et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

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31 juillet, 2011

- 15 – LES SAGES.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 23:07

De délégations en délégations, un Bureau National de Sages émergea. Il représentait chaque Comité d’Académie. Il n’était inféodé à aucune majorité politique, ces majorités si promptes à enterrer leurs richesses individuelles pour ne plus exister que par le volonté du chef ou la ligne du parti.
Il chattait par Internet, échangeait moult documents, recevait les questions, les suggestions, les vœux des déléga-tions de tout le territoire, métropolitain, outre marin et même de compatriotes exilés.
Il assemblait les suggestions, les réponses, les sou-mettait un temps à la critique des internautes et enfin rédigeait les motions qui seraient débattues à Paris. Rien de caché !Il alimentait ses concertations en puisant dans l’analyse de la toile, énorme travail accompli par tous les engagés enragés de la bécane. En attendant que se constitue l’Assemblée des ultimes représentants nationaux des Etats Généraux de l’Enfance, ce Bureau Sages jouait parfaitement son rôle de grand architecte. Le mouvement prenait de l’ampleur. Des syndicats  ont tenté de l’organiser, de le récupérer, pour palier notre inexpérience sans doute, sur notre site national, vite créé, mais bien étudié, transparent, fourni, clair, aux salles, aux armoires aux tiroirs habilement fléchés, agréablement illustrés, se sont classées les idées fortes de chaque groupe, des premiers spontanés, aux assemblées de délégués. Bravo à tous ces rois du logiciel et des statistiques qui ont su cueillir toutes les opinions, toutes les suggestions, toutes les  inquiétudes pour en tirer les grands axes, les cha-pitres prioritaires de nos synthèses. Ils ont offert à tous, au Bureau des Sages surtout, les moyens de se retrouver dans cette vaste collaboration. Pratiquement chaque commune, chaque quartier, cha-que groupe presque, avait, très vite, créé son vecteur infor-matisé. Ce qui a facilité, paraît-il, les récoltes pour les moissonneurs de notre site national. Par son intermédiaire, un délégué parisien, choisi par le Bureau et agréé par tous les supporters du Web, s’est adressé aux Fédérations :

- Nous respectons l’action syndicale. Nous voulons oublier vos tentatives avortées, vos échecs et ne nous souvenir que de vos bonnes intentions.Mais…

Avez-vous vraiment conscience du décalage entre notre vision idéale d’un syndicaliste et la caricature que, dans l’ensemble, vous en donnez, vous les institutionnels de la contestation, les quasi-fonctionnaires des délégations locales et nationales? Un syndicaliste, un vrai, est d’abord un travailleur. Quelles que soient sa discipline, sa catégorie, il ne fait pas forcément ce qu’il aime mais s’efforce d’aimer ce qu’il fait (dixit Pascal). Il a la fierté du produit fini, du service rendu. Le client, l’usager, n’est pas un étranger hostile, seul connu du patron ou des vendeurs. Il est le témoin de la compétence collective. Il a le droit, s’il le souhaite, de connaître toutes les étapes de la réalisation, d’un objet d’usine comme d’un savoir d’école.
Il connaît tous les risques, toutes les beautés, les fiertés et les difficultés, voire les dangers de la profession qu’il représente.
Il œuvre d’abord pour que le fruit des labeurs se développe dans un climat de confiance, de transparence et d’impartialité.Il veille à ce que nul ne soit lésé, ni l’entreprise, ni la main d’œuvre, de l’apprenti au cadre, ni ceux qui y investissent leurs ressources, en toute lucidité de placement, en tout espoir de bénéfice, dans le respect garanti des hommes et femmes dont le travail assure cette rentabilité… Il évite que paternalisme et autoritarisme ne soient élevés en modes, en règles pour travailler ensemble.Le syndicaliste ne peut se présenter au suffrage de ses collègues que lorsque son travail l’a modélisé et autorisé à parler à l’égal de tous. Sa force tient dans sa crédibilité et dans son identité, reconnue, de travailleur.
Le délégué dont la tâche syndicale passe avant sa profession est un tricheur, aussi beau parleur, aussi convainquant, aussi rude adversaire des adversaires soit-il !  Voilà pourquoi nous avons exclu les fédérations syn-dicales de nos débats et pourquoi nous avons accueilli avec plaisir les individus, encartés ou isolés. Leur expérience, leurs réflexions, leurs doutes comme leurs élans sont précieux, mais ils ne doivent représenter qu’eux-mêmes… Ensuite, s’il y a un ensuite, se redéfiniront les mouvements syndicaux en fonction de l’expression de nos souhaits et le respect de notre charte pour une Ecole Autre. C’est indispensable, incontournable ! Alors, ils deviendront les analystes des problèmes et les chercheurs de solutions, les garants des personnels de l’Education Nationale ! Nous croyons à l’action du syndicalisme, car hélas, la balance des D.R.H. a des unités de mesure bien pipées, et la justice des prud’hommes, bien embouteillée, est illusoire, mais il faut que le mot ‘’lutte’’ devienne ‘’ concertation’’. Ce qui n’empêchera jamais de montrer les dents mais évitera, parfois, d’avoir à mordre…

