et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

20 juillet, 2011

6 La vidéo.

Classé dans : — Alain @ 12:19

D’un commun accord, nous sommes entrés nous asseoir devant la télé pour revoir le film enregistré par Alain.

Manu apparaissait silencieux dans sa combinaison de mécano, comme s’il avait été pris d’une envie de parler pen-dant une réparation. Il s’appuyait sur une voiture claire aux portes ouvertes et se frottait les mains, geste habituel pour effacer du cambouis…Il est resté silencieux, assez longtemps pour rendre sensible le poids sur sa langue. Son regard ne s’est révélé qu’en plusieurs étapes, comme si l’objectif était un œil inti-midant. Puis il s’est affermi, brusquement tout à fulguré : son sourire, ses pattes d’oie, sa décontraction, son visage buriné.
Il n’a plus quitté la caméra, nous, des yeux, mais s’est continuellement déplacé, calmement, sans quitter le champ, parfois en venant presque en gros plan, au contact de l’appareil.
« – Vous connaissez ma voix déjà, maintenant me voici tout à vous. Evidemment pour les questions, ce sera difficile, mais justement, je n’ai aucune réponse à vous donner. Ce dernier message ne vous est destiné que si je ne suis plus.
Je n’ai pas perdu ma rage, mais elle ne peut avoir de force que dans vos réponses à vous, à vous !
Je répète, j’ai fait un rêve ! Tenez, je vais me donner le temps et le soutien de ma chanson. Pas un rap de mes élèves, non, plutôt une vieillerie, genre « Quand les hommes… » ou « Prendre un enfant… »… Vous voyez ? Moi, c’est « Imagine »… » et son  « dreamer ». Il s’est plongé dans la voiture, brièvement, et bientôt, la voix de John Lennon a rempli l’espace, sans pourtant couvrir celle d’Emmanuel.
Imagine the re’s no heaven,
It’s easy if you try,
No hell below us,
Above only sky,
Imagine all the people

Living for today…

«Vous savez combien je me suis investi dans ce travail ici ! Vous savez combien j’en ai reçu de satisfactions aussi, de raisons de croire en moi, en eux, mes élèves !Vous savez moins, peut-être, combien j’ai repris con-fiance en l’homme, en la femme, simplement, en écoutant mes collègues, ces profs qui sont venus me chercher… Je ne me suis pas posé de questions sur les enseig-nants. Ceux de la S.E.G.P.A., ceux du collège, m’ont suffi. Nous ne sommes pas devenus des potes ! Je n’ai pas répondu aux avances de relations amicales ! J’ai appris à les estimer, à les respecter, à les comprendre, dans leurs enthou-siasmes et leurs découragements. Percevoir la sincérité a suffi à me les rendre sympa-thiques.Quant à leur compétence, je suis incapable d’en juger. J’aime ces réunions où s’analysent les moyens de hausser ces gosses en difficulté, où s’échafaudent initiatives individuelles et projets collectifs. Ce suivi régulier, cette mise en œuvre permanente de nouvelles chances me don-nent un sentiment de revanche. Mes aléas passés s’estom-pent devant une importance, l’avenir de mes élèves.Je ne suis pas le plus bavard, le plus inventif mais certainement le meilleur auditeur pendant ces réunions. Après, je bosse pour donner un sens à un vocabulaire, à des références, à des auteurs que j’avais fait semblant de comprendre. Fichu amour-propre !
Il n’empêche, qu’ainsi, je me suis plongé dans la psycho, la pédago et l’histoire de ce métier que j’ai fait mien.
Obtus, je suis resté hermétique aux discussions poli-tiques et j’ai fui tous les entretiens inquiets, polémiques pour défendre la Société, l’Ecole en danger.
Ma bulle de verre n’englobait que peu de mon environnement social et pratiquement rien de celui des autres.Tout a basculé, vous le savez et le verre s’est brisé.Mes yeux, mes oreilles, mon esprit, ma conscience se sont ouverts.
J’ai compris que si moi je vivais dans ma tour, notre société, elle vivait dans une cage de règles, de lois, de codes, d’interdictions et de consignes. Une cage où le moindre faux pas de la vie pouvait se payer longtemps. Une cage où être né mal loti handicape…

Rien de nouveau, certes, mais maintenant, c’était sans que l’Ecole soit encore une chance pour y remédier.

Je ne suis sans doute pas clair.
Disons que l’épisode du camp de Gitans évacué, l’irruption des policiers dans cet atelier, le mutisme de mes élèves, de mes collègues, m’ont réveillé.
J’ai appris que l’ordre, la tranquillité se payaient au prix de la liberté d’être différent.

Moi, l’ancien des forces de ‘’pacification’’, je dé-couvrais la désobéissance.

J’ai lu, beaucoup, tout, ce qui avait été écrit en 2008, 2009, tous ces témoignages du formatage, toutes ces révoltes réprimées, ces alertes ridiculisées et j’ai eu honte. Honte d’avoir passé mes jours dans la négligence et l’indif-férence.     Maintenant, il nous faut réparer, moi et vous, si ma honte vous touche un peu.
Je ne serai pas long, d’abord parce que mon courage n’est pas programmé pour un grand discours, et puis John n’en a plus pour longtemps à rêver lui aussi.
Je vais vous dire mon école, ce sera bref. Ensuite, ce sera à vous de développer.
Auparavant, écoutez mes souhaits : pas de défilé, pas de cérémonies, qu’il ne reste rien de moi, que des cendres dispersées en forêt.
Si mon geste, mes paroles ont pu réveiller quelque chose en vous, j’aimerais qu’un jour, un samedi, un diman-che sans grève, sans manifestation, éclosent des groupes de discussion.
Sincèrement, profondément, ensemble, imaginez, réa-lisez aujourd’hui, maintenant, sans attendre un « ciel » hypothétique, comme dans « Imagine », l’Ecole qui serait une vraie chance pour tous les enfants de notre pays, une chance pour que demain soit un espoir réaliste…

You may say Im a dreamer,

But I’m not the only one,
I hope some day you’ll join us,
And the world will live as one…

La projection se terminait sur les derniers vers de l’ancien Beattle, sans autre son, sur un petit salut, une main à hauteur du cœur, légèrement, comme son sourire, juste esquissé…

Puis plus rien, comme si la bobine avait été coupée sur la chanson finissante, comme ça, nettement…
Comme si la fin du film restait à tourner.

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