et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

27 septembre, 2011

- 51 – LES CLANDESTINS.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 9:27

La troisième question concernait les clandestins, tous ces jeunes, parfois préados, et ces moins jeunes en fuite d’une société qui les menaçait de sanctions pour le moindre écart, qui interdisait encore et encore… Ils étaient nombreux à avoir franchi la frontière des délits et étaient en rupture de bracelets, en évasion, fugues, certains marginaux avaient essayé d’oublier les contraintes sociales, le chômage. Des familles entières avaient déménagé avant une expulsion… Où se cachaient-ils ? Entre quelles mains de profiteurs étaient-ils tombés ? La police, les milices, des chasseurs d’irréguliers ramenaient ces nouveaux adeptes de Robin des Bois et les camps de Réinsertion  les prenaient en rééducation… 

- Que peut-on faire de tous ces clandestins qui occupent des coins de forêt, des garrigues, des souterrains, des grottes, des catacombes, des bâtiments désaffectés ? Peuvent-ils retrouver place et confiance dans la société ? 

Votre Charte prévoit-elle leur réinsertion ?   C’est à mon amie Karine qu’est échu, de traiter ce problème de plus en plus conséquent.  - Au début de votre intervention, j’ai éprouvé quelque crainte, j’ai cru que « faire de tous ces clandestins », c’était les cueillir et les transborder comme un fardeau pesant. Je me trompais car vous avez bien montré votre souci, qui est le nôtre aussi, de les réinsérer. Seulement, ce terme est devenu très délicat puisqu’il désigne les fameux camps où s’entassent les rattrapés. 

Nous avons fabriqué ces marginaux… Vous avez raison de vous agiter car le phénomène ne date pas de ces dernières années et la casse de l’Ecole ne les explique pas vraiment. Seulement, à tous les traîneurs de trottoirs, les vagabonds, les révoltés attardés, à tous ceux que la vie, que la déprime, la solitude, la lassitude d’être, de se battre, qui ont toujours existé, nous avons ajouté les petits délinquants lourdement pénalisés pour avoir passé un jour la ligne blanche de la loi. 

Robotisée, notre justice a oublié les nuances, les circonstances, le vécu… Tout ce qui peut amener un adulte à l’abandon, conduire le jeune à la révolte, à la fuite… Trop, parmi les plus faibles, se sont évadés par la mort… Une fois le révolté passé dans la marginalité, le refus du cadre de la société affirmé, la délinquance devenait de fait et les vrais truands, de bons professeurs dans cette école de l’obscurité. Vous l’avez bien perçu, tous les travaux, toutes les synthèses nous ont menés vers l’Ecole du contrat et de la clarté dans les fonctions de chacun. 

Nous souhaitons qu’à tous ceux qui ont choisi de vivre en marge de notre société, en marge de leurs amis, de leur famille aussi, nos élus proposent, non pas un moratoire, dans aucun système l’oubli des évènements n’est réaliste, mais l’assurance d’un retour libre, sans chasse ni arrestation et que des contrats de renouveau soient établis. La société propose que la cause de la marginalisation soit reconsidérée, que des solutions pragmatiques soient proposées et, qu’en contre partie, les bénéficiaires de cet accueil s’engagent dans un cursus de stages, d’études, de recherches d’emploi, accompagnés de travaux d’intérêt général. Non pas pour expier une faute, mais pour compenser l’effort fait par la société pour les aider à redémarrer. 

Quant à ceux dont les actes ont menacé, nui délibérément à autrui, ils doivent réparation et il serait normal qu’ils accomplissent leur peine, mais sans que cette période de grand trouble que furent ces années de fuite généralisée ne l’aggrave. La délinquance est condamnable ! Nous espérons qu’une meilleure éducation, que des liens plus confiants atténuent les actes asociaux.    

25 septembre, 2011

- 50 – DU TRAVAIL !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:55

L’autre demande dont ma mémoire a gardé trace était de taille et nous avait bien préoccupés pendant nos travaux. C’est une éditorialiste d’un autre hebdomadaire qui nous a amenés sur ce terrain : 

 - Je n’ai pas à juger de votre travail, la levée massive  des Français, le nombre impressionnant des groupes de réflexion, les échanges dans nos colonnes, sur les radios et chaînes de télévision attestent de l’importance accordée à la renaissance de notre Ecole, néanmoins dans quel monde du travail vont déboucher les élèves formés dans cette nouvelle Education Nationale ? Vous parlez de donner sa chance au Futur, mais n’est-ce pas utopique ? 

Notre Lyonnais, vendeur de machines agricoles, écolier sage, a levé la main. N’ayant pas de concurrent, il s’est attaqué à cette épineuse question : 

- Permettez-moi de choquer en exprimant un constat. Notre pays a perdu la bataille industrielle et agricole. Nous ne pouvons aujourd’hui, tant mieux si demain me contredit, concurrencer les grandes nations qui se sont dotées de nos techniques dans de très nombreux domaines, mais les exploitent avec un  fort rendement et un coût très inférieur au nôtre.  Bien sûr, nous suivons avec espoir les luttes des alter-mondialistes, du commerce équitable, nous essayons de contrecarrer les délocalisations, de moraliser le travail à bas salaires, l’emploi des enfants dans des grands pays émergents, mais le placement des capitaux internationaux, les conséquences de crises chez les actionnaires lointains ne garantissent aucune stabilité à nos pôles d’emploi. Seuls nos artisans, nos petites entreprises locales demeurent indépendants de ces fonds fluctuants. A quel prix ? Avec quelle laisse, tenue serrée par les banques ? Avec quelle incertitude des lendemains ? Soyons lucides, la France possède deux grandes richesses fondamentales et vous allez voir, Madame, que notre ambition peut servir l’une et l’autre. D’abord, notre pays est un énorme réservoir de connaissances, d’ingéniosité, de recherches, de découvertes.    Je ne parle pas seulement de nos chercheurs si malmenés, de nos savants, de toutes nos technopoles où s’échafaude le Progrès au niveau le plus pointu…  Je parle aussi de tous nos concitoyens ingénieux qui créent, inventent des ‘’trucs’’ pour mieux vivre. Le Concours Lépine n’est que la crête occasionnellement éclairée de la vague d’inventivité, de cette recherche permanente qui mobilise nombre de nos petits inventeurs. 

Notre pays n’a pas de pétrole, mais a des idées, paraît-il ! Ces idées sont des richesses qu’il nous faut culti-ver, proposer, développer, vendre… Nos brevets sont parfois, souvent, bradés sous prétexte de cessions d’installations, exploités ensuite à l’étranger. Bon, c’est un fait, et nous ne pouvons concurrencer les bas salaires étrangers, mais nous pouvons développer nos laboratoires, nos ateliers, nos groupes expérimentaux pour devenir une pépinière de découvertes. Encourager, investir dans la recherche dans tous les domaines, pour améliorer la technique la plus élémentaire ou la technologie la plus futuriste est une mine de ressources qui doit garder, sur notre territoire, notre potentiel de découvreurs.  - La seconde richesse inaliénable de notre pays, c’est son patrimoine.
La France par son Histoire, la diversité de ses régions, ses spécialités, possède des trésors d’artisanat, de végétations originales, de gastronomie, d’architecture, d’art, de littérature, de traditions inépuisables. 
Le tourisme est en passe de devenir la plus grande source de revenus de notre commerce. Nos hôtels, nos villages sont la cible d’investisseurs qui ne se trompent pas dans leurs placements… Faudrait-il en avoir honte ? Faudrait-il considérer comme mineure cette attractivité ? « Pas au Puy du fou ! » m’a soufflé Karine 
- Rien que nous, Français, représentons un vaste vivier de chalands pour notre propre pays… Reconnaître cette opportunité, c’est ouvrir bien des chantiers, revaloriser bien des professions où la main est essentielle, promouvoir bien des arts de l’embellissement, de la restauration… C’est aussi prolonger les trésors de notre civilisation passée pour mettre en valeur ceux de nos contemporains, de nos visionnaires…  Maître d’Ecole, maîtres d’ateliers, maîtres des villes et des champs, compagnons, que de revalorisation de toutes nos disciplines, de toutes nos langues, de tous nos métiers sont possibles et pas simplement à titre associatif, comme par exemple pour la merveilleuse reconstruction médiévale de Guénelon dans l’Yonne… Ce n’est pas condamner nos usines, notre élevage, notre agriculture, ni nos pêches, mais c’est ouvrir, élargir les perspectives d’emplois, ne pas attendre que la peau de chagrin du travail ait perdu de sa surface, dramatiquement… Alors oui, Madame, si nous ne préparons pas ces débouchés, nous aurons failli et rendu stériles les beaux outils que nous voulons mettre au point, l’Instruction, le Savoir-Faire, les Apprentissages, sous toutes leurs formes ! 

Par sa voix, nous étions-nous bien tirés d’un sujet délicat ?  Nous avions les mains agacées par les applaudissements retenus.  Difficile d’interpréter le silence, mais sa densité était impressionnante. Heureusement, les hochements de tête, les sourires qui nous étaient adressés semblaient chaleureux… 

23 septembre, 2011

- 49 – LA CONFERENCE DE PRESSE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:05

Une salle des Pas-Perdus de l’Assemblée Nationale nous avait été octroyée pour accueillir la presse.  Nous étions regroupés en arc de cercle, face aux représentants des médias, au pied d’un pupitre surélevé. 

