et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

24 octobre, 2011

- 62 – JANVIER 2012- notre nouvelle école.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:57

C’est la rentrée de janvier, le ciel est bleu glacial. Il a neigé mais seuls subsistent des petits tas, reliquats de grattage ou de jeux. En revanche, bien présentes, les flaques glacées sont aussi pénibles que la morsure du froid sur le nez et les oreilles.  Je longe la grille de l’école, un enfant à chaque flanc. Juliette, à droite, me tire vers les copines groupées devant l’entrée et, à gauche, Killian s’agite en hélant un copain qui descend de voiture. 

Juliette a 9 ans, 10 bientôt, Killian 5 et 6 un peu plus tard. Tous deux sont des grands, grand de l’élémentaire, grand de la maternelle. L’an prochain, ils changeront d’école. Sans crainte, sans hâte non plus et je partage complètement leur quiétude.  A l’entrée, Eric, le directeur de l’Elémentaire, est de service aujourd’hui. Leur roulement nous permet de rencontrer chaque jour un enseignant différent. Les portes ne sont pas plus faciles à franchir, ni pour nous, ni pour la police, ni pour quiconque non prévu dans les activités de l’école. Seuls, les intervenants impliqués dans un atelier, un accompagnement sont admis.  Notre école ouverte est un établissement clos et cela nous rassure. Ouverte, elle est transparente et nous comprenons ses projets, ses choix, ses méthodes car ils nous sont présentés, parce que nous pouvons en discuter. Nous connaissons les difficultés de l’équipe, nous connaissons leurs solutions et y participons lorsque cela est nécessaire. 

La cour est agréable. Les plantations lui donnent un air de parc. Il y a même un bassin de plantes aquatiques. Le club de jardinage, hors temps de classe, est animé par des parents et des enseignants.  Notre petit village n’a pas de grandes ressources mais le temps donné est devenu une monnaie plus courante. La bibliothèque, les installations d’un parcours gym, d’une piste de billes, de jeux au sol, sont nées de cet élan. Il ne se dément pas et permet son entretien. Il autorise d’envisager d’autres projets.  Les élèves y sont largement parties prenantes. Mieux leurs projets, en assemblées coopératives, axent nos participations et engagent leur responsabilité jusqu’à l’issue de chaque réalisation. 

Nous avons rendu aux enseignants leur autorité et ils veillent à ce que sanctions et récompenses soient justement appliquées. Le Conseil Coopératif et son Code pour Vivre Ensemble sont des garants que nous tous, familles, enseignants, partenaires municipaux, académiques, partageons avec les élèves. Beaucoup de mouvements d’humeur, d’incivilités, se sont atténués, voire effacés.  Nos enfants ont un cadre qui les rassure, les rend libres et leur ménage le droit, l’obligation de s’impliquer dans leur vie scolaire. 

Je crois que la plupart des familles s’efforcent d’appliquer, à la maison, cette relation protectrice et activement éducative.  J’ai le sourire quand j’accompagne mes enfants à l’école. Je suis sereine lorsqu’ils y vont sans moi parce que le travail me prend plus tôt et nous sommes heureux, le soir, d’évoquer nos journées.  J’ai peine à imaginer qu’il y a eu une époque pendant laquelle, à la question : « Qu’as-tu fait aujourd’hui à l’école ? » Les seules réponses étaient : «  Rien ! » ou, parfois, s’illustraient uniquement de conflits ou de jeux de récréation. A croire que la classe ne nous regardait pas ou que sa banalité ne méritait pas un interrogatoire quotidien.   Depuis un an, depuis ce fameux tumulte qui a bousculé l’Ecole, qui a bousculé notre pays, qui m’a bousculée, une paix scolaire nous a gagnés. Une confiance éclairée, interactive s’est établie entre tous ceux qui accompagnent nos enfants. Elle vaut tous les espoirs lucides.  Juliette est entrée dans la cour avec ses camarades. J’ai échangé quelques mots avec Eric, le directeur. 

Comme Sonia en maternelle, il avait renoncé à sa fonction lorsque étaient arrivés les supers directeurs.  Il faut dire que plusieurs de leurs collègues - désobéisseurs- mis à l’index, s’étaient vus retiré  la leur, sans que soient prises en compte leur expérience et leurs compétences. 

Dès juin, mon amie Sonia et Eric avaient été renommés sur leur poste. 

Certains responsables d’Etablissements Publics d’Enseignement Primaire, bien qu’issus de services très différents de ceux de l’Education, avaient pris goût à la gestion, à l’animation d’école et avaient souhaité conserver un emploi de direction même dans des unités maternelles ou élémentaires plus petites que le regroupement qui leur avait été confié. Pour la plupart, ils avaient compris et soutenu notre mouvement 

D’autres avaient réintégré leur service d’origine ou un autre, éventuellement.  D’autres enfin avaient rejoint des équipes de circonscription. Ils se vouaient plus particulièrement à l’aide administrative auprès des écoles de leur secteur. 

Un projet de secrétariat tournant pour les petits établissements ou permanent pour les plus importants se mettait en place. Le directeur redevenait animateur à part entière de son école et responsable de son quotidien. Selon le nombre de classes à sa charge, il disposait d’une astreinte d’enseignement variable, mais jamais nulle, afin de rester toujours en contact avec les élèves.  Le village a retrouvé son groupe scolaire avec ses deux écoles aux populations et aux missions si spécifiques. Elles se veulent déjà mieux soudées dans la cohérence de leurs programmes, la réalité de leur progression, leur liaison, la recherche des solutions diverses.   

Le Projet d’Ecole n’est plus tabou. Le Conseil d’Ecole ne dispose pas seulement d’un droit de regard, mais d’une responsabilité avérée. Cette implication lui donne le droit à l’information, mais surtout des obligations. La plus cruciale est certainement le soutien de l’équipe enseignante, de son directeur dans toutes les circonstances qui pourraient faciliter le bon accomplissement de leurs projets, la sécurité de l’établissement et la sérénité des enseignements. 

A contrario, il garantit que tout ce qui pourrait leur nuire serait combattu ensemble.  Ce qui a changé, c’est essentiellement un climat une perception, une appropriation nouvelle de notre Ecole.  Notre confiance envers nos enseignants s’est accrue parce qu’éclairée. 

L’arrivée d’enfants du voyage, par exemple, se passe mieux, les règles de convivialité, de respect mutuel dans et autour de l’école sont vite posées par un collectif et perdent ce caractère officiel, si aisément transgressé, pour devenir un mode relationnel bien compris.  De même, et j’apprécie fortement, la tchache au seuil des écoles n’a pas disparu, mais a perdu ses rumeurs nocives. Les conflits sont rapidement orientés vers des entretiens positifs… Le pourrissement des humeurs est gommé. 

Notre population scolaire est acceptée dans toute sa diversité, et nous sommes vigilants à l’aide apportée à tous les cas.  Notre rescapée, l’école maternelle de Sonia a repris ses couleurs d’espoirs et nous saisissons mieux l’importance de ses tâches pour initialiser avec les familles la vie intelligente, sensori-motrice, sociale de nos petits.  Des liens entre nos anciens et les élèves de tous niveaux se sont durablement installés et, possibilité que nous avions évoquée dans nos travaux, certains retraités participent bénévolement, patiemment, heureusement, à la reprise de confiance d’enfants troublés, à l’accompagnement d’apprentissages pour les plus lents, ainsi que pour les plus précoces. 

