et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

1 décembre, 2011

LA MER OUBLIEE nouvelle

Classé dans : pour le plaisir... — Alain @ 20:46

              Même le glissement soyeux, le soupir de soulagement comblé, puis ce reflux sur les graviers bousculés la paralysait. Elle limitait son regard à l’ondulation légère, peine esquissée, des  herbes qui bordaient la plage. S’acagnarder  à l’angle du banc de pierre, ne lui suffisait pas, elle crispait ses mains gantées sur l’arrondi de son siège, comme si une lame risquait de l’en déloger… 

                     Le ciel plombé, gris presque uniforme, rare lavis, pour des firmaments plus souvent voués aux nuages bien découpés, presque neufs, étendait  son immense coupole de l’horizon marin jusqu’aux confins du regard terrestre.  Il faisait froid, son bout de nez et ses joues valaient un thermomètre, mais pas de quoi  frémir, juste ce qu’il fallait pour donner envie de remuer. Un bon froid à tuer le ver et vivifier le sang, pas une torture…  Ailleurs, ce désir impérieux taraudait Jeanne, clouée ici alors qu’Elle pulsait près d’elle. 

             Comment dire non à ses petites-filles lorsque la promesse s’imposait :; - Mamy, on ira à la Paracou ?   

           – S’il fait  beau… Tout était dans les points de suspension. 

             Puisqu’il faut bien prendre l’air, elle avait pu les mener vers les marais, la forêt et même les rues piétonnes. Mais pour les écolières, les vraies vacances, c’était, en toutes saisons, la Paracou. Elles ne boudaient ni la piscine de l’Armandèche, ni la plage du Remblai, mais là, il y avait leur Maison. 

           Parfois, Jeanne, hissait un œil de béton jusqu’à la roche plate, presque rectangulaire, aux trois biveaux bien nets. Nat et Juju, sérieusement, avaient réinvesti leur demeure imaginaire, la salle de séjour au plus bas, la cuisine et son évier creusé légèrement au dessus et la chambre en surplomb. 

           Elle ne comprenait pas les paroles, mais le musique des phrases lui suffisait. Scènes de ménages paisibles dont les « On dirait que… » se faisaient rares et la fiction bien réelle, le temps  d’une affabulation élaborée. Bientôt arriverait le moment de les rappeler, non pas à la réalité, car le long du chemin de retour, elles termineraient leur récit vécu et envisageraient ses lendemains, mais de les ramener à la terre ferme loin de la Vorace, si pateline aujourd’hui. 

           L’angoisse qui l’étreignait, bloquait sa respiration, agitait son pouls, n’était pas récente… Elle ourlait ses jours et ses cauchemars depuis  bientôt  55 ans… depuis sa neuvième année précisément. 

          Avant, elle aussi avait connue la maison de la Paracou, pratiquement la même ; l’érosion n’avait fait que polir les sols, accentuer les dénivelés, hisser avec plus d’évidence, ses reliefs hors du sable… Avec ses cousines, les garçons n’étaient que des invités auxquels on servait des brouets d’algue ou des soupes vaseuses, elle s’inventait une bulle hors du présent. Alors, elle ne tremblait pas au flux et au reflux, leur chuintement, pas  plus que le grondement des rouleaux et leur éclatement sur les crêtes des écluses, pas encore abandonnées, n’était que fond de vie, inséparable de la Chaume, de son monde. 

             Alors, elle ne venait à la Paracou que pour accompagner sa mère comme elle-même l’avait fait autrefois, pour crocher des étrilles, quelques dormeurs et décoller des jambes. Pour les petites des chapeaux chinois… De temps à autre, la coiffe de tous les jours, à peine ailée, se redressait dans les cursives de la marée basse et s’agitait vers elle avant de replonger. La mer était là et il était impensable qu’il en soit autrement. 

        Ses filles, Marianne et Sophie, avaient aussi habité la maison de schiste, mais sans elle. Ce n’est pas que, petite fille, elle ignorait les menaces et les attaques de l’océan… Aucune famille de la Chaume n’avait été épargnée et aucune ne pouvait oublier ses vues sur les hommes embarqués. 