Les questions n’ont pas manqué. Nous avions prévu que les réponses seraient apportées par ceux qui les sentiraient le plus, un petit signe devait nous départager. Après avoir dû raconter pour une énième fois, l’histoire de notre mouvement, celle de Manu, Sylvain a subi un traitement particulier, presque inquisitorial. 

Les questions ont tourné ensuite sur la faisabilité, la confiance que l’on pouvait porter à nos élus, à l’administration pour transformer en textes d’application et en mise en œuvre notre Charte. Quatre thèmes ont donné lieu à des débats plus approfondis : 

Le premier m’a ramenée vers mon barbu dans le T.G.V.  Le représentant d’un hebdomadaire ancien, toujours soucieux des normes, s’est inquiété : 

-Vous prônez l’écoute de l’enfant, sa mise en confiance, la patience, voire la tolérance et un accompagnement affectif de la scolarité. N’est-ce pas excessif, une erreur même ? Sans parler vraiment d’éducation à la dure, l’autorité bien affirmée n’est-elle pas la garantie d’une discipline nécessaire à tout apprentissage ?  Mon expérience récente m’a incitée à la prudence et je ne me suis pas manifestée. Pourtant… 

C’est notre délégué le plus apparemment strict, le plus cravaté, le plus posé dans ses gestes, le plus sec dans ses propos, un Dauphinois buriné, pince-sans-rire mais extrêmement gentil, qui a sollicité notre approbation. Nous l’avons volontiers laissé nous représenter. 

- Monsieur, merci ! Vous allez me permettre, enfin, de comprendre cette expression  « élever à la dure » autant que son contraire « élever en douceur » Sans doute, pouvez-vous appuyer votre remarque par des exemples de réussites célèbres ; Pasteur, Mozart, l’abbé Pierre, le Général de Gaulle, Léonard de Vinci, bien d’autres… qui furent certainement des enfants que l’austérité de leur formation, la sévérité de leurs éducateurs ont conduits à notre reconnaissance ou à notre admiration… 

Sans doute, pouvez-vous citer Hitler, Gilles de Retz, Landru et autres malfaisants, comme l’aboutissement d’une enfance trop chouchoutée… Monsieur, autorité, sévérité, faiblesse, relâchement, pour ne pas parler des extrêmes, brutalité, coercition, laxisme, abandon, laisser-aller, complaisance…  ne sont pour nous que les formes d’expression d’un seul mode universel de relation : le respect ! 

Si nos jeunes sauvageons, pour rappeler une dénomination que nous ne croyons pas aussi aimable que l’ont regretté certains, si nos trublions des cités ont adopté ce terme pour reconnaître un acte, une personnalité à saluer, en revanche, le manque de respect lui peut provoquer des retours violents… Je ne crois pas que quiconque puisse, dans la sincérité de son introspection, rejeter l’évidence de ce besoin individuel ou collectif de respect. 

Mais si le besoin est universel, sa mise en pratique, sa reconnaissance, son obtention n’ont rien de systématique. Particulièrement de la part de ceux qui en exigent le plus les marques formelles. J’ai, nous avons, tous le souvenir d’un enseignant, d’un moniteur, d’un patron avec qui la relation n’a jamais posé de problème… De ces gens avec qui les apprentissages s’inscrivaient aisément dans notre mémoire et nos savoir-faire. De ces gens avec qui, familiarité n’était pas un mot banni, mais pour lesquels, chahut, indifférence, crainte et sanction étaient des termes théoriques, essentiellement. 

Notre punition tenait dans le jugement implicite de ces adultes. Sans flagornerie, nous avions envie de leur estime et nous n’éprouvions pas la peur de leur exposer nos doutes, nos incompréhensions et nos erreurs D’autres, d’aussi grande érudition, d’aussi grande maîtrise de leurs spécialités, n’avaient pas cette capacité pour susciter l’écoute, l’attention. Je me souviens de profs, stupidement chahutés, sournoisement parfois par crainte de colles, de punitions et pourtant si riches en savoirs. 

Je ne crois pas non plus à ces adultes copains copains, plus compétents dans les loisirs de leurs élèves que dans la rigueur logique des apprentissages Même pour eux, le respect n’est pas de mise. L’adulte est un modèle sur qui l’enfant pose le regard et il attend de lui compréhension, sympathie mais aussi arbitrage, recours et exemples. Chacun doit assumer sa place et la respecter n’est pas séparer, mais harmoniser. L’éducation est une science que beaucoup de parents apprennent sur le tas, avec succès souvent, car l’affection compense bien des faux-pas. 

La pédagogie, l’enseignement excluent ce paramètre. Ils s’adressent à des groupes hétérogènes, à des individus de vécus divers, même si leurs objectifs ponctuels sont identiques. Il faut que l’enseignant compose, suscite et capte l’intérêt de tous. Impossible, me direz-vous ! Difficile dans certains regroupements, c’est vrai ! L’autorité implicite née avec le respect doit alors devenir une autorité explicite, justifiée par des codes de vie en commun, des modes de conduite, éventuellement des rappels à l’ordre et des sanctions. 

Si nos mini sociétés que sont les associations sportives, culturelles, les centres de loisirs, les établissements scolaires… ne possèdent pas ces codes définis ensemble, connus, revus, et admis par tous les acteurs de ces microcosmes, alors, effectivement, l’anarchie prime. Alors, la contrainte, la répression doivent effrayer les contrevenants. Alors, progresse l’art de la débrouille et de la com-bine pour ne pas se faire prendre. Souvenir personnel, j’ai l’âge d’avoir connu des films comme ‘‘Graine de Violence’’, vous savez « Bill Halley » et « Rock Around the Clock », comme « 
la Fureur de Vivre », comme « 
la Cage aux Rossignols » devenus « les Choristes »… comme, comme… continuez pour moi. Tous mettaient en évidence cette lutte entre pouvoir et compréhension, entre exigence de respect de la part des adultes et soif de respect de la part des jeunes. 

Dans le film avec James Dean, le jeune va jusqu’à provoquer son père qu’il trouve trop tolérant, lâche même. Il voudrait pouvoir le respecter… Voilà, Monsieur, notre pesée entre « l’école à la dure » et « l’école en douceur » 

Un dernier mot, perdre la face n’est pas une catas-trophe, ni pour l’adulte formateur ni pour l’élève, c’est l’entêtement dans l’erreur qui seul amène à la perte de confiance. C’est grave ça, très grave… 

Jamais, nous n’avions connu notre ami aussi prolixe. Nous nous attendions certes à une réponse incisive mais brève…  Il pouvait se tourner vers nous, nos regards lui confirmaient que nous approuvions chacune de ses phrases. 

22 septembre, 2011

- 48 – LA PROPOSITION DE LOI.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:52

Ce mercredi devait être chargé, à tous points de vue.  J’ai soigné ma tenue ce matin-là … Tailleur, talons hauts… de longues minutes à me tirer les cheveux : « Il faudra que je les fasse couper ! » Hier soir, j’avais glissé mon message : « Tout va bien, je vous raconte plus tard. Demain,  nous allons voir les députés, notre devoir est fini ! Bises. » 

Juliette, préposée au clavier, m’avait répondu : « Si tu passes à la télé, fais-toi belle et préviens-nous, je le dirai à mes copines. Bisous xxxx »  Je ne sais si les sièges de l’Assemblée Nationale étaient plus occupés que d’habitude… Aux dires, saisis çà et là, je pense que oui et il reste vrai que peu de vides clairse-maient les rangs de nos élus. Même les deux rangées réservées aux représentants du gouvernement étaient occupées.  Les derniers députés pénétraient, précipitamment ou sans hâte, selon les tempéraments, dans l’hémicycle. A l’entrée gauche, il ne prêtaient plus attention à Rouget de l’Isle chantant pour la première fois
la Marseillaise chez le Maire de Strasbourg, pas plus qu’à l’entrée de droite à l’allégorie de la République écrasant les privilèges, plus symbolique en ce jour, pour nous, du triomphe de la déesse Raison. 

Normalement la remise d’une proposition de loi ne donne pas lieu à tant de cérémonial. Le dépôt en serait bref et simple, nous l’avions souhaité public en reconnaissance de la volonté nationale exprimée par tant et tant de réactions, de réunions populaires et citoyennes. Nos élus avaient satisfait à cette demande en permettant que la Proposition soit déposée solennellement sur le bureau du Président. Pour moi, pour de nombreux délégués, notre présence en ce lieu empli d’Histoire et Témoin de la naissance de notre Code législatif était déjà un événement. 

Le document qui nous y amenait était d’importance et l’éclat de l’Hémicycle, autant que la majesté des salles, traversées, amplifiait la solennité du moment. La remise solennelle par les sept députés cosignataires de notre Proposition de Loi devait s’effectuer en début de séance à 15 h Toutes les places disponibles couronnant l’hémicycle étaient occupées par les amis de notre mouvement. Certains avaient fait un long déplacement pour cette occasion, ce bref instant… 

Les députés avaient été assaillis de demandes de billets de séance. Toutes n’avaient pu être satisfaites naturellement. Les plus chanceux, comme nous les délégués nationaux, avaient patiemment pris place dans une longue file d’attente, présenté une pièce d’identité, et indiqué le nom du député qui nous parrainait. 