L’ouverture du samedi matin n’a pas été rétablie et il faudra certainement qu’un décret bien documenté émerge de l’ensemble des études sur le rythme de l’enfant, sur le temps scolaire pour trancher. Déjà, son utilisation s’est assouplie. Le Projet d’Ecole peut prévoir, solliciter des déplacements d’heures, réguliers ou occasionnels, motivés par des activités valorisantes pour l’aide aux enfants, la liaison avec la vie associative, les rencontres avec les familles, les festivités…    C’était une belle porte vers l’adaptation intelligente aux besoins, aux circonstances, mais elle réclamait l’adhésion de tous les acteurs scolaires et périscolaires. 

Notre Mouvement s’était construit sur cette vaste entente, à nous de savoir la respecter dans les faits.  Les liens avec les collèges, les lycées dont dépendait notre secteur s’élargissaient et nous faisions de l’information mutuelle une priorité.  La Loi n’a pas encore été votée, mais elle suit son chemin sans hâte et avec régularité. Il est possible que sa promulgation s’effectue à la date anniversaire du dépôt de sa Proposition, en avril. Les amendements proposés sont plus allés dans le sens de la consolidation, du bon sens que de la méfiance ou des restrictions.  En mai, des élections vont apporter, sans doute, des nouvelles têtes parmi notre Parlement et notre Gouvernement. Peut-être celle du Président de la République même. 

Notre Ecole devrait tirer bien des bénéfices de la campagne qui commence. Les textes d’application devraient moins traîner…  L’attente des électeurs est encore fraîche en ce domaine et nous l’entretenons.   

Si notre confiance en nos dirigeants s’ajoutait à celle que nous établissions à nouveau avec nos enseignants, alors l’avenir de notre Ecole s’éclairait.  Le moratoire pour les clandestins a été prononcé. Ce sera du cas par cas néanmoins car tout n’est pas excusable et de vrais délits avaient précédé parfois la prise de maquis de certains « clandestins »  Pourtant, qu’ils étaient nombreux ceux qu’un système aveugle avaient conduit à fuir la perspective de la prison ou du camp de rééducation pour des impulsions mineures, punissables sans doute mais sans acharnement, humiliation et empreinte indélébile… 

20 octobre, 2011

- 61 – SURPRISE !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:04

 

         Mes porteurs étaient pile-poil devant la bonne porte. C’est le plus grand qui se saisit de la valise et j’ai eu bien du mal à empêcher Killian de s’emparer de mon sac à main. 

Après même pas une semaine de séparation, après des communications quasi-journalières, nous avons manifesté notre joie avec tant de démonstrations que les témoins ont dû imaginer des retrouvailles après une longue coupure dramatique… Il faut bien que l’imagination prépare de quoi broder dans les prochaines conversations… 

Nous avons gravi les escaliers, traversé la grande salle pour redescendre vers l’entrée principale. 

       A moi l’air de Montpellier ! 

 

         Un tram aux chaudes couleurs de l’été, encore lointain, défilait devant la gare lorsque nous en avons  franchi la grande porte. Yann avait négligé, semblait-il, le vaste parking du niveau supérieur et réussi à s’incruster dans une rue voisine. A moins que l’omnibus nous conduise jusqu’à Saint-Jean. 

      Peu importe, je me suis laissée pratiquement porter par le grand et envelopper par les petits, « décontrastée » disait Garcimore autrefois. J’aimais bien cette expression ! 

          Pas direction la station mais le square, je suis… Portillon, virage à droite, valise cahotante sur ses roulettes derrière Yann et … surprise ! 

 

       Des banderoles flottaient où s’étalaient en grandes lettres fleuries : 

         « NOTRE ECOLE », « NOTRE RECUEIL», « NOTRE LOI », « NOTRE ISABELLE » 

        De la musique ! 

          J’ai reconnu mon copain Jacques au hautbois provençal, Jean-Claude à la guitare, Jean-Pierre, le tambourinaïre. 

        La famille Coucaïrous et bien d’autres animaux totémiques d’autres villages … – Comment avaient-ils pu arriver jusqu’ici ?- virevoltaient au bout des bras de jeunes endiablés. Jean-Pierre, vêtu de blanc, foulard rouge et béret bien enfoncé était écartelé de rire ! 

      Quelle foule ! Alain, Sonia, Gilbert, Daniel, Janine, Pierre, Catherine, Monique, Françoise, Bernard…, le premier fonds de nos réunions du village et tous ceux qui nous avaient rejoints, mes co-délégués du Théâtre de Montpellier, Jordane et son P.R.J., Corinne, notre responsable de l’A.L.A.E. les animatrices des garderies, de la crèche, des représentant encharpés de conseils municipaux dont le nôtre… Les actifs membres de nos associations, d’autres voisines ou éloignées aussi, David, Xénia même, Maman, Papa descendus de leurs Cévennes et beaucoup d’autres visages enthousiastes, reconnus, aperçus ou inconnus !    

           Une petite fête s’est instaurée autour de mon moi symbolique. Une farandole longue de toutes les allées disponibles a sinué dans le jardin public. Je ne suis pas restée longtemps isolée ; mes mains ont vite été saisies et entraînées dans la sarabande. 

           Je comprenais mieux le laconisme de mes trois correspondants l’avant-veille. Les préparatifs étaient sans doute achevés, les autorisations obtenues car des agents municipaux et des policiers nationaux protégeaient cette liesse. 

          Il a bien fallu l’interrompre car, peu à peu, des passants, des voyageurs en attente de départ ou juste arrivés, intrigués, puis renseignés, venaient grossir notre rassemblement et bruissaient de leurs applaudissements. Nous devenions encombrants ! 

          Il était certainement des mécontents, dérangés par notre exubérance, opposés à notre mouvement, persuadés de nos erreurs pour l’avenir des enfants… Ils ne se manifestaient pas, ou j’étais trop ivre de joie, de fatigue pour les distinguer. 

           L’un de nos représentants du Comité de Montpellier, hissé sur un banc, est parvenu par ondes concentriques à calmer musique, cris et danses. Il a remercié l’ensemble des présents de leur démonstration d’allégresse. 

       Il a souhaité que dans chaque quartier, chaque village, se perpétue la vigilance des groupes constitués afin que jamais l’Ecole renaissante ne se banalise. 

          Il a émis le vœu que l’idée se développe pour qu’une fête de l’Education, de l’Instruction, anniversaire de l’adoption de la nouvelle Loi, unisse partout les habitants de notre région, de notre pays. 

          Il a demandé que nous n’oublions pas tous ces enseignants réprimandés, punis sévèrement parfois pour avoir voulu proposer spontanément des aides aux enfants, mieux adaptées que les rattrapages horaires officiels. Sans examen de leur organisation, de leur impact, pour des refus compen-sés par des initiatives, ils étaient devenus des désobéissants trop visibles. Il était souhaitable que l’étude de notre Proposition de Loi conduise à rendre
la Raison supérieure à
la Soumission. 

           Il a proposé, en conclusion, une minute de silence à la mémoire de Manu. 

          Elle s’est montrée redoutable. La tension de ces derniers jours, le rappel des amitiés nées à Paris, celles des élèves mécaniciens, ont été trop fortes et l’épaule de Yann a recueilli le trop plein de mes yeux. 

 

           J’ai appris sur la vaste toile de mes contacts, par notre site national par téléphone souvent que nombreux, très nombreux avaient été les délégués nationaux accueillis par de telles démonstrations. 

             Pourvu que ça dure ! 

