… 

              J’ai retrouvé ma petite famille. Yann avait fait des prodiges et sans recourir aux conserves ou aux surgelés.  

             L’après-midi, nous l’avons voulu sportif. C’est dans un immense domaine gagné sur la garrigue, au-dessus des combes, des vallonnements, des vignobles et des oliveraies que nous avons marché, couru, joué.

               Ces hectares s’étaient peu à peu boisés d’essences très diverses. Un homme, un émule de Giono, depuis des années, plantait des arbres, les soignait, dégageait les sentiers et racontait leurs origines, leurs légendes aussi. 

           Il a bien fallu remplir ma valise et envisager le départ. 

            Yann avait enregistré sur une clé USB les messages de cette semaine. Il les avait classés par dossier, cela me ferait une occupation pour le trajet vers Paris.    

          Nouveaux bisous pour Juliette, pour Killian, pour Yann, un au revoir par la fenêtre et en route pour notre Charte. 

1 septembre, 2011

- 37 – EN FAMILLE !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:49

              Bien que secouée, énervée par le rythme, la densité de cette première semaine, la fatigue réussit à me vaincre et j’abandonnais ma provision de revues, mon dossier de révision et n’ouvris même pas mon portable… Oubliées mes résolutions studieuses, je dormis presque tout le voyage.             Le T.G.V. fut fidèle à son horaire. Depuis Nîmes, j’avais eu le temps de m’éveiller en douceur sous l’œil admiratif ou envieux de ma voisine.            -               - Vous avez bien dormi !

            Aurai-je ronflé par hasard ?                        22 h, Yann, Juliette et Killian étaient sur le quai. Impossible de les manquer, ils explosaient de gesticulations, cris, éclats de rires et baisers envolés…  

           Et moi je n’avais pas envie de les calmer. Les bras de Yann étaient presque assez élastiques pour nous étreindre tous les trois ensemble… 

             Samedi, grasse matinée avec un service hôtelier de première qualité. Le père et les enfants m’avaient concocté un petit déjeuner copieux, fleuri mais vite transformé en calins puis en chahut. Rien de tel pour se sentir à la maison.

             Je commençais donc mon petit week-end par me féliciter de la suppression de l’école le samedi matin… Quelle honte, moi qui avais tant adhéré aux regrets de ceux qui voulaient son retour. « Faites ce que je dis… pas ce que je fais ! »             Le programme de la journée m’a été déclamé à deux voix. 

         - D’abord, on se raconte notre semaine. On va au marché. Tu pourras voir tes copines et puis il y a un vide grenier, alors, des fois, hein… Ensuite, Papa nous emmène au Bistro du Village.  Une petite auberge agréable, au menu réduit et de bon aloi. (expression due au grand-père broc ça !) 

           « On mange ce qu’on veut…,l’idéal pour Killian !   Après on va tous se baigner… »

         Là, j’ai coupé leurs projets en sollicitant un créneau dans l’après-midi.              Yann était déjà informé et il atténua les regrets en leur promettant que la sortie piscine serait mouvementée. C’est-à-dire qu’il allait devoir plonger, bondir, attraper, affronter les deux pirates déchaînés, et suivie de glaces… 

                  Quelle éducation !            J’avais prévu avec Gilbert et nos collègues du Comité de Montpellier de nous retrouver dans notre petit théâtre pour faire le point, examiner mes notes, le dossier remis en fin de semaine, et me ressourcer. 

            Ce soir, apéro chez Alain avec le groupe du village. Ça faisait une belle assemblée maintenant. La météo était clémente. Je subodorais que ce pot prendrait des allures de gros buffet approvisionné par tous les participants.                  Juliette et Killian adhéraient, pour eux l’équation est connue, beaucoup de parents égale beaucoup d’enfants et de jeux.

             A 14 h, nous planchions déjà ! 

             Nous avons bien travaillé, rapidement même. Aucun point n’a été épargné mais cette minutie nous a donné satisfaction.             Les synthèses de chaque groupe se recoupaient sou-vent, des répétitions enfonçaient les clous, mais chacun y retrouvait nos propositions, nos réflexions et celles réunies dans notre Académie…

             D’autres ouvertures attiraient des « Ah oui, ça, on l’avait oublié ! »                Dans l’ensemble, mes petits camarades m’ont bien aidée en épurant les textes, en classant les idées.

