et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

22 juillet, 2011

9 Le référent.

Classé dans : — Alain @ 19:49

L’ancien directeur s’est approché, lui a posé la main sur l’épaule :- Gilbert, tu permets le tu ?  Tes jeunes, je les ai connus en classe de perf dans des grands ensembles, eux ou leurs frères, et je comprends le bien que, tous, ce soir-là, vous leur avez inoculé. Vacciné à l’intelligence du cœur, ça immunise contre bien des lourdeurs, crois-moi !

Moi j’ai vécu le dérèglement de notre école, d’autres aussi certainement et, nous n’avons pas réagi, pas suffisamment.Parfois, un sursaut nous donnait le courage de braver la routine, de prendre des initiatives, petites mais réfléchies. Je me souviens, dans notre groupe scolaire, nous avions, instauré un décalage d’une demi-heure dans la journée, (3 h ½ le matin et 2 h ½ l’après-midi changeaient déjà, un peu, l’accueil de début de journée et la fatigue post-repas). C’était un apport minime mais déjà satisfaisant…
J’ai vécu, aussi, avec intensité, ces moments de fierté d’un enfant qui présente à ses parents, grands-parents, son école.
Aujourd’hui où les familles sont vues comme coupables de mauvaise éducation, d’indifférence, d’égoïs-me, ce n’est pas le moment de distendre encore les liens qui les unissent à l’école.
Une proposition intelligente mais évidemment écartée par le Ministère, aurait été que les enseignants utilisent le samedi matin pour les deux heures de récupération camouflées en soutien… Refusée, ce sont des miettes de temps, après ou avant le repas de midi, qui sont retenues.
Le compte est bon, c’était le principal non !
Oui, le temps de l’enfant est trop important pour qu’on le laisse aux seules envies des adultes.
Investir dans la jeunesse pour donner une chance à l’avenir, c’était notre devoir, nous l’avons oublié, pire saboté…

Le dernier arrivé, je ne l’avais jamais rencontré dans notre commune, est resté assis, les mains fortement serrées sur ses genoux et les yeux fixés au sol. Il s’est exprimé doucement. Il fallait tendre l’oreille.

- Moi, j’étais éducateur des rues, presque aussi marginal que mes ados ! On se respectait, ça n’allait pas sans bavures, mais j’étais au milieu d’eux et ils le savaient.
Souvenez-vous, le Plan Banlieue, pendant son élaboration, j’y ai cru ! Il a été décrété et je n’y ai pas retrouvé mes petits. Pire, son inspiratrice a pété les plombs pour revenir au plan Karcher…
Plan Banlieue, j’aurais dû me méfier ! Pourquoi ne pas lancer « Cent propositions pour tous les jeunes », ce qui aurait fait moins O.R.S.E.C. et plus souci global de la jeunesse ?
Je suis devenu un « Référent », plus près du surveillant que du grand frère.
Moi aussi, avec ma psychologie de contact, je dirais bien de terrain mais j’ai entendu un ministre en parler comme d’une expression triviale, je me suis fait mes convictions.
Enfance, jeunesse, c’est un ensemble qui se subdivise en étapes de développement intellectuel et physique. Il se personnalise selon l’environnement familial, social, géographique et culturel.Ce ne sont pas les individus qui créent ou amplifient leurs diversités. Ce sont les réponses que leurs conditions de vie les conduisent à donner à leurs exigences essentielles et surtout à leur besoin de reconnaissance.Toutes mes initiatives dans mes rues, n’étaient pas socialement heureuses mais que pouvais-je proposer pour changer cela ?
Avec mes collègues, avec mes jeunes même, nous discutions à n’en plus finir et, assez souvent, il en sortait un geste, un acte collectif dont nous étions fiers.
J’en ai à votre disposition si vous le voulez, plus que de récits de voitures brûlées, de tags ou d’incivilités.
Je voudrais, en contre point des bagarres de bandes, parler des maisons de personnes en détresse retapées par ces mêmes « voyous », des ateliers vélo, informatique, des jardins retournés.
Pas pour rien, bien sûr, pour leur « local », pour des vacances ensemble…
Comme pour vos Parigots du Tarn, Monsieur le Gen-darme.
Quel regret de ne pas vous avoir croisé !
- C’est Gilbert, pour vous tous !  a rappelé, le temps d’un silence, l’interpellé.
L’éducateur l’a regardé, hoché la tête puis poursuivi :
- Daniel ! Avant, je voyais mes ados réfléchir, essayer, réussir, rater, recommencer … Maintenant, je confirme, ils vont se rééduquer en camp, traînent leur bracelet ou disparaissent dans la clandestinité.

