et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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29 octobre, 2012

les sages

Classé dans : Liens — Alain @ 22:50

           De délégations en délégations, un Bureau National de Sages émergea. Il représentait chaque Comité d’Académie. Il n’était inféodé à aucune majorité politique, ces majorités si promptes à enterrer leurs richesses individuelles pour ne plus exister que par le volonté du chef ou la ligne du parti.
Il chattait par Internet, échangeait moult documents, recevait les questions, les suggestions, les vœux des délégations de tout le territoire, métropolitain, outre marin et même de compatriotes exilés.
Il assemblait les suggestions, les réponses, les soumettait un temps à la critique des internautes et enfin rédigeait les motions qui seraient débattues à Paris. Rien de caché !Il alimentait ses concertations en puisant dans l’analyse de la toile, énorme travail accompli par tous les engagés enragés de la bécane. En attendant que se constitue l’Assemblée des ultimes représentants nationaux des Etats Généraux de l’Enfance, ce Bureau Sages jouait parfaitement son rôle de grand architecte.

                Le mouvement prenait de l’ampleur. Des syndicats  ont tenté de l’organiser, de le récupérer, pour palier notre inexpérience sans doute, sur notre site national, vite créé, mais bien étudié, transparent, fourni, clair, aux salles, aux armoires aux tiroirs habilement fléchés, agréablement illustrés, se sont classées les idées fortes de chaque groupe, des premiers spontanés, aux assemblées de délégués. Bravo à tous ces rois du logiciel et des statistiques qui ont su cueillir toutes les opinions, toutes les suggestions, toutes les  inquiétudes pour en tirer les grands axes, les cha-pitres prioritaires de nos synthèses. Ils ont offert à tous, au Bureau des Sages surtout, les moyens de se retrouver dans cette vaste collaboration. Pratiquement chaque commune, chaque quartier, cha-que groupe presque, avait, très vite, créé son vecteur infor-matisé. Ce qui a facilité, paraît-il, les récoltes pour les moissonneurs de notre site national. Par son intermédiaire, un délégué parisien, choisi par le Bureau et agréé par tous les supporters du Web, s’est adressé aux Fédérations :

            – Nous respectons l’action syndicale. Nous voulons oublier vos tentatives avortées, vos échecs et ne nous souvenir que de vos bonnes intentions.Mais…

            Avez-vous vraiment conscience du décalage entre notre vision idéale d’un syndicaliste et la caricature que, dans l’ensemble, vous en donnez, vous les institutionnels de la contestation, les quasi-fonctionnaires des délégations locales et nationales? Un syndicaliste, un vrai, est d’abord un travailleur. Quelles que soient sa discipline, sa catégorie, il ne fait pas forcément ce qu’il aime mais s’efforce d’aimer ce qu’il fait (dixit Pascal). Il a la fierté du produit fini, du service rendu. Le client, l’usager, n’est pas un étranger hostile, seul connu du patron ou des vendeurs. Il est le témoin de la compétence collective. Il a le droit, s’il le souhaite, de connaître toutes les étapes de la réalisation, d’un objet d’usine comme d’un savoir d’école.
Il connaît tous les risques, toutes les beautés, les fiertés et les difficultés, voire les dangers de la profession qu’il représente.
Il œuvre d’abord pour que le fruit des labeurs se développe dans un climat de confiance, de transparence et d’impartialité.Il veille à ce que nul ne soit lésé, ni l’entreprise, ni la main d’œuvre, de l’apprenti au cadre, ni ceux qui y investissent leurs ressources, en toute lucidité de placement, en tout espoir de bénéfice, dans le respect garanti des hommes et femmes dont le travail assure cette rentabilité… Il évite que paternalisme et autoritarisme ne soient élevés en modes, en règles pour travailler ensemble.Le syndicaliste ne peut se présenter au suffrage de ses collègues que lorsque son travail l’a modélisé et autorisé à parler à l’égal de tous. Sa force tient dans sa crédibilité et dans son identité, reconnue, de travailleur.
Le délégué dont la tâche syndicale passe avant sa profession est un tricheur, aussi beau parleur, aussi convainquant, aussi rude adversaire des adversaires soit-il !  Voilà pourquoi nous avons exclu les fédérations syn-dicales de nos débats et pourquoi nous avons accueilli avec plaisir les individus, encartés ou isolés. Leur expérience, leurs réflexions, leurs doutes comme leurs élans sont précieux, mais ils ne doivent représenter qu’eux-mêmes… Ensuite, s’il y a un ensuite, se redéfiniront les mouvements syndicaux en fonction de l’expression de nos souhaits et le respect de notre charte pour une Ecole Autre. C’est indispensable, incontournable ! Alors, ils deviendront les analystes des problèmes et les chercheurs de solutions, les garants des personnels de l’Education Nationale ! Nous croyons à l’action du syndicalisme, car hélas, la balance des D.R.H. a des unités de mesure bien pipées, et la justice des prud’hommes, bien embouteillée, est illusoire, mais il faut que le mot ‘’lutte’’ devienne ‘’ concertation’’. Ce qui n’empêchera jamais de montrer les dents mais évitera, parfois, d’avoir à mordre…

             Nous, usagers du service public, de notre Ecole,  souhaitons que jamais, plus jamais, nous ne nous dispersions en des querelles de personnes, de droit, d’obligation, de plain-tes, d’assurances, de fric lorsque les enfants, victimes ou coupables, sont en cause. L’intelligence, la psychologie et le bon sens, la fermeté, la sanction puis l’œuvre conduite après résilience doivent guider nos réunions de conciliation pour tous les mis en cause : enfants, adultes, institutions. Veillez à nous garantir des éducateurs, des enseignants heureux de leur métier, confortés par votre organisation, respectés de leurs hiérarchie et dévoués à leurs élèves.C’est l’essentiel de ce que nous attendons de vous.Par contre, vous le constatez, nous pouvons beaucoup ensemble, si votre profession, donc notre Ecole, donc nos enfants, donc notre futur à tous, se trouvent menacée !
Sans la nécessité d’un autodafé cette fois !

23 octobre, 2012

Quête pour l’école.

Classé dans : Liens — Alain @ 19:52

              Rêveur mais têtu, je voudrais donner, sinon ma force, inexistante, mais surtout ma conviction qu’un vrai réveil pour l’Ecole est  possible…

               Depuis mes premières écoutes, dans l’aube de mon enfance, j’ai eu la chance ou le déterminisme, d‘avoir pour guide un homme extraordinaire pour lequel, donner, et il l’a douloureusement prouvé, partager, transmettre étaient le propre de l’être humain social.  

         D’autres m’ont baigné dans  « la soupe primitive », vitale de l’éducation. Mon credo est donc sans nuance ! Je m’affirme rêveur et avoir rêvé mes engagements, dans et autour de l’école… Parfois, ils ont tourné au cauchemar, mais ils m’ont laissé le regret d’être trop vite passés, insuffisamment accomplis, mais  pas de remords…

          « Qu’est-ce qu’un vrai rêve ? C’est un rêve qui dure. Et, s’il dure, c’est qu’il s’est marié. Marié avec la volonté. » Eric ORSENNA. 