            Nul doute qu’ils allaient à leur tour essaimer auprès de leurs groupes de villages, de quartiers et faire vivre nos cogitations parisiennes avec tous les sympathisants du renouveau de l’Ecole.            Vers 18 h, nous avions devant nous un document copieux mais de belle allure.

               L’image de notre Ecole se dessinait, récompense du bon travail que nous avions effectué.             Fidèle à notre décision, aucune copie n’en a été tirée, sauf pour ma petite tête. Seul le bouche à oreille pouvait fonctionner avec appel à la discrétion envers les médias. 

            Jusqu’à maintenant, elle semblait respectée…            Comme annoncée la soirée a été festive. Le jardin, pourtant assez étendu, s’est révélé trop juste. La rue en im-passe a été envahie et nous l’avons emplie de musique, de rires, de chants et de plaisanteries. 

            Les riverains étant de la partie, nous n’avions pas trop à craindre de déranger. Je me demande même si tout le village n’est pas venu, à un moment ou à un autre, se joindre à nous.            Pas de discours, pas de compte-rendu, des bribes de réponses selon les curiosités.

                Oui, je connaissais Sylvain ! Non, je n’avais pas rencontré de proches de Manu ! Oui, nous occupions un cirque ! Oui, tout le monde était passionné ! Non, nous n’avions reçu aucune visite officielle ! Oui, la télé nous filmait ! Oui, il y avait des célébrités parmi nos délégués ! Non, je ne m’ennuyais pas ! Oui, le village me manquait…              Oui, j’étais d’accord pour danser et c’est ce que nous avons fait.  

            Le Maire, ses adjoints et conseillers nous avaient rejoints : nous avions l’aval des autorités pour cette fête improvisée… 

31 août, 2011

« …et l’école renaîtra de mes cendres ! »Rencontres

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:09

MANU : Le baroudeur devenu prof de mécanique auprès de jeunes en difficulté. Sa bulle se brise, il veut que son sacrifice serve l’Ecole, l’avenir. 

SYLVAIN : L’écrivain public itinérant des arrondissements de Paris et les villages de province. Il n’oubliera jamais les yeux de Manu. 

ISABELLE : Maman résignée à subir, compenser la casse de l’école, brusquement réveillée par le geste ultime de Manu. Déléguée de l’Hérault, elle est le fil d’Ariane de cette aventure. 

KARINE : Déléguée de Vendée, elle devient l’amie d’Isabelle et de Sylvain séduits par sa véhémence et sa passion. 

LE BROC . Philosophe et attentif autant à l’histoire des objets qu’à celle des gens qui leur ont donné une âme 

LES HORLOGERS : Ce couple improbable, né d’une guerre, offre leur nid si pittoresque à Isabelle et ses amis. 

LE GENDARME : Bouleversé par sa rencontre tumultueuse avec des loubards de banlieue et leurs animateurs bénévoles, il en reste  profondément marqué. 

LES BISTROTIERS : Hauts en couleurs, ils animent le café en face du ministère de l’Education Nationale. Sylvain y tient table d’écriture et Manu y prend son dernier café avant de s’élancer… 

L’ANIMATRICE DU PRJ : Son action, sa nécessité rappellent que les villages ne sont pas exempts des incertitudes, des troubles de l’adolescence… Elle accompagne les jeunes, propose son oreille autant que des actions de valorisation.   

DES PROFS BIEN SÛR : Résignés de plus en plus ; attachés à leur vocation encore, ingénieux mais solitaires, et puis réveillés soudain… 

DES PARENTS : Inquiets, résignés aussi ou à la recherche de compensations pour pallier le désarroi d’un système éducatif à la dérive. 

DES ANCIENS D’UNE MAISON DE RETRAITE : Autour de Sylvain, ils ouvrent le livre de leur vie et de leurs envies… 

DES ENFANTS : Comment ne pas entendre leur voix et agir pour donner une chance à leur avenir 

LES ELEVES DE MANU : Dans son atelier, dans leur établissement, ils formaient sa bulle et justifiaient ses engagements. Ne pas avoir su les protéger va le briser. Ils parlent  de leur prof avec émotion mais ils veulent aussi que leur avenir devienne possible et beau. Au nom de Manu, pour eux, pour d’autres marginalisés, ils œuvrent pour y parvenir. 

