et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

17 octobre, 2013

Ecole -police et expulsion

Classé dans : Liens — Alain @ 11:10

Extrait de mon livre  » …et l’école trenaîtra de mes cendres! » 2008

 

                     C’est ainsi que je me suis retrouvé prof. J’ai aimé mon nouveau boulot, beaucoup ! Ce n’a pas été facile !

                    Les mômes m’ont testé, vachement parfois. J’ai riposté, durement.

                     Nous avons appris à nous respecter. Quand ils avaient besoin, j’étais là. Quand je me trompais, ils rectifiaient.

                  Je ne posais pas de question, mais j’avais des oreilles, des antennes : histoires de filles, de fric, de famille,
d’embrouilles… flottaient dans les allusions. J’attendais l’ouverture pour écouter, conseiller, modérer, calmer, arbit-rer parfois…

                  Surtout, fidèle à moi-même, je reconstituais dans la classe, dans mon atelier, ma bulle, pour moi et pour eux.

              Tous les éducateurs vous le diront, dans la rue, dans les foyers, à l’école, il faut du temps, de la patience et l’envie de recevoir autant que de donner.

               Un jour, tout a craqué…

             Des policiers ont débarqué avec leurs chiens dans mon atelier pour fouiller les élèves, les casiers.

             C’était devenu banal depuis deux ans dans les collèges. Aussi banal que d’avoir des grands frères en camp de rééducation ou des élèves avec un bracelet à la cheville.

              Aussi banal que les vains portiques de la grille d’entrée…

               Aussi banal que les yeux des caméras, dans les couloirs, les rues…

              Pour moi, c’était insupportable ; je n’ai pas supporté!

             J’ai exigé le départ des agents, tiré le collier d’un chien, me suis fait mordre…

             Je ne me contenais plus, criais, pleurais, injuriais… Aucun appel au calme ne pouvait m’atteindre.

            Ma honte d’être un adulte impuissant, l’humiliation de mes garçons m’ont projeté hors de moi. Ils m’ont maîtrisé,
menotté solidement, brutalement et ce qui couvait, a éclaté.

              Chaque élève s’était chargé d’outils, de boulons et se préparait à les projeter sur les policiers.

              Les véhicules, les armoires, les établis ont formé autant de barricades.

               Le commandant allait faire appel à des renforts…

             Déjà des bouteilles s’emplissaient d’essence…

               Je me suis sentis devenir froid, glacé. J’ai exigé qu’on me lâche ; le commandant a accepté.

             Je suis allé vers le fond du garage et me suis planté, toujours menotté, devant mes ados. En gros, je leur ai dit :

              – C’est de ma faute ! Vous n’avez fait que me défendre alors que je n’avais pas su me maîtriser. Je vous ai conduits à la violence alors que c’est elle que je refusais avec cette fouille. Vous devez m’excuser et vous montrer plus
raisonnables que votre prof. Vous allez poser tout ça et sortir tranquillement avec Monsieur le Directeur. Il ne vous sera rien reproché. N’est-ce pas Commandant ? Pas de problème pour moi les garçons !
                 Le Commandant tiendra parole et moi je reviendrai. Allez, c’est fini maintenant, tous, on a assez déconné ! 

                 Le silence s’est installé, énorme après les hurlements, les coups.

               L’officier et moi nous sommes fixés longtemps, durement.

                 – D’accord, mais vous, vous nous suivez ! 

               Les apprentis se sont regardés, m’ont regardé, moi leur prof, les mains serrées sur leurs projectiles.

                Ce que j’avais, encore, sur le cœur, une coïncidence, c’était une scène terrible.

            En partant courir, comme cela m’arrivait souvent, tôt le matin, j’étais passé près d’un camp de Roms, un de ces camps sauvages qui tournent dans la région. Un cordon de C.R.S. l’entourait.

              Sans bruit, des hommes, des femmes, des enfants sortaient des caravanes, les yeux au sol.

            Le silence, la froideur et l’humiliation ressentie m’ont fait suffoquer. Mon empathie était totale !

            Dans la grisaille du petit matin, tout avait l’air fantomatique.

             Moi qui avais connu l’armée et les missions dans des villages africains…

             Moi qui avais connu les squats aussi et leur inquiétude latente, je ressentais très fort cette mortification muette !

Je n’ai rien dit.

          J’ai enregistré vite, profondément et j’ai couru plus vite, plus lourdement.

             Pourtant, j’en avais connu de ces villages cernés, fouillés, brutalisés. Alors, je faisais partie des « forces de
l’ordre »…

            Ma carapace devait s’être craquelée depuis, sans doute.

             Pourtant, en retrouvant une existence régulière, je pensais avoir oublié et ne vivre qu’au présent.

            Le respect de mes élèves, notre respect mutuel me suffisait pour remplir ma vie.

             Le camp expulsé, c’était le mercredi matin.
            Le lundi, mon atelier recevait chiens et policiers…

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