Evidemment, la presse, les médias, déjà habitués de ces lieux, fixaient, pour mémoire et pour diffusion, notre agitation, nos commentaires avant que n’arrive le Président. Devant le Palais Bourbon et la sphère de granit noir des Droits de l’Homme, le public était considérable. Le moderne tam-tam avait bien fonctionné entre les membres des groupes de travail initiaux, ceux des Comités des Académies, les parents, les enfants, les adolescents, les jeunes gens, les enseignants, les bénévoles associatifs, les sympathisants les plus divers,… 

Des optimistes, beaucoup d’optimistes, portés par l’Espérance émergeant de l’amphore de Pandora…  Il était facile d’imaginer que le site de l’Assemblée et la Chaîne Parlementaire, au moins eux, avaient de nom-breux spectateurs. Je vous le confirme, en cette période, la modestie n’était pas notre première qualité !    Nous espérions que l’influence de cette affluence conduirait nos 577 élus à un accord pour ne pas programmer dans le long terme l’examen de notre texte. 

         Nous avions obtenu que la remise de notre Propo-sition de Loi soit physiquement symbolisée par son dépôt entre les mains de Président de l’Assemblée en séance publique et non au Bureau, cet organisme chargé de gérer son fonctionnement.          Le Président a gagné avec solennité sa chaire et a déclaré la séance ouverte. 

         La voix de cet homme habitué aux réunions les plus importantes pour notre pays, rompu à l’écoute des interven-tions les plus lourdes de conséquences, les plus éprouvantes et parfois les plus conflictuelles, cette voix a sonné avec une gravité que j’ai voulue, pourtant, particulière…            Monsieur le Président. : – Par décision unanime du Bureau de notre Assemblée Nationale, il a été décidé que le dépôt de la proposition par un collège de nos confrères, toutes appartenances reconnues et conjointes, pouvait se réaliser ce jour entre mes mains.           Je la recevrai au double titre de Président de notre Assemblée Plénière et de Président du Bureau. 

         Cette remise n’appellera aucun commentaire, aucun débat. Nous estimons que le caractère remarquable et rare de cet événement témoigne de l’attention que nous avons portée à tout le mouvement de nos concitoyens et de l’importance extrême que revêt pour nous, l’Ecole de notre République. Très rapidement, chaque élu de notre institution disposera d’un exemplaire de cette proposition et alors commencera son étude selon les démarches conformes à notre règlement législatif. 

Messieurs, je me tiens à votre disposition !  Un huissier s’est avancé vers nos mandataires élus.  Lors de l’accueil du Président, le silence avait été total, à peine rayé par des bruits non significatifs et brefs. Lorsque nos sept signataires sont montés jusqu’au Responsable le plus altier de l’hémicycle, le silence avait gagné en puissance encore, celle d’un pacte de confiance, de paix et d’espoir. 

         Chaque député portait un exemplaire de notre Recueil transformé pour répondre aux normes d’une Proposition de Loi. Tour à tour, ils l’ont remis en mains propres au Président, l’ont salué avec un échange que nous ne connaîtrions que plus tard. Il était question de dépôt précieux, de remerciements avec plus de regards que de mots. 

         La Haute Autorité de ce lieu demanda que soit attribué à notre Document un numéro d’ordre et la date de cette réception d’ordre afin qu’elle soit mentionnée au feuilleton remis à chaque parlementaire ainsi qu’au Journal Officiel. J’avoue n’avoir que très rarement et jamais attenti-vement assisté à des retransmissions de séances publiques, je ne peux donc établir aucune comparaison mais c’est décidé, je vais devenir une citoyenne responsable et curieuse. Les étapes promises à notre texte me verraient studieuses. 

Je n’ignorerai, quand même pas, ni le travail des commissions, ni la Navette entre le Sénat et le Palais Bour-bon. Je noterai toutes les remarques du Gouvernement, tous les risques de restriction ou de non-conformité relevée par le Conseil Constitutionnel. Bref, ma science législative allait devenir abondante et pointilleuse et compenser la honte de mes ignorances… 

Lorsque le Président s’est levé pour saluer leur départ, alors le silence est devenu tumulte d’applaudissements. 

Le cours ordinaire des séances de réunion publique s’est rétabli et peu à peu le public s’est écoulé. Je dois quand même dire que l’Hémicycle aussi a vu se vider nombre de ses sièges identifiés ! 

Nous n’avions pu solliciter ni organiser pareil événe-ment au Palais du Luxembourg et au Palais-Royal, mais sept sénateurs, pareillement divers, avaient rencontré le Président du Sénat, le second personnage de notre République, avec des membres de son Bureau pour lui remettre, moins solennellement mais avec autant d’intensité, les exemplaires de notre Proposition de Loi pour L’Ecole. 

Plusieurs de nos Sages, notre Bureau à nous, qui avaient pris rendez-vous avec les onze autre Sages du Conseil Constitutionnel, ont placé entre les mains de son Président, notre précieux document. Evidemment, même non publiques, ces remises ne se sont pas effectuées pas sans que la publicité en soit assurée par les correspondants de nombreux journaux écrits, parlés et télévisés. La presse étrangère avait été titillée par cette agitation. Badges, panonceaux annonçaient leur présence. 

Il nous fallait, d’ailleurs, maintenant retrouver tous ces Mercure et alimenter leurs sacs à curiosité. 

- 47 – S.E.G.P.A., AMICALE ET CARTHAGENE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 0:11

Thierry et Véronique étaient arrivés et déjà intégrés. Les deux femmes s’affairaient dans la cuisine et, rien qu’au rythme des phrases, on sentait la discussion bien engagée. Thierry essayait de découvrir les secrets des boîtes à musiques et des casse-tête, pas chinois mais bien maison… 

Rob n’eut pas le temps d’être intimidé, sa Licette l’avait poussé vers Véronique pour un bonjour bisous et vers Thierry pour une virile poignée de main. Evidemment, il prit un savon : 

- Tu leur as cassé les oreilles avec tes jouets. Je parie qu’ils en oubliaient de revenir… - Pas du tout, l’avocat c’était Sylvain, c’est moi qui ai parlé surtout… Je me suis pris pour un philosophe. Robert a eu peu de temps pour nous raconter le fonctionnement de ses trésors.  

- Bon maintenant, passons aux choses sérieuses, un muscat, Frontignan, Lunel, Mireval, Carthagène ou un pastis tout bête ? Allez Grand Rob, bouge-toi !  Dis comme ça, nous n’allions pas aller vers le tout bête et, si moi j’inclinais pour le Lunel, les trois invités souhaitèrent s’initier à
la Carthagène. 

Sylvain réussit à placer son nouveau copain qui jouait au meccano avec de la récup. de P.C. ! Il en faisait un jongleur et un artiste capable d’éclater les images sur un mur d’écrans, de les faire bouillonner selon les musiques, bref un « informatiste » déjanté. 

Thierry, pratiquant de l’ordi. et moi, bien frottée au monde de Yann, lui avons révélé que « déjanté », était un état quasi nécessaire pour les mordus de la souris. Alice avait passé bien des heures à nous farcir des grosses moules, pour commencer. Rien qu’à envisager qu’il y avait une suite, j’étais déjà coufle et Véronique me semblait dans le même état. 

Heureusement, nous avons marqué une pause, sorbet non alcoolisé. J’en ai profité pour questionner Thierry sur sa S.E.G.P.A.  Il avait pendant longtemps, jusqu’à trente ans, c’était l’âge requis pour postuler à une direction à son époque, exercé comme instit. spécialisé dans des quartiers très brassés de la capitale.  Il avait tenu quelques années une classe de perfectionnement professionnel, lui aussi, comme Alain, mon copain du village, puis à la suppression de ces dernières et à la création des Sections d’Enseignement Spécialisé intégrées à des collèges, il avait demandé à suivre le stage de direction.   

J’ai compris que ces responsables étaient les seuls directeurs d’établissement scolaire véritablement formés dans tout notre système. Une année de cours administratifs, droit, psychologie, sociologie, animation d’équipe, orientations, recherches des solutions diverses, de ressources… bien étof-fée, et une année de pratique. Ils n’étaient pas chargés de classe, malgré des effectifs plus faibles que dans beaucoup d’écoles élémentaires. Ils se ménageaient des heures chaque semaine pour prendre un groupe en soutien, participer à un projet collectif, bref, rester disponibles pour l’animation de leur établissement et le contact direct avec les élèves…. 

Voilà ce qu’il faudrait dans nos écoles !  Le vide laissé par Manu était et serait longtemps, sensible. En dehors des circonstances dramatiques, le contraste entre le calme, la gentillesse, l’écoute de ce professeur, un peu timide avec ses collègues, mais d’un charisme extraordinaire auprès des ados, de tous, des petits de 6ème aux plus grands de 3ème, auprès des anciens élèves qui revenaient régulièrement le voir, ce contraste avec ce geste de violence orchestrée était insupportable.  L’équipe avait refusé l’aide d’une cellule psychologique. Tous avaient passé un examen particulier pour exercer auprès d’enfants en difficulté. Tous avaient une expérience enrichie par quelques conflits avec des parents brutaux, des gosses paumés… Surtout, tous formaient autour de Thierry, un groupe solide, capable de s’introspecter, de s’analyser et de s’épauler. 