LES DELEGUES : Dans leur cirque parisien, ils portent la volonté, la vague de la renaissance. Sans violence, avec pugnacité, forts de l’imagination constructive du grand réveil de toutes les réunions de l’hexagone, ils exposent, écoutent, corrigent, adaptent  avec un seul but : une refonte sincère, lucide, réaliste de notre ECOLE. 

DES ELUS : Par eux doivent passer les textes qui rendent réels les rêves ‘Ecole. 

36- QUI PRESENTERA LE PROJET DE LOI?

                   A la coupure de milieu de journée, ce dernier jour de semaine laborieuse, nous avions prévu d’aller pique-niquer dans un jardin public tout proche. 

                Thibault, lui aussi, avait obtenu des congés. 

               Providence, il nous avait concocté un assortiment de salades, de charcuteries, de fromages et de petits gâteaux bien sympathique. 

            Avec la complicité du gardien, il nous avait réservé un petit coin ensoleillé, un peu à l’écart des passages et bien aménagé. Nous avons fait honneur à son ingéniosité mais en nous contentant sagement d’eau minérale. 

             Lucas était de la partie. Après son propre repas servi par Maman, deux ou trois gazouillis, il s’endormit en souriant aux rayons doux de cette journée d’avril. 

             Nous avions plusieurs fois évoqué, en diverses occa-sions, les élèves d’Emmanuel. Sylvain avait reçu un appel de Thierry, le responsable de
la S.E.G.P.A. 

            Depuis l’hospitalisation de Sylvain, c’était devenu assez fréquent et ils avaient fortement sympathisé. Au cours de ce dernier contact, ils avaient envisagé une possible rencontre avec les ‘’gars ‘’ de Manu. 

           Notre ami nous a proposé de venir avec lui au collè-ge, le mercredi suivant. L’établissement serait fermé, donc notre venue plus discrète, et, ce jour-là, les délégués avaient quartier libre… 

          Ce n’était pas possible pour Karine, déjà engagée auprès de sa famille banlieusarde. 

           Pour moi, c’était d’accord, mais pas sans appréhension… 

             Ce vendredi, je devais partir directement Gare de Lyon à l’issue des comptes-rendus. J’ai appelé Alice et Robert pour leur demander d’inviter Thierry, son épouse et Sylvain avec sa compagne éventuelle, mardi soir. Je souhai-tais préparer notre rencontre avec les jeunes… 

          Ils ont été plus que ravis par la perspective de cette soirée. J’ai dû vite interrompre leurs propositions de menus. 

         Sylvain confirmerait notre rendez-vous auprès de Thierry et lui transmettrait l’invitation pour mardi soir. 

          Lui s’arrangerait avec l’hôpital, pour une fois, quant à sa compagne, il verrait… 

            A la reprise, nous avons eu à décider d’un point latent depuis le début.   

          Dès le premier jour, nous avions prévu de remettre solennellement notre Charte à un trio de députés. 

          Nous avons beaucoup hésité, beaucoup discuté. Jusqu’à ce jour, nous avions évité de recourir officiellement à un élu. Il y en avait parmi nous, il y en avait encore plus dans les comités, dans les groupes de villages, de quartiers mais tous étaient présents à titre personnel. Ils ont bien joué le jeu, autant que les professionnels de la presse. 

          A Paris, dans notre cirque, nous ne comptions aucun parlementaire et pourtant une proposition de loi devait être déposée par l’un d’entre eux. 

           Il nous a fallu faire chauffer nos neurones. Nous étions quelques-uns à avoir dans nos relations, nos amis mêmes, des élus que nous pouvions solliciter, mais notre problème était plutôt, parmi les nombreux politiques sympa thisants de notre mouvement, lesquels contacter ? Lesquels choisir sans vexer les autres ? 