            Sur un dernier merci de notre meneur, sur nos au-revoir et nos promesses de contacts, chacun a regagné son véhicule… 

           Le nôtre était bien garé près du square. 

          Killian et Juliette avaient été d’un calme extraordinaire. Même s’ils n’avaient boudé ni les chants, ni les danses, j’avais le sentiment qu’ils ne m’avaient guère quittée des yeux. 

             Si j’avais pu craindre qu’ils se soient sentis abandonnés pendant toute cette folle période, leur tendresse, leur sérénité, leur large sourire estompaient mes traces de culpabilité. Mon mari, mes enfants comprenaient, approuvaient, mieux, étaient fiers de moi. 

 

           Que du bonheur !    

 

 

 

 

19 octobre, 2011

…et l’école renaîtra de mes cendres!

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 20:46

            Mon nouveau-né est imparfait mais il est la synthèse de tant de moments denses de tant d’espoirs, que je ne peux taire mon bonheur, non pas d’avoir produit mais d’avoir résisté bien des fois à l’envie d’envoyer tout promener! Il me fallait dire, alors je me suis accroché. C’est une façon de rendre, un peu, à l’Ecole tout ce qu’elle m’a apporté…
           Mon  livre ne sera jamais qu’une modeste esquisse de ce que j’ai vécu et de ce que j’aurai voulu voir naître pour notre futur, pour les enfants
Manu l’affirmait avant de se sacrifier : « … et l’école renaîtra de mes cendres! ».

           Ce livre suppose accomplie la « casse de l’Ecole » mais hélas ce qui n’aurait pu être qu’élucubration se révèle de plus en plus plausible… Pour un peu sa fiction serait dépassée par la réalité.

            Roman, il agite ses personnages avec passion pour briser la fatalité. Isabelle, raconte la vague générée par le sacrifice de Manu. Elle surnage et s’oriente pour se joindre au réveil de tous ceux qui, lassés, ne criaient même plus crient dans le désert. Ensemble, avec Karine la Chaumoise, Sylvain l’écrivain public colporteur, avec bien d’autres amis à découvrir, ils forcent à l’écoute pour redonner sa chance à l’Enseignement, à l’Education, à l’Avenir.     

            Cet ouvrage, j’aime ce mot qui unit la maîtrise de la matière primordiale à la finesse de la brodeuse, veut déculpabiliser aussi ces enseignants qui finissent pas croire qu’ils ont mal fait puisque nous en arrivons à cette situation désespérante pour notre
Ecole.

            Lui aussi se veut un cri pour que ne s’installe pas le découragement total, la démolition absolue. Parfois utopique, parfois trop réaliste, drôle ou émouvant il n’oublie pas le sérieux de propositions concrètes.

            Ce voyage à travers le monde de l’Ecole n’a qu’un seul objet, aborder les rivages de l’espoir dans futur de nos enfants, de notre société.

           Peu d’éléments ont été oubliés, programme, espaces, rythme, violence, citoyenneté, monde du travail, handicap, précocité, formation des enseignants, l’éducation de la rue, familles, expériences, casse… mais surtout ils sont voulus comme les composants d’un grand tout qui est l’école et son environnement !

           Plus de mosaïque et de réforme au coup par coup mais une véritable considération pour la nécessaire globalité du système éducatif…

          Et surtout, ce que peu de politiques ou même d’analystes proposent, ce que seuls quelques téméraires pugnaces mettent en place, donner à tous les établissements une véritable équipe formée à cette cohérence, solidaire, épaulée, animée par un responsable compétent et confirmé…Une équipe capable de s’adapter aux réalités de son contexte.

           Dans notre pays, on a tout trop souvent collé, pièce par pièce, jamais on a d’abord constitué un fond institutionnel solide, capable de digérer et rendre viables les directives même les plus logiques, même les plus généreuses.

          Dans ce livre, la volonté nationale devient le moteur de la nouvelle école !

          Cela doit-il rester un rêve ?  

17 octobre, 2011

- 60 – RETOUR VERS LE MIDI !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:12

Le départ de mon train était fixé à 11 h 15. Ma valise était déjà bouclée, je ne comptais pas manger dans le TGV, même si Alice m’avait proposé de me préparer un ‘’petit quelque chose’’. En revanche, j’ai fait honneur au petit déjeuner et me suis prémunie pour n’importe quelle disette ferroviaire.  Pas de pluie sur Paris, je quittais l’immeuble rouge sous un beau soleil printanier. Rob et Licette viendraient dès juin à la Rouviérette ! S’ils le pouvaient, sinon chez moi ou Colette ou David… C’est sur cet engagement que nous nous sommes séparés et sur celui de les appeler dès mon arrivée au village. 

Sylvain n’avait oublié ni mon numéro de train, ni mon numéro de voiture. Il était déjà au bon endroit alors que j’arrivais, traînant ma valise. 

Il restait peu de temps avant la fermeture des portes, juste celui du silence d’un double merci, sans besoin d’explication. J’ai rappelé à mon ami, tous nos projets, une véritable fiche de travaux : le coup d’œil actif aux Ateliers de Manu, la réunion de Robert, Alice, Pierrot et Marie-Claude, la reprise de ses écritures, mes amitiés à ses anciens, et sa venue dans l’Hérault en fin de parcours, s’il en avait le temps et l’envie. 

Le village pourrait devenir un nouveau bureau, peut-être. Il  y penserait… Il avait encore des pansements mais comme je ne l’avais connu que masqué, je ne pouvais que noter les allègements depuis notre première rencontre. Ses yeux noirs, anthracite, brillaient comme après une ondée, mais leurs griffures se lissaient ou se ridaient selon son humeur et les commissures de sa bouche le trahissaient tout autant. 

Sur ce quai, au moment de l’au revoir, Sylvain souriait ! Lui, l’artiste des mots, n’a été ni poète, ni lyrique, il est parvenu à me convaincre sans phrases, qu’il était simplement heureux ; de notre rencontre, de notre complicité, de notre amitié, de ce qui aurait pu être et n’avait pas été. 

Pas de remords, même pas d’intention, pas de regret des non faits non plus, seulement le soulagement de comp-ter un nouvel ami et de pouvoir en parler, le présenter l’accueillir, sans ambiguïté.  Que du bonheur !  C’était l’heure ! Nous nous sommes serrés, sans nous embrasser, Sylvain m’a passé mon bagage et les portes se sont fermées, nous étions les derniers. J’étais à une place simple, près de la fenêtre, ma voi-sine n’était pas Delphine mais rien que les mouvements du train m’ont ramenée vers cette belle rencontre. Combien Romane m’aurait aidé à raccourcir ces heures de rien, ces heures entre deux chapitres de vie. 

J’ai essayé de lire, en vain… J’ai appelé Yann. Pas de problème, ils seraient bien à l’arrivée. Il a senti mon flou et m’a passé Juliette. 

Ma grande m’a replongée dans son quotidien, qui redeviendrait bientôt le mien. Enfin, on bouchait les ravines de notre rue, notre vieille voisine était à l’hôpital après une chute et la fille du Maire attendait un bébé, mais pas un mari… Le train-train… Ah si, mes drôles de copains demandaient si j’allais me décider à rentrer ! 

Killian était dans le jardin, mais il se laverait avant de venir me chercher… Livre refermé, téléphone éteint, je me suis dit : 

«  Je vais penser à tout ça ! »              Le ‘’ça’’ était assez vaste et imprécis pour me plonger dans un abîme de somnolence inconfortable, peuplé mais qui m’a mené jusqu’à Nîmes. La voix S.N.C.F. a annoncé l’arrivée pour 14 h 45.