Les révoltes sont moins bruyantes mais la rage s’accumule, un jour l’éruption jaillira, violente, incontrôlable, forcément !

Des réussites individuelles abusent les médias. Elles laissent croire que la seule bonne volonté, la seule ténacité suffisent pour émerger de la grisaille des cités ou des villages délaissés…

De là à estimer que les autres y mettent, eux, de la mauvaise volonté pour s’en tirer, il y a un pas, un mauvais pas, que les bien pensants allongent trop aisément.
Ma petite expérience, frottée à celle de mes collègues, me donne l’éclairage de ce qui marche : Emmaüs, les Ateliers  des Restos, les Orphelins d’Auteuil, les foyers de M.J.C., les P.R.J… Toutes ces œuvres discrètes et actives, nous ont persuadés que c’est ce tissu social, adapté à son environnement qui était la véritable chance pour nos jeunes, donc pour notre avenir.
Plutôt que d’encadrer, normaliser, réprimer, il aurait était plus efficace de soutenir, élargir les initiatives des collectivités locales adaptées à leurs réalités.
Le bénévolat aurait pu rester l’essentiel de cette trame si des encadrements, des soutiens pros leur avaient garanti la stabilité.
Moi aussi j’insiste, que d’associations formidables ont perdu leur efficacité ! Car l’ennemi spécifique du béné-volat est l’usure, le vieillissement de ses membres.
Si la relève possible se décourage, l’engagement meurt.
Je souligne encore, cette érosion humanitaire fut largement augmentée par la disparition de toutes les œuvres laïques qui entouraient l’école, les familles, éteintes après la suppression des subventions

Je voudrais ajouter que pour nos jeunes, le temps des centres de loisirs, des foyers, des équipes de sport s’est tanné en peau de chagrin.
De nombreux lycéens mènent une double vie, études et travail, pour simplement survivre.
En 2009, le MIDI LIBRE faisait état d’enquêtes les évaluant à 20 % déjà. C’est largement dépassé aujourd’hui et les collégiens s‘y mettent aussi.
Pas des petits boulots pour l’argent de poche, pas des emplois d’étudiants pour financer les frais d’inscription, le logement, le repas, les bouquins…
Non une quête de rétributions pour que survivent leurs familles, simplement.
Le quotidien, en ce mois de mai, encore remuant, le dernier, écrivait :
«Pour la première fois, dans la société française, nombre d’enfants ne verront pas leur situation sociale s’élever au-dessus de celle de leurs parents et ce malgré leurs études… »
Un avertissement qui n’a pas été suivi d’effet, à l’évidence !
Non seulement ces adolescents, soumis aux  exigences vitales du quotidien ont perdu leur indépendance, mais leur amertume se mue en colère. L’inégalité flagrante entre eux et les nantis se creuse.
Les Etudes sont ouvertes à tous, mais comment les rendre possibles lorsque le temps n’est pas extensible et la fatigue fréquente ?
Bien sûr les Grandes Ecoles sont accessibles aux élèves des zones précaires, mais comment se réclamer d’une appartenance à une zone d’enseignement prioritaire ?                 Comment prouver ses capacités lorsque leçons, devoirs, alternent avec gagne-pain sur un chantier, dans un magasin ou recherche constante d’un « petit boulot » ?
« Ils apprennent les réalités du travail, la valeur de l’argent ! », ont objecté les moralisateurs à ceux qui s’inquiétaient de cette généralisation.
« Valeur du fric !» moi je peux vous dire qu’ils apprennent surtout sa pression par la peur d’en manquer.
Ils ne cultivent plus qu’une volonté, s’en affranchir, par tous le moyens…
Le commerce souterrain a un bel avenir en dépit des risques.
Je n’ai pas évoqué l’Ecole parce que ce n’est pas trop mon truc, mais souvent, quand ça tournait mal avec un gosse, son frère m’en parlait. Lorsque c’était un problème scolaire, je rencontrais les instits.
Moi aussi j’ai compris et je tiens à vous le dire : rien n’est possible sans prendre en compte l’Ecole, dès la mater-nelle.
Que de confiance donnée aux familles en difficulté, que d’élans impulsés mais que de suivis avortés !
Une équipe solide à l’école, dans son agglomération, son village, son quartier, sa ville est une vraie, la seule chance peut-être, pour exploiter les ressources offertes à notre pays à travers sa jeunesse.
A condition de ne pas tout gâcher !

Mais peut-être n’est-il pas trop tard ?

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