Nous, usagers du service public, de notre Ecole,  souhaitons que jamais, plus jamais, nous ne nous dispersions en des querelles de personnes, de droit, d’obligation, de plain-tes, d’assurances, de fric lorsque les enfants, victimes ou coupables, sont en cause. L’intelligence, la psychologie et le bon sens, la fermeté, la sanction puis l’œuvre conduite après résilience doivent guider nos réunions de conciliation pour tous les mis en cause : enfants, adultes, institutions. Veillez à nous garantir des éducateurs, des enseignants heureux de leur métier, confortés par votre organisation, respectés de leurs hiérarchie et dévoués à leurs élèves.C’est l’essentiel de ce que nous attendons de vous.Par contre, vous le constatez, nous pouvons beaucoup ensemble, si votre profession, donc notre Ecole, donc nos enfants, donc notre futur à tous, se trouvent menacée !
Sans la nécessité d’un autodafé cette fois !

29 juillet, 2011

- 13 – NOTRE REPONSE.

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 22:37

- Moi, je crois la connaître !
C’était Pierre, notre journaliste auquel j’avais coupé la parole.
«Vous avez, l’un après l’autre, bien enfoncé les clous qui immobilisent Ecole et Education, en croisant vos réflexions, vos expériences, en les répétant souvent.
Leur dénominateur est évident. La surdité !
Puisque les gouvernements n’ont pas écouté, n’ont pas consulté ou bien sous pression, ponctuellement, sans vrai suivi…
Puisqu’ils ont décidé pour nous…,
Alors, il faut inverser, totalement, la façon de faire !
Que le Futur, l’Education, l’Instruction de nos enfants ne nous soient plus imposés mais qu’ils soient voulus, réfléchis, déterminés par nous !

Pierre avait formulé la conclusion générale.

 

A suivre…

28 juillet, 2011

Et l’ecole renaîtra de mes cendres…

Classé dans : POUR QUE L'ECOLE RENAISSE...,roman de société — Alain @ 21:36

Voici, chapitre après chapitre mon … roman, mon délire… mon espoir certainement, pour que l’école que j’ai connue, aimée, devienne une vraie chance pour le futur…Ces pages m’ont mené vers les interlocuteurs les plus divers… C’EST FINI! Trop de pessimisme face à mon utopie… Les écoles publiques qui prouvent chaque jour que l’on peut vivre un projet coghrent, harmoniser une équipe lucide, adapter les recherches de solutions aux réalités, en dépit du frein ders désorganisations officielles sont-elles marginales?

Moi je ne le crois pas et je suis certain que la volonté collective pourrait transcender mon rêve de roman en réalités…

Alors je vous l’offre…

Déjà 12 chapitres, avez-vous envie de connaître la suite?

- 12 – ENCORE UN PROF !

Classé dans : roman de société — Alain @ 21:20

Le plus âgé d’entre nous n’avait pas parlé. Un peu en retrait, il avait suivi nos échanges comme à Roland Garros. Il a répondu, enfin  pas directement.
- Bernard, Bernie, Nanard, comme vous le sentez !
J’avais 66 ans, un jeudi de janvier 2009 et j’étais dans la rue.
Je n’étais pas le seul retraité et je préférais être utile à l’avenir en manifestant plutôt qu‘en répondant oui aux inspecteurs qui nous sollicitaient pour remplacer nos jeunes collègues grévistes !!!