12 octobre, 2011

- 59 – LA PLAQUE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:37

Une plaque avait été réalisée, simple :  « En mémoire d’Emmanuel Lacroix, tous ceux qui ont rêvé l’Ecole et croient en son renouveau depuis le 31 janvier 2011. Merci Manu ! »  Elle avait déjà été apposée sur un bel espace du mur du café avec l’aval et l’aide technique de la Mairie de Paris. Nous avions obtenu que ce soit deux élèves de Manu qui la découvrent. Obtenu avec difficulté car aucun ne voulait venir à la cérémonie et encore moins se mettre en avant pour retirer le voile. 

Ils étaient présents. Thierry, Sylvain, moi aussi je crois, avions été convaincants. 

Francis, Nourredine, Fred, Jo, José, Momo, Nic, Ahmed, Max, Matelot, Ben, Djabel et les autres, plus dis-crets qu’eux lors de notre rencontre, étaient à côté de nous, autour de Jean-Luc, le prof que Manu leur avait pratiquement désigné comme successeur. 

Francis et Matelot, ces deux gros durs, se sont vannés, se sont tus, se sont avancés… 

Ils ont libéré la plaque… et leurs larmes. 

Ils n’étaient pas les seuls ! Je m’y associais abondamment et j’ai su que, devant les petits écrans, les mouchoirs n’étaient pas inutiles non plus.  C’est ici et maintenant qu’a été prononcé le discours de clôture par notre collègue comédien.  Ce discours, c’était notre Essentiel, sans classement par articles. C’était, laissée à la chaleur d’une voix, la possi-bilité d’exprimer l’Espoir d’un autre avenir, grâce à une autre Ecole pour tous les enfants. 

Nous l’avions particulièrement écrit, lu, réécrit, relu. Nous y avions mis tout notre cœur.  Sans doute était-il long, copieux mais c’était lui qui était notre message à tous pour dire :  « Nous vous avons entendus. Dites-nous si nous vous avons bien compris et bien traduits… » 

Nous avons décidé que ce texte serait enregistré, mis à la disposition de tous par envoi direct sur demande et sur internet. 

Cet après-midi-là, notre délégué avait promis de le remettre dès le soir même au Ministre. Ce qui a été fait, solennellement et je crois reçu avec gravité.  Notre site ne se fermerait jamais, au contraire. Notre vigilance, le respect de la nouvelle vie de nos établissements, notre écoute et nos réponses  passeraient par son canal et permettraient de veiller à la Garantie des engagements officiels.  Nous n’avions pas choisi. D’emblée, notre comédien s’est imposé pour dire ce long manifeste. Non pas pour sa célébrité mais pour nous souvenir qu’un jour, il nous a fait vibrer en nous donnant lecture de la première synthèse de tant de journées de réflexion nées de ce 31 janvier 2011. 

Toutes ces pages, je ne vous les offre pas ici mais à la fin de mon parcours.  Je voulais nommer cet ajout ‘’Annexe’’ et bien non, il sera toujours ’’l’Essentiel’’ ! 

C’est vers lui que nous avons cheminé et c’est à partir de lui, à travers sa version législative, que tout cheminera.  Personne ne s’est attardé, nous nous étions déjà quittés et ne tenions aucunement à renouveler publiquement notre au revoir.  Nous avons pris le temps de rentrer chez Pierrot pour le laisser nous serrer dans ses bras sans un mot. Marie-Claude a été plus prolixe et a exigé que nous reconnaissions, que, là, dans leur « Privé », nous avions une place qui nous attendrait à chacune de nos montée à Paris. 

- C’est compris ? C’est imprimé ?  Duo, sous le regard amusé de Sylvain et de Thibault : 

« C’est reçu ! C’est gravé ! »  Thibault, Karine et moi avons accompagné Sylvain jusqu’à son hôpital  J’échappais à l’intimité, je m’en réjouissais et le regrettais en même temps. Je me sentais funambule, en équilibre instable, mais pas sans filet… 

Quand même, je ne refusais pas le rendez-vous que m’a proposé Sylvain, pour le lendemain, sur le quai du T.G.V., salle de la Méditerranée, dans cette Gare qui, pour moi, sera toujours celle du Sud.  Laisser Karine, ce jeudi soir, fut le plus difficile.  Toutes nos promesses de contacts fréquents et de visites dans nos régions n’ont pas atténué l’émotion de cette séparation. Le hasard nous avait assises l’une à côté de l’autre, la symbiose s’était produite. Notre complicité, nos fous rires, nos chuchotements d’adolescentes autant que le partage de nos convictions avaient cimenté notre amitié. 

J’avais trouvé la sœur que je n’avais jamais eue.  Thibault m’a offert de me ramener dans le 14ème et je sautai sur ce sursis avant la séparation.  Lucas était absent, l’agitation de la journée lui avait été épargnée, mais dans nos phrases, sa présence accom-pagnait celles de Juliette et de Killian. 

Notre précieux chauffeur, si attentif à faciliter notre séjour laborieux, avait tiré quelques photos de notre pique-nique et j’en ai glissé dans mon portefeuille pour raconter ce pitchoun merveilleux à mes trois trésors. Il a bien fallu se quitter et j’ai regardé, le temps d’un bout de rue et d’un bout de virage, s’agiter la main de Karine… 

Je passais un long moment face à
la Webcam pour répondre aux interrogations sur cette dernière journée. J’avais un peu espéré leur venue dans la capitale, mais Yann avait tranché : 

- C’est une mauvaise idée, 9 sur 20 seulement. Tu vas être écartelée entre nous et tes obligations. Ni toi, ni moi, ni les enfants, ne profiterons les uns des autres. Non, demain nous t’attendrons comme vendredi dernier et alors tu seras écrasée de questions. 

Juliette et Killian m’avaient bien reconnue à la télé. Ils m’avaient enregistrée ainsi qu’à mon passage à la radio. - J’ai collé tous les articles, m’a assuré mon fils 

- …Et moi, j’ai écrit les titres, les dates et j’ai préparé un classeur, a complété Juliette.   J’avais hâte de les retrouver maintenant que la tension retombait. C’était, pour le lendemain, tranquillement, à la maison !  Notre dernier soir, tous les trois pelotonnés, a été calme. Alice et Rob avaient hésité à venir nous rejoindre et finalement s’étaient glissés, discrètement, dans le public de l’Assemblée Nationale. 

Après m’avoir tant écoutée, après autant de non-dits et de bien-ressentis, mon oncle et ma tante étaient assez sensibilisés pour voir dans cette remise officielle de notre proposition de Loi, une victoire, la mienne en ce qui les concernait. Je regrettais de n’avoir pu les présenter à Pierrot et Marie-Claude, mais j’avais beaucoup parlé des uns aux autres. Assez pour susciter curiosité et sympathie. Je comptais sur Sylvain pour les réunir. Ces quatre là, étaient bâtis avec le même mortier de rudesse, de bonté, d’altruisme et de timidité. Même Pierrot ! Leur vécu était une palette où toutes les couleurs s’étaient déposées, brillantes, vives, pas-sées ou ternes. Certaines s’étaient mêlées, fondant les gris et les primaires. Les plus vives joies et douleurs les avaient teintées. J’aimais beaucoup l’œuvre que leur vie, leur personnalité nous offraient. 