           L’essentiel est l’enfant ! Aussi curieux, aussi éveillé soit-il, il aura toujours besoin d’être motivé, guidé, exercé… pour que les outils de la connaissance, du savoir-faire, du savoir vivre avec les autres ne soient pas les seuls fruits de sa spontanéité. 

           L’Ecole, seule, est capable d’accompagner l’éducation de la famille et de l’environnement pour procéder, en toute cohérence, à la progression harmonieuse des apprentissages autant qu’à la compensation des divers handicaps. 

         L’Ecole ne sera véritablement ce service efficace qu’avec, pour chaque établissement, un projet adapté autant aux objectifs  éducatifs de notre société qu’à la réalité de la population scolaire qu’elle prend en charge.  

           L’Ecole ne sera véritablement cet outil d’excellence, capable de faire vivre ce projet, que si elle est dotée d’une équipe compétente dans ses individualités et cohérente dans le suivi total des élèves depuis son arrivée dans l’établissement jusqu’à sa sortie. Une équipe capable d’aider ses membres les plus fragiles, de remédier aux erreurs de mise en place du projet de fonctionnement… Une équipe solidaire et lucide.  

           L’Ecole ne sera performante que si un animateur responsable, formé aux tâches de gestion, de relations, d’orientation est le vrai directeur de cette équipe.  

          Il est terrible de constater que ces évidences, incontestables pour toute institution, reste, dans notre système éducatif, indéterminées, uniquement laissées à l’initiative, la bonne volonté, de ceux qui essaient de les mettre en œuvre… Avec tout ce que cela représente d’aléatoire. La chance scolaire d’un enfant relève de la loterie : la « bonne école » – la « bonne classe », sans cohérence assurée dans le même établissement, sans suivi de similitude lors des déménagements. Oui, la carte scolaire au choix devient alors un privilège.

         Structurer les établissements est un préalable sur lequel, ensuite, on peut greffer des moyens. Le contraire n’est que construction sur du sable…   

           Le discours final, de mon cri : « …et l’Ecole renaîtra de mes cendres ! », « l’Essentiel. » se veut la véritable base d’une école dans laquelle tous les artisans de belle volonté ont une chance de s’épanouir et d’épanouir le présent de nos enfants. Leur donner, à tous, une chance pour un futur à la hauteur de leurs possibilités, toutes différences prises en compte, est-ce vraiment impossible ? 

             Chacun d’entre nous est un prolétaire fondamental dont la seule vraie richesse, étymologique et de fait, reste au moment du grand dépouillement, nos enfants et leur devenir.  

        Je sais, on n’est pas sérieux quand on a 70 ans ; je sais qu’il faut laisser Saint Ex., son Petit Prince, rêver et laisser les gens sérieux compter les étoiles et allumer, éteindre les réverbères, mais comme la vie serait mieux possible, si la belle politique mettait un peu d’utopie dans ses projets et écoutait ceux qui ont vécu avec passion leur quotidien avec et pour les autres. 

 

19 octobre, 2012

organiser chaque école.

Classé dans : Liens — Alain @ 23:19

             Mettre en place, à chaque niveau d’acquisitions, du plus élémentaire au plus haut, pour chaque élève, des aides nécessaires afin qu’il aille aussi loin dans ses acquisitions que lui permettent ses possibilités, en compensant au mieux ses handicaps…          

             « Structures essentielles ! primordiales ! vitales ! »   : Conseil d’établissement, conseil de cycle, équipes pédagogiques, équipes éducatives, conseils coopératifs, groupes de projets… 

           De quoi décourager un candidat à l’enseignement ! 

            – Elles constituent un tissu scolaire, véritable garant de l’accueil de l’enfant, de son suivi !              

                              Importance des harmonisations décidées dans et entre les cycles..             

                – La clarté pour tous, des projets spécifiques par classe, par regroupements divers, à moyen ou court terme, est nécessaire. L’engagement dans un projet d’activité a valeur d’accord et lie ses acteurs afin qu’il devienne une réalité où chacun trouve sa place.. 

          Les modalités de vie éducative adoptées par le Conseil des maîtres doivent se relire aisément, surtout si, tout en respectant l’esprit global de fonctionnement de l’établissement, chaque enseignant imprime ses « trucs », son originalité, ses richesses personnelles à sa classe.              

              …Les orientations, les contrats passés avec tous les intervenants concernés, la famille et l’enfant, établissent un protocole de prise en charge pour le meilleur suivi de chaque élève nécessitant un enseignement particularisé. C’est autant une reconnaissance de l’utilité du rôle qu’un outil de solidarité autour de l’enfant concerné. 

            Le règlement de convivialité est un document important auquel se réfèrent les adultes et les enfants de l’établissement. Il rappelle les règles de vie en commun et justifie les avertissements ou les sanctions éventuelles…      

        L’acte le plus important est le Projet de l’Ecole, sa Bible, puisqu’il intègre son esprit de fonctionnement, adapte ses progressions aux réalités de son secteur et définit les actions optimales pour atteindre les objectifs que lui attribue l’Education Nationale.  

          Sa rédaction par tous les enseignants, ses ambitions, autant que son pragmatisme, sont garantis par sa présentat-ion en Conseil d’Ecole à tous les acteurs significatifs de la vie de l’Etablissement. Ils en font une référence pour toute sa durée officiellement définie. Etat des lieux de l’école, de sa population, de ses ressources, de son organisation et de ses réponses pour remplir sa mission, ce document est un guide qui n’exclut surtout pas son évolution, son adaptation selon les circonstances….  

 

 

17 octobre, 2012

Ya qu’à…

Classé dans : Liens — Alain @ 23:34

                Quel que soit le gouvernement en place, il semble que le plus intéressant soit, non pas de constater l’état des lieux et les solutions envisagées, bonnes ou mauvaises, l’avenir le dira, comme  le passé nous l’a dit à chaque fin de mandature, mais de compter les « couacs », relever les saynètes les plus tonitruantes, au besoin les susciter…

                Les « Y-a- qu’à » et les «  Il faut qu’on » sont plus faciles que les « mouillons-nous !  Utopie que de croire l’intelligence comme la chose la mieux partagée…

                    A quand le retour d’un monarque auquel confié toute l’Autorité, que l’on puisse guillotiner s’il ne nous convient plus ? 

             Indignons – nous mais surtout agissons déjà autour de nous…

 

15 octobre, 2012

L’Ecole et son environnement.

Classé dans : Liens — Alain @ 15:42

 

 

                 L’hétérogénéité des populations scolaires, la grande diversité des potentialités, sont des truismes que notre école doit assumer très tôt. 

               - L’attention portée à tous les enfants, depuis leur plus jeune âge et, plus précisément, dès leur entrée à l’école maternelle, constitue la meilleure prévention des diversités d’apprentissage. 

