et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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20 juillet, 2011

7 La maîtresse d’école

Classé dans : — Alain @ 20:24

Je me suis inquiétée la première :
- Que peut-on faire ? Tout ne va pas bien, dans notre société éducative mais tout va-t-il si mal?
Nous avons soigné notre bonne conscience et ce ne sont pas une ou deux feuilles de chou, presque clandestines, qui pouvaient sonner notre réveil…
Je me comptais au nombre des silencieux, mon mari, mes amis, mes relations aussi…

Instinctivement, je m’étais adressée plus particulière-ment à celle que je connaissais le mieux, Sonia, la maîtresse de Killian, mon fils.
Peut-être l’ai-je incitée à se lever à son tour. Nous nous serions crus à une réunion des Alcooliques Anonymes, comme si nous devions, l’un après l’autre, secouer la dépen-dance qui nous alourdissait. Dépendance à l’aboulie, à l’inertie.
- J’étais directrice d’école maternelle et enseignante de Petite Section, a-t-elle commencé, il y a quatre ans, avant la création des E.P.E.P.
Elle a mis fin aux directions attachées à chaque école, à la fonction de celui, de celle, qui connaît les familles, est disponible à 11 h 30 et à 16 h 30, est proche de ses enseig-nants, connaît les enfants pour les avoir eus en classe, les projets pour en être l’animateur.
La direction que nous a évoquée Alain…
Les jardins d’éveil destinés aux enfants à partir de trois ans révolus dans l’année civile ont fermé les Petites Sections. Déjà l’accueil des enfants de deux ans avait disparu sous prétexte que l’école n’était pas adaptée. Se demander si « l’enseignant a un rôle à jouer dans la cons-truction des apprentissages dès deux ans.»  était devenu obsolète.

Pour moi, pour mes collègues, c’était grave !
Pourquoi n’avait-on pas adapté la structure au lieu de la détruire ?
Un autre bouleversement m’a révoltée : chaque début d’année scolaire, les enseignantes du R.A.S.E.D. aidaient à l’accueil des enfants.
Ces adultes « transitoires » entre la mère et l’ensei-gnante pouvait alors se positionner en tant qu’être social. Son rôle était de permettre à chaque enfant de trouver sa place, dire ses inquiétudes, appréhender la séparation en y mettant des mots.
Ne plus avoir ce regard croisé sur les enfants, c’était isoler l’enseignant. C’était ne plus laisser l’enfant bénéficier d’un projet personnalisé, adapté ; un souffle d’air au milieu de savoirs qu’il n’est pas toujours prêt à accueillir.
«Les hommes naissent libres et égaux en droits… », en devoirs aussi, mais ils naissent inégaux en potentiels individuels, familiaux, sociaux.
Tout ce qui peut compenser ces différences doit être mis en œuvre.
En avoir enlevé les moyens est une trahison des engagements constitutionnels de notre République !

J’ai parcouru une belle transversale de notre Education Nationale, intervenante en ateliers d’écriture, enseignante en collège, classes élémentaires, institutrice au Togo, postes de soutien pour enfants du voyage, pour non francophones…    Mes études en classe Préparatoire m’orientaient vers les « Grandes Ecoles »… Les circonstances en ont décidé autrement et je ne le regrette pas du tout.
C’est en pleine conscience, bien confortée par mes expériences que j’ai choisi de devenir Sonia, la maîtresse des Petits en Ecole Maternelle.    C’est là que tout s’initie, se révèle et commence l’égalisation des chances, que se déploient deux fonctions essentielles : la logique et le langage.
Le jeu des observations, des analogies, des paradigmes et les outils de la communication permettent de construire la personnalité, développer l’intelligence.    La confiance, le respect mutuel, la convivialité installent les bases de la citoyenneté, à ce niveau, suite logique des acquis en famille…
Que ceux qui nous réduisent à des changeurs de couches et des surveillants de dortoirs viennent passer quelques jours, non seulement en classe, mais hors classe. Je leur ouvre ma porte lorsque je prépare ma journée et mes activités nécessairement brèves, nécessairement variées, nécessairement complémentaires et nécessairement réfléchies pour être constructives.
Surtout, que l’on ne vienne pas dire, presque avec commisération que je suis une exception ! Ceux, celles qui n’agissent pas ainsi ne peuvent pas se maintenir auprès de l’exigence des petits. Attention, tous les niveaux ont leurs impératifs, mais autrement. Plus les enfants sont mûrs et plus ils admettent le partage collectif. Moi, je veux bien aussi suivre nos détracteurs, lança Sonia en apaisant son emballement, dans l’exercice de leurs fonctions !
Mes études de psycho ne me suffiront jamais… Mon quotidien les contraint à une mise à jour permanente…
J’ai refusé la direction du regroupement d’écoles. J’ai postulé pour une grande section hybride du C.P.

Les remplaçants ne sont plus des enseignants mais des vacataires recrutés par petites annonces sans aucune garantie de compétences, de durée pour eux et pour leurs élèves.    Les Instituts de Formations des Maîtres ont disparu, il n’en demeure plus que le U d’universitaire !
Moi, j’avais bénéficié de deux ans pleins, après le concours, pour apprendre mon métier. C’était un minimum…

Comme d’autres, j’ai perdu le courage de protester, anéantie par l’autisme de nos ministres successifs.
Comment des hommes intelligents ont-ils pu accepter et œuvrer pour conduire dans le mur la seule chance du futur : l’Ecole ?

Elle n’était pas parfaite. Avant, elle collait difficilement à l’évolution de la société mais l’action de ceux qui ont été élus pour la rendre positive, au lieu d’améliorer, a encore tout compliqué. Pourquoi ?    Notre Ecole est, devrait être, pourtant, un microcosme stable pour des enfants agressés par les assauts de la violen-ce familiale, sociale, médiatique….    Notre Ecole mérite une vraie consultation, non plus conclue par du papier, mais par des actes garantis quel que soit le mouvement des gouvernements.
Notre Ecole mérite que soit reconnue la réalité de sa diversité.
Notre Ecole mérite la création d’équipes solides, bien responsabilisées, bien dirigées.
Notre Ecole mérite de s’adapter, en projets d’école et en moyens, à la réalité de chaque population considérée.
C’est sans doute trop simple pour que médias, politiques, syndicats s’y soient arrêtés…

A peine la véhémence de Sonia retombée que ma voisine est intervenue, presque en colère :
- Oui, mais c’est votre faute aussi à vous les enseignants, si nous avons laissé faire. Toujours en grève, sans vous soucier des examens et de nos problèmes de garde, nous ne vous suivions plus!

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