En fin d’après-midi, ils n’avaient pas eu le courage de nous rejoindre devant le ministère. C’est ainsi qu’ils n’a-vaient fait connaissance avec nos amis bistros qu’à la télé. 

Notre dîner a été joyeux. Rob m’a démontré que ses gros doigts, que je savais déjà méticuleux, étaient d’une adresse formidable. Cartes, petits objets disparaissaient, changeaient de place, se retrouvaient dans les cachettes les plus insolites… 

Alice m’a appris qu’elle était souvent sa seule spectatrice, sauf lorsqu’elle arrivait à le traîner dans un centre pour enfants éprouvés. Il en était un, désespérant non loin d’ici, où passaient pour un soir, une semaine, un mois, des petits abandonnés, délaissés par des parents en fuite, emprisonnés ou décédés. 

Rob émerveillait ces enfants, tiraient un ébahissement du plus angoissé. Il n’oubliait pas leurs mains puisque, pour eux seuls, il démontait ses manipulations et ses trucs aussi… Sa magie et la tendresse de son épouse m’ont fait cadeau d’une belle nuit ! 

11 octobre, 2011

57 – DIFFICILE RETOUR.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:34

Nous avons quitté l’établissement avec le cœur chargé d’émotions bariolées, semblables à l’agitation des jours post Manu, avec l’esprit peint en vert espoir, avec un ciel d’avenir blanc-bleu. Un ciel porteur de bons cumulus garants de futures récoltes de tous nos semis. Nous étions euphoriques sans drogues, ivres sans alcool, justifiés ! 

Cette rencontre aurait justifié aussi tous ceux qui  s’étaient levés depuis trois mois, tous ceux qui s’étaient portés au chevet de l’école malade. Vous souvenez-vous à ce propos des paroles de cette chanson de Grand Corps Malade,

«  l’Education Nationale »  Tout était dit et déjà pour chaque couplet nous au-rions pu et l’état aurait dû proposer un amendement, mais en France, si tout finit par des chansons, il est rare qu’elles soient un commencement… 

Si, peut-être, pendant les Révolutions !  Je ne résiste pas, tant pis si ma parenthèse est longue, et encore, j’aimerais tout citer!  « …J’m'appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né … Pourtant ma maîtresse j’l'aime bien elle peut être dure mais elle est patiente 

Et si jamais je comprends rien elle me ré explique elle est pas chiante Elle a toujours plein d’idées et de projets pour les sorties (mais) 

… Nous on a que des tapis et des cerceaux et la détresse de nos maîtresses… Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS 

Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses … L’enseignement en France va mal et personne peut nier la vérité 

Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités Au contraire faut rajouter des profs et des autres métiers qui prennent la relève 

Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs 

Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard  (au contraire qu’avons-nous ?)   Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant 

Comment peut on faire des économies sur l’avenir de nos enfants L’enseignement en France va mal car il rend pas les gens égaux… 

Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survies locaux … continuons de dire aux p’tits frères que l’école est la solution 

Et donnons leur les bons outils pour leur avenir car attention La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère 

Et l’égalité des chances un concept de ministère…   Si vous voulez tout lire mais surtout tout entendre, il y a le C.D. et il devrait être subventionné…  Je reprends, mais avais-je vraiment interrompu ? 

Tous ceux qui ont apporté leurs mots, leurs idées pour reconstruire l’Ecole, ne l’ont pas fait pour s’apitoyer ou compatir mais pour unir leurs soins et la réanimer. La revitaliser. La bourrer d’énergie. En faire l’artisan compétent, bien outillé, bien entouré, qui redonnera sa chance au futur, celui de nos enfants, le nôtre, celui de tous.  Une chance, vraiment, pour toute notre mosaïque de personnalités, de couleurs, d’origine,  de confessions, de handicaps… Une chance pour les gentils, les agressifs, les naïfs, les roublards… 

Tous les potentiels que distribuent la naissance, les hasards et les circonstances seront considérés, pour que, sans perdre leur identité, ils prennent confiance en eux et en les autres…  Ce fut pour nous le retour de tous les dangers.  Ma main dans celle de Sylvain, ma tête sur son épaule, notre communion auraient pu nous mener vers une pa-renthèse physique, affective que notre état d’esprit, notre tension réclamaient, mais que notre conscience, Jiminy Cricket, interdisait. 

Pendant toutes ses journées depuis deux mois, nous avons été habités, comme beaucoup de Français, certains avec une rancœur énorme, d’autres avec une foi profonde, par une présence incontournable, celle de Manu !  Sylvain, plus que tous, a vécu chaque minute avec lui, avec ses yeux dans les siens.  Même lorsque sa pensée ne s’y accrochait pas. Je devinais son obsession et je l’ai, bientôt, partagée. 

Nous étions imprégnés de ses espoirs, avons perçu sa présence auprès de ses grands, de ses collègues. Par eux, nous avons compris ses tours d’ivoire et éprouvé, durement, leur effondrement. 

Nous avons suivi les pas, vu les gestes du coupeur de courant, écrit avec lui ses avertissements, mesuré la crevasse de son désespoir Sylvain a partagé ses flammes et moi, je les ai regardées danser dans les yeux de mon ami. 

Dans la cire de notre mémoire intelligente, de notre mémoire affective, nous avons, aussi, gravé chaque parole de Manu. Ce mercredi soir, à l’issue de cette communion, à l’aube d’un renouveau pour les enfants, pour l’Ecole, en quittant le collège, Thierry, ceux qui furent, si profondément, la raison de vivre de Manu : ses élèves, nos voix exprimées, nos voix intérieures, étaient à l’unisson avec ses cris. 

Rentrer à mon bercail provisoire a été difficile. 

Tendue et amollie, est-ce possible ? Je vous assure que oui !  J’ai communiqué brièvement, par S.M.S. seulement,  avec mes trois villageois, promettant un long compte-rendu pour demain…  Alice m’a enveloppée dans une sortie de bain douillette. Robert m’a imposé un petit verre ventru où il avait chauffé dans ses larges mains un Armagnac aux reflets dorés. Aucune question… de l’écoute, le partage de tout ce que ces jeunes nous avaient offert et de la tendresse, beaucoup de tendresse pour m’acheminer vers le sommeil… 

7 octobre, 2011

55 – CREDIT !

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:59

Sylvain et moi avons abordé avec beaucoup de gêne et de crainte, intimidés par les lieux, le temple de Manu. Il n’aurait pas aimé sûrement ce mot. Nous étions intimidés par ces jeunes qui nous attendaient, eux et leur vécu violenté ces derniers mois, eux et leur peine que nous savions si profonde. Nous nous sentions intrus !    Ils avaient voulu que notre rencontre se fasse ici, dans cet atelier où tout avait commencé. 

Ils étaient debout, assis, nombreux, vingt-quatre, les deux classes confiées à Emmanuel. Un seul groupe avait participé à l’intrusion des policiers et des chiens, mais tous sans exception avaient tenu à nous accueillir. 

Que leur avait raconté Thierry ? Nous n’étions ni enseignants, ni des amis de Manu, ni des journalistes. Bien sûr, la présence de Sylvain, son élan vers Manu en flammes lui avaient donné une certaine notoriété. L’enquête malencontreuse avait conduit des inspecteurs dans le collège, dans
la SEGPA et le quartier. Même en se voulant discrets, des keufs passent rarement inaperçus dans les zones sensibles… 
Moi, j’étais l’amie de Thierry et de Sylvain, j’avais eu mes minutes d’audience en commentant notre Charte toute fraîche. 