C’est ce qu’ils avaient mis au service des enfants d’abord, des familles ensuite et de tous ceux qui, sincèrement avaient besoin de comprendre.  - Je savais que, dans beaucoup d’écoles, le décourage-ment régnait, je savais que penser d’abord aux enfants avant d’appliquer des textes, des règles devenait pesant… Je sa-vais que des collèges avaient subi des visites policières… Les nouveaux chefs d’établissement recourent toujours plus facilement à la loi qu’à la compréhension ou à l’apaisement interne.  J’ai vraiment eu peur lors de l’éclat dans l’atelier. Je n’avais été prévenu ni par la police ni par le Principal du collège et je n’ai pas eu le temps de préparer l’intrusion des agents dans le garage. 

C’est vrai que la libération d’Emmanuel a été subor-donnée à notre silence. Si une polémique naissait dans la presse, le prof serait mis en examen… Tous ont tenu parole, les enseignant, le personnel de service, les jeunes, surtout ceux de Manu et les familles, tous… Comment ? Je me le demande encore mais c’est un fait ! 

Véronique a posé sa main sur le bras de Thierry dont la voix, le corps tremblaient. Il gardait les yeux fixés sur un masque de Venise. Se raccrochait-il à ses yeux vides ou au sourire doux ?  - Demain, vous rencontrerez les garçons. Ils en ont discuté. Au début, ils ne voulaient recevoir que Sylvain, le dernier à avoir touché leur maître vivant. Puis ils ont compris que ceux ou celles qui l’accompagneraient, deux ou trois pas plus, ont-ils demandé, étaient en quelque sorte des gens qui voulaient faire revivre l’esprit de leur prof.  Maintenant, ils vous attendent, tout simplement.  

Alice et Véronique avaient servi le gigot entre temps. Nous avions retrouvé notre coup de fourchette. C’était parfois utile pour tromper notre émotion, mais la viande fondait et les moules se tassaient. 

Véronique a dévié le cours de la conversation en nous demandant comment s’était déroulée notre visite chez les protégés anciens de Sylvain. 

J’ai un peu corrigé ; - J’ai plutôt eu l’impression que c’était lui qui était cocooné là-bas et je m’étonne qu’il reste aussi mince ! 

 - Merci pour le compliment, ça rattrape mes décorations sur les mains et le visage…  C’est vrai que nous oubliions vite ses pansements quand même… 

Nous avons parlé de leur souvenir de la faim, des astuces pour se chauffer, se soigner….  Véro nous a confié :  - Savez-vous que Thierry préside, depuis presque quinze ans, une Amicale de quartier ? 

Au début, c’était surtout une façon de rendre associatif le groupe des bénévoles qui chaque année participait aux activités, aux sorties, aux travaux et aux fêtes du groupe scolaire. Puis, certains ont continué à aider bien que n’étant plus parents en maternelle ou en élémentaire. A surgi l’idée de fêter les 60 ans de ces écoles. Ce fut une fête énorme, dépassant toute attente, en nombre comme en ambiance. 

Evidemment, tout s’additionnant, l’Amicale est née. Amicale parce que rien ne justifiait ce rassemblement, pas d’activités sportives, pas d’ateliers culturels, rien, au début que de la sueur et des initiatives  pour monter des stands et les tenir, gagner un chèque pour que vivent mieux les projets des écoles… 

Thierry a continué : - Je n’avais pas d’attaches passées avec l’école, simplement celles de mon épouse, ancienne élève, et la participation à des ateliers d’écriture. Je me suis pris au jeu de cet élan gratuit, de cette amitié sans explication. 

Peu à peu, à la demande de nos adhérents, nous avons ouvert des moments de gym pour adultes et enfants, des ateliers d’échange de savoir-faire. Nous avons tenu des réunions pour la mémoire de notre quartier, nous en avons tiré un recueil. Des sorties spectacle, des sorties décou-vertes, des soirées jeux de société, des après-midi pétanque, belote, tarots ont grossi nos activités. Chaque année, nous organisons des moments plus goûteux : galette, St Vincent pas tournante, avec comédiens, chanteurs, et en juin notre grand repas, bal, feux d’artifice. 

Nous participons toujours aux fêtes d’école, mais vous savez que les temps ont changé. Le samedi est devenu congé, les enseignants sont de moins en moins enclins à se mobiliser au sein d’un système qui alourdit toutes leurs tâches. Alors nous répondons à la demande. Vous voulez un loto, ok, on organise ; vous n’en voulez plus, eh bien, on n’en fait plus ou alors pour le plaisir seulement. Pas avec l’école mais à côté. Pareil pour les fêtes… Elles ont été pendant longtemps l’événement du quartier. Les bénévoles étaient nombreux alors… C’est maintenant à peine symbolique et très décevant pour tous ceux, parents, enfants, anciens, qui aimaient retrouver leur école animée, vive, décontractée, fusionnelle pour un jour. 

Nous avons célébré ses 70 ans, puis, au nom de tous ceux qui ont aimé leur école de quartier, ses 80 ans.   Quelle chance j’avais d’avoir de tels passionnés avec moi ! Et encore, Alice n’avait pas entraîné tout le monde sur le chemin des 4000 Marches, de Valleraugue à l’Observa-toire météo de l’Aigoual…  Quoique, en arrivant, entre deux bruits de casseroles, il m’ait bien semblé entendre le mot Cévennes et le mot drailles… 

La soirée s’est achevée après que nous ayons dessiné des plans de retrouvailles, des projets tournés vers le Sud, vers ces Cévennes précisément 

Thierry s’est chargé de reconduire Sylvain à l’hôpital. Il avait promis d’être dans sa chambre pour les soins du matin. Moi j’ai gardé la voiture pour notre rendez-vous à
la S.E.G.P.A., demain après-midi… 

Il allait falloir se ménager pour affronter les réceptions officielles. 

18 septembre, 2011

- 46 – LA MAIN.

Classé dans : apprendre,POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:15

Rob nous avait donné rendez-vous à son atelier, devenu musée privé. Thierry devait nous rejoindre directe-ment à l’appartement. 

D’emblée, l’homme de lettres fut fasciné par l’univers de l’homme d’outils.  Lui qui avait entendu s’exprimer tant de pensées enthousiastes a été pourtant submergé par la passion que dégageait le magicien des petites dentures. 

L’écrivain public admirait le bon sens.  Ses rencontres si abondantes, si variées, lui prouvaient, chaque jour, combien ce bon sens se révélait en chaque propos pourvu qu’il fut spontané. Il reconnaissait l’intelligence dans la complémentarité des observations, des déductions analogiques, de la mémoire et de l’ouverture judicieuse de ses tiroirs. Lui, sa fascination, remontait à l’homo faber.  Son prof. de philo, en terminale, était une bête qui l’avait fortement marqué mais surtout lui avait proposé comme sujet d’exposé l’affirmation d’Anaxagore : 

« L’homme est intelligent parce qu’il a une main ! ».  Au milieu du temple de la dextérité, Sylvain a retrouvé sa fougue, encore plus convaincue aujourd’hui qu’il a mûri. Sapiens oui, mais faber plus sûrement. Sylvain ne voyait dans la main aucune représentation du pouvoir. « Etre entre les mains » n’a pas de répercussion, ni comme sanction, « la gifle », ni comme applaudissement, « la claque ». Ne l’inspirait pas plus, la protection de la « main étendue » sur le sujet comme une égide. 

Il ne s’arrêtait pas non plus à la main qui salue, qui consacre, qui menace, qui bénit… Sylvain les avait toutes imaginées ainsi que leurs codes, leurs signes, leurs lignes, leur alphabet pour les malentendants, leurs formes… quand il était étudiant. Il nous a expliqué la main qui pétrit, même machinalement, la main qui joue « greli-grelo », qui mime, pierre, feuille, ciseaux et puits. Derrière le dos, pour confondre le choix de l’adversaire, déjà la main dirige le hasard.  La manipulation du prestidigitateur, plus rapide que les commandements du cerveau… Apprentissages certes mais aussi liberté d’épanouissement, d’enrichissement des palpations, des gestes fins plus rapides que le regard du spectateur le plus attentif…     

Les mains reines sont celles, pour Sylvain, qui créent, qui réparent, qui s’adaptent à l’outil, à l’instrument, au crayon, mieux elles adaptent l’outil à leur préhension.  Parce qu’ils peuvent le geste, l’homme, la femme, le nourrisson, l’osent, en tirent des expériences. Ils laissent la main se meurtrir, s’échauder, se glacer, caresser… 

Par elle, ils engrangent bien des nuances de serrages, d’appuis, de pincements, de grattages, de frottements. Par elle, ils s’éduquent, de la menotte aux doigts si fureteurs, du pouce si réconfortant à la main du chirurgien, à la main du ciseleur…  Ces mains aux habitudes profondément incrustées et aux réflexes de génie… 

- Je suis fasciné, littéralement capturé par l’individu manuel, retour à l’homo faber.  J’aime regarder, écouter, son silence concentré, de bricoleur, de grand savant. Il n’a pas appris des gestes, des techniques pour en faire un métier mais en tirer un plaisir, avec le prétexte de l’économie, de l’utilité. 

