et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

11 octobre, 2011

57- DIFFICILE RETOUR.

Classé dans : — Alain @ 23:38

Nous avons quitté l’établissement avec le cœur chargé d’émotions bariolées, semblables à l’agitation des jours post Manu, avec l’esprit peint en vert espoir, avec un ciel d’avenir blanc-bleu. Un ciel porteur de bons cumulus garants de futures récoltes de tous nos semis. Nous étions euphoriques sans drogues, ivres sans alcool, justifiés ! 

Cette rencontre aurait justifié aussi tous ceux qui  s’étaient levés depuis trois mois, tous ceux qui s’étaient portés au chevet de l’école malade. Vous souvenez-vous à ce propos des paroles de cette chanson de Grand Corps Malade,

«  l’Education Nationale »  Tout était dit et déjà pour chaque couplet nous au-rions pu et l’état aurait dû proposer un amendement, mais en France, si tout finit par des chansons, il est rare qu’elles soient un commencement… 

Si, peut-être, pendant les Révolutions !  Je ne résiste pas, tant pis si ma parenthèse est longue, et encore, j’aimerais tout citer!  « …J’m'appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né … Pourtant ma maîtresse j’l'aime bien elle peut être dure mais elle est patiente 

Et si jamais je comprends rien elle me ré explique elle est pas chiante Elle a toujours plein d’idées et de projets pour les sorties (mais) 

… Nous on a que des tapis et des cerceaux et la détresse de nos maîtresses… Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS 

Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses … L’enseignement en France va mal et personne peut nier la vérité 

Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités Au contraire faut rajouter des profs et des autres métiers qui prennent la relève 

Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs 

Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard  (au contraire qu’avons-nous ?)   Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant 

Comment peut on faire des économies sur l’avenir de nos enfants L’enseignement en France va mal car il rend pas les gens égaux… 

Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survies locaux … continuons de dire aux p’tits frères que l’école est la solution 

Et donnons leur les bons outils pour leur avenir car attention La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère 

Et l’égalité des chances un concept de ministère…   Si vous voulez tout lire mais surtout tout entendre, il y a le C.D. et il devrait être subventionné…  Je reprends, mais avais-je vraiment interrompu ? 

Tous ceux qui ont apporté leurs mots, leurs idées pour reconstruire l’Ecole, ne l’ont pas fait pour s’apitoyer ou compatir mais pour unir leurs soins et la réanimer. La revitaliser. La bourrer d’énergie. En faire l’artisan compétent, bien outillé, bien entouré, qui redonnera sa chance au futur, celui de nos enfants, le nôtre, celui de tous.  Une chance, vraiment, pour toute notre mosaïque de personnalités, de couleurs, d’origine,  de confessions, de handicaps… Une chance pour les gentils, les agressifs, les naïfs, les roublards… 

Tous les potentiels que distribuent la naissance, les hasards et les circonstances seront considérés, pour que, sans perdre leur identité, ils prennent confiance en eux et en les autres…  Ce fut pour nous le retour de tous les dangers.  Ma main dans celle de Sylvain, ma tête sur son épaule, notre communion auraient pu nous mener vers une pa-renthèse physique, affective que notre état d’esprit, notre tension réclamaient, mais que notre conscience, Jiminy Cricket, interdisait. 

Pendant toutes ses journées depuis deux mois, nous avons été habités, comme beaucoup de Français, certains avec une rancœur énorme, d’autres avec une foi profonde, par une présence incontournable, celle de Manu !  Sylvain, plus que tous, a vécu chaque minute avec lui, avec ses yeux dans les siens.  Même lorsque sa pensée ne s’y accrochait pas. Je devinais son obsession et je l’ai, bientôt, partagée. 

Nous étions imprégnés de ses espoirs, avons perçu sa présence auprès de ses grands, de ses collègues. Par eux, nous avons compris ses tours d’ivoire et éprouvé, durement, leur effondrement. 

Nous avons suivi les pas, vu les gestes du coupeur de courant, écrit avec lui ses avertissements, mesuré la crevasse de son désespoir Sylvain a partagé ses flammes et moi, je les ai regardées danser dans les yeux de mon ami. 

Dans la cire de notre mémoire intelligente, de notre mémoire affective, nous avons, aussi, gravé chaque parole de Manu. Ce mercredi soir, à l’issue de cette communion, à l’aube d’un renouveau pour les enfants, pour l’Ecole, en quittant le collège, Thierry, ceux qui furent, si profondément, la raison de vivre de Manu : ses élèves, nos voix exprimées, nos voix intérieures, étaient à l’unisson avec ses cris. 

Rentrer à mon bercail provisoire a été difficile. 

Tendue et amollie, est-ce possible ? Je vous assure que oui !  J’ai communiqué brièvement, par S.M.S. seulement,  avec mes trois villageois, promettant un long compte-rendu pour demain…  Alice m’a enveloppée dans une sortie de bain douillette. Robert m’a imposé un petit verre ventru où il avait chauffé dans ses larges mains un Armagnac aux reflets dorés. Aucune question… de l’écoute, le partage de tout ce que ces jeunes nous avaient offert et de la tendresse, beaucoup de tendresse pour m’acheminer vers le sommeil… 

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