          Les enseignants siégeant à
la Chambre des Députés ou au Sénat étaient nombreux, mais nous voulions conserver à notre Charte son universalité. 

         Le grand brassage des volontés, des personnes très diverses, avait été le ferment de notre vaste  mouvement. Nous ne voulions pas non plus, quelles que soient les qualités, la notoriété de l’élu, privilégier un parti politique. 

           C’était vraiment un casse-tête, nous l’avions évoqué dès notre arrivée dans la capitale, mais sans insister. 

           Mes collègues étaient dans le même état d’esprit que moi, alors nous nous en sommes remis au Bureau des Sages pour trouver des propositions à discuter. 

           Et nous avions raison. Presque… 

            Les échanges, par téléphone, par le net avaient tissé leur toile entre la plupart d’entre nous et leurs amis des comités. Des discussions avaient agité tous les contacts. Des conseils, des offres s’étaient précisés. 

              Ce vendredi, juste à notre reprise, en début d’après-midi, les Sages nous ont présenté le résultat de cette recherche souterraine. 

           Un collectif de parlementaires s’était constitué, à l’insu des autres élus et surtout de leurs dirigeants ; U.M.P. P.S VERTS, P.C. CENTRE GAUCHE, CENTRE DROIT et même N.P.A., de nombreuses formations y étaient représen-tées. 

            Chacune, parfois chaque courant, avait un volontaire qui dès le début avait manifesté sa sympathie avec les volontés exprimées par Manu. Ils avaient tous, sans ostentation, participé aux premiers travaux dans des petits groupes. Ils avaient, tous, ressenti cet élan qui avait amené l’Ecole à la crête d’une immense vague. 

             Ils avaient eu, comme prévu, du mal à se départager. Cet embarras du choix était encore une bouffée de chaleur qui nous faisait du bien. 

             Ils étaient sept, c’était peu en regard des volontaires, beaucoup pour déposer une proposition de loi. 

          Je ne connaissais pas vraiment le système législatif pour cette opération mais ceux qui, parmi nous, étaient plus avertis semblaient confiants. 

       Nous avons décidé de nous en remettre à l’expérience de nos amis élus. Il le fallait car il était certainement nécessaire qu’un délai soit respecté pour ce précieux dépôt.  

        Une intermède a émaillé, peut-être y en eut-il de plus discrets, l’intérêt, particulier, d’élus nationaux pour notre choix. Je ne résiste pas à l’envie de vous la faire partager. 

           Le hasard a voulu que je sois présente lorsque l’un de nos sages reçut la visite de l’un de ces députés postulants pour déposer notre proposition de Loi. 

          Il a traversé notre petit groupe avec de grands sourires et une chaleureuse curiosité pour notre occupation. Il n’était pas un inconnu pour nous et les écrans, parfois, cadraient sa faconde. 

         Les éclats de voix nous ont attirés et notre collègue, d’un signe, nous a invités à venir les rejoindre. 

         – Je ne vous présente pas mon… ami ! Il est volontaire pour nous représenter auprès de l’Assemblée Natio-nale. Il estime que nos relations personnelles, amicales, dit-il, devrait, lui le parrain de mon fils, m’incliner à vous proposer avec conviction sa candidature. 

              Je suis heureux de pouvoir vous rendre témoin de ma réponse… 

           Nous nous attendions à un plaidoyer amiable en faveur d’une personne aussi spontanément empressée. 

       Ce fut une leçon d’amitié un peu spéciale que nous servit ce délégué pharmacien lyonnais : 

         – …Tu veux savoir pourquoi je ne te recommanderai pas à mes partenaires… Pourquoi pas ? 

         Tu es un ami, mais un ami universel et tu en fais une carte de visite. Pour moi, tu ignores ce qu’est l’amitié.   

          Depuis que je te connais, tu sais être aimable, familier, copain… J’ai compris, peu à peu. Cela ne se vérifie, je crois que c’est malgré toi, que dans la mesure où cet investissement humain rapporte ou peut rapporter des services, de la notoriété, un avancement, du pouvoir, une cour, de l’argent bien sûr mais pas exclusivement. 