Ils avaient préparé des chaises, des tabourets d’ate-liers en rond, incluant le bureau de Manu dans la circonférence. Nous nous sommes installés, sans ordre. 

Deux grands ados, un beau noir type Parker et un rouquin ponctué de tâches de rousseur m’avoisinaient. Thierry et Sylvain, séparés, étaient sur ma gauche et sur ma droite assez loin de moi. Nous formions un cercle où seul le fauteuil du bureau restait inoccupable…    Thierry a calmé de la main la houle de gêne, de timidité… des apprentis mécanos et commencé à servir cafés, jus de fruit et parts de gâteaux. 

C’est moi qui ai ouvert l’entretien après qu’un long gaillard, Rom brun, velu rasé de près aujourd’hui, nous a souhaité la bienvenue, en nous remerciant. Il était le porte-parole désigné mais de chaque siège est monté en tons graves, aigus, forts, ténus, le même merci. Quel paradoxe, alors que c’étaient eux qui répondaient à notre demande ! 

Nous n’avons pas évoqué les événements vécus ici. C’était inutile ! 

Manu avait choisi son atelier pour décor de son second message et sa voix y flottait encore.  Espérant que mon sourire et mon timbre s’affermiraient, j’ai cherché les yeux de chacun et je me suis lancée.  - Je suis émue, vous savez pourquoi et votre merci, votre accueil ne vont pas calmer cette émotion. Nous avons beaucoup entendu, beaucoup lu, sur Emmanuel, mais nous voulons le connaître par vous, ses élèves, comprendre, peut-être, sa raison d’être et de mourir. Et voilà, ma voix a tremblé sur ces derniers mots, Quelle cruche ! Je vais tout gâcher. 

Une main s’est levée, non pour demander une autorisation mais pour se réserver le tour de paroles. Il allait en être ainsi pour chaque intervenant, un petit geste puis les mots… 

-Nourredine, s’est-il présenté, Manu, nous, on pouvait l’appeler comme ça. Manu nous a appris à aimer un mot, entre nous. Un mot qui a pourri la vie de nos parents après les avoir fait sourire. Le mot, c’est « crédit ». Il nous disait : « Je te fais crédit mon gars, tu vas assurer ! » quand un exercice, ou une réparation nous faisaient peur. Il nous disait « Crédit » quand on lui racontait quelque chose. Il nous croyait sans demander de preuves. 

Son voisin a vite levé l’index et poursuivi. 

- C’est vrai, Fred…, a-t-il rattrapé, entre nous depuis, dehors parfois avec les copains, les vrais, on le dit. En parlant de quelqu’un, on se demande : «  Ce mec, tu lui fais crédit toi ? » Si le pote répond oui, net, et si on sent bien l’autre, alors « Crédit », on fait confiance ! 

Manu nous a expliqué que la confiance, ça se prêtait seulement et qu’il fallait toujours montrer qu’on la méritait, par l’amitié, la présence, le coup de main…  - Francis ! a continué mon Parker de voisin. Pour perdre la confiance, ne plus avoir de crédit, c’est simple et pour toujours. Tu trahis ton copain qui te fait crédit, qui croit en toi. 

Tu lui mens au lieu de raconter la vérité, même si c’est pas facile, ou tu n’acceptes pas ce qu’il te dit, tu l’embrouilles… Il est encore ton copain, tu te balades, tu vas au Mac-Do, tu regardes une vidéo, tu bosses, tu joues avec lui mais il ne te respecte plus, il ne te croit plus et il s’en fout : tu n’as plus de crédit auprès de lui. 

Une main, un prénom, Jo : 

- Manu pardonnait pas tout. Il comprenait comment on en arrivait à déconner. On en discutait. Il donnait des idées pour corriger, pour nous faire excuser par ceux qu’on avait cassés. Parfois, on cherchait ensemble une punition, pour ne pas oublier.  -  Avec lui, pendant les cours, le boulot, il n’y avait que ça ! Il allait de l’un à l’autre, donnait des explications, montrait à main nue, et nous on le copiait avec les outils. Il plaisantait, mais toujours pour le travail, Avec lui, la main devenait celle d’Elastoc pour passer entre les fils et le son du moteur, une musique avec un rythme agréable ou des fausses notes. Nous, on était des médecins, des chirurgiens même, et on ne devait pas la brutaliser ou lui coller une autre maladie, une autre panne à la voiture. La voiture, par son nom complet souvent,
la Renault Laguna, pas la caisse, la tire, attention ! 

- Après le cours, en parlant Momo avait les yeux perdus. Quand tout était rangé, bien propre, nous et les outils, lorsque c’était en fin de journée, on restait dans notre atelier, autour de son bureau. Il ne s’en servait, avec nous, que dans ces moments-là. On parlait de tout, et Manu répondait à nos questions.     C’était souvent des trucs de la télé qu’on croyait pas, qu’on ne comprenait pas ou qui nous gonflait, la politique surtout, le foot, les chanteurs, le fric. Ceux qui en gagnaient beaucoup, ceux qui en avaient pas du tout. On ne parlait pas des combines de la cité, mais Manu, on sentait qu’il les connaissait. 

Nic : – Quand on allait en stage, il se débrouillait toujours pour qu’on touche un peu ; pareil pour trouver des petits boulots le week-end et pendant les congés. 

« C’est pas beaucoup, il nous disait, mais au moins c’est propre, ça vous conduira pas en prison, ça vous évitera des relations dangereuses ou pire de pourrir la vie d’autres gens. » On sait bien qu’il pensait à la chourave, à la drogue, au chantage et aux bagnoles tirées.  

Ahmed : – Pour qu’il nous fasse Crédit, on restait propre et on en est fier. 

Dans la rue, c’est pas facile, facile. Parfois Manu passait, comme ça ! On nous voyait avec lui, nos parents aussi. Ils l’invitaient à manger, mais il disait non, sauf pour un café, un gâteau. On avait compris qu’il voulait vexer personne. Dans la cité, on parlait de la bande à Manu, même si parmi nous il y en avait qui habitaient des pavillons ou des résidences On nous respectait, sans blague ! Je sais que des mères nous donnaient en exemple à leurs fils… 

Nous les laissions parler mais d’autres questions n’avaient pas trouvé réponses simples 

- Et maintenant comment réagissez-vous ?   

C’est leur directeur qui a répondu pour eux : 

- Les garçons ont été très bien. Ce n’était pas facile de mettre un autre prof à la place de Manu. L’Académie nous a laissé proposer quelqu’un. Un mécanicien qui recevait sou-vent nos stagiaires, qui accrochait bien avec eux, qui accrochait bien aussi avec Manu. Les remplaçants prof de mécanique auto, il n’y en pas vraiment en stock dans les tiroirs de L’Education Nationale surtout pour une S.E.G.P.A. 

Avant d’aller plus loin, j’en ai parlé à Jean-Luc. ça me ramenait au recrutement d’Emmanuel. Il a beaucoup hésité, par peur de ne pas être à la hauteur et puis, surtout, il craignait l’accueil des élèves. Je lui ai donné raison. Il n’était pas question de prend-re une décision, de faire une proposition aux Autorités sans leur avis. 