              Dans la plupart des situations, la seule pratique professionnelle de l’équipe éducative répond à cette attente. Elle le ferait encore mieux avec une formation psychologique plus poussée et avec un effectif dans ces classes, si importantes, plus favorable à l’individualisation. 

             Pour d’autres élèves marginalisés par leur personnalité, leur précocité, leur retard ou un handicap avéré, un dépistage rapide, une pédagogie différenciée, des soutiens adaptés ou parfois des orientations spéciales doivent égali-ser les chances et s’efforcer de compenser les déficits. 

            Chaque établissement doit pouvoir disposer de ce personnel complémentaire essentiel. S’en remettre à la seule augmentation du temps de travail, à la seule bonne volonté d’intervenants non spécialisés est un leurre, un manquement à nos devoirs vis-à-vis de tous les enfants. 

               Les temps particularisés de soutien ne sont pas à rejeter d’emblée, mais ne doivent pas alourdir la journée d’enfants déjà en difficulté, ni les marginaliser. Ils doivent être de vrais moments de consolidation. Ils ne doivent pas être des instants émiettés, voués, surtout, à occuper le volume de présence à l’école des enseignants, amputé par la suppression sans consultation du samedi matin. 

                    – Sous prétexte de mixer les populations d’élèves  la casse de la carte scolaire n’a fait qu’ouvrir en grand la divagation des inscriptions, promouvoir le bouche à oreille comme le mode de choix d’un établissement ! C’est vrai, autrefois, quelques arrangements permettaient des inscriptions indues, hors du secteur, mais maintenant, ces mouvements sont autorisés et, par le jeu du bon vouloir des autorités, amènent à de nouveaux ghettos 

         Les écoles de « bonne réputation », disons de « bonne fréquentation » sont recherchées par les familles sélectives. Les autres se voient abandonnées aux enfants de parents qui « s’en fichent » finit-on par murmurer. 

          - L’adaptation de l’école à son environnement, est devenue difficile ; leur fracture s’est accentuée. La réduction de la semaine, la suppression du samedi matin, la création de ces Etablissements d’Enseignement Primaire éclatés, la nomination de responsables administratifs nomades n’ont fait qu’accentuer la mort des écoles de quartier et de village. 

              Venant de la Creuse, rocailleuse comme sa voix, un instit pensionné n’a pas hésité à proposer la participation de retraités actifs, ce potentiel de personnes qualifiées, pour remplacer, en urgence, un enseignant à l’absence imprévue, ces petites absences rarement couvertes. Il a suggéré que ces mines d’expériences puissent, dans chaque Académie, participer aux moments de réflexion pour des projets, des bilans autant que des actions nouvelles… 

          Nombreux anciens qui siégeaient avec nous hochaient la tête mais, était-ce des mouvements négatifs, affirmatifs ou simplement dubitatifs ? 

           Même sur la base du volontariat, cette opportunité fait peur, comme une porte ouverte aux restrictions de personnel. Pourtant, nous en comprenions bien le caractère occasionnel, aléatoire et solidaire, mais… 

           Officieusement, certains des ex-enseignants présents participaient à la vie de leur collège, lycée ou école communale, en catimini presque, c’est dommage… 

 

 

13 octobre, 2012

re re fonder l’Ecole !!!

Classé dans : Liens — Alain @ 11:27

           Il est certain que « la refondation de l’Ecole » semble accoucher de petites souris déjà bien vues et revues. Devoirs, redoublement, semaine scolaire, CP allégé et même, l’importante formation des enseignants, ne sont que la remise à l’ordre du jour de chantiers étudiés, légiférés, pus délaissés…

             Il faut quand même souligner que la casse de l’Ecole, ces dernières années, dans ces domaines comme dans ceux du soutien, a rendu nécessaire leur réhabilitation…
             Mais l’essentiel : la mise au point de véritables équipes d’établissement, la formation de leur directeur,  le sérieux des projets d’école, le bon usage généralisé des conseils de cycle, conseils des maîtres, conseil d’écoles… L’importance du rôle de l’Inspection de circonscription pour harmoniser la vie scolaire dans son secteur n’est pas abordée… Est-ce si difficile à mettre sur la table ?

              C’est pourtant l’essentiel, le reste, important, ne prendra pas sans ces préalables… Des écoles fonctionnent ainsi et leurs résultats, leur osmose avec leur communauté prouvent que c’est la bonne voie….

        Sensibiliser, indigner pour donner toute sa plénitude à l’Ecole

              A généraliser donc avec audace et réalisme

 

 

 

10 octobre, 2012

POUR UNE MÊME CHANCE, DES ECOLES ADAPTEES, VARIEES…

Classé dans : Liens — Alain @ 13:15

 

            Les réformes ou les instructions officielles  traitant du contenu des enseignements, tendent à les réduire, à les uniformiser et laissent penser, au moins dans leur présentation, que les disciplines d’éveil sont à réserver aux élèves qui assimilent sans problème le minimum fondamental. Or il est patent de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des intentions qui ont présidé à ces orientations.

                 Quel est donc ce minimum sur lequel tout le monde est d’accord?

              – Un savoir basique pour s’exprimer à l’oral, à l’écrit, comprendre une communication, résoudre une situation arithmétique usuelle.

                    – L’acquisition de compétences cognitives et méthodologiques pour varier les apprentissages, les approfondir et se doter des capacités personnelles de se perfectionner.

                 – L’obtention d’informations documentées, vécues pour orienter les études à poursuivre.

                – La formation spécifique la plus riche possible répondant à l’orientation retenue.

               - La mise en place à chaque niveau d’acquisitions, du plus élémentaire au plus haut, pour chaque élève, des aides nécessaires pour lui permettre, d’aller aussi loin dans ses acquisitions que lui permettent ses possibilités en compensant au mieux ses handicaps. Je ne crois pas qu’un ministre depuis Jules Ferry, ait été ou soit prêt à laisser lier son nom à une orientation scolaire, à des projets de réforme… qui ne respecteraient pas ces grands principes. Ce serait nier l’engagement républicain pour l’accès de tous à l’instruction et se fermer le potentiel de progrès en tous domaines que doit, devrait représenter une jeunesse bien scolarisée.

                  Répéter l’évidence de ces fondamentaux n’est pas constructif. Fournir les moyens de les respecter, s’interroger sur les causes des échecs et sur les stratégies mises en place dans les classes, dans les écoles où les résultats sont positifs, serait plus utile. Il existe un nombre important d’enseignants qui se méfient, ce qui ne veut pas dire rejettent, des bouleversements pédagogiques et institutionnels programmés. Ils privilégient les principes précédents et ne prennent dans toutes les réflexions novatrices qui leurs sont proposées (imposées ??) que ce qui améliore la pratique de leur métier. Parfois ces méfiances sont dues à la mauvaise digestion des apports.

             Les structures de réflexion, de mise en œuvre sur le terrain, comme les projets d’école, conseils de cycles, des maîtres, d’Ecole etc.… ne remplissent pas encore vraiment leur rôle par manque de préparation, manque de temps, manque de suivi pour un nécessaire travail en équipe. Alors, pour amener au savoir, pour l’ancrer, ces enseignants utilisent leur connaissance des élèves et font preuve d’initiatives motivantes et souvent heureuses.