         T out poisson pris dans le filet de ta bonhomie est jaugé en fonction de son potentiel d’intérêt. Il est rejeté, écarté dès qu’une autre prise devient plus rentable ou dès que « l’ami » devient trop perspicace, trop difficile à contrôler. On ne peut miser sur la gratuité de tes actes. Il faut même s’en méfier car, ta connaissance des individus, te permet de te défiler de l’amitié comme des responsabilités dès qu’elles deviennent encombrantes voire risquées. Je suis persuadé que malheur à celui, ceux qui auraient approché de trop près ta réalité. Poulpe d’eau peu claire, tu sais les noircir d’une encre insidieuse… 

          Tu voulais savoir pourquoi, toi, le politique adroit, l’ami de tous, le copain des fêtes, des cérémonies, nous ne souhaitons pas t’accueillir parmi nos gens de bonne volonté ? Eh bien tu le sais maintenant. 

           L’Enfant, pas ton enfant, celui de notre responsabilité collective, ne sera jamais pour toi une finalité ! Pour qu’il t’intéresse, il faudrait qu’il soit éducable afin qu’adulte, majeur, il puisse au moins voter et, peut-être, devenir un « ami de rapport ».  

         Son interlocuteur nous regardait, comme pour nous prendre à témoin du délire imprévu de notre Sage. Sonore, le timbre de notre collègue ne s’était jamais emballé et, c’est vrai, il semblait parfaitement apaisé. 

          Le pharmacien a terminé alors que, crispé mais toujours souriant, s’éloignait son ex-ami : 

        – Ceci m’a fait du bien. Je perds un « ami », mais ma conception de l‘Amitié gagne en pureté, en vérité, en intensité. A toi, à tous tes semblables, je confirme ; « Bon appétit ô ministres intègres ! ». Aux voraces du « bouffer pour exister » je préfère les coups de main des « petits, des sans grades… » riches de l’altruisme de ceux qui servent, pas qui se servent. 

           Depuis que Manu a impulsé notre Mouvement, j’ai rencontré bien de ces gens pour lesquels l’Amitié n’attend rien pour eux, sinon le sourire de ceux que l’on a aidé et surtout la victoire effective après avoir combattu pour qu’un peu plus d’humanité soit distribué. 

           Ces gens sont multiples, anonymes, célèbres, employés du public, du privé, artistes, élus politiques, rentiers, bas et hauts fonctionnaires, modestes auxiliaires et grands patrons… 

           L’amitié et l’intelligence du cœur n’ont pas besoin d’être encartée pour être. 

            Nous avons poursuivi notre travail, sans filet apparent, pendant que nos futurs messagers œuvraient pour préparer notre grand Evénement. 

             Que cette opération soit possible ainsi et au moment voulu ou non, nous avions décidé que mercredi prochain serait notre Jour et que la plus grande publicité possible lui serait donné.. 

          Nous avons continué, rapporteur après rapporteur, à rendre compte des conclusions de chaque groupe de travail. 

          A la fin de la séance, chacun a reçu un brouillon photocopié de toutes les synthèses, avec la consigne de les revoir pendant ces deux jours de pause pour un complément d’étude discret. 

           La vigilance la plus grande était recommandée. Toute diffusion prématurée ne pourrait que nuire à l’impact que nous voulions donner à nos conclusions.  

        Les au revoir ont été, en général, brefs : « Bises, à la semaine prochaine ! » et la dispersion rapide. 

             Sylvain a proposé un détour à son taxi ambulancier pour me déposer à la Gare du Sud, chantée par Patrick, mon troubadour occitan. 

30 août, 2011

- 35 – LE PETIT BONHEUR.

                    Sylvain était toujours avec nous et semblait ragaillardi par le bain de notre cirque ! 

                   Suivant l’ordre du jour, ces jeudi et vendredi, les conclusions de chaque groupe devaient être soumises aux critiques de l’assemblée plénière.                       J’ai eu la chance de n’avoir pas été choisie comme rapporteuse. Cela me laissait le rôle, facile, de pinailleuse, 

                       Encore des suggestions, des améliorations, décidément jamais nous ne poserons le point final à notre grand projet!                      Défaitiste Isabelle, car peu à peu, les différentes propositions sont adoptées et deviennent les articles de notre Charte. 