Ah, j’ai oublié, moi c’est Thierry !   C’est mon grand voisin, Francis, au large dans son pantalon de survet qui a continué :  - On en avait parlé entre nous et on ne voulait per-sonne ! On voulait continuer seuls, avec juste un adulte, parce qu’on sait qu’il en faut un, mais pour être là seule-ment, pas pour nous faire travailler… 

Le Directeur, euh Thierry, a-t-il osé, nous a parlé de Jean-Luc. On a rediscuté. Lui, on le connaissait, on était plusieurs à avoir été en stage dans le garage de son père, avec lui. Manu l’aimait bien, le respectait. On a été d’accord pour Jean-Luc. 

Même avec lui, ce n’est pas facile ! Souvent, encore, on l’appelle Manu. Il comprend et ne cherche pas à prendre la place. Il connaît le métier de mécano ; il est sympa ! Trop, parfois, c’est nous qui devons calmer les énervés…»  - Max !…  La voix s’est levée sur ma gauche. On sentait le teigneux, celui qui écoute et ne se laisse pas raconter d’histoire… Vu sa carrure, sa boule à ras, il devait en imposer. Le regard noir renforçait cette impression. Il avait le coude appuyé sur le bureau, comme s’il le protégeait ou l’interdisait…   

- Des journalistes nous ont guettés, devant le collège, dans la cité. Il y en a qui nous proposait de l’argent pour leur parler de notre prof. Pourquoi ? Il avait tout dit et leur fric, même pour la coopé, on n’en a pas voulu !   - Moi, Matelot, je suis gitan, je préfère chouraver plu-tôt que de recevoir des sous sur notre Mort ! Il faut pas le salir. Sous la voix rocailleuse roulait beaucoup d’émotion. 

Sylvain a posé la dernière question, on lui sentait une kyrielle de points d’interrogation : 

- Et après ? Avez-vous pensé à votre avenir ?  J’ai cru qu’ils allaient tous parler en même temps. Un brouhaha, des regards, du silence et des coups de menton vers le plus petit, le plus rond assis à la droite de Thierry.  « Ben, comme Bénabar, le chanteur, a-t-il trouvé utile de nous préciser. » Il a regardé les autres ; les autres le fixaient. Il a baissé les yeux, puis d’un seul coup, son regard brillant s’est accroché au mien et il s’est lancé : 

- Nous, plus tard, bientôt… On ouvre notre garage ! Ensemble, en coopé. Beaucoup de parents, de grands frères, dans la cité, ailleurs, sont prêts à nous aider 

Le garage, il sera pour tous, dans un endroit neutre. Au besoin, on fera une tombola, avec une bagnole, non une voiture, en lot… C’est déjà rêvé, bien avancé, cimenté. Des profs d’économie, de droit nous guideront. Des élèves de grandes écoles sont venus nous voir pour offrir leur service. 

Ça réchauffe, on a du monde, des clients déjà.  Ses copains l’encourageaient en hochant la tête, avec la main, pour souligner, l’inciter à continuer. Ben était leur porte-parole et racontait leur histoire pour demain.  - On voudrait que notre garage reçoive des apprentis, des gars et des filles en stage, en alternance, en apprentissage pur ; des paumés aussi s’ils le veulent vraiment ! 

On ouvrira à des jeunes, mais aussi à des vieux, des bricoleurs pour se dépanner… On voudrait, à côté des ateliers, une grande salle de réception bien chauffée, pour discuter simplement, prendre un café accompagné. Un  point de rencontre ! 

On voudrait qu’il y ait des jeunes comme nous, filles, garçons, bénévoles qui viennent de temps en temps, pour accueillir, discuter, être gentils… Ce serait formidable si des étudiants aussi donnaient des cours, des conseils, des coups de main pour les papiers, à ceux qui en ont besoin… 

Notre rêve à nous, c’est ça ! Et ça viendra ! Ça vient déjà ! 

Dans même pas un an, on vous invite pour la nouba d’ouverture. 

6 octobre, 2011

- 54 – LA GARANTIE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 20:12

 Dernière main levée, il se faisait tard, pour sans doute la plus importante des interrogations.  L’animateur de Radio qui nous l’a soumise faisait partie de mes voix du matin. Il m’était arrivé de l’interpeller au cours de son émission ouverte à tous et d’exprimer mes colères comme mes espoirs. Je ne m’attendais pas à sa présence. 

- Quelles garanties avez-vous que cette Charte, née d’un vaste consensus, présentée au Parlement, vraisemblablement adoptée, prendra force de loi et sera suivie des décrets, des circulaires d’application et d’une mise en œuvre réelle ? 

Je n’ai pas laissé passer l’occasion et j’ai agité mes feuilles de notes pour indiquer que je souhaitais répondre : 

 - Ce n’est pas notre premier entretien, Monsieur, mais c’est la première fois que nous conversons en nous voyant, bien que nous soyons presque voisins ! Notre Recueil propose, impose car c’est une volonté populaire, qu’un Comité de Suivi permanent, régulièrement renouvelé, en contact constant avec ceux qui nous ont fait confiance, qui nous ont portés, soit constitué, dès maintenant, à partir, pour commencer, de délégués volontaires et choisis parmi notre Comité National. 

Indépendant, il aura pour mission de rester en liaison avec le Ministère, avec les commissions parlementaires adéquates et avec les observateurs de chaque Académie.       

Nous souhaitons que la trame ainsi tissée ne se délite pas.  Notre vigilance doit rester éveillée, notre pugnacité à obtenir la totalité de nos demandes ne faiblira pas et cela en dehors de tous jeux politiques.  A nous, les citoyens d’aujourd’hui, de demain de toujours, de veiller à qu’elle se mue en réalités répétées  Vous savez, nous n’avons rien inventé, rien créé selon ce pauvre Lavoisier, mais tout s’était tellement transformé, qu’il était nécessaire de réorganiser. Mon amie sablaise m’a appris une de ses expressions chaumoises et ma foi, je la trouve de circonstances :  « Nous n’avons fait que tapiner les rets », ravauder l’immense filet de l’Ecole, qui avait tendance à se démailler.  Ce réveil, sonné par le geste d’Emmanuel, nous voulons, nous pouvons le transformer en vigilance. Elle sera notre garantie. 

La conférence de presse s’est achevée vers 13 h.  Les délégations parisiennes, une par arrondissement, avaient organisé un repas dans la cantine d’un groupe scolaire.  Cantine ? Restaurant d’enfants plus exactement. L’un de ces espaces où la diététique, la séparation des coins repas s’additionnent avec la recherche de présentation des plats, l’attention éducative des animateurs et l’implication des enfants dans le service et dans la connaissance des aliments.  Une restauration scolaire pensée, expérimentée, née à Montgeron dans l’Essonne, à l’initiative, après la guerre, d’un précurseur, un instituteur, Raymond Paumier.  Rares sont les communes qui s’appliquent à inclure véritablement ces moments dans l’Education des enfants !  Parisiens, banlieusards, provinciaux, outre marins et émigrés, tous les délégués ont fait honneur à un menu simple, frais et délicieux.  Il est extraordinaire de constater comment une communauté de pensées, un même souci d’approfondir peuvent agréger des personnalités aussi diverses, aussi fortes, pour donner à leurs moments de détente une ambiance conviviale, complice.

 Que du bonheur ! 

29 septembre, 2011

- 53 – LES FUMISTES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 20:19

- Ne pensez-vous pas, n’avez-vous jamais estimé qu’une grande partie des problèmes de l’Ecole vient des enseignants eux-mêmes ? 