Encore un prof !

-Illusions ! Aujourd’hui c’est rentré dans les mœurs ; affaiblissement du pouvoir d’achat oblige ! D’un autre côté comme les grèves, les manifestations d’humeur collectives sont devenues difficiles, les occasions d’accomplir les servi-ces minimums sont plus rares…

J’étais, je suis toujours fier de ma vocation précoce, ce n’est pas un gros mot, pour l’enseignement.
J’ai toujours refusé de m’engager dans un groupement politique pour garder ma liberté envers tous. Ce jeudi, je voulais manifester ma grande colère : celle de constater que non seulement les besoins de l’Ecole n’étaient pas pris en compte, mais qu’au contraire, nous étions dans une impasse qui provoquait plus de violence, d’agitation que de construction. Je voulais manifester aussi ma réponse à une accusa-tion non formulée mais latente :
«Non, nous les anciens maîtres d’écoles n’avons pas mal fait notre travail ! »
Au contraire, dans une société souvent bouleversée, dans une société devenue bouillon de culture anxiogène pour nos enfants, nous avons essayé de maintenir des îles de normalité, d’instruction, d’éducation et d’espoir.
Je comprends, qu’à la longue, se battre contre ceux qui ont le pouvoir, ceux qui devraient nous accompagner soit devenu un problème lourd, très lourd.
Pourtant, c’était incontestable : l’Ecole, l’Education Nationale avait besoin de s’analyser, de s’adapter, de se transformer, et cela depuis longtemps.
Des nombreuses intentions de réformes, il reste peu de choses en dehors de changements techniques, de struc-tures discutables, vacillantes.

En toute immodestie, j’ai le sentiment de comprendre le fond du problème et de connaître sa possible  solution.
Vous l’avez abordée, plusieurs fois, ce soir.    Tous ici, vous avez certainement eu l’occasion de travailler, d’œuvrer dans une collectivité.    Pouvez-vous me dire quelle aurait été son efficacité sans une équipe cohérente, animée avec compétence et liée par un projet soucieux de vos objectifs, de votre environnement et de la recherche des moyens utiles ? Une équipe capable de s’adapter aux circonstances, de s’épauler, de se perfectionner.Les écoles étaient, sont, au contraire, de plus en plus souvent, des incohérences, des juxtapositions de classes aux maîtres compétents mais isolés, rarement des équipes assurées !    Dans ce domaine, tout ce qui a été mis en place, ces dernières années, n’est que cautère sur jambes de bois.    C’est péremptoire, mais je crois que les prises de consciences générées par le sacrifice de Manu me donneront raison.
Pourtant, même actuellement, lors de ces dernières années sous contrôle, je suis persuadé que des professeurs s’efforcent de réaliser toujours le meilleur enseignement possible selon les conditions qu’ils rencontrent. Des condi-tions très différentes en fonction des quartiers, des villes, des villages.
Que ce doit être difficile, alors qu’ils sont de moins en moins maîtres des orientations et que leurs initiatives adaptées sont devenues quasi-subreptices, pour ceux qui en osent encore !
J’en ai connu des réformes, de fonds ou de détails. Je regrette qu’elles n’aient pas souvent, jamais, eu le temps de prouver leurs qualités ou montrer leurs défauts.
Pour les dernières, nouveaux programmes, nouveaux livrets, nouvelles évaluations, nouveau vocabulaire… tout a changé sans que soient expliquées leurs logiques, discutées leurs modalités, leurs adaptations possibles, que soient anti-cipés leurs effets…
La moindre critique a été qualifiée de polémique, d’opposition systématique et a entraîné des attaques perpétuelles, insultantes.Pas question d’envisager une formation, un stage, une affectation, une promotion si votre nom apparaissait au bas d’une lettre de protestation, une pétition contraire aux direc-tives des « Hauts-Lieux ».Chaque changement apporté à la vie des écoles était symbolique d’une intention du gouvernement pour brider des conseillers réfractaires, trop proches des familles, pour faire des économies dans ce vaste service non rentable, et asseoir des assertions pseudo pédagogiques…
Un programme est un texte de loi, chaque texte d’ap-plication qui en découle doit être mis en œuvre. Ne pas le faire rend le travailleur d’Etat hors-la-loi.
Pire, les arrêtés, les circulaires découlant de ce texte adopté par une majorité parlementaire bouillonnante mais godillots, tissent un rets que les enseignants sont tenus de faire passer auprès des familles.
Fonctionnaires d’obéissance, ils doivent assumer des nouveautés auxquelles ils n’adhérent pas.
Leur seul moyen de protester était les grèves, les réu-nions d’information hors temps scolaire. Même là, le rappel, parfois judiciaire, à un devoir de réserve bien commode a fini par les bâillonner
Les communications, sur internet, peut-être par télé-phone, on n’arrête pas le progrès dans l’espionnage, ont été pourchassées.