             Evoquez vos lectures, vos émissions radiophoniques ou télévisuelles… traitant de l’école. Chaque documentaire, chaque feuilleton, chaque film et chaque récit mettent en valeur un Cas : un enseignant confronté à une situation particulière pédagogique, familiale ou sociale. La démarche suivie pour l’aborder et la traiter, parfois la résoudre donne l’occasion de découvrir l’ingéniosité de l’enseignant réel ou figuré, avec l’admiration souvent émue des spectateurs. J’affirme que la réalité de l’année scolaire est pour beaucoup d’enseignants et donc pour beaucoup d’élèves, à tous les niveaux, aussi passionnante. Je renvoie chacun vers les revues pédagogiques qui relatent ces initiatives.               

             On peut regretter qu’elles soient si souvent qualifier d’expériences, non parce qu’elles ne durent pas mais parce qu’elles ne sont pas généralisées et restent liées à un enseignant, une école, un regroupement. Elles sont trop souvent mal comprises et qualifiées de pertes de temps. Je sais aussi que toutes les classes, toutes les écoles ne vivent pas avec autant d’originalité leur quotidien, et rassurent ainsi des parents qui y retrouvent « l’école d’avant ».

              J’aimerais qu’un bilan établisse le devenir de tous ces élèves : ceux scolarisés dans des classes ou des écoles à projets motivants « des classes où l’on joue… » et ceux inscrits dans des classes ou des écoles où l’on suit avant tout le programme sans céder à la « dispersion ».

             En 40 ans j’ai connu les deux fonctionnements et j’ai participé à bien des réunions, des concertations où l’on débattait du bien fondé de l’une ou l’autre des orientations avec autant de convictions et de bonnes intentions d’un côté et de l’autre.              

              Pour ma part, parce que j’ai exercé mon métier pour des enfants en difficulté, parce que j’ai aidé à élaborer des projets d’école ou des projets d’activités spécifiques, parce que j’ai participé à leur mise en œuvre et parce que j’ai véritablement estimé que les élèves concernés avaient enrichi leurs connaissances, leurs savoir-faire, trouver motifs à utiliser, à perfectionner « leurs bases fondamentales », oui je crois en ces enseignants qui veulent que leurs élèves vivent leurs apprentissages plutôt que de les subir.

           Je déclare que les structures de l’école sont essentielles, primordiales même : conseils de cycle, d’établissement, projet d’école, projets d’activités, concertations, équipes pédagogiques, équipes éducatives…qu’elles constituent un tissu scolaire qui est le véritable garant de l’accueil de l’enfant, de son suivi.

               Je voudrais que la confiance en sa capacité de traduire les directives officielles soit accordée à l’équipe pédagogique, pas seulement pour passer de la pommade, mais pour lui donner la responsabilité et les moyens de remplir un engagement que peu de ses acteurs ont oublié : la mission première est d’instruire avec tout ce que cela comporte d’adaptation aux situations.

             Je voudrais que chaque école, chaque établissement soit conforté dans ses composantes, encouragée dans ses échanges avec son environnement, adaptée à sa population spécifiques, encouragée dans ses initiatives mobilisatrices et motivantes.

            – conforté par une trame de circonscription étoffée pour conseiller, apprécier, aider, suivre, voire corriger les actions mises en œuvre dans les écoles.

           – conforté par des intervenants spécialisés pour l’aide aux enfants, aux familles, aux enseignants en difficulté. – conforté par le soutien des responsables territoriaux dispensateurs des budgets pour que bâtiments, mobiliers, matériels, fournitures mais aussi, accès aux ressources culturelles et sportives, en implantations comme en personnes soient à la hauteur des besoins.

              – et conforté avant tout par une équipe pédagogique solide, animée par un responsable bien préparé, reconnu et disponible pour répondre tant au suivi des actions pédagogiques, éducatives, ré-éducatives qu’aux aléas nombreux et variés du quotidien d’une école. La fonction de direction mal traitée depuis si longtemps, si usante, si décourageante, si peu attractive aujourd’hui, et pourtant si prenante, mériterait enfin une attention particulière, pour lui donner une vraie dimension de responsable et d’animateur, en oubliant la triste expérience des Maîtres-directeurs.

            Je me méfie de l’autonomie si elle ne doit qu’accentuer la seule capacité des écoles à  se débrouiller et donc à multiplier les différences entre prises en charge des élèves.

             Donnons notre confiance éclairée, soutenue, aux enseignants. Aidons à faire de l’école une institution où l’apprentissage des fondamentaux soit assuré grâce à des supports mobilisateurs capables de faire aimer à apprendre et où leur appétit, leur personnalité s’épanouissent en des disciplines d’éveil à part entière : l’école de la variété. Espérons qu’au-delà de toutes considérations partisanes et économiques, un véritable système scolaire, clair, solide, respectueux de tous ses acteurs de bonne volontés, naisse enfin ; cela ne se fera pas sans que chacun y soit associé, pas à pas. C’est la seule façon de donner une chance à l’école de demain, une chance au futur…

                       Un souhait très fort, que j’ai formulé pendant tout mon temps de direction : La création d’un groupe de travail spécialement consacré à la direction d’école. J’ai exercé pendant 28 années les fonctions de directeur chargé de classe ; j’y ai trouvé de nombreuses occasions de satisfaction, de plaisir même mais aussi bien des moments de pression, de doute, de découragement. Je ne pense pas que cela soit très différent aujourd’hui et le peu de candidature à ce poste l’atteste. Nombreux sont les directeurs désabusés qui abandonnent, nombreux sont les jeunes enseignants sollicités pour prendre ces responsabilités ; nous sommes loin des limites d’âge pour postuler.

            Une école ouverte, terrain fertile pour un enseignement efficace et pour des rénovations bien admises a besoin d’une équipe solide. Une équipe pédagogique a besoins d’un animateur solide, reconnu, valorisé. 

            Il existe un potentiel de personnes qualifiées, qui peut peut-être aider à dépasser temporairement, le problème des remplacements sans que les enseignants soient conduits à ajouter des heures aux heures : c’est le recours, volontaire bien sûr, dans chaque académie, à des retraités. Une liste étoffée, tenant compte des domiciles, des temps disponibles, pourrait être établie. Bien sûr, cela n’ira pas sans un lever de boucliers, mais qu’en penseraient les actuels retraités et les nombreux futurs retraités des années prochaines ? Je crois que ce système se pratique dans certains pays. Je pense également que ces mêmes retraités actifs représentant une mine d’expériences dont chaque académie pourrait s’entourer dans ces moments de réflexion pour des bilans autant que des actions nouvelles.