Il doit tout essayer, tout tenter, tout copier, laisser sa main être maladroite, téméraire parfois. Il doit inventer des montages, il doit compenser une ignorance par une initiative et collationne les trucs, ses trucs… Si ce n’est pas de l’intelligence ça !  Il est même de ces ingénieux qui vont laisser la trace de leur cheminement et de leur réussite. Je crois à la curiosité que cela peut susciter, moins à son imitation, plus à son adaptation ! Le bricoleur est un chercheur qui peaufine ses méthodes et réinvente celle des autres, il a besoin de refaire pour comprendre et s’approprier. Ainsi j’ai baillé, et pas d’ennui je vous assure, devant un jongleur de cuisine, fredonnant au milieu de ses casseroles et jouant de ses ingrédients comme des couleurs d’une palette. 

J’ai suivi, à chacune de mes tournées, le travail du bois d’un mécanicien, menuisier puis ébéniste par passion. Je l’ai accompagné choisir ses essences, je l’ai regardé plusieurs mois après en tester l’humidité, en surveiller la maturation, j’ai bien noté la caresse de sa main aussi buriné que ses planches. Tout !  Alice doit s’impatienter. Thierry est peut-être arrivé et moi, je lâche trop la bride à mon enthousiasme, Je vais m’arrêter sur le dernier brico rencontré.  N’allez pas croire que je méprise les professionnels, oh non ! Puisque leur main génère l’objet, le son, l’odeur, la gourmandise, le regard… J’admire ! 

Du boulanger à l’ancienne au graveur de meuble en pin cembro, seul avec la lame de son opinel… Je garde dans ma tête des dizaines d’artisans, de compagnons, d’ouvriers, d’artistes quelquefois, si leur atelier est resté humain.  Tous sont les acteurs de la scène de ma vie courante. Si tous, ceux que j’estime au moins, sont des magiciens de la main, tous ne l’ont pas forcément choisi, les circonstances furent leur Centre d’information et d’Orientation., et certains ont une autre passion que leur métier. C’est le cas de mon copain ébéniste amateur passionné et bon, très bon mécanicien, plein de ressources inventives sous un capot mais sans l’amour qu’il porte à son bois. 

Ma dernière trouvaille, amateur bricoleur, tardivement victime d’un coup de foudre, te plairait Rob! »  Emballé, Sylvain a tutoyé l’horloger, a usé de son diminutif, tirant un vrai sourire, un vrai soupir de bonheur à mon oncle.  - …C’est un éventreur d’ordinateur ! 

Devant notre moue, un peu dubitative, Sylvain a calé ou, plus roublard, a différé.  - Allez , on ferme, vous aurez la révélation devant les assiettes d’Alice ! 

C’était aller trop vite pour notre artisan. 

Sylvain avait partagé sa vision avec nous. Rob avait apprécié mais nous n’allions pas quitter son musée sans l’avoir exploré, compris.  Robert nous a guidés dans les rouages de ses précieux coquillages. Leur histoire lui importait moins que l’intelli-gence qui a conçu, miniaturisé les mécanismes, placé sur des axes capillaires des roues variées, solidarisées par des dents infimes. L’impulsion du  remontoir déclenche le res-sort qui se détend, entraînant avec une régularité admirable chaque pièce mobile, chaque organe. Le cœur bat et son chant ténu accompagne les secondes….  - Et encore, dit Robert, ça, c’est pour que tournent des aiguilles, mais là, regardez ce petit village, un remontoir tout pareil, un ressort plus long, plus serré met en action les grandes, les petites, les minuscules roues qui articulent, ce petit train, le moulin, les voitures des rues, les passants, la dynamo qui va faire briller les éclairages… Un souffle bien sensible semble sortir d’une colline et agiter les arbres, l’eau de l’étang… Aucun branchement. Tout est animé par ce seul ressort tendu puis libéré. 

Et cet automate qui vous sourit, vous offre à boire, vous salue et tend la main pour son pourboire ? Déverrouillez son dos, c’est un véritable enchantement !   Il avait raison et Merlin n’aurait pas été plus magique, plus beau que lui. Les outils minutieux de Bob, ses petites boîtes de rouages, ses dessins, ses livres anciens… valaient toutes les cornues, toutes les baguettes ensorceleuses, tous les grimoires du mage. 

Robert a soigneusement bouclé son atelier, tiré rideaux et grilles de protection. 

Plusieurs fois son échoppe avait essuyé des tentatives nocturnes d’intrusion. Une fois même, en plein jour, Robert avait été agressé par un malfrat. Il en portait toujours la cicatrice sous son épaisse tignasse blanchie. 

Ses hurlements, sa fureur malgré le sang qui l’aveuglait, avaient mis en fuite le voleur… Robert n’avait même pas porté plainte, mais sa porte avait, elle aussi, été automatisée par un trucage de son invention… 

16 septembre, 2011

- 45 – DES BIBLIOTHEQUES TOUJOURS OUVERTES.

   Ce mardi, seuls ceux qui surveillaient l’impression de notre Recueil restaient consignés. Avec Karine, quelques autres collègues, nous avons erré dans les rues de Paris et grappillé des petits cadeaux pour la famille restée en province. 

A midi, dans le cirque, nous avons organisé un grand pique-nique où se sont mélangés charcuteries, fromages, gâteaux de toutes nos régions… histoires et chansons. œuvrer pour une cause nationale, rien de tel pour que s’embellissent les richesses de nos folklores. 

L’Européanisme, le Mondialisme, avec toute la symbiose de leur humanisme ne feront que privilégier les riches-ses de ces particularismes patrimoniaux…Vive les « ismes » quand ils sont généreux !  Pour l’après-midi, avant de retrouver Rob, Alice, Thierry et son épouse, Sylvain m’a proposé de le suivre  chez les anciens de
la Résidence qu’il fréquentait chaque semaine. 
Pierrot nous prêtait sa voiture, mais il faudrait que je conduise ! 

La Résidence des vieux amis de Sylvain était bien conçue, des petites maisonnettes de deux pièces, cuisine, salle d’eau avec un jardinet et trois immeubles de deux étages avec des deux pièces aussi. Je pense que l’affectation s’effectuait au choix ou selon le degré d’autonomie des pensionnaires. Souvent les couples occupaient les pavillons, 

Le tout était dispersé dans un parc ombragé, bien situé dans le centre ville, isolé ni des commerces, ni des foyers de vie. Un groupe scolaire, avec lequel les résidents pouvaient partager ateliers et souvenirs, côtoyait la maison de retraite.  Nous étions attendus dans le grand salon, destiné à toutes les réunions certainement.  Inutile de préciser que les tables étaient garnies d’une variété incroyable de pâtisseries, fabriquées par nos hôtes bien sûr. 

Pour tous ces gens à petit appétit, c’était démesuré, mais très chaleureux.    Après leur accueil et leurs embrassades avec Sylvain, nous avons parlé d’autrefois.  Si un ancien qui disparaît est une bibliothèque qui se ferme, Sylvain avait la chance, moi avec lui ce jour, de lire les volumes de celles-ci. Nous les avons parcourus avec passion. 

Une dame magnifique, toute plis et sourires, à la chevelure d’argent, a compris notre étonnement 

- Vous savez, nous sommes des papis, des mamies. C’est souvent à la gourmandise que nous nous référons. D’abord, parce que nous n’avons plus très faim, et ensuite parce que c’est l’un des moyens de séduction qui nous restent.  Un petit bonhomme, la barbiche presque à la hauteur du bec de sa canne, a profité de l’opportunité pour nous plonger dans ses souvenirs :  - Maintenant, nous n’avons plus faim et pourtant quand j’étais gamin, à la maison, on ne parlait que de ça. 

S’abriter, se chauffer, se protéger et se nourrir étaient nos préoccupations essentielles, mais surtout « Ne pas avoir faim ! » Ici, maintenant nous parlons de diététique, c’est intéressant mais quand j’étais enfant, on parlait de nourriture, point ! 

Le pain avait une grosse importance. Il était de quatre livres en général, on l’achetait à la pesée… - Chez nous, à la campagne, l’a interrompu un solide « …génaire », on le payait  au bourg, à la fin du mois, même celui que le commis nous livrait à l’Ecart. On comparait les tailles sur nos deux baguettes : celle du client et celle du boulanger portaient les mêmes encoches effectuées à chaque achat, “ la marque ”. 

Sa voisine, un peu intimidée, s’est lancée : - Moi, c’était la ville, mais notre boulanger était bien accommodant aussi. Quand son four était encore chaud, il nous permettait d’y cuire nos plats…. 

- Lorsqu’il était un peu trop dur, on retrouvait le pain dans la soupe. La panade des longues fins de mois, souvent difficiles, se trempait à deux voire trois repas. - Moi, gamin, avec mes frères, on attendait le dimanche. Souvent ma mère préparait du poulet et des frites. Comme la viande coûtait cher, c’était nos petits luxes. 