                 La Synthèse est en construction, sa charpente, ses murs, ses cloisons, s’élaborent. Notre travail d’architecture s’accomplit.                Il allait bien nous falloir les deux journées pour tout écouter, tout vérifier, tout ordonner et commencer à souf-fler. 

              A midi, pause. Devenus prudents et connus dans le quartier, nous avions retenu une salle dans trois cafés-res-taurants. Trois parce que nous sommes nombreux et que les salles un peu isolées sont plutôt réduites. 

             Sylvain nous a précédées et gardé des places dans le bistrot les plus proche. Quelle chance, nous avons pu béné-ficier d’un très beau coup de cœur !              Le repas était lancé, lorsque Karine a saisi au vol quelques mots de l’aparté entre deux délégués. C’était une gageure dans ce brouhaha. 

         Un collègue de l’Eure racontait à sa voisine l’émotion qu’il avait éprouvée en découvrant, sur Internet, le message de l’un de ses régionaux.          Mon amie lui a demandé de nous en parler et, dans le silence vite établi, l’Ebroïcien nous a fait vivre le texte l’avait bouleversé. 

         C’était un courrier dense adressé au Président de la République et de l’Education Nationale à propos d’une A.V.S. menacée de perdre son emploi.          - Son auteur enseigne dans l’école d’un petit village. Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette poésie sur le Web. 

             Il l’a intitulée « Un Petit Bonheur » et j’espère que nous serons nombreux à ressentir un grand bonheur en le lisant. C’est un poème magnifique dans lequel il chante le quotidien d’une Auxiliaires de Vie Scolaire,..               Ce délégué a connu les écoles sans aucune présence, hors des enseignants, a connu la direction sans décharge de classe, puis a connu l’arrivée aléatoire mais précieuse des emplois jeunes. Il nous a traduit à merveille ce que pouvait ressentir ce maître de classe unique, ces enfants dont les journées allaient s’amputer d’un membre plus qu’utile, un membre devenu indispensable dans une école de la solidarité, du réconfort et de la confiance retrouvée.              Ce recours peut sembler infime aux yeux des Grands qui décident des économies, des soustractions, du devenir du sans-grade. Eux sont assurés qu’une sonnette ou un coup de téléphone apportera une aide à leur moindre contrariété. 

            Pourtant, que ce petit rouage est important au regard de ceux qui oeuvrent avec seulement deux mains, des idées et leur seule bonne volonté !                Oui, c’est à pleurer, comme l’écrit l’auteur. 

               Notre collègue a eu raison de nous évoquer ces lignes émouvantes. Nous allions oublier le rôle immense jouer par les dames de
la Maternelle, celles que nous appelions par leur prénom et à qui nous confions nos bobos et nos chagrins, celles qui aidaient la maîtresse à nous faire belles et beaux les jours de spectacle 

          Auxiliaire de Vie Scolaire, quel beau métier mais quelle ingratitude de ne le connaître que temporaire ! 

29 août, 2011

- 34 – JULIETTE EN COLERE.

                  Ma soirée, toujours aussi ouatée par mes deux tuteurs, a surtout été marquée par l’indignation de ma fille.                  En début d’année scolaire, nous nous étions un peu étonnés de l’initiative de sa maîtresse qui instituait une assemblée de discipline. Elle devait, en fin de semaine, distribuer, les avis de satisfaction et les réprimandes. Se voulant démocratique, cette institution relevait plus, à notre sens, du tribunal populaire que de la réflexion autour des conduites.            

              Nous en avons parlé lors de la réunion de rentrée. Ce n’était qu’à l’état de projet alors. La professeur des écoles nous a rassurés en précisant que cela restait très esprit coopératif, se ferait avec un vote des élèves et qu’elle en serait l’arbitre.              Hier maman, c’était pas le jour mais, vers 16 h, elle nous a dit : 

           « Rangez vos affaires, on va tenir notre réunion de discipline ! »           On savait un peu pourquoi, il y en a deux, des filles, qui se sont insultées et bagarrées pendant la récré. Les autres criaient autour… 

           La maîtresse les a fait venir au tableau et nous a dit : « Que pensez-vous de leur conduite ? Qui est coupable ? Que faut-il lui faire ? »           Déjà, j’ai pas aimé qu’elle parle d’une coupable, sans savoir, ensuite avant de dire ce qu’on pensait, il faudrait peut-être les écouter, leur poser des questions…. 