8 octobre, 2012

le pourquoi de Manu

Classé dans : Liens — Alain @ 23:14

              Le testament d’Emmanuel est arrivé dans une agence de presse. Il le dédiait à tous ces enseignants qui, naguère, s’étaient livrés au devoir de désobéissance. A ceux qui avaient attiré souvent la rancune agissante de leur hiérarchie. Ces Professeurs des Ecoles refusant de montrer du doigt les élèves en difficulté, préférant la pédagogie différenciée à la marginalisation des soutiens hors de la classe. 

            Ces Chargés d’Enseignement en facs, interdits de cours dans le jardin du Muséum d’Histoire Naturelle, pendant les contestations étudiantes. Il le vouait à ceux dont le dossier s’était enflé avec leurs dénis d’opinion, de l’opinion officielle bien sûr ! 

              Manu, avait découvert ces « Désobéisseurs », à travers leurs écrits, à travers ceux des personnes qui avaient osé les soutenir, mais aussi à travers les articles qui fusti-geaient leur rébellion aux « lois de la République », lui, si longtemps à l’écart des polémiques, s’était révolté que l’on ait pu autant oublier, calomnier par omission, tous ceux qui surent autrefois, désobéir à des gouvernances néfastes, à des décrets tyranniques, au prix de leur liberté, de leur vie même … Sa petite cassette audio exposait, comme un simple inventaire, les transformations destructrices causées à l’école. Elle demandait un moratoire, le temps d’ouvrir en France un immense chantier de réflexion sur l’éducation, sur l’instruction. Elle demandait que pendant cette trêve, pendant cette reconstruction, se mette en place un vaste échange des savoirs, pour tous, par tous. « Moi aussi, après d’autres plagiaires, je pourrais affirmer que j’ai fait un rêve, un rêve dans le grand sommeil de ma vie, un rêve d’amour pour l’Education. J’ai rêvé, et c’est un rêve récent, être pédagogue. Celui qui accompagne des enfants vers les connaissances et la maturité. Je ne sais où je serai quand vous m’entendrez, mort, hospitalisé ou incarcéré… 

              Il me sera trop tard pour récupérer ma voix. Ce qui est vraisemblable et déjà en cours, puisque j’ai donné du grain à moudre aux journaux, c’est que, bien des questions, des hypothèses, des affirmations seront expri-mées, pendant quelques jours… 

           Vous savez, c’est une drôle d’impression de penser, d’écrire tout ça, sans paniquer ! Peut-être, au fond de moi, suis-je convaincu que je n’irai pas jusqu’au bout… Peut-être aussi, pour y avoir tellement pensé, suis-je impatient : rage, peur, impuissance, vanité, lâcheté, ras-le-bol surtout… 

           Et la conviction qu’il n’y a plus, à mon petit niveau, que ça à faire. On dira de moi que je suis malade, psychologique-ment instable. ç’est sans doute vrai ! On écrira que mon geste, mon comportement sont ceux d’un désespéré qui veut transformer un ratage personnel en sacrifice pour tous. 

           Non, faux ! J’aurais pu très bien retourner dans ma bulle, une autre, cultiver mon jardin et fermer mes oreilles. Mon histoire est une suite de tours d’ivoire et je sais très bien comment me blottir dans chacune. 

           Je préfère finalement, avant d’expliquer mon Pour-quoi, tracer moi-même mon portrait. Je suis né à la campagne en 62, voyez j’ai 48 ans, loin, très loin de la retraite. Mes parents s’agitaient, petits commerçants, jeunes, brouillons. 

           Je n’ai pas manqué d’affection mais de quiétude. La scène de ménage, les départs, les retours étaient les manifestations récurrentes du grand sport familial. 

         Je n’ai ni aimé, ni détesté l’école, j’en ai trop connu…        

             En revanche, que de bagarres dans les cours de récré. où j’arrivais souvent en cours d’année, comme un intrus. J’ai connu des instits, des profs admirables qui m’ont donné envie d’apprendre, de leur ressembler. 

           J’en ai connu d’autres, indifférents, mielleux, brutaux, humiliants qui m’ont conduit à la marginalité, au camouf-lage et à la méfiance. Heureusement, ma mère doublait les apprentissages et ces moments fusionnels motivaient, fixaient mes connais-sances. 

             J’ai escaladé les degrés scolaires jusqu’au bac, plus littéraire que matheux et surtout pas manuel, comme on classait encore les enfants. Ma mère, sans doute usée, par moi autant que par mon père, est décédée. Je me suis engagé et j’ai baroudé. Une certaine stabilité de compagnonnage et d’irresponsabilité m’a accordé plusieurs années d’aboulie et d’aveuglement. Agir, me dépenser sans m’investir, me convenait. » 

        La voix de Manu a buté sur un soupir puis reprenait : 

          « J’ai profité de cette vie militaire, hasard sans doute, pour apprendre la mécanique auto. Croyez-moi, entre cours par correspondance, bricolage maintes fois remis sur le chantier et chefs de garage exigeants, mon apprentissage a été pointu. J’ai eu la chance d’avoir un supérieur direct intelligent, ferme et patient. Il a été mon mentor et mon ami. Mon premier ami. 

           Lorsqu’il a quitté l’armée, j’ai attendu la fin de mon temps et n’ai pas rempilé. Pas officiellement… J’ai pourtant continué à porter un uniforme, plusieurs, au gré de contrats mercenaires. Suivre, appartenir, obéir, ne pas réfléchir, un an, deux, puis retour vers pas grand chose. Une période de galère, d’errance a commencé, de mon seul fait. J’avais un peu d’argent devant moi. Dans mes armées sans drapeau fixe, mes armées sans nom, en opérations, on dépense peu… à part l’alcool pour éluder nos actes. 

          J’ai traîné de groupes informels en bandes d’agités, sans me lier. De relations de copains en flirts poussés, j’ai rempli mes journées, mes nuits. Je sombrais doucement lorsque, par un bidasse d’autrefois, croisé n’importe où, j’ai appris que mon ex chef de garage demandait de mes nouvelles, souhaitait me voir. 

          Bien sûr ce ne fut pas immédiat, mais nous nous sommes retrouvés. Que mes pieds étaient lourds ! 

       Il m’a engueulé, étrillé, hébergé, retapé et m’a trouvé un boulot dans le garage d’un copain. Ce fut une période tranquille, nouvelle bulle confor-table. Entre la famille de Max et mon cambouis, j’étais bien jusqu’au jour… J’avais souvent rencontré Thierry. Je savais qu’il était directeur d’une école d’apprentissage et nous recevions régulièrement ses stagiaires. Je savais aussi que ses élèves n’étaient pas portés sur les maths, le français, que certains étaient handicapés ou de comportement difficile. Un jour, il m’a proposé de devenir prof de mécanique dans son établissement. 

          J’ai ri, j’ai souri, j’ai hésité, j’ai réfléchi… Quitter ma bulle me paniquait ; prendre des responsabilités encore plus. 