Les yeux de cette dame en fauteuil roulant en brillaient encore ! Maintenant, les souvenirs s’envolaient et c’est un petit grand-père tout rond, tout rose, qui a complété la précédente intervention : 

- Chez nous aussi et il venait souvent de notre petit élevage, comme les lapins, mais eux, on en vendait aussi. Avec les légumes du jardin, on arrivait à remplir les assiettes dans notre banlieue. Mon père disait : « Il faut se donner de la peine…». Je le redis à mes petits-enfants quand ils me font raconter tout ça ! - Ce que j’aimais bien, c’est aller avec mes parents dans les jardinets ouvriers, le long des voies ferrées attribués par
la S.N.C.F. ou
la Mairie. On y discutait, on jouait, on échangeait des légumes, des fruits… Parfois, nous mangions ensemble quand il faisait beau. 

Ça sentait bon quand, dans la rue, c’était le moment des confitures… Avec les conserves, nos mères arrivaient à avoir un peu de réserve. -Nous, a relevé la première dame, avec plusieurs familles nous partions faire des cueillettes et des ramas-sages de fruits, châtaignes, champignons, baies… C’était aussi de bons moments tous ensemble. 

- Mon père était pêcheur, chasseur, pas toujours autorisé… Maintenant il ne risque plus rien, a confié une nouvelle résidente. Il attrapait des poissons, des beaux souvent, même des brochets, et des écrevisses. Il en vendait à des voisins, ça arrangeait le porte-monnaie… De la chas-se, il ramenait plutôt des petits oiseaux. Avec des pommes de terre au four, c’était délicieux. - Ici, on boit mieux qu’à cette époque et c’est moins fatigant. Je n’étais pas Cosette, mais comme aînée, j’étais souvent de corvée d’eau et la borne fontaine n’était pas à côté de la maison. Pour revenir, ça montait !   

Dit avec le sourire, ça passait mieux et celui de cette dame était bien large. - On buvait beaucoup d’eau, mais pas seulement, s’est souvenu son voisin. Avez-vous connu le kéfir, le coco, le lithiné, les infusions ? Ma grand-mère concoctait même un drôle de mélange : des feuilles de frêne, plus du sucre candi, plus de la levure de boulanger. Elle la préparait dans un tonneau et la laissait macérer quelques semaines avant sa consommation Elle nous faisait, comme ça, une boisson d’été peu coûteuse et rafraîchissante.. 

- Quand même, a corrigé un monsieur à l’abondante chevelure blanche, en plissant les yeux au milieu d’une face déjà bien tourmentée, quand même, on buvait un peu de vin. Nos vignes de Seine-et-Oise n’étaient pas généreuses, enfin par chez nous. Le vin était peu coloré, et un peu tord-boyaux, mais il apparaissait parfois à table, dans le verre des adultes ou très mouillé dans celui des grands. 

- On n’avait pas de frigo, nous. On conservait tout dans le garde-manger grillagé, accroché au frais, hors de portée de visiteurs à quatre pattes. 

- Dans notre ville, au fond de galeries souterraines, on  conservait la glace découpée dans les étangs en hiver. Quand il faisait chaud, on achetait des pains de glace. Minots, on courait derrière la charrette du livreur pour boire l’eau fraîche qui coulait. On courait après tout ce qui roulait d’ailleurs : les marchands ambulants, le charrette des quatre-saisons, de laitage, de charbon, parfois de tissus, le rémouleur, les camelots… 

Dans le quartier, nos rues bougeaient.  Une dame très emmitouflée, peut-être est-ce ce qui inspirait sa remarque, a levé un autre souci passé.  - Il fallait bien aussi se chauffer. Une cuisinière, parfois un poêle, c’était bien juste certains hivers. Le sac de charbon chez le bougnat était pas donné, oh non ! Chez nous, on n’était pas les seuls, il fallait ramasser du bois mort, et les restes de charbon des dépôts des locomotives du P.L.M. 

Paris-Lyon-Marseille me fut-il traduit, la future S.N.C.F. Pendant la guerre, c’était encore plus fréquent, mais bien risqué. 

- Souvenez-vous de la brique chauffée au four pour accompagner nos pieds dans les draps froids ! Après, on a eu des bouillottes, c’était pas pareil ! - Même si on avait toujours peur de « manquer », on arrivait à faire la fête, avec pas grand chose, de la débrouille et en s’y mettant tous ! 

- Il y avait pourtant bien des malades, a dit une personne tremblotante près de moi. J’ai revu une ancienne camarade d’école communale, il y a quelques jours. En premier, on s’est souvenu que nous avions toujours la goutte au nez, des rhumes, des écorchures et aussi, c’était plus triste, que les bébés vivaient pas tous longtemps - Oui, pour la coqueluche, on nous emmenait en altitude, en aéroplane des fois. 

- Moi, j’avais peur du médecin ! Il ne venait pas souvent à la maison, mais à l’école. Il nous piquait pour les vaccinations. On pleurait presque tous.  Nous avons laissé se dérouler la longue bande de mémoire des souvenirs qui émergeaient en vrac : l’hôpital et ses salles communes, le chloroforme, les leçons de morale, les totos, les mains propres, les rigolos pas drôles, les rebou-teux, les accidents mal réparés, les bêtises, car nos aînés avaient été, pour plusieurs, des graines de garnements. La « Guerre des Boutons » n’était pas que du cinéma…  - On nous menaçait de fessées si on était attrapé, du martinet, du coin noir, mais on nous effrayait aussi avec les légendes « à faire peur » : le loup, le père fouettard, les vagabonds, les chemineaux, les bohémiens voleurs d’en-fants … et surtout l’œil des voisins. Pas besoin de caméras, la surveillance était partout… 

Nous nous sommes séparés avec, évidemment, des promesses de se revoir, de s’écrire… 

Sylvain a garanti qu’il y veillerait. Juste avant de franchir la porte, nous avons été rattrapés par un petit groupe de dames : 

- Nous n’avons pas parlé de notre école à nous. Elle était dure, mais elle était belle… Leur écrivain leur a rappelé :   

- Avec moi, vous en avez bien discuté, mais c’est vrai, je n’ai pas beaucoup écrit. La prochaine fois, je vous expliquerai ce que veulent Isabelle, ses amis et de très nombreux Français pour une nouvelle Ecole et vous, vous me direz ce que vous en pensez. Vous la comparerez à celle de votre enfance. D’accord ? »  - D’ac ! a répondu avec malice son interlocutrice. T’inquiète pas, on va y travailler.. »     Nous avons réembarqué sous les gestes d’au revoir et les envols de bisous de ces grandes gamines espiègles.

15 septembre, 2011

- 44 – LE RECUEIL.

 

                    15 h, lundi après-midi. 

 

Le retour s’est effectué également au grand air parisien. Notre digestion s’en est trouvée facilitée. 

Chacun avait, semble-t-il, bien usé de cette récréation, sauf les Sages qui avaient studieusement accompli leur rédaction. 

Peu avant 16 h, nous étions assis dans les gradins. Il n’y avait plus d’espaces vides désormais, nous formions un bon groupe bien resserré, comme pour nos idées. 

Nous n’étions que nous, les Délégués, pourtant nous nous sentions, en tout orgueil, en toute fierté, peut-être les « millions » de Spartacus. 

L’intimité de cette première lecture de notre Recueil achevé ne nous remplissait pas de curiosité, nous y avions tant travaillé que chaque élément nous en était connu. Nous aurions pu l’assembler les yeux fermés. 

Pas de curiosité, non; d’impatience, oui !   

 

Pourquoi le Recueil, pourquoi pas le Protocole, le Code,
la Charte,
la Proposition, et cetera… ? 

 Beaucoup d’échanges avaient parcouru la toile, beaucoup de discussions lexicales avaient animé les rencontres… C’est, finalement, la nature même de ces communications, de ces messages qui a amené à l’évidence. Nous étions en train de constituer un vaste catalogue d’expériences anciennes délaissées ou interdites, d’avis cachés, de  réflexions enfin révélées et de découvertes. 

Recueillir, voilà quel avait été le souhait de Manu, voilà ce dont avait besoin notre Ecole : cueillir, recueillir, encore et encore les fruits des cogitations de tous ceux qui veulent croire qu’éduquer et instruire sont
la Priorité pour  donner à Demain les moyens de vaincre les aléas de
la Vie.   

En ce jour, s’ouvrait notre Générale ! 

Notre collègue comédien ne nous intimidait plus. D’abord parce que, sous son allure bourrue, il cachait un cœur d’or, parce qu’aussi ses lèvres pincées ne pouvaient compenser la flamme rieuse de son regard, parce que les tempêtes de sa grosse voix éraillée rejoignaient les nôtres, parce qu’il savait lui donner un frémissement de tendresse lorsqu’il parlait des enfants, ceux de notre sol et ceux des pays meurtris, parce que sa notoriété n’était plus pour nous et notre rassemblement, qu’amitié. 

Il n’était pas la seule célébrité à avoir rejoint notre  mouvement. Quelques représentants des arts picturaux, du cinéma, de la littérature et de la musique siégeaient parmi nous, discrètement comme lui. Leurs arrivées comme leurs départs se faisaient avec mille précautions. J’aime à croire que, même pour eux, des reporters intelligents savaient détourner les yeux et distraire ceux des moins discrets de leurs confrères. 

Malgré tout, en cette occasion, en dépit de notre familiarité, de notre convivialité, de notre communauté d’esprit, je suis certaine que, tous, comme moi, comme Karine, com-me Sylvain, retenaient leur souffle et leur attention. 