            Jonathan a commencé :           « C’est Line qui a provoqué Shirley, je l’ai vue! »             Line a crié que c’était pas vrai, que Shirley avait commencé déjà hier. Shirley a répondu que Line ne faisait que la traiter, se moquer d’elle, lui dire qu’elle était mal habillée, qu’elle sentait mauvais et que sa mère était grosse…        

            Alors là, dans la classe, il y en a qui ont dit :             « C’est vrai, elle est comme ça, et même que son père se dispute avec tout le monde. » 

           Les autres protestaient :             « On s’en fiche de ça ! Si Line l’a insultée, c’est normal que Shirley lui réponde ! » 

            La maîtresse a tapé sur son bureau et elle a remarqué : « Est-ce que ça justifie qu’on tape sur celle qui se moque de vous ? »           Moi, j’ai levé la main et j’ai dit : « Oui ! » 

          « Enfin Juliette, pas toi qui cherches toujours à arranger les disputes ? »            « Mais Madame, quand on ne sait plus quoi répondre, quand on se moque de nos parents, de nos vêtements… on peut être tellement en colère parfois qu’on ne se retient pas, on a trop de honte ! » 

           Dans la classe, il y en a qui m’applaudissait, qui disait que j’avais raison…            Les copines de Line, elles, elles me criaient après. 

          C’était un beau bazar !              Alors tu sais maman, tu vas être convoquée avec Papa, parce que j’en ai eu marre, j’ai pris mon sac et je suis partie.           On m’a bien entendue ; tout le monde s’était tu. 

         « Moi, je ne veux plus faire ces réunions. C’est injuste ! On punit, on récompense mais on n’écoute personne. Ce n’est pas à nous de dire si c’est bien ou mal, c’est à vous ! »          La grille était déjà ouverte et tes copines, dehors, elles m’ont vue sortir en pleurant. T’inquiète pas, c’est parce que j’étais énervée seulement… 

        Je n’ai pas voulu que papa t’en parle en premier, je préfère que ce soit moi…           Il a téléphoné à l’école pour dire que j’étais bien à la maison et que vous passeriez voir la maîtresse à ton retour. 

       Demain, il faut que j’y retourne mais ça ne me fait rien. Tant pis si je suis punie, mais pas par les autres cette fois. »             Je pensais que si l’école avait eu une véritable équipe, un directeur présent et non itinérant, cette dérive ne se serait pas produite… 

           Je n’ai pas consolé ma fille, ni approuvé, ni blâmé. Je lui ai dit que je comprenais qu’elle ait réagi comme elle le sentait… que surtout, elle n’avait fait de mal à personne, sauf à l’amour-propre de la prof., mais ça je l’ai gardé pour moi 

          Je lui ai conseillé de ne pas attendre pour en parler bien tranquillement avec Line et Shirley, comme le faisait si bien ma Juliette de
la Paix. Ce serait bien, surtout, si aucun clan ne se formait autour de cette histoire. 
           C’était beaucoup pour ses neuf ans, mais elle en était capable… 

          Je l’ai réprimandée pour avoir apostrophé la maîtresse et avoir quitté l’école avant l’heure… Elle s’attendait à une punition et l’acceptait à l’avance.           On en reparlerait à la fin de la semaine. 

           Dans l’ensemble, j’ai dû exprimer ce qui convenait car sa voix s’est faite plus posée et elle m’a claqué un gros bisou sonore avant de me passer Killian, patient pour une fois. 

          Lui, c’était surtout son mercredi avec papa, son entraînement de foot et la visite de David qui meublaient son monologue.             Yann m’a confirmé tous leurs propos, m’a rassurée sur le comportement de Juliette, a approuvé, (Quel maladroit !) son indignation et c’est moi qui ai dû le calmer…            Evidemment, ce fut le sujet de conversation de la fin de soirée et, évidemment, Juliette avait gagné deux supporters de choc, pas objectifs du tout.   

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