et l'école renaîtra

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22 septembre, 2011

- 47 – S.E.G.P.A., AMICALE ET CARTHAGENE.

Classé dans : — Alain @ 0:15

Thierry et Véronique étaient arrivés et déjà intégrés. Les deux femmes s’affairaient dans la cuisine et, rien qu’au rythme des phrases, on sentait la discussion bien engagée. Thierry essayait de découvrir les secrets des boîtes à musiques et des casse-tête, pas chinois mais bien maison… 

Rob n’eut pas le temps d’être intimidé, sa Licette l’avait poussé vers Véronique pour un bonjour bisous et vers Thierry pour une virile poignée de main. Evidemment, il prit un savon : 

- Tu leur as cassé les oreilles avec tes jouets. Je parie qu’ils en oubliaient de revenir… - Pas du tout, l’avocat c’était Sylvain, c’est moi qui ai parlé surtout… Je me suis pris pour un philosophe. Robert a eu peu de temps pour nous raconter le fonctionnement de ses trésors.  

- Bon maintenant, passons aux choses sérieuses, un muscat, Frontignan, Lunel, Mireval, Carthagène ou un pastis tout bête ? Allez Grand Rob, bouge-toi !  Dis comme ça, nous n’allions pas aller vers le tout bête et, si moi j’inclinais pour le Lunel, les trois invités souhaitèrent s’initier à
la Carthagène. 

Sylvain réussit à placer son nouveau copain qui jouait au meccano avec de la récup. de P.C. ! Il en faisait un jongleur et un artiste capable d’éclater les images sur un mur d’écrans, de les faire bouillonner selon les musiques, bref un « informatiste » déjanté. 

Thierry, pratiquant de l’ordi. et moi, bien frottée au monde de Yann, lui avons révélé que « déjanté », était un état quasi nécessaire pour les mordus de la souris. Alice avait passé bien des heures à nous farcir des grosses moules, pour commencer. Rien qu’à envisager qu’il y avait une suite, j’étais déjà coufle et Véronique me semblait dans le même état. 

Heureusement, nous avons marqué une pause, sorbet non alcoolisé. J’en ai profité pour questionner Thierry sur sa S.E.G.P.A.  Il avait pendant longtemps, jusqu’à trente ans, c’était l’âge requis pour postuler à une direction à son époque, exercé comme instit. spécialisé dans des quartiers très brassés de la capitale.  Il avait tenu quelques années une classe de perfectionnement professionnel, lui aussi, comme Alain, mon copain du village, puis à la suppression de ces dernières et à la création des Sections d’Enseignement Spécialisé intégrées à des collèges, il avait demandé à suivre le stage de direction.   

J’ai compris que ces responsables étaient les seuls directeurs d’établissement scolaire véritablement formés dans tout notre système. Une année de cours administratifs, droit, psychologie, sociologie, animation d’équipe, orientations, recherches des solutions diverses, de ressources… bien étof-fée, et une année de pratique. Ils n’étaient pas chargés de classe, malgré des effectifs plus faibles que dans beaucoup d’écoles élémentaires. Ils se ménageaient des heures chaque semaine pour prendre un groupe en soutien, participer à un projet collectif, bref, rester disponibles pour l’animation de leur établissement et le contact direct avec les élèves…. 

Voilà ce qu’il faudrait dans nos écoles !  Le vide laissé par Manu était et serait longtemps, sensible. En dehors des circonstances dramatiques, le contraste entre le calme, la gentillesse, l’écoute de ce professeur, un peu timide avec ses collègues, mais d’un charisme extraordinaire auprès des ados, de tous, des petits de 6ème aux plus grands de 3ème, auprès des anciens élèves qui revenaient régulièrement le voir, ce contraste avec ce geste de violence orchestrée était insupportable.  L’équipe avait refusé l’aide d’une cellule psychologique. Tous avaient passé un examen particulier pour exercer auprès d’enfants en difficulté. Tous avaient une expérience enrichie par quelques conflits avec des parents brutaux, des gosses paumés… Surtout, tous formaient autour de Thierry, un groupe solide, capable de s’introspecter, de s’analyser et de s’épauler. 

C’est ce qu’ils avaient mis au service des enfants d’abord, des familles ensuite et de tous ceux qui, sincèrement avaient besoin de comprendre.  - Je savais que, dans beaucoup d’écoles, le décourage-ment régnait, je savais que penser d’abord aux enfants avant d’appliquer des textes, des règles devenait pesant… Je sa-vais que des collèges avaient subi des visites policières… Les nouveaux chefs d’établissement recourent toujours plus facilement à la loi qu’à la compréhension ou à l’apaisement interne.  J’ai vraiment eu peur lors de l’éclat dans l’atelier. Je n’avais été prévenu ni par la police ni par le Principal du collège et je n’ai pas eu le temps de préparer l’intrusion des agents dans le garage. 