 

Debout, sans paraître consulter les feuillets du Re-cueil, notre orateur s’est lancé. 

 

- Avant d’enseigner à un gosse les usages de notre société, les principes de notre humanité, le code de notre communauté, avant de lui donner les outils pour qu’il façonne sa vie, nous les adultes, parents ou non, nous avons des devoirs envers les enfants, tous les enfants. 

Ils sont l’avenir de notre monde et ils seront les ac-teurs du progrès et les garants de notre Futur. Leur responsabilité sera immense et la nôtre, aujourd’hui ne doit pas être moindre.   

Nous croyons en une seule voie pour compléter le rôle premier de la famille, pour le soutenir, l’enrichir, la corriger… Ce chemin suprême se nomme l‘Ecole… 

 

Article par article, la voix de notre Recueil a dressé le portrait de notre Ecole, celle que nous avions élaborée pour notre pays, celle que nous voulions pour nos enfants… 

Montée vers nous de l’arène du cirque, amplifiée par la vaste salle, notre texte résonnait. « Ça a de la gueule ! », aurait dit Pierrot. 

 

- …Une école en perpétuelle interaction avec sa société, mieux, une Ecole en avance sur cette société, une Ecole de perspectives mais aussi une Ecole de la citoyenneté progressive. 

Une école ouverte et protégée !…  

 

Lecteurs qui, avec moi, avez suivi notre vague, vous retrouverez  tous les points soulignés, dans notre ESSENTIEL, au terme de mon récit. 

 

Lorsqu’il s’est tu, le point d’orgue ne s’est transformé que peu à peu en soupirs de relâchement… 

Notre émotion était tangible. Notre orateur a dû user de quelques plaisanteries pour nous ramener à la sagesse terre à terre dont ses envolées nous avaient décollés. 

 

Nous avions hâte de soumettre notre Recueil à tous ceux qui nous avaient mandatés. 

Nous avions hâte de le traduire en Proposition de Loi. 

Nous avions hâte de le présenter à tous les émissaires patentés afin qu’ils l’essaiment, qu’ils le sèment à tous les vents de notre pays. 

Foin de modestie, notre Ecole, nous la percevions ! 

 

Après le silence, ce fut le brouhaha salvateur et critique. Peut-être aurait-il fallu insister plus sur… insister moins sur… laisser plus de marge aux législateurs…, être plus contraignants… 

Nous nous serions crus dans un jury de dégustation. 

Nous savourions, mais nous doutions un peu, non de nos ingrédients, non des qualités de notre plat, mais de ce liant subtil qui fait la gastronomie convaincante dès la première bouchée. 

 

Les sages nous ont ramené à notre réalité, celle des produits de tous les terroirs de nos régions qui avaient donné à notre cuisine cette solidité, cette générosité, cette universa-lité sans équivalence depuis que l’Instruction et l’Education sont reconnues comme des préparations délicates et fortifiantes. 

 

Nous avons réussi à nous séparer, enfin pour la plupart, car le lendemain étant journée sans réunion, je crois que nombre de délégués ont évacué leur tension en se quittant fort tard. 

 

Cela n’a pas été notre cas, Thibault et Lucas, sans doute à portée de téléphone ont cueilli Karine et ont ramené Sylvain à ses soins. 

Moi, c’est bien fatiguée, mais heureuse que j’ai emprunté les rames du Métropolitain pour rejoindre le nid avunculaire. 

 

Douchée, amplement emmitouflée, je me suis laissée aller au récit de cette journée. 

Sur l’écran, par la caméra de l’ordinateur, avec le drôle de décalage entre nos images dansantes et nos voix, j’ai particulièrement soigné le portrait de Pierrot et de Marie-Claude. 

J’ai exagéré leur côté rabelaisien pour mieux développer, amplifier leurs gigantesques qualités de cœur. 

J’ai voulu que Juliette et Killian en rêvent comme de bons génies bienfaisants et souhaitent vite les connaître. 

J’ai à peine tempéré mon enthousiasme pour Yann ; mon ingénieur de  mari aime bien les contes et légendes. 

- Alors c’est fini, m’a-t-il demandé en retour à la réalité. 

- Notre Recueil, oui ! Devine qui nous l’a lu ? 

Le nom de notre célèbre collègue l’a impressionné, d’autant plus que Yann aimait le choix de ses personnages de cinéma et de théâtre, autant que ses romans et ses chansons… 

A croire que j’avais influé pour faire plaisir à mon époux ! 

A la maison, pour eux, ça allait toujours bien ! No comment… 

Ce qui m’a un peu intriguée. Quelle bêtise cela me cachait-il ? 

J’ai adressé un compte-rendu à Alain, en insistant évidemment plus sur l’exposé de notre Recueil et lui ai promis un rapport plus circonstancié de notre passage à l’Assemb-lée Nationale. 

Comme d’habitude, avec Bernard, il se chargeait de répandre les nouvelles que je lui fournissais auprès de tous ceux qu’ils avaient dans leurs répertoires. Le site était toujours évité, trop public encore. 

 

Le P.C. éteint, je suis retournée vers mes hôtes et
la Carthagène. 

A nouveau, j’ai déroulé ma journée, les retrouvailles, la bonhomie des journalistes, nos derniers correctifs et le déjeuner chez Pierrot. 

Je pense avoir été aussi dithyrambique qu’avec mes villageois. 

Je les ai vivement encouragés à se rendre au bistro-resto de nos nouveaux amis. D’ailleurs, Robert et Alice avaient également alimenté mes conversations avec les cafetiers. J’étais certaine qu’ils se plairaient d’emblée. 

Jamais je n’ai ressenti autant ce que pouvaient être la sympathie, l’harmonie qu’à travers la qualité d’écoute de cette femme magnifique en cette belle soirée d’avril 2011. 

Et tout cela rien que pour moi ! 

Robert, cette apparence de certitude minérale, puisait sa solidité dans la ferme sérénité de son Alice. La vie n’avait pas été plus clémente avec elle qu’avec le commun des mortels… Elle avait additionné les petits et les grands bonheurs, en avait soustrait, durement parfois, les peines et les malheurs, mais sa philosophie lui donnait l’énergie vitale, optimiste, pour continuer. Une philosophie qu’elle nous faisait vivre, une énergie qu’elle nous insufflait… 

 

Alice, tout simplement. 

 

La soirée a exercé son pouvoir relaxant, nous l’avons prolongée d’anecdotes familiales et cévenoles bien sûr. Les versions colorées de leurs rencontres avec d’autres marcheurs, au cours de leurs randonnées, dans les gîtes d’étape, à Aire-de-Côte, Cabrillac, Meyrues… ou sur les drailles, étaient tour à tour, touchantes, troublantes ou cocasses. Pour eux, les paysages, les circonstances n’avaient de qualités que s’ils les partageaient avec d’autres. 

Sans âne, mais l’esprit bien aiguisé, ils auraient pu, largement, compléter le voyage de Stevenson. 

La journée du lendemain libérée, mon rendez-vous avec Karine et d’autres déléguées seulement en fin de matinée, je pouvais me coucher tard, avec la perspective d’une petite grasse matinée… 

 

Que du bonheur ! 

- 43 – LA MARSEILLAISE.

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                 Pierrot était venu nous rejoindre, remplaçant Marie-Claude. La salle se vidait, le brouhaha diminuait comme une marée qui recule et s’étale. Sylvain l’a lancé sur le foot, les possibles succès du P.S.G., les incertitudes des Bleus. Il a évoqué les supporters de plus en plus encadrés, de plus en plus triés et les violences qui s’étaient déplacées aux abords des stades. 

- Cette connerie ! ça toujours été, trancha le cafetier. Que ce soit à la fin d’une manif, dans une fête foraine, lors d’un match de foot, il y en a qui vienne que pour la provoc, et la chicore ! C’est bien pour l’ambiance pendant le match qu’ils ne puissent pas entrer, mais ce n’est pas rassurant pour la sortie. De toutes façons, prétextes ou pas, la violence augmente partout.. Croyant le calmer, Karine lui a demandé : 

- Que pensez-vous ? - Que penses-tu, l’a corrigé Pierrot, les amis de mon Sylvain sont mes amis ! 

- Que penses-tu, a obéi
la Sablaise, de
la Marseillaise pour les manifestations sportives ? 
- Sais-tu que j’en ai déjà discuté avec mes clients ? C’est très partagé ! Les joueurs représentent
la France, quand ils gagnent, c’est cocorico ! Mais, toujours, ce qui fâche et amène des discussions, ce sont les paroles. 

Comment veut-on parler de la saine camaraderie du sport, d’affrontements durs mais réguliers avec des mots qui t’invitent à la boucherie ? Bon, c’est l’hymne national et il a bien servi quand il fallait gagner sa liberté, sauver le pays, mais aujourd’hui est-ce utile ? 

On pourrait lui trouver des paroles plus apaisées non ? Il était bien parti et Marie Claude nous a apporté le dessert sans qu’il y prenne garde. 

- Tenez, après avoir entendu un étudiant qui me disait que
la Marseillaise devait s’autodétruire, j’ai cherché le couplet dont il nous parlait, celui des enfants. 

Il a farfouillé dans un tiroir et nous a sorti un dossier plein d’anecdotes, les brèves de son comptoir. - Lisez !  