           Max et sa femme m’ont décidé. Thierry ne m’avait pas bourré le mou ! Ce ne serait pas facile. J’aurai à bûcher pour arriver à la titularisation. Le salaire était équivalent au mien actuel, mais sans heures sup. Mon patron m’a aussi encouragé : 

        - Je te vois avec nos stagiaires, avec les apprentis. Toi et eux, ça marche. Si tu décides de ne pas continuer, si tu ne fais pas l’affaire, pas de problème, je te reprends ! Si tu veux bosser ici dans tes temps libres, tes congés, tu peux, ça arrondira le pécule… C’est ainsi que je me suis retrouvé prof. J’ai aimé mon nouveau boulot, beaucoup ! Ce n’a pas été facile ! Les mômes m’ont testé, vachement parfois. 

                J’ai riposté, durement. Nous avons appris à nous respecter. Quand ils avaient besoin, j’étais là. Quand je me trompais, ils rectifiaient. 

          Je ne posais pas de question, mais j’avais des oreilles, des antennes : histoires de filles, de fric, de famille, d’embrouilles… flottaient dans les allusions. J’attendais l’ouverture pour écouter, conseiller, modérer, calmer, arbit-rer parfois… Surtout, fidèle à moi-même, je reconstituais dans la classe, dans mon atelier, ma bulle, pour moi et pour eux. 

           Tous les éducateurs vous le diront, dans la rue, dans les foyers, à l’école, il faut du temps, de la patience et l’envie de recevoir autant que de donner. Un jour, tout a craqué… Des policiers ont débarqué avec leurs chiens dans mon atelier pour fouiller les élèves, les casiers. C’était devenu banal depuis deux ans dans les collèges. Aussi banal que d’avoir des grands frères en camp de rééducation ou des élèves avec un bracelet à la cheville. 

           Aussi banal que les vains portiques de la grille d’entrée… Aussi banal que les yeux des caméras, dans les couloirs, les rues… 

        Pour moi, c’était insupportable ; je n’ai pas supporté! 

          J’ai exigé le départ des agents, tiré le collier d’un chien, me suis fait mordre… 

          Je ne me contenais plus, criais, pleurais, injuriais… Aucun appel au calme ne pouvait m’atteindre. Ma honte d’être un adulte impuissant, l’humiliation de mes garçons m’ont projeté hors de moi. Ils m’ont maîtrisé, menotté solidement, brutalement et ce qui couvait, a éclaté. 

           Chaque élève s’était chargé d’outils, de boulons et se préparait à les projeter sur les policiers. Les véhicules, les armoires, les établis ont formé autant de barricades. 

           Le commandant allait faire appel à des renforts… Déjà des bouteilles s’emplissaient d’essence… 

           Je me suis sentis devenir froid, glacé. J’ai exigé qu’on me lâche ; le commandant a accepté. Je suis allé vers le fond du garage et me suis planté, toujours menotté, devant mes ados. En gros, je leur ai dit : 

         – C’est de ma faute ! Vous n’avez fait que me défend-re alors que je n’avais pas su me maîtriser. Je vous ai conduits à la violence alors que c’est elle que je refusais avec cette fouille. Vous devez m’excuser et vous montrer plus raison-nables que votre prof. 

         Vous allez poser tout ça et sortir tranquillement avec Monsieur le Directeur. Il ne vous sera rien reproché. N’est-ce pas Commandant ? 

                 Pas de problème pour moi les garçons ! Le Comman-dant tiendra parole et moi je reviendrai. Allez, c’est fini maintenant, tous, on a assez déconné !  Le silence s’est installé, énorme après les hurlements, les coups. 

         L’officier et moi nous sommes fixés longtemps, durement. - D’accord, mais vous, vous nous suivez !  

           Les apprentis se sont regardés, m’ont regardé, moi leur prof, les mains serrées sur leurs projectiles. Ce que j’avais, encore, sur le cœur, une coïncidence, c’était une scène terrible. En partant courir, comme cela m’arrivait souvent, tôt le matin, j’étais passé près d’un camp de Roms, un de ces camps sauvages qui tournent dans la région. Un cordon de C.R.S. l’entourait. 

           Sans bruit, des hommes, des femmes, des enfants sortaient des caravanes, les yeux au sol. Le silence, la froideur et l’humiliation ressentie m’ont fait suffoquer. 

            Mon empathie était totale ! Dans la grisaille du petit matin, tout avait l’air fantomatique. 

          Moi qui avais connu l’armée et les missions dans des villages africains… Moi qui avais connu les squats aussi et leur inquié-tude latente, je ressentais très fort cette mortification muette ! 

         Je n’ai rien dit. J’ai enregistré vite, profondément et j’ai couru plus vite, plus lourdement. 

          Pourtant, j’en avais connu de ces villages cernés, fouillés, brutalisés. Alors, je faisais partie des « forces de l’ordre »… 

          Ma carapace devait s’être craquelée depuis, sans doute. Pourtant, en retrouvant une existence régulière, je pensais avoir oublié et ne vivre qu’au présent. 

          Le respect de mes élèves, notre respect mutuel me suffisait pour remplir ma vie. Le camp expulsé, c’était le mercredi matin. Le lundi, mon atelier recevait chiens et policiers… Je ne suis pas resté longtemps en garde à vue. Il semble bien qu’un compromis se soit imposé. Chose incroyable, dans le collège, dehors même, aucun écho n’a évoqué ces minutes de fureur. 

          Quelle autorité avait pesé ? Quel marché avait su faire taire mes jeunes, habitués à se méfier des adultes ? 

Quelle chape avait bétonné tous les cris, toutes les peurs, toutes les rages explosées dans le garage ? 

          Aucun journal n’a évoqué l’affaire, aucune main courante n’a attiré l’attention d’un chasseur de chiens écrasés. En salle des profs, il n’y eut que des regards, des mains sur l’épaule, aucun commentaire. 

          A ce prix, celui du silence, j’ai retrouvé mon poste mais pas, plus, ma tranquillité d’âme. J’ai très peu fréquenté les écrivains, un jour pourtant, je me suis forcé et j’ai assisté à une conférence de Daniel Pennac. Je lui ai même parlé ! J’ai aimé son Chagrin d’Ecole mais je me voyais surtout en Malaussène : je lui enviais sa tribu… 

        De l’auteur, j’ai dérobé : « Quand la vie ne tient qu’à un fil, c’est fou le prix du fil! » 

           Pour vous, ça ne colle peut-être pas vraiment à la situation, pour moi, si ! Ma vie justifiée est celle d’éducateur et son fil, inestimable, venait d’être rompu. 

          Mon combat, mon bref combat perdu d’avance, a commencé. Il s’achèvera, normalement par mon embrasement. 

         Et le vôtre commencera… Ironie, j’enregistre tout ça devant un feu de bois ? Ironie ou normalité, j’aime le feu, autant que l’eau, autant que la profondeur des bois, je crois. Peut-être enten-dez-vous les craquements des bûches sur la bande. 