Laissez-moi aller jusqu’au bout, s’il vous plaît, s’est défendu l’éditorialiste d’un magazine de fin de semaine, devant nos remous. Beaucoup de professeurs sont de grandes compétences et cherchent à bien accomplir leur mission. Je ne nie pas les difficultés que vous avez développées et qu’ils rencontrent fréquemment. Mais si des enseignants arrivent à les compenser et s’appliquent véritablement à leur métier, vous ne pouvez nier que d’autres, en nombre conséquent, sont beaucoup moins dévoués et même carrément fumistes ?   

Plusieurs délégués, attachés par leur profession à un établissement public ou privé, ont levé la main, mais c’est à un de nos amis d’Epinal, un de nos Sages, que nous avons confié le soin de répondre. Il ne vendait pas des images, mais des jouets en bois, ce qui était un lien ténu avec le monde académique. 

Son département avait bien fouillé la question de l’investissement de tous les partenaires officiels qui, du Ministère, à l’entretien des locaux, faisaient profession d’accompagner la scolarité.  - Madame, bonjour ! Je suis l’un de vos lecteurs et apprécie tout ce que votre revue propose pour distraire nos fins de semaines. Je suppose, nous supposons, pardon, que votre remarque était dans de nombreux esprits… Nous l’avons formulée pendant nos travaux, vous avez raison. Evacuons tout de suite l’évidence que dans tous les corps de métiers, la compétence et l’incompétence peuvent s’accompagner de fumisterie. 

Mettons-nous aussi d’accord. Pour nous, un fumiste, est une personne qui sait quelles sont ses tâches, qui connaît les objectifs de sa profession, mais qui, délibérément, ne s’efforce pas d’y répondre, ne les respecte pas. Il, ou elle, développe un bel écran de fumée pour camoufler sa négligence ! 

Nous écarterons ceux qui ont subi des contrecoups de la vie et sont tombés dans l’abandon, le découragement et sans doute le conflit avec eux-mêmes. Pour ces personnes, l’administration est responsable, soit de cécité, soit de non solidarité, soit d’un manque de réaction coupable ! Je ne ferai pas de cadeau à ceux qui se sont mal orientés ou que les circonstances ont mal orientés en les conduisant devant des enfants à éduquer, à instruire. 

Jamais les vacances, ce beau leurre, ne seront la motivation d’un véritable enseignant. Ces vacances, tant jalousées, mériteraient une comparaison comptable avec celles des autres professions. Elles mériteraient que soit révélée la magouille, le compromis, si vous voulez que je sois moins acerbe, qui, depuis Monsieur Edgar FAURE, a déclassé les salaires pour transformer une partie des congés en une sorte de rétribution en temps et non en monnaie… 

Ce n’est pas l’objet de notre propos !  Je vous ramène à une des Pensées de Blaise Pascal, arrangée à ma sauce vosgienne :  « Si tu ne fais pas ce que tu aimes, aime ce que tu fais ! » 

Je ne distribue pas de copies et je sais tout ce que peut avoir d’ambiguë cette déclaration. Gardons-la uniquement pour notre Ecole… Elle justifie que la personne en situation d’œuvrer pour l’enfance se forme, s’informe, échange et soit attentive pour bien la servir. 

Oui, il y a des fumistes et même d’habiles ! Sous des dehors de copinage ou d’extrême sévérité, ils camouflent leur ennui à concevoir les apprentissages, corriger, revenir sur les manques. Il y a des artistes dans l’art de la velléité et du passage de pommade, leurs discours tiennent souvent lieu de pédagogie. Suis-je très méchant ? Pour ces gens oui, même s’ils sont parfois plus affables qu’un maître mieux enclin à la conduite de sa classe qu’aux civilités. 

La responsabilité est à partager parfois avec ces parents qui se satisfont d’urbanité. Vous constatez que nous ne nous sommes pas voilé la face, en aucune circonstance. Dès nos premières discussions, dans nos débats plus élaborés, nous n’avons oublié l’essentiel : le professeur face à ses élèves. 

Il est le centre de l’organisation voulue pour la scolarité de nos enfants. Toutes les réflexions que nous avons agitées, toutes les propositions formulées n’auront de sens qu’avec la pleine adhésion de nos maîtres et de nos maîtresses. C’est pour que leur engagement, leur vocation ne de-viennent pas découragement que nous voulons faire de l’Ecole un cadre où ils puissent donner le meilleur de leurs compétences. Nous pensons que de meilleures conditions de travail re-mobiliseront, remotiveront les découragés et rendront difficiles la persistance des rares ‘’fumistes’’ encore tentés par une Ecole ou l’implication sera inévitable !   

Pour conclure, je vous invite à fouiller votre mémoire, vos lectures, vos fouilles documentaires… Faites abstraction de vos sympathies, des aléas de votre cursus, des réprimandes, des sanctions justes, injustes… Je suis certain que la colonne des instits, des profs qui vous ont marqué par leur volonté de remplir votre cerveau, est plus longue que celle des joueurs de mandoline… 

28 septembre, 2011

- 52 – L’UNIFORME.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:43

 

           Autre question, dont nous avions débattue assez rapidement, mais que nous aurions pu prévoir car depuis 2009, le port d’une tenue uniforme était redevenu une quasi-généralité, le journaliste suivant nous a demandé notre avis sur ce point. 

             Pas d’embarras, mais qui allait résumer nos réfle-xions ? Un Francilien des Hauts de Seine a demandé le micro. 

- Toutes les idées émises depuis avril concourent à l’égalisation des chances, l’égalisation des moyens pour les établissements, leur adaptation à leur population, à leur environnement, pas, surtout pas à l’uniformisation ! Ce que nous avons déduit de toutes ces heures d’échanges, c’est que notre Ecole doit être celle de l’identité des finalités et de prise en compte des diversités d’initiatives pour les attein-dre. 

              Imposer un uniforme, c’est imposer notre vision d’adultes de l’enfance. Sous prétexte de camoufler les inégalités de ressources des familles, nous rabotons les angles de notre jeunesse, nous la polissons… 

          Souvent, lorsque vient dans la conversation l’uniforme des élèves, les adultes, même ceux pour qui les diktats de la mode importent, sourient en remarquant que nos jeu-nes se copient, adoptent le même style, la même démarche, le même vocabulaire, les mêmes musiques… mais sans reconnaître que c’est leur choix identitaire de génération. 

          En 1960, mon cours complémentaire de garçons, côtoyait, à Antony, une institution religieuse où la tenue des demoiselles était très stricte. Semblable, oui, mais pas dans les détails, ni dans la marque… Nous, nous portions des blouses ou des dessus de manche, plus pour protéger nos vêtements que par obligation… Nous retrouvions ces jeunes collégiennes sur le quai du métro, mais dans d’autres vêtements que leur tailleur et jupe plissée. 

         Dès leur arrivée à la station, elles s’empressaient de se changer, de se maquiller. Elles se ressemblaient encore plus, mais c’était leur choix et leur liberté. J’ajouterais que leur stricte discipline fondait avec les changements de look. Pour nous, les garçons, même bien encadrés dans notre établissement, leurs excentricités arrivaient à nous intimider, presque ! Leurs plaisanteries, portraits, anecdotes peut-être exagérées, n’épargnaient guère certaines de leurs profs, même les religieuses… 

 

           Non, voyez-vous, le respect, encore lui, ne passe pas par l’obéissance et l’uniforme ! 

12345...9
 

parcelle 53 |
Éloge des Loges |
MAYACAT-ESOTERISME |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cérelles C'est Vous !
| Carbet-Bar
| roller-coaster x