C’est vrai que la libération d’Emmanuel a été subor-donnée à notre silence. Si une polémique naissait dans la presse, le prof serait mis en examen… Tous ont tenu parole, les enseignant, le personnel de service, les jeunes, surtout ceux de Manu et les familles, tous… Comment ? Je me le demande encore mais c’est un fait ! 

Véronique a posé sa main sur le bras de Thierry dont la voix, le corps tremblaient. Il gardait les yeux fixés sur un masque de Venise. Se raccrochait-il à ses yeux vides ou au sourire doux ?  - Demain, vous rencontrerez les garçons. Ils en ont discuté. Au début, ils ne voulaient recevoir que Sylvain, le dernier à avoir touché leur maître vivant. Puis ils ont compris que ceux ou celles qui l’accompagneraient, deux ou trois pas plus, ont-ils demandé, étaient en quelque sorte des gens qui voulaient faire revivre l’esprit de leur prof.  Maintenant, ils vous attendent, tout simplement.  

Alice et Véronique avaient servi le gigot entre temps. Nous avions retrouvé notre coup de fourchette. C’était parfois utile pour tromper notre émotion, mais la viande fondait et les moules se tassaient. 

Véronique a dévié le cours de la conversation en nous demandant comment s’était déroulée notre visite chez les protégés anciens de Sylvain. 

J’ai un peu corrigé ; - J’ai plutôt eu l’impression que c’était lui qui était cocooné là-bas et je m’étonne qu’il reste aussi mince ! 

 - Merci pour le compliment, ça rattrape mes décorations sur les mains et le visage…  C’est vrai que nous oubliions vite ses pansements quand même… 

Nous avons parlé de leur souvenir de la faim, des astuces pour se chauffer, se soigner….  Véro nous a confié :  - Savez-vous que Thierry préside, depuis presque quinze ans, une Amicale de quartier ? 

Au début, c’était surtout une façon de rendre associatif le groupe des bénévoles qui chaque année participait aux activités, aux sorties, aux travaux et aux fêtes du groupe scolaire. Puis, certains ont continué à aider bien que n’étant plus parents en maternelle ou en élémentaire. A surgi l’idée de fêter les 60 ans de ces écoles. Ce fut une fête énorme, dépassant toute attente, en nombre comme en ambiance. 

Evidemment, tout s’additionnant, l’Amicale est née. Amicale parce que rien ne justifiait ce rassemblement, pas d’activités sportives, pas d’ateliers culturels, rien, au début que de la sueur et des initiatives  pour monter des stands et les tenir, gagner un chèque pour que vivent mieux les projets des écoles… 

Thierry a continué : - Je n’avais pas d’attaches passées avec l’école, simplement celles de mon épouse, ancienne élève, et la participation à des ateliers d’écriture. Je me suis pris au jeu de cet élan gratuit, de cette amitié sans explication. 

Peu à peu, à la demande de nos adhérents, nous avons ouvert des moments de gym pour adultes et enfants, des ateliers d’échange de savoir-faire. Nous avons tenu des réunions pour la mémoire de notre quartier, nous en avons tiré un recueil. Des sorties spectacle, des sorties décou-vertes, des soirées jeux de société, des après-midi pétanque, belote, tarots ont grossi nos activités. Chaque année, nous organisons des moments plus goûteux : galette, St Vincent pas tournante, avec comédiens, chanteurs, et en juin notre grand repas, bal, feux d’artifice. 

Nous participons toujours aux fêtes d’école, mais vous savez que les temps ont changé. Le samedi est devenu congé, les enseignants sont de moins en moins enclins à se mobiliser au sein d’un système qui alourdit toutes leurs tâches. Alors nous répondons à la demande. Vous voulez un loto, ok, on organise ; vous n’en voulez plus, eh bien, on n’en fait plus ou alors pour le plaisir seulement. Pas avec l’école mais à côté. Pareil pour les fêtes… Elles ont été pendant longtemps l’événement du quartier. Les bénévoles étaient nombreux alors… C’est maintenant à peine symbolique et très décevant pour tous ceux, parents, enfants, anciens, qui aimaient retrouver leur école animée, vive, décontractée, fusionnelle pour un jour. 

Nous avons célébré ses 70 ans, puis, au nom de tous ceux qui ont aimé leur école de quartier, ses 80 ans.   Quelle chance j’avais d’avoir de tels passionnés avec moi ! Et encore, Alice n’avait pas entraîné tout le monde sur le chemin des 4000 Marches, de Valleraugue à l’Observa-toire météo de l’Aigoual…  Quoique, en arrivant, entre deux bruits de casseroles, il m’ait bien semblé entendre le mot Cévennes et le mot drailles… 

La soirée s’est achevée après que nous ayons dessiné des plans de retrouvailles, des projets tournés vers le Sud, vers ces Cévennes précisément 

Thierry s’est chargé de reconduire Sylvain à l’hôpital. Il avait promis d’être dans sa chambre pour les soins du matin. Moi j’ai gardé la voiture pour notre rendez-vous à
la S.E.G.P.A., demain après-midi… 

Il allait falloir se ménager pour affronter les réceptions officielles. 

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