        J’ai peur de souffrir, autant que de me dégonfler. Je me doperai, alcool sans doute, et je prendrai de quoi mourir, vite, avant les brûlures. Des inconscients autorisés ont muselé les défenseurs de l’Ecole… 

           En mon nom, pour que mon feu ne soit pas sans lendemains, secouez-les et donnez-leur l’opportunité de réparer. Sinon, passez-vous d’eux et, manches retroussées,  reconstruisez notre Ecole! Mes avertissements étaient sincères ! J’ai lu, relu tous ceux qui ont crié avant l’enterrement de l’Ecole. Ils étaient nombreux, étoffés par l’expérience, la logique, l’humanité. Beaucoup plus probants que mes faibles cris et pourtant, vous ne les avez pas entendus. 

           Moi, qui depuis si longtemps n’avais plus « la nostalgie de l’avenir », de mon avenir, j’ai découvert celle de l’avenir des autres … Un jour, j’ai lu ou bien on m’a fait lire, un proverbe qui m’a plu. Décidément j’aurai plus emmagasiné de littérature que je le croyais. 

         Vous le connaissez mieux que moi sans doute. Je sais que c’est LE CLEZIO, un Prix Nobel qui l’a cité. Lui, l’écrit en Nahualt, un langage aztèque, je crois, mais c’est sans importance ! ça disait : 

         « Oh poisson, petit poisson d’or, prends bien garde à toi ! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde. » Moi je ne me sentais plus capable de leur éviter ces pièges à mes petits poissons d’or. J’espérais que d’autres, si je les réveillais, sauraient mieux… 

 

4 octobre, 2012

MANU

Classé dans : Liens — Alain @ 20:41

             Une cassette audio est arrivée à l’adresse d’un hebdomadaire. Sans doute avec regret mais avec loyauté, le rédacteur l’a dupliquée et communiquée son contenu aux agences de presse comme le lui demandait l’expéditeur. 

          L’Interrupteur, Prof d’atelier mécanique dans une S.E.G.P.A., avait mené une vie de baroudeur mercenaire après un service militaire où il avait fait son apprentissage de réparateur automobile… 

            Un directeur de S.E.S., l’ancien sigle des Sections d’Enseignement Général Pré professionnel Adapté, l’avait débauché dans le garage où il avait fini par se fixer. 

          Lui, l’ascolaire qui avait croisé ses pas, sans s’y intéresser, avec ceux des enfants de plusieurs continents. Lui, qui avait connu des petits mendiants, des petits prostitués, des enfants soldats et des gosses dorés sur tranche. Lui, le prof par accident, a été envahi par ses élèves si complexes. 

           Par eux, il a compris que, dès la naissance, leur voie vers la marginalité, très souvent, était tracée. 

           Manu était devenu un de ces spécialistes consacrés aux adolescents en difficulté. Un homme qui savait que ses élèves n’étaient pas ses enfants mais des gamins globale-ment intéressants et individuellement passionnants. Des enfants dont on attendait « simplement » qu’il en tire quelque chose pour leur donner une chance de devenir quelqu’un. Vous voyez, bien du flou. Heureusement, dans sa section spécialisée, parmi les profs de métier, jamais il ne s’était senti seul. 

            Leur établissement n’avait pas encore été trop touché par l’encadrement des écoles et des collèges, sinon par une arrivée plus importante de « cas » à retirer du cursus « normal ». Cet isolement les protégeait, un peu. 

             Mais… 

          Un lundi matin, son atelier a reçu chiens et policiers… 

           Sa paix s’achevait, sa lutte commençait. 

          Son atelier, son établissement, l’Ecole n’était plus un lieu protégé, sacré. Il avait failli ! Même si ses ados l’a-vaient remercié, lui manifestaient une certaine admiration, Manu savait qu’il n’était plus à la hauteur de leur confiance. N’importe quelle décision arbitraire pouvait briser cette sérénité. 

          Pire, il a réfléchi, il a pensé ! Pas à sa classe, pas à ses élèves mais à tous les enfants, à l’Ecole et à nos devoirs d’adultes oubliés. 

         Il n’était plus « une île éducative complète en lui-même » 

      Il s’est senti élément important d’un devenir, celui de l’enfant vers la maturité. 

     Il a remonté la chaîne de la croissance, de la connaissance. Il en a découvert la beauté, la logique, la riche diver-sité. 

         Il a compris aussi les inégalités, les handicaps, les accidents et les erreurs d’un système oublieux de l’être pour ne plus fabriquer que la forme. 

        Il s’est imprégné de ces révélations avec toute sa rage, son intransigeance, enfouies depuis ses révoltes adoles-centes. 

          Son combat, son bref combat perdu d’avance, commençait. 

           Il devait s’achever par son corps embrasé. 

            Puis renaître avec notre réveil ! 

      Emmanuel n’était plus capable de se sentir le protec-teur des enfants qui lui étaient confiés. Tout avait explosé avec cette intrusion, alors il s’est voulu le catalyseur, le détonateur d’une explosion plus vaste, le réveil du volcan scolaire assoupi. 

         Pourquoi défendre l’Ecole ? 

          Parce qu’il a compris, entre les quatre murs de sa classe, de son atelier, que la seule chance de s’épanouir, de se reconstruire pouvait, devait passer par une Ecole attentive et efficace.   

        Parce qu’il a compris que maintenant à cause de toutes les portes refermées, l’Ecole était devenue une usine à gosses, avec classement sans suite des pièces défec-tueuses. 

        Tout a été dit, écrit ! Bien sûr, le désespoir et la folie qui en découlait, furent d’abord les plus affirmés. 

        D’autres réveils sonnèrent, celui des clandestins de la pensée, des anarchistes muets, des pamphlétaires souterrains et enfin des écrivains, des grandes voix médiatiques. Des Académiciens firent leur mea culpa. 

        Des éducateurs de tout poil s’entre-regardèrent, certains avec crainte. Allait-on les accuser d’avoir laissé faire, d’avoir profité des mesures lénifiantes ? 

        D’autres avec honte : ils savaient mais avaient mis leur mouchoir par-dessus leur révolte. 

       Ceux qui avaient préféré quitter l’enseignement pour ne pas collaborer, redressaient la tête. Contrairement au grand public, marqué par le spectaculaire du sacrifice, ces grands veilleurs de la condition humaine avaient lu, relu, commenté, discuté, disputé les messages majuscules et naïfs, apparemment naïfs, que déposait le coupeur de cou-rant. 

          Les syndicats ont été bien massacrés, mais il restait si peu de mouvements indépendants que les nouveaux secré-taires ont eu beau jeu de rejeter sur leurs prédécesseurs le déclin de leur vitalité. Eux, minoritaires désormais, géraient les carrières individuelles dans un grand Machin, après la disparition des commissions paritaires. 

          Dans un autrefois pas si lointain, on avait accusé les parents d’être trop permissifs, nocifs, générateurs de délinquance…Aujourd’hui, on les mettait en accusation pour avoir abandonné à l’Etat leurs responsabilités éducatives ! 

         Les familles se défendirent et exigèrent que se posent les questions sur ce que la société avait construit pour leurs enfants. La vox populi, la colère populaire même, peut de-venir aussi tonnante que la vox dei ! 