Vous l’avez dit, la lassitude, la pression de problèmes quotidiens de plus en plus pesants ont conduit à cette, fausse, indifférence que vous avez connue.
Les changements s’opéraient et plus personne ne les discutait.
Comment ne pas comprendre, alors, cet abandon ?

Certains apports auraient pu être bénéfiques : la modification du livret d’évaluation, par exemple, uniformisé sur la France, simplifié, le rendait plus lisible. Que ces livrets soient remplis principalement avec les résultats à des évaluations douteuses en a réduit la valeur.
L’aide personnalisée aurait dû se transformer en un moment riche d’échanges, de construction du savoir.
Non, elle a seulement ébranlé un peu plus un temps d’école déjà déséquilibré.
Elle est insuffisante pour des élèves qui ont des difficultés spécifiques et pour lesquelles l’enseignant ordi-naire n’est pas formé.

La marginalisation évidente d’enfants convoqués hors temps de classe n’en est pas le moindre mal.
Je n’ai pas encore répondu à votre question, Madame, dit-il en levant enfin les yeux.
Je crois qu’en effet, tous nos regrets seraient vains, même si nous avons besoin de les exprimer, si n’en sortait pas un mieux.

La réponse, vous la connaissez tous mais n’osez pas la formuler parce qu’elle est trop porteuse d’efforts et d’implications…

26 juillet, 2011

- 11- QUE FAIRE ?

Classé dans : roman de société — Alain @ 19:28

Notre hôte a repris la parole :

- J’ai l’impression que nous totalisons une belle somme d’expériences dans ce jardin, et encore n’avons-nous exprimé que le dessus de nos réflexions.
Qu’allons-nous faire de notre amertume et de notre réveil ?
Effectivement dans notre pays, nombreux sont les légataires de Manu. Il nous rend les exécuteurs testamentaires de sa révolte et de son autodafé.

- Moi, vous me connaissez, est intervenu Pierre, je suis le correspondant du Midi Libre ; merci pour l’avoir pris en référence, mais je suis surtout parent de jeunes enfants, animateur sportif et pompier…
Je bouillais, j’ai interrompu Pierre dès le début de son intervention pour nous présenter, Monique, Françoise, mes deux amies et moi, Isabelle.

Pierre, un grand sourire, en dépit de mon impolitesse, a esquissé, avec humour, une espèce de salut de mousquetaire pour me laisser son tour de parole.