          Très tôt elle avait aussi compris, admis le soulagement qui montait du port au retour des bateaux. Elle savait que, les dundees halés par tous les bras disponibles, le ventre des navires vidé de sa moisson, les chariots roulés jusqu’aux bancs de la poissonnerie, les femmes allaient éventrer, épibosser, étêter, saler, liter les poissons. Elle savait que les matelots plus lourds de leur part, se retrouveraient bruyamment dans les cafés du port, rescapés encore une fois. 

            Plus petite, elle restait accrochée au tablier de sa mère, du départ de la petite maison dans la ruelle étroite jusqu’au retour cahin-caha sur les pavés disjoints.   Le père rentrait presque en même temps, bien échauffé, mais  plus tôt que la plupart de ses copains : le regard et la poigne de sa femme, lui avait conféré une modération devenue habituelle…  Elle savait bien qu’il fallait bien que le souffle se relâche et que la rage de se savoir sorti de la grande brasse s’exulte, mais pas plus que de raison. Il était bien sec, noueux, ce père et bien solide aussi. Autant sa femme, grand-mère La Chaume pour les petites d’aujourd’hui, avait la goule ben avezée, autant lui était un taiseux.  

            Entre la petite Jeanne et l’océan, c’était le statu quo : « Tu es là, je suis là. » Son oncle, cet aventurier aussi sec que son père, parle de toi comme de ces poules qu’il se vante de vaincre de haute lutte. Ses exploits, repris, enviés et vilipendés par les adultes toujours oublieux des petites oreilles, la confortaient dans sa conviction que la mer ne pouvait rien contre  ses hommes. Puis, il y eut ce 27 février 1929. Sur la jetée, les femmes attendaient les bras serrés sur les mantilles de laine. Des lames énormes s’enrageaient sur le brise-lame, des falaises se dressaient jusque dans le chenal et écrasaient leur colère derrière les chalutiers qui avaient réussi à gagner le havre. Pour les autres, s’élevaient les prières, peut-être les incantations, en un en un bruissement soutenu… 

           La petite était là ! Le Louis-Perpétue aurait, peut-être, pu rejoindre les autres remontés au large, loin des passes cruelles, mais le Petit Florent s’était brisé. Ses matelots, ludions terriblement  joués par les lames, n’avaient plus qu’eux pour fragile espoir. Aimé tendait le bras, tendait le corps vers Désiré, deux prénoms voués à la vie, à la soif d’amour, deux marins à chaque extrémité d’une ligne de survie invisible durement frappée par des boutoirs démentiels. 

           D’autres DUNDEES, avaient pu se tirer des passes dangereuses et se maintenir plus au large ballotés par des vagues démesurées, le « Louis Perpétue » était du nombre, le bateau de sauvetage trop loin pour être avisé du drame, il se devait de quitter le fragile abri de son mouillage pour approcher de l’épave. Déjà Louis, le patron avait su approcher suffisamment pour que ses quatre matelots cueillent sur une crête René le mousse et « Pâquâtoute ». le capitaine, pourtant difficiles à décrocher de leurs planches dans un creux. Trois naufragés, Alphonse, Pascal, Désiré, montaient, descendaient, ludions d’un jeu cruel dont le prix était la vie. Aimé, avait les yeux de Désiré dans les siens, son pays avait croché la bouée, la prochaine furie le porterait à hauteur de bastingage, Aimé le sentait, la voyait s’enfler, monter, la bras gauche étiré, la man droite cramponnée à la lisse, il n’était plus qu’à peu des doigts qui le frôlaient ; frappé par la même lame, le louis perpétue se coucha sur bâbord creusant un abîme entre les deux hommes. Les yeux ne se décrochèrent que lorsque Désiré disparut… 

           Elle avait 9 ans, son père, Aimé, qui avait survécu à la guerre des sous-marins de fer blanc pendant la première, mondiale, qui en riait même en évoquant ses orteils bouffés par des gaspards dans ces cercueils flottants, son père est rentré au port… Le dundee s’est amarré au quai, les cales à moitié vides, pleines plutôt, tant cette marée pesait lourd, encore une fois, les coiffes à peine oscillantes des femmes ne couvraient que le silence des catastrophes. 

          Près de sa mère, la petite guettait. Même lorsque les amarres furent une à une, touées jusqu’aux bittes, rageusement sur des épaules courbées ou empoignées le long des ventres durcis, même là, semblable à bien d’autres drôles et drôlesses, elle n’avait pas lâché le tablier de sa mère. Les hommes sont descendus, les yeux caves, le front brutal, accomplissant les gestes d’habitude mais sans volonté. 

          Aimé ne devait se fermer qu’au lendemain, pendant la nuit peut-être, comment différencier son nouveau silence de celui des autres ? Jamais sa douleur ne révèla sa profondeur et ses couleurs restèrent bien superficielles, pareille à cette mer où les hématomes, les plaies mêmes s’effacent mais ses fonds conservent à jamais les traces des forces disparues. Celles d’Aimé avaient sombré, ses jambes, ses bras se figèrent comme l’avait déjà fait sa langue…  Peu à peu, seuls ses yeux traduisirent la tempête qui toujours bouillonnait en lui, avec ses démences et ses accalmies, où remuaient les épaves de son naufrage intime. 

           Pour la petite Jeanne, au fond de cette étroite maison de la plus étroite des rues de la Chaume, commença une nouvelle vie. Pour sa mère aussi. 

            Jamais la mer ne fut mise au banc des accusés, même l’argent qu’il fallait bien gagné, même le sort qui les avait fait naître dans un port avec pour seul choix que l’embarquement. La fatalité dominait, pétrie de peurs, de croyances anciennes, de foi absolue étrangement soumise à la priorité de l’instant présent. Pour la mère Monne, car pour Jeanne, l’église ne fut plus qu’un lieu vide, plus de dieu, rien que des démons…. 

          Rien ne la protégeait de la féroce angoisse qui l’envahissait lorsque ses yeux se tournaient vers Elle, la mer.  Féroce parce qu’elle se sentait les entrailles mordues par ce fauve qui lui avaient volé son père rieur pour lui rendre une poupée de son, aussi tendre à chérir qu’une poupée, aussi attentive à ses histoires, aussi peu réactives. Même ses regards, il lui fallait leur donner une signification. 

           Les campagnes de pêche, emportaient les pères, les frères, les cousins de ses amies et laissaient femmes et enfants l’attente, une attente sans dire, évoquer aurait pu porter malheur. Une attente qu’elle ne partageait plus.   Comme si Aimé était en une pêche perpétuelle, même lorsque Jeanne poussait son fauteuil roulant le long de la jetée, on n’en parlait pas. Pire que le rescapé, pire que le péri, il était celui qui avait vu et qui s’était refermé sur le regard de Désiré. Lui, regardait au-delà de la barre qui mourait à l’entrée du bord pour s’étaler entre les bras des jetées… Lui fixait l’horizon même quand la corne de brume mugissait et que les lames claquaient   Sa fille regardait le dossier, la casquette vissée sur la tête du père. 

         Ce fauteuil avait été longtemps le mirage de la maison. Jeanne avait fini par y croire come à une légende, toujours racontée, jamais réalisée… Les sous de la caisse d’entr’aide avait payé les premières nécessité : le loyer, la nourriture et la chaise percée. Heureusement, Aimé était devenu encore plus sec, léger et sa femme était, c’était connu, une force de la nature chaumoise dotée de cette hargne, de cette volonté qui sublimaient ces femmes de marins. Pour gagner le bout de la ruelle, toujours sombre et offrir à son mari la cueillette de rayons de soleil elle le portait sur une chaise pour l’installer sur la placette, non loin de l’église, près d’elle, tricoteuse de kilomètre de chaussettes ou près des jeux de la fillette.   

         Pour la nuit,  lorsque retentissait la sirène de l’usine annonçant l’arrivée des dundees, lorsqu’elle descendait jusqu’au quai pour tirer les bateaux, décharger les caissettes, les porter sur les bancs, trier, gratter, saler… lorsqu’elle rejoignait l’arroi des femmes endormies tirées des logis, elle pinçait le bec, en laissant sa fille éveillée, gardienne de son père figé. Plus jamais, la petite ne regarda la mer. Elle pouvait longer le quai en gardant les yeux sur les maisons ou sur les tas de charbon de la Cabaude, le pont était la limite de son bas de ciel… Même domestiquée, derrière les portes ferrées, la mer n’existait que comme existe la Dame Blanche, les ogres, le Père Fouettard, dans ses peurs irréelles… Une entité effrayante. Dès qu’elle fut en âge, elle s’enfonça dans le ventre rassurant des Sables. Placée chez une couturière. Chaque soir, ramenait la cousette dans la ruelle étroite, près de son père au regard de plus en tourné vers son intérieur. Lorsque la sirène de l’usine résonnait trouant la nuit, sa mère s’équipait, coiffait son bonnet que deux longues aiguilles clouait à son chignon vite torsadé et partait vers la sertisseuse qu’elle était fière de se voir confier… Le lendemain, c’est encore endormie que Jeanne partirait vers l’atelier. 

           D’autres nuits, c’était des coups sourds, retenus, qui pourtant l’éveillaient : quelqu’un passait et il fallait l’apprêter pour son dernier voyage. C’est encore Monne qui officiait et poursuivrait en allant l’annoncer de porte en porte. Son calme, l’autorité de ses yeux délavés imposaient la retenue et le respect des usages. Jeanne grandit, son désir d’être ailleurs était aussi grand que son besoin d’être ici. 

         Ailleurs, c’était ce cousin qu’elle fréquentait et qui lui promettait Paris et un métier de terrien ; ici, c’était son coin de maison, le bref éclat qui parfois allumait le regard de son père à sa voix. Ici, c’était sa mère, épaisse, dense, campée sur la possession de chaque mètre carré des rues qu’elle arpentait, fière de son indépendance et de son affirmation d’être au-delà de toute compassion. Et pourtant si fragile lorsque, la maison endormie, elle se courbait sur la toile cirée. Monne pleurait, d’une retenue mouillée, mais sa fille en percevait assez pour ressentir à travers l’épaisseur de son édredon le poids solitaire de la peine dissimulée.. Jeune fille, Jeanne vécut la seconde guerre comme une menace lointaine, en dépit des uniformes ennemis qui sillonnaient les rues des Sables, ne lui parut jamais aussi perfide que la mer, c’était une menace d’hommes qui voulaient prendre à d’autres hommes, pour dominer, posséder, par la menace aveugle d’éléments sans raison. Pourtant, elle lui fit attendre sept ans son promis, service militaire, ligne Maginot puis stalags, le compte y était. 

          Aussi dès le retour du prisonnier, la noce fut abondée par les parents, les amis, et leur donna le droit au départ vers la capitale. Aimé ferma complètement les yeux en 54, il avait eu le temps de deviner la naissance de deux petites filles. 

               Monne devint Grand-mère La Chaume, sans doute parce que, pour elle, elle l’incarnait profondément.  Elles aimaient la retrouver dans le quartier du Village Neuf, où elle vivait désormais. Si leur Mamy Jeanne les déroutait pour éviter la route bleue, Monne au contraire les conduisait vers les rochers, jouait dans les recoins du Fort Saint Nicolas et leur donnait un temps impossible avec sa fille autrefois. Lorsque le mal s’empara d’elle, elle plia ses affaires, épura une âme pourtant souvent confessée et rentra à l’hôpital en déclarant, avec sérénité, qu’elle n’en reviendrait que pour le vieux cimetière. 

            Ce fut la première et la dernière fois qu’elle s’en remit à la médecine, pour elle au moins. Peu de temps avant de céder, Monne, sans étonnement eut une grande joie. 

           Marianne, sa petite fille, avait ramené de Lourdes une plaquette de diapositives. Pourquoi, allez savoir, elle savait simplement que sa grand-mère y avait emmené Aimé.. Sur l’une des vues, sépia, Monne se vit très nette, très souriante les deux mains bien accrochées aux poignées du fauteuil, Jeanne accotée à l’accoudoir droit. 

        C’était évidemment, gare aux sourires dubitatifs, un signe. Aujourd’hui, ce sont les arrières petits enfants d’Aimé et de Grand-Mère La Chaume  que garde  Jeanne pendant ces vacances d’hiver… Les parents travaillent  tous deux à Nantes et n’envisagent pas de demeurer loin de la côte. Elles traversent les vagues de l’été, se roulent dans les creux, écument les casses, traquent les crevettes… La mer est leur ressource d’énergie mais jamais elles ne s’étonneront du recul de leur mamy. Jamais elles ne fouilleront de leur pourquoi, ce déni de l’océan…. Pas plus que leur mère, leur tante, elles ne tenteront de comprendre ou de vaincre cette peur… « Moi, je crains les oiseaux… » « Moi, ce sont les chats ! » C’est comme ça. Point sans suspension. 

          Les voilà à la maison, douche pour élimer sable et suées, Pendant que Mamy prépare le dîner que sa fille réchauffera, déplie la table de repassage, pour avancer, les filles s’éclatent autour d’un dessin animé, prétexte à se lancer les moqueries les plus loufoques…, 

            Demain, c’est samedi, deux jours de repos pour les parents. C’est eux qui passeront la voir. La voiture pointe ses phares au bout de la rue, alignée face à la maison, une belle position cette courbe…                 

          Le linge est plié, la table, le fer rangés ; elle n’aura guère le temps de discuter avec sa fille… Son sac est prêt, son manteau et son foulard l’attendent sur une chaise. Les filles s’agitent contre la baie et adressent autant de bises que de grimaces aux arrivants. 

-  Ça va ? -              

- Ça va ! La semaine est finie… 

            Les filles raconteront leur journée, la mamy est pressée, juste le temps d’indiquer ce qu’elle a préparée et donner les consignes de finition… 

            Comme chaque soir, son gendre lui propose de la reconduire… Bernique ! Pas question, elle peut et veut marcher. Par la rue des Sauniers, elle gagne, le café bleu, l’église, monte jusque chez Madame VENDEE. La grimpette de la Vierge l’a fait un peu plus souffler. Elle lui préfère les zig-zag des rues brisées. Les maisons rapprochées étouffent la réalité de l’Autre. En atteignant la rue du Sémaphore, elle jette un dernier regard sur le ciel. Elle sera calme la traîtresse, les petites retrouveront leur maison et leur épuisette. Elle se terrera en les attendant. 

      Cette nuit, la corne de brume suppléant aux phares impuissants, clamera les périls à ceux encore sur les flots, elle vrillera son esprit et narguera son déni.  Elle ne dormira qu’assommée par les cachets verts, la main crispée comme naguère au tablier de sa mère. Dans la maison, à la limite des landes de la Paracou, son gendre a raccroché le tableau qu’il retire chaque fois qu’elle vient chez eux. 

        Sous un ciel barré de trois rubans sombres, la mer joue en des bleus trompeurs.  Aimé tend son bras, Désiré  va saisir la bouée, s’élever et la vague aux dents acérées, gueule ouverte va les séparer… Ce naufrage, les filles, grandes, petites l’ont intégré à leur histoire, mais pas à leurs peurs. 

            Lorsque Mamy est là, le tableau de Paul- Emile Pajot retrouve sa planque dans la chambre des parents. Dès qu’elle est partie, le rectangle, un peu passé, disparaît sous le cadre. 

          Avec Désiré, a sombré le désir de vie d’Aimé, gravant à jamais une angoisse et un déni farouche dans le cœur de Jeanne. Pourtant, aujourd’hui, pour tous, enfants, petits-enfants, la raison et la force d’être, c’est ce bras tendu vers l’autre, au milieu de la tempête. 

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