        Un temps mort était exigé,- non, imposé !- pour qu’un  vrai bilan constructif s’établisse. Pas une consultation natio-nale comme il s’en était tenu dans le passé, une de ces con-sultations riches en échanges et pauvres en concrétisa-tions… 

         Nul ne sait qui a lancé le mot d’ordre, mais très vite a circulé un message, un seul, vers les autorités : 

«Finies les réformes sans nous, nous les refusons, nous réfléchissons, nous proposons, et vous, mettrez en œuvre ! » 

         Les réunions se sont instituées spontanément. Dans aucun endroit officiel, même pas une école, mais chez les uns ou les autres, dans des théâtres, des salles de bal, des ci-némas, des cafés, selon l’occasion, l’offre d’un propriétaire. 

         Partout des groupes se sont formés, au bureau, à l’usine, dans les salles d’attente, chez les commerçants… 

        Les conversations trouvaient vite leur sujet, les rendez-vous se fixaient. 

     Le gouvernement finit par promettre un grand débat national mais il fut rejeté par les Français, en respect des vœux, du testament maintenant, de Manu. 

         Bien sûr, des manifestations se sont ébauchées, des appels à la violence ont retenti. 

        Des collégiens, lycéens, étudiants ont crié à leur libération, à leur avenir formaté, à l’inégalité scolaire, à la sélection par la chance d’appartenir à la bonne école, au bon collège, au bon lycée, à la bonne université… 

         Toutes les facs étaient devenues autonomes, joli qualificatif pour traduire : concurrentes. 

        Rivales non seulement par leurs résultats mais aussi dans leur chasse aux moyens, aux profs, aux commandi-taires, et aux disciplines originales, voire superficielles.   

         Les enseignants, réveillés par le sacrifice de leur collègue, ont su calmer les plus violents d’entre eux. Non seulement, ils ont refusé de répondre à l’appel de leurs élèves, mais ils les ont amenés à la modération et à la participation, aux concertations plutôt qu’aux emportements de colère. 

 SUITE DEMAIN….

 

2 octobre, 2012

et on reparle de rythmes scolaires…

Classé dans : Liens — Alain @ 22:46

            Certainement l’un des plus délicats des paramètres de la vie d’un établissement d’enseignement avec la programmation cohérente des objectifs et l’adaptation des besoins à la diversité des niveaux réels de connaissances.

           C’est sans doute ce qui explique que tant d’études, de conférences, de campagnes de consultations même ont permis autant de propositions que de découragement et que l’abandon, en général, a répondu à la diversité des avis de chrono biologistes.

           Qu’en sera-t-il de ce nouveau « plan » ?

           Il serait dommage, même si tout est déjà programmé, semble-t-il, de ne pas continuer à encourager la réflexion et entendre les avis de tous…

                  Rythme scolaire, est une appellation restrictive car que signifierait-elle si elle était prise à part d’une observation globale du temps de l’enfant :

                  Chaque enseignant peut témoigner de la grande diversité d’attention, de perception, de mémorisation de fatigue selon le rythme de la journée d’un enfant heure d’éveil – qualité et moment du petit-déjeuner – prise en charge par une aide quelconque (assistante – crèche – amie – parents disponibles jusqu’à l’entrée à l’école…) -   cantine  ou retour à la maison ou repas chez des amis – éloignement ou proximité du domicile – temps ce soutien -…  repos véritable ou télé-agitation … idem pour le soir (garderie – ateliers sportifs ou culturels -  disponibilité ou non des parents -  télé – heure du coucher…) peu de schéma vraiment semblables.

             Pour nombre d’enfants le rythme de la journée se résume à une compensation de celui imposé par le rythme des adultes.

                      Dans cette diversité du temps quotidien, pour l’instant, quel doit être le rôle d’une attention portée au rythme scolaire ?

1     Compenser les inégalités du suivI et ruptures rencontrées dans le temps global de l’enfant (temps d’arrivée et d’insertion chaque matin – qualité de l’accueil par exemple).

2- Mettre chaque enfant en situation optimale d’attention et de fixation dans la bonne connaissance des apprentissages .

3 – Tenir compte de la diversité des rapidités d’assimilation (précocité – lenteur – handicap…)

4– Les grands domaines du rythme scolaire :

                   -  La séquence d’acquisition avec l’éveil de l’attention – la découverte nouvelle- sa fixation –son retour à la détente (en chronobiologie c’est la courbe de Gauss, je crois la cloche  montée –         pic – retour.

             – L’enchaînement des activités dominantes. (intellectuelles – sportives – ludiques – manuelles)

              – La journée scolaire équilibrée n’est pas forcément fondamentale le matin et tiers temps l’A.M… loin de là mais des séquences en cloches dans tous les domaines en tenant compte des moments difficiles (arrivée du matin – début d’après-midi par ex…)

          La semaine bien équilibrée aussi mais déjà bien compromise par la suppression du samedi matin- l’ouverture du mercredi ne peut être possible que pour des journées bien construites, actuellement c’est u temps de repos nécessaire…

            L’année scolaire n’a pas forcément besoin d’un découpage régulier mais plus d’une attention portée au impératifs des saisons (froid – chaud – ) des activités ( les veilles de vacances ne sont pas forcément les meilleures pour des sorties – des spectacles des fêtes….) – des régions aussi…

             Ce ne sont que des pistes mais elles sont basées sur des expériences diverses, elles restent malheureusement telles, même si elles ont duré assez longtemps.

                  Pour ma part, après une année complète de réflexion, d’écoute, de consultation, j’ai participé à une expérience de modification de la journée : 3 h 30 le matin (1/h d’accueil prise en compte du travail non terminé – transition entre extérieur et classe- divers pointages – mise en attention – l’ancienne « leçon de morale avec son histoire et son commentaire jouait un peu ce rôle -…) – l’après-midi de 2 h 30 gommait, un peu , l’après-repas ,  temps peu propice  aux apprentissages) – par contre -  le temps d’études dirigées était assez favorable – après la récréation de 16 h 30 pour inviter les plus lents à un soutien adapté.

                Il  faudrait lier cette étude à celle des espaces de vie et des ruptures de vie pour l’enfant

                   Il est évident que pour une bonne attention aux rythmes d’apprentissage, la pédagogie différenciée, indispensable dans nos classes hétérogènes est l’idéale… Beaucoup plus utile que d’envisager une journée répartie entre « fondamental », le matin et « complémentaire », l’après-midi. Pour l’Education et pour l’instruction, toutes les disciplines sont importantes et mobilisatrices. Mieux, tout est occasion d’observer, déduire, programmer, calculer, lire et écrire. 

              Je suis certain que l’enfant doit être réellement, pour notre société entière et pas seulement pour des éducateurs dévoués et compétents, au centre de notre système scolaire et périscolaire

             Mais je suis convaincu que l’enseignant doit redevenir le pivot essentiel, réellement préparé, formé à la psychologie appliquée, aux biorythmes, autant qu’à la pédagogie, reconnu, épaulé par une équipe cohérente, guidé par un projet adapté aux réalités de son établissement… la pièce maîtresse d’une vraie école de la Chance pour tous.

 

 

 

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