-Nous ne sommes que des mères de famille, c’est là, je crois, notre seule expérience, Alain. J’ai compris dans l’ensemble vos engagements, vos actions, vos regrets, vos désillusions. Mais, comment les lier avec la mort de Manu et en quoi cela va-t-il donner une nouvelle chance à nos enfants ? C’est vrai, nous avons été prévenus, par vous parfois, par des multiples confrontations médiatiques, trop sans doute et pourtant nous avons laissé faire.L’agitation dans les rues, dans les établissements, les grèves, les querelles sur les méthodes, notre adhésion pour soutenir que, les enfants, ceux des autres, des autres surtout, avaient besoin d’être repris en mains, avaient besoin d’être mis au pas, éduqués… Tout ça nous a poussés à laisser le gouvernement imposer sa réforme, sans en discuter les détails.Apparemment, cela ne marche pas ! Apparemment parce que nous n’avons pas encore beaucoup de recul…Ce que je ressens, c’est l’extinction de l’école, le peu d’enthousiasme de nos gamins, les mensonges, les cachot-teries, toute cette défiance qui s’est amplifiée entre les jeunes et les adultes.
Oui, je crois qu’un malaise profond s’est installé !
Oui, je crois que nous devons nous préparer à des incompréhensions graves !
Mais que faire là, maintenant, avec vous les professionnels, les spécialistes, les engagés bénévoles et avec nous parents, citoyens et inquiets ? Nous sommes venues, presque en émissaires, car les langues s’agitent à la sortie des écoles, des crèches…
Je me tournais vers mes amies parce que je m’embal-lais et je tremblais. Le courage des timides, quelle blague !
Françoise m’a relayée :
- Pour faire simple, voilà nos deux questions :
Est-ce que ça va si mal ?
Peut-on vraiment, vraiment trouver les moyens de réussir l’éducation et l’instruction de tous les enfants de notre pays ?
N’est-ce pas utopique ?

Oui, malgré toutes les réformes, on n’a pas réussi. Nous avons le sentiment que les jeunes d’aujourd’hui bougent de moins en moins face à la répression mais forment une poudrière qui va nous péter à la figure.
Ce n’est pas pour nous que nous avons peur, enfin pas vraiment, mais pour nos enfants. Pour nos héritiers à qui, demain, nous laisserons une société envahie par des « barbares» que nous aurons nous-mêmes couvés ! C’est Monique qui a conclu pour notre trio :

- Alors plus de regrets ! Plus de discours ! Des propositions, des vraies ! Qu’allons-nous faire ?

Nous nous sommes regardés. Qui allait reprendre la parole ?
Alain semblait nous solliciter. Ce n’était plus un témoignage qui était demandé mais bien un début de réponse.

22 juillet, 2011

- 9 – LE REFERENT.

Classé dans : roman de société — Alain @ 19:47

L’ancien directeur s’est approché, lui a posé la main sur l’épaule :- Gilbert, tu permets le tu ?  Tes jeunes, je les ai connus en classe de perf dans des grands ensembles, eux ou leurs frères, et je comprends le bien que, tous, ce soir-là, vous leur avez inoculé. Vacciné à l’intelligence du cœur, ça immunise contre bien des lourdeurs, crois-moi !

Moi j’ai vécu le dérèglement de notre école, d’autres aussi certainement et, nous n’avons pas réagi, pas suffisamment.Parfois, un sursaut nous donnait le courage de braver la routine, de prendre des initiatives, petites mais réfléchies. Je me souviens, dans notre groupe scolaire, nous avions, instauré un décalage d’une demi-heure dans la journée, (3 h ½ le matin et 2 h ½ l’après-midi changeaient déjà, un peu, l’accueil de début de journée et la fatigue post-repas). C’était un apport minime mais déjà satisfaisant…
J’ai vécu, aussi, avec intensité, ces moments de fierté d’un enfant qui présente à ses parents, grands-parents, son école.
Aujourd’hui où les familles sont vues comme coupables de mauvaise éducation, d’indifférence, d’égoïs-me, ce n’est pas le moment de distendre encore les liens qui les unissent à l’école.
Une proposition intelligente mais évidemment écartée par le Ministère, aurait été que les enseignants utilisent le samedi matin pour les deux heures de récupération camouflées en soutien… Refusée, ce sont des miettes de temps, après ou avant le repas de midi, qui sont retenues.
Le compte est bon, c’était le principal non !
Oui, le temps de l’enfant est trop important pour qu’on le laisse aux seules envies des adultes.
Investir dans la jeunesse pour donner une chance à l’avenir, c’était notre devoir, nous l’avons oublié, pire saboté…

Le dernier arrivé, je ne l’avais jamais rencontré dans notre commune, est resté assis, les mains fortement serrées sur ses genoux et les yeux fixés au sol. Il s’est exprimé doucement. Il fallait tendre l’oreille.

