et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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5 septembre, 2011

- 39 – DEUX COMPAGNES MAGIQUES.

Classé dans : — Alain @ 23:30

              Dans le train, je me retrouvais installée à un quatre places, en face-à-face. Pour ce retour vers Paris, je me sentais parfaitement reposée, gonflée par mille bisous et cent recommandations.            Cette fois, j’ai eu la chance d’avoir pour compagne de voyage, une maman, de mon âge environ, une jolie blonde au grand sourire et au regard lumineux. Des yeux, sans un mot, nous avions déjà sympathisé mais la présence de sa petite fille valait aussi toutes les passerelles du monde. 

            Une magnifique poupée, toute ronde qui d’entrée m’explorait, me dédiait sourires et pépiements, me déployait toutes les armes de sa séduction. Immobile, ses prunelles, noires, immenses, ne quittaient pas les miennes. Ni sa mère, ni moi n’intervenions, cela eût été un sacrilège. Elle me jaugeait.             Sans brusquerie, en détournant à peine son attention, elle a exploré le sac posé près d’elle, en a sorti une vache, un arbre, une poule mais les a seulement posés sur la tablette. Son sourire s’est élargi, comment était-ce possible, et elle m’a offert un lapin de chiffon, bien érodé apparemment. 

Elle lui a fait un câlin et sans hésiter me l’a tendu. Je venais d’être adoptée !              Ce que m’a confirmé Delphine, la maman. Enfin, nous pouvions parler, la glace était rompue ! 

           Mademoiselle se prénommait Romane, venait de fêter son premier anniversaire et trottinait déjà…           Après le lapin, c’est un livre qui m’est parvenu avec des mimiques expressives ; elle me tendait les bras et m’instaurait sa lectrice. 

          Quelle attention ! Le livre était familier, car elle tournait les pages au bon moment et si par jeu, je changeais l’histoire, montrais une illustration de Tortue en la nommant Cochonnet, Romane me prenait la main et me fixait, sourcils froncés, réprobatrice.            Un moment, après lecture, jeux avec les petits person-nages, quelques grognements et impatience se sont manifestés, la faim montait. 

          Delphine a sorti les plats préparés pour sa fille et nous sommes allées jusqu’au wagon-restaurant pour les réchauffer.           Bien sûr, prise entre nous deux, c’est sur ses gambettes dodues que Romane a parcouru l’allée, sans hésiter pour se rattraper à un fauteuil, un genou, une main secourable… Le train est une dure école d’équilibre pour les petits châteaux branlants ! 

           Nous avons bénéficié d’une tablette disponible et d’une chaise pour Romane. Café pour nous, copieux goûter pour la miss. Il n’y avait plus qu’à procéder au nettoyage et à la mise à l’aise pour un sommeil qui déjà s’annonçait.            Personne n’occupait la quatrième place, hasard ou gentillesse d’un voyageur… Nous avons calé la presque endormie sur mon côté et je me suis installée près de Delphine. 

           Elle était professeur de danse et, après les cours pour tous âges, avait restreint ses leçons aux enfants. 

           Parfois dans des activités d’associations, parfois dans des écoles, de plus en plus rarement, elle avait appris la valeur de l’expression corporelle chez tous, chez les enfants surtout. Elle fourmillait d’anecdotes de petits renfrognés, observateurs dédaigneux, puis conseillers, puis mimes et peu à peu intégrés à la troupe…            Elle racontait la communion dans les groupes pour qu’un spectacle naisse et enchante autant les petits artistes que les familles. 

          - La décontraction, seule concevable chez des enfants, disparaît trop vite avec la peur du ridicule à l’adolescence. Seuls le plaisir du geste réussi et, devant le public, leur fierté, même camouflée sous les airs blasés, justifient leurs efforts. Les miens aussi…            Elle avait surpris un de ses « rigides » de neuf, dix ans, dansant seul une chorégraphie de son invention devant le miroir d’une salle désertée… Discrète, puis complice, elle avait valorisé sa création, joué le jeu de la spectatrice et peu à peu le gamin s’était débloqué. Il était devenu meneur dans son groupe de danseurs… 

           Je lui parlais de notre Congrès pour l’Ecole. Elle était bien informée, avait participé à des groupes de réflexion.             Delphine s’était particulièrement sentie touchée par l’isolement de certains enfants, pas rejetés par les autres mais s’excluant d’eux-mêmes de la société sous toutes ses formes. Pas autistes mais simplement écartés, méfiants mais surtout étrangers… 

                Elle m’a fait retrouver un conte que j’avais entendu ou lu avec des circonstances, des personnages différents, mais qui en tous ses avatars portait toujours la même force.              Pour ce jour, c’est en Chine qu’elle m’a transportée, près d’une vieille paysanne dont la fonction depuis très longtemps était d’alimenter le hameau en eau. 

              Plusieurs fois par jour, son balancier en équilibre sur ses épaules, elle portait ses cruches vides jusqu’à la source éloignée et les rapportait pleines et fraîches.            Seulement, l’une des cruches, récente, solide, rapportait toute son eau, sans en perdre une goutte alors que l’autre plus âgée, usée, fêlée suintait tout le long du chemin et arrivait à moitié vide au village.   

             Evidemment la belle grosse cruche se moquait de la pauvre cruche fissurée qui en souffrait  beaucoup.           Un jour, elle n’y tint plus et osa parler à la vieille Chinoise : 

           -  Tu dois me jeter ! Je suis usée, je perds de l’eau et ne rapporte presque plus rien au village. Je suis lourde et tu te fatigues pour peu de résultats… Abandonne-moi ce sera beaucoup mieux !              - Pas question ! s’exclama la porteuse d’eau. As-tu déjà fait attention au chemin que nous parcourons depuis tant de jours ? 

           - Oui, il est long pour toi !             - Mais non, bécasse ! Regarde bien sur ton côté, lorsque nous allons à la fontaine tout est sec, caillouteux triste… De l’autre côté, celui que tu suis, lorsque je t’ai bien remplie, poussent des fleurs splendides, toutes espèces de fleurs, de toutes formes, toutes tailles, toutes couleurs, tous parfums. Elles sont là grâce à toi. 

           Sur ce bord de notre chemin habituel, j’ai semé des graines, il y a longtemps, et toi tu les arroses, doucement plusieurs fois dans une journée à chaque retour… Si je peux embellir ma maison, celle de mes amis du village, nos fêtes c’est grâce à toi. Tu es usée, tu fuis, la belle affaire ! Ce que tu appelles tes défauts pour moi, pour nous, ce sont des richesses et nous y tenons…              La jeune cruche avait bien compris le beau travail de sa compagne et demanda à la vieille dame de la remplir encore plus pour remplacer un peu le cruche fêlée…  

           J’ai aimé me retrouver dans cette parabole et me suis promise de la raconter le soir même à Juliette et Killian ; à quelques adultes un peu secs de cœur aussi… 

          Nous n’avons guère cessé de parler pendant le reste du voyage. Romane souriait à ses rêves, son lapin blotti contre son cou. 

          L’importance de quiétude prénatale est venue dans notre conversation, à propos de bébés très agités. Les recherches dans l’hérédité abondaient dans ce cas : son père, sa tante, sa grand-mère… étaient déjà comme ça ! 

           Moi, je me souvenais d’une émission ancienne, j’étais au collège mais ce bref documentaire m’avait marquée. Un spécialiste évoquait un bébé très agité, tout en gesticulations, cris de rage, essoufflements… Apparemment, rien ne pouvait l’apaiser. Dans un laboratoire, étaient disposés deux lits, un pour la maman, un pour le bébé. Entre les deux, une citerne d’eau et tout un système de communication orale qui passait par le liquide.               Je me souviens, comme d’un tour de magie, que lorsque la maman parlait calmement à son enfant à travers ses couches d’eau sans doute savamment dosée, le bébé se calmait, tout en lui s’étendait ; les bras, les jambes, les yeux, les crispations s’effaçaient et les cris se taisaient. 

            Le commentateur faisait état de nombreuses répétitions du traitement et finalement d’un enfant prêt pour la vie. Il avait revécu paisiblement un contexte pré natal, à l’origine, très tumultueux. 

            Nous avons étalé les témoignages de vie toujours présents dans nos sacs à main si moqués par les hommes. Des photos de maisons, de paysages, de parents et de nos absents. Guillaume, l’époux de Delphine était aussi un grand, costaud, aux yeux profonds et largement étirés. Un large sourire que je lisais malicieux traversait son visage et contredisait une coupe rase, commando : « « Pour le casque de moto ! » 

           – C’est un faux taiseux, expliqua sa compagne. Bien lancé sur ses sujets d’intérêt, et il n’en manque pas, il devient intarissable et très jovial. Il a ses têtes, ses ambiances, ses lunes aussi. Il travaille pour une très grosse entreprise aéronautique et son sérieux, sa méticulosité en font, semble-t-il, un auxiliaire très apprécié.            Guillaume est un sportif sans excès ni recherche d’exploit mais constant. Cela lui permet de cultiver, en divers activités, une belle fidélité à ses amis les plus anciens. 

           Nous avons convenus, après mon portrait nullement objectif de Yann, qu’ils devraient s’accorder sans problème. Quand deux femmes tissent l’avenir, la tapisserie rutile de clins d’œil rieurs. Les photos, multiples, de Juliette et de Killian m’ont permis de les raconter de leur naissance à ce jour. Deux joyaux dans l’écrin de notre amour parental. 

          Que du bonheur ! 

           Pourtant… 

          Nous avons terminé ce voyage par un épisode houleux. Romane commençait à s’agiter. Je me levais pour la border. Soudain, notre voisin de derrière, un barbu que j’aurai bien vu prof, il m’a très vite détrompée, nous a lancé :  

          - Je vous ai entendue, vous faites partie de ces illuminés qui pensent que l’école est un jeu et que la discipline est inutile. Parce qu’un malade s’est fait brûler, vous allez monter le bourrichon des émotifs, culpabiliser les parents et ramener notre Education dans le « N’importe quoi… »           Madame, la vie n’est pas un cadeau ! Ce qu’il faut, c’est leur apprendre à lutter et à gagner, pas les attendrir…  

Le silence s’était fait dans la voiture, sauf pour Romane qui commençait à chouiner avec ce réveil en fanfare. 

Delphine a posé la main sur mon bras pour prévenir une réaction trop vive. Je n’avais pas l’intention de me lancer dans une polémique avec cet énergumène. Je m’adressais plutôt à nos voisins : 

        - Veuillez excuser ce Monsieur ! Il a dû faire un cauchemar en nous entendant parler d’enfants heureux ou d’enfants retrouvant la joie d’apprendre. Il pense qu’une bonne guerre remettrait tous les utopistes, les trublions dans le rang et que la loi du plus fort redeviendrait enfin une ga-rantie d’obéissance et de paix…            A tous ceux qui pensent ainsi, je dis : « Vous en avez le droit ! », notre démocratie le permet. A tous ceux qui croient que l’enfant est la chance du Futur et que l’Ecole doit la garantir, alors je dis : « Vous aussi, vous avez le droit de le penser, de le dire, de soutenir ceux qui aujourd’hui oeuvrent pour qu’il en soit ainsi ! » 

          Delphine me tenait toujours. Romane s’était calmée et me tendait ses menottes avec un sourire qui valait toutes les promesses pour Demain. 

         Après un bref, très bref silence, des applaudissements ont éclaté, ravivant ma confusion et humidifiant mes yeux de toute ma tension contenue. Que de sourires et de mains tendues, même quelques bises lors de l’évacuation à notre arrivée. 

          Je n’ai plus vu mon agresseur et ne m’en suis vraiment pas souciée ! 

           Il était 21 h à notre arrivée à Paris. Nous avons pris le temps d’échanger adresses, numéros de téléphone et promesses de contacts. Romane ne me quittait plus. Elle était à nouveau prête pour jouer.            - Elle s’endormira dans la voiture, pas de problème.           La mère de Delphine approchait. C’était elle qui les récupérait ce soir. Le mari de ma nouvelle amie volant vers Los Angeles ; un avion défectueux le réclamait… 

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