Nous avons lu. J’avoue que je connaissais le début de ce couplet, pas sa fin.  Nous entrerons dans la carrière,
         Quand nos aînés n’y seront plus ;
         Nous y trouverons leur poussière
         Et la trace de leurs vertus. (Bis)
         Bien moins jaloux de leur survivre
         Que de partager leur cercueil,
         Nous aurons le sublime orgueil
         De les venger ou de les suivre. 
Aux armes, citoyens ! Etc.
         Enfants, que l’Honneur,

la Patrie
         Fassent l’objet de tous nos vœux !
         Ayons toujours l’âme nourrie
         Des feux qu’ils inspirent tous deux. (Bis)
         Soyons unis ! Tout est possible ;
         Nos vils ennemis tomberont,
         Alors les Français cesseront
         De chanter ce refrain terrible :
         Aux armes, citoyens ! 

Imparable ! Et pourtant nous continuons de chanter ce « refrain terrible » même pour jouer avec une balle… et nous continuons à apprendre à nos enfants qu’ils doivent se préparer à combattre « nos vils ennemis ». 

         Pire nous en avons laissé faire un symbole polémique de l’Identité Nationale comme pour notre drapeau et notre Marianne. A ce que je sache, même si j’ai plus usé mes fonds de culotte que ma cervelle à l’école, ils ne représentent pas notre pays, qui en a connu autres, mais bien ceux, chèrement gagnés, de notre République.          Ah ça c’est sûr, les oublieux de nos origines si croi-sées, philosophent moins à propos de notre belle devise « Liberté – Egalité – Fraternité ». ! Moi je crois que ces trois mots ridiculisent trop leur moulinets identitaires. Peut-être que certains lui préfèreraient celle au nationalisme sulfureux de « Travail – Famille – Patrie  ? 

Nous avons calmé Pierrot, en le branchant sur les troglodytes de Rochemenier près de Doué et les caves de Saint Nicolas de Bourgueil. 

Le café avalé, nous avons demandé la note, recongestionnant l’ami de Sylvain. - Ici vous êtes chez moi, et chez moi mes invités ne donnent que leur amitié ! 

Si vous voulez payer, alors faites-vous servir à côté…  C’était presque du César !  Nous avons ri, tous. Il n’y avait que cela à faire et à offrir, avec pour seul règlement, nos bises et nos promesses de revenir… 

Avec ou sans l’Ecrivain. 

13 septembre, 2011

- 42 – « CHEZ PIERROT ».

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:20

En fin de matinée, la circulation était, à peu près, raisonnable, et Sylvain nous a fait voyager en surface, en bus tout simplement. 

Quand on bavarde, le trajet passe vite et notre trac restait subconscient. Notre guide n’avait pas besoin de nous commenter les lieux et les faits, les images avaient été précises, terribles et habitaient notre mémoire depuis cette fin janvier. 

Devant le café, un espace dégagé disparaissait sous les petits bouquets.. Contre le mur, Pierrot, nous a appris Sylvain, avait accroché un grand panneau de liège, des petits mots y étaient épinglés… 

- Chaque jour amène sa provision de messages, parfois même par courrier à l’adresse du bar. La pause du dimanche ne ralentit pas ces signes. » Pierrot et Marie-Claude veillaient à la fraîcheur des fleurs, au renouvellement des petits mots et à leur classement dans un album pour les plus anciens. 

Sylvain avait pour projet d’en faire un recueil, comme existent déjà ces opuscules de « Lettres de… » Aurons-nous assez de temps pour feuilleter cet album ? 

Le café, à cette heure de restauration, était plein… 

Après un silence qui s’est répandu de table en table, Sylvain a très vite été le centre d’un vacarme. 

Nombreux étaient les familiers de ‘‘Chez Pierrot’’ qui le revoyaient pour la première fois depuis l’Evénement. D’autres clients le connaissaient de vue ou de notoriété. Il a calmé cette agitation par un grand geste de salut. 

- Bonjour à tous, je suis particulièrement heureux de vous retrouver chez Pierrot et Marie-Claude. Je vais bientôt retrouver mon coin, pas avant septembre pourtant car la Province m’attend cet été. Je sais que ceux qui le voulaient n’ont pas été oubliés. Mes amis écrivains m’ont tenu au courant de vos demandes et me donnaient de vos nouvelles. Je voudrais vous présenter ces deux jeunes et jolies dames qui m’accompagnent. Elles sont les héritières des vœux de Manu. Elles font partie de ces délégués désignés par le vaste mouvement national pour que notre pays, nos enfants retrouvent une véritable Ecole. 

Ils ont, tous, beaucoup travaillé et bientôt nous connaîtrons le résultat de leur engagement. Nous vous souhaitons un bon appétit et une belle journée. 

Merci de votre accueil et à plus, avec plaisir…  Les applaudissements nous ont accompagnés pendant que Marie-Claude nous conduisait dans leur Privé, un agréable coin bureau-salon-salle-à-manger, réservé aux Pat-rons.  Visiblement, Sylvain était chez lui ici et il a reconnu y avoir passé quelques siestes… 

 Pierrot avait embauché un remplaçant pour pouvoir rester avec nous, enfin lui ou son épouse, alternance oblige. - Où en êtes-vous ? Est-ce que ce pauvre Manu se sera sacrifié pour du renouveau solide ? Quand le saurons-nous ?  

C’était ses questions apéritives et nous lui avons suffisamment dépeint la levée des interrogations, des suggestions et des volontés pour le rassurer. Oui, nous arrivions à l’issue de nos travaux ! Oui, nous en ferions le cadre officiel de notre Ecole! Oui, nous lui donnerions les outils nécessaires pour que jamais la vigilance ne s’éteigne ! 

Le repas était simple, excellent et trop copieux. Il au-rait mérité que nous fassions honneur aux vins de Bourgueil, la région d’origine de nos hôtes, mais la journée n’était pas terminée et nous tenions à garder un peu de lucidité. 

Puisque nous étions dans l’un des « Bureaux » de l’écrivain public, la conversation a abordé la fonction choisie par notre ami. - Ce n’est pas une vocation, vous le savez. Les médias ont suffisamment brodé autour des grandes lignes de mon histoire. 

Certains journalistes, téléguidés peut-être, ont essayé de créer des transversales entre ma route et celle de Manu. Le parallélisme ne leur suffisait pas. Non, non, mon premier et unique contact avec Manu s’est établi ce lundi 31 janvier 2011, devant le Ministère de l’Education Nationale et devant son ministre ! 

Contrairement à Emmanuel, le baroudeur, j’ai eu droit à une sinécure militaire. 

Voulant, avant tout faire abstraction de ma personne, j’ai rempli mes journées avec les préoccupations des autres. Pour les confidences, vraies ou sublimées, le foyer du soldat est un bel endroit pour s’épanouir, plus encore que le bistrot traditionnel. 

De la confidence à la révélation de problèmes, le pas a été sauté doucement et j’ai offert mes services pour conseiller une démarche, arbitrer un dilemme, prendre un contact administratif et, enfin, aider à rédiger des courriers, variés… Vous savez, les soucis des hommes, à l’époque je n’avais à faire qu’à des militaires au masculin, sont très peu diversifiés. Famille, argent, amour, amitié, relations admi-nistratives, le tout décliné en demandes, refus, explications sur le mode de la banalité, de la joie, de l’affection, du dépit, de la peine ou de la colère. 

Boileau a fait suer bien des lycéens en affirmant que « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » Quelle sottise ! 

Que de belles phrases, j’ai entendues ! Que de belles images me furent décrites ! Que de poésie dans des souvenirs, dans des espoirs exprimés ! Puis plus rien devant la feuille… 

Ah, si tous les êtres humains pouvaient écrire leurs rêves, presser les fruits de leur imagination ou simplement se raconter, que de beaux livres naîtraient ! Mais voilà, dire est déjà difficile et toute la maïeutique d’un psy est délicate, alors écrire, pour certains, relève de l’impossible Voltaire a beau dire que : « L’écriture est la peinture de la voix », cela ne rend pas tout le monde artiste, même amateur ! 

Voilà comment je suis devenu une oreille et une main. Mon organisation est curieuse sans doute, mais pas fantaisiste. Vous savez, elle est bien structurée. Je peux aller de quartiers en quartiers, limités et choisis quand même, puis de villages habituels en villages habituels, sans que mes bureaux soient désertés. C’est une belle chaîne où règne le chèque-emploi le plus souvent, où chacun retrouve son compte, de services, de complément de ressources et d’amitié. 

Je pense que j’avais un ancêtre peintre rupestre qui déjà gravait dans le fond des grottes les messages de ses compagnons chasseurs. C’est à travers une longue chaîne des scribes que se perpétue notre fonction…  Sylvain avait terminé. Karine, puis moi, lui avons naturellement demandé si la Vendée ou l’Hérault n’étaient pas sur sa route de colporteur d’écritures… - Pour l’instant non ! Je descends presque à vol d’oiseau du Nord vers le Sud en m’arrêtant près de Millau. Mais c’est à voir pour un franchissement des Cévennes. Quant à la Vendée, j’y ferai plutôt une visite d’amitié. Lucas, Thibault et toi serez mes guides pour un département dont je connais l’histoire, les richesses, mais où je n’ai pas encore posé mes bottes.  

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