- Moi, j’étais éducateur des rues, presque aussi marginal que mes ados ! On se respectait, ça n’allait pas sans bavures, mais j’étais au milieu d’eux et ils le savaient.
Souvenez-vous, le Plan Banlieue, pendant son élaboration, j’y ai cru ! Il a été décrété et je n’y ai pas retrouvé mes petits. Pire, son inspiratrice a pété les plombs pour revenir au plan Karcher…
Plan Banlieue, j’aurais dû me méfier ! Pourquoi ne pas lancer « Cent propositions pour tous les jeunes », ce qui aurait fait moins O.R.S.E.C. et plus souci global de la jeunesse ?
Je suis devenu un « Référent », plus près du surveillant que du grand frère.
Moi aussi, avec ma psychologie de contact, je dirais bien de terrain mais j’ai entendu un ministre en parler comme d’une expression triviale, je me suis fait mes convictions.
Enfance, jeunesse, c’est un ensemble qui se subdivise en étapes de développement intellectuel et physique. Il se personnalise selon l’environnement familial, social, géographique et culturel.Ce ne sont pas les individus qui créent ou amplifient leurs diversités. Ce sont les réponses que leurs conditions de vie les conduisent à donner à leurs exigences essentielles et surtout à leur besoin de reconnaissance.Toutes mes initiatives dans mes rues, n’étaient pas socialement heureuses mais que pouvais-je proposer pour changer cela ?
Avec mes collègues, avec mes jeunes même, nous discutions à n’en plus finir et, assez souvent, il en sortait un geste, un acte collectif dont nous étions fiers.
J’en ai à votre disposition si vous le voulez, plus que de récits de voitures brûlées, de tags ou d’incivilités.
Je voudrais, en contre point des bagarres de bandes, parler des maisons de personnes en détresse retapées par ces mêmes « voyous », des ateliers vélo, informatique, des jardins retournés.
Pas pour rien, bien sûr, pour leur « local », pour des vacances ensemble…
Comme pour vos Parigots du Tarn, Monsieur le Gen-darme.
Quel regret de ne pas vous avoir croisé !
- C’est Gilbert, pour vous tous !  a rappelé, le temps d’un silence, l’interpellé.
L’éducateur l’a regardé, hoché la tête puis poursuivi :
- Daniel ! Avant, je voyais mes ados réfléchir, essa-yer, réussir, rater, recommencer … Maintenant, je confirme, ils vont se rééduquer en camp, traînent leur bracelet ou disparaissent dans la clandestinité.
Les révoltes sont moins bruyantes mais la rage s’accumule, un jour l’éruption jaillira, violente, incontrô-lable, forcément !
Des réussites individuelles abusent les médias. Elles laissent croire que la seule bonne volonté, la seule ténacité suffisent pour émerger de la grisaille des cités ou des villages délaissés…
De là à estimer que les autres y mettent, eux, de la mauvaise volonté pour s’en tirer, il y a un pas, un mauvais pas, que les bien pensants allongent trop aisément.
Ma petite expérience, frottée à celle de mes collègues, me donne l’éclairage de ce qui marche : Emmaüs, les Ateliers  des Restos, les Orphelins d’Auteuil, les foyers de M.J.C., les P.R.J… Toutes ces œuvres discrètes et actives, nous ont persuadés que c’est ce tissu social, adapté à son environnement qui était la véritable chance pour nos jeunes, donc pour notre avenir.
Plutôt que d’encadrer, normaliser, réprimer, il aurait était plus efficace de soutenir, élargir les initiatives des collectivités locales adaptées à leurs réalités.
Le bénévolat aurait pu rester l’essentiel de cette trame si des encadrements, des soutiens pros leur avaient garanti la stabilité.
Moi aussi j’insiste, que d’associations formidables ont perdu leur efficacité ! Car l’ennemi spécifique du béné-volat est l’usure, le vieillissement de ses membres.
Si la relève possible se décourage, l’engagement meurt.
Je souligne encore, cette érosion humanitaire fut largement augmentée par la disparition de toutes les œuvres laïques qui entouraient l’école, les familles, éteintes après la suppression des subventions

Je voudrais ajouter que pour nos jeunes, le temps des centres de loisirs, des foyers, des équipes de sport s’est tanné en peau de chagrin.
De nombreux lycéens mènent une double vie, études et travail, pour simplement survivre.
En 2009, le MIDI LIBRE faisait état d’enquêtes les évaluant à 20 % déjà. C’est largement dépassé aujourd’hui et les collégiens s‘y mettent aussi.
Pas des petits boulots pour l’argent de poche, pas des emplois d’étudiants pour financer les frais d’inscription, le logement, le repas, les bouquins…
Non une quête de rétributions pour que survivent leurs familles, simplement.
Le quotidien, en ce mois de mai, encore remuant, le dernier, écrivait :
«Pour la première fois, dans la société française, nombre d’enfants ne verront pas leur situation sociale s’élever au-dessus de celle de leurs parents et ce malgré leurs études… »
Un avertissement qui n’a pas été suivi d’effet, à l’évidence !
Non seulement ces adolescents, soumis aux  exigences vitales du quotidien ont perdu leur indépendance, mais leur amertume se mue en colère. L’inégalité flagrante entre eux et les nantis se creuse.
Les Etudes sont ouvertes à tous, mais comment les rendre possibles lorsque le temps n’est pas extensible et la fatigue fréquente ?
Bien sûr les Grandes Ecoles sont accessibles aux élèves des zones précaires, mais comment se réclamer d’une appartenance à une zone d’enseignement prioritaire ?                 Comment prouver ses capacités lorsque leçons, devoirs, alternent avec gagne-pain sur un chantier, dans un magasin ou recherche constante d’un « petit boulot » ?
« Ils apprennent les réalités du travail, la valeur de l’argent ! », ont objecté les moralisateurs à ceux qui s’inquiétaient de cette généralisation.
« Valeur du fric !» moi je peux vous dire qu’ils apprennent surtout sa pression par la peur d’en manquer.
Ils ne cultivent plus qu’une volonté, s’en affranchir, par tous le moyens…
Le commerce souterrain a un bel avenir en dépit des risques.
Je n’ai pas évoqué l’Ecole parce que ce n’est pas trop mon truc, mais souvent, quand ça tournait mal avec un gosse, son frère m’en parlait. Lorsque c’était un problème scolaire, je rencontrais les instits.
Moi aussi j’ai compris et je tiens à vous le dire : rien n’est possible sans prendre en compte l’Ecole, dès la mater-nelle.
Que de confiance donnée aux familles en difficulté, que d’élans impulsés mais que de suivis avortés !
Une équipe solide à l’école, dans son agglomération, son village, son quartier, sa ville est une vraie, la seule chance peut-être, pour exploiter les ressources offertes à notre pays à travers sa jeunesse.
A condition de ne pas tout gâcher !

Mais peut-être n’est-il pas trop tard ?

21 juillet, 2011

- 8 – « TONTON FLIC ».

Classé dans : roman de société — Alain @ 20:07

C’est sur le même ton caricatural, appuyé d’un sourire moqueur, qu’un costaud, décontracté, en short, même par cette journée d’hiver plutôt fraîche, j’en frissonnais, lui a répondu :- Je n’ai pas eu d’enfants ; je ne suis pas éducateur. Je suis un gendarme retraité prématurément, après m’être montré mou dans l’expulsion d’une fillette et de sa mère. J’aime l’ordre et pourtant, je ne suis pas d’accord avec vous, Madame.
Je suis Gilbert et heureux d’être ici !

Je me suis intéressé à l’univers de notre Ecole, aux mouvements qui la secouent surtout. A ces agitations qu’il m’avait fallu réprimer parfois.

Il est facile, trop facile de tout mettre sur le dos des enseignants qui sont les témoins privilégiés des possibilités et des écueils de notre système. Ils en sont ses instruments mais pas ses concepteurs !
Encore heureux qu’ils aient manifesté leurs inquiétudes, car hausser les épaules, et se satisfaire de bonus, samedis libérés, indemnités sans véritables justifications… auraient été beaucoup plus aisés qu’une journée de salaire en moins. Les collégiens, les lycéens, les étudiants, encore marqués de frais par les déceptions de leur scolarité, déjà inquiets des débouchés de leurs études, n’étaient-ils pas, eux aussi, révélateurs des marasmes de notre Education Nationale ? Ma nièce, Natacha, élève de 3ème, devenue autodi-dacte pour retrouver les richesses disparues dans des programmes réduits au plus basique, m’a confié : « Tonton flic, – et oui quel irrespect !- Je voudrais une Ecole où on ne s‘ennuie pas, où les leçons sont vivantes, où profs et élèves s’écoutent, communiquent, se respectent. »

J’ai rencontré bien des enfants perturbés mais aussi bien des élèves performants. Ils apprennent, parce qu’ils ont une volonté forte, une famille motivante, des enseignants qui résistent encore et, jour après jour, se soucient plus de leurs progrès que de la valse des textes.

Plus notre Ecole s’est enfermée dans l’obéissance, plus j’ai voulu comprendre.

Le manque d’écoute des responsables et le manque de clairvoyance de notre Autorité, sont amplifiés aujourd’hui par les perturbations sociales et économiques, celles qui devaient être si rapidement réglées…
Elles en accroissent la rapidité de cette course vers le béton.

Comme vous, Catherine, j’ai regretté la suppression du samedi matin, sans véritable concertation avec les pa-rents, les enseignants, les éducateurs, les spécialistes… Voilà une grande réforme démagogique, qui n’a rien coûté et peut rapporter gros en heures récupérées.
Où est l’enfant là-dedans ?
Je partage totalement votre analyse. Certains parents qui ont des occupations lointaines le week-end, eux sont satisfaits. Cela ne représente qu’une minorité, même si les autoroutes sont chargées.
Pour les enfants du samedi matin maintenant l’emploi du temps, c’est : courses, nounous, TV, la rue pour beau-coup et de plus en plus jeunes.
Combien d’élèves bénéficient-ils vraiment de repos et de l’attention de leurs parents ?
Je vous copie, je vous répète, veuillez m’en excuser, mais laisser déborder ma science récente et constater qu’elle est l’écho de vos idées, me confortent tellement que, tant pis, je répapie !Vous voyez, même un gendarme peut apprendre beaucoup en écoutant, en observant, en lisant.
Alain vous l’a dit, et moi, j’aurais pu le faire : j’aurais pu postuler pour devenir, selon les nouvelles normes du recrutement ouvert à tous les fonctionnaires, Directeur d’Etablissement !
Certains de mes collègues, agents de l’Etat de plus de dix ans d’ancienneté, l’ont osé… Sans vergogne !

Il a fallu la tragédie de cet enseignant pour que je me forge l’audace d’enfin parler d’un sujet qui me passionne. Discret, jusqu’à ce jour, je ne vais plus me taire désormais.

Après un silence, pour donner corps à son affirmation sans doute, Gilbert a repris :
- Je vous l’ai dit, on ne m’arrête pas, ce serait un comble pour un gendarme.

Je n’ai pas souvent l’occasion de tirer souvenirs, réflexions et émotions de mes placards à secrets. Pourtant je vous demande, l’écoute de cette petite histoire, pour vous notamment, les animateurs.

Un jour, j’étais en poste dans le Tarn, notre petite gendarmerie a été éveillée par les cris de campeurs furieux : durant la nuit, leurs tentes, leurs installations avaient été renversées par des jeunes arrivés en silence sur le terrain… Vengeance était requise.
Nous avons vite identifié les vandales.
Un groupe d’une vingtaine d’ados franciliens s’était installé, pour la nuit, au bord de la rivière, près de l’ancien cimetière, avec l’accord du curé.
J’ai envoyé chercher les responsables de l’équipe sau-vage, deux jeunes hommes de vingt-deux, vingt-trois ans, à peine plus âgés que leurs ouailles.

Toute l’année, ils avaient mobilisé les plus grands de leur M.J.C pour gagner de quoi fabriquer leurs canoës eux-mêmes. Ils avaient additionné les petits boulots de service pour financer leurs dix journées de descente entre Florac et Millau, en juillet, loin de leurs aléas quotidiens.
Dans l’ensemble, les journées, la répartition des tâches et le respect mutuel s’ordonnaient bien.
La veille au soir, au terme d’une descente particuliè-rement chaude, chacun semblait plus près du sommeil que de l’agitation ; en tout cas, nos deux animateurs, eux, avaient sombré.
Nos pirates, bien énervés par leur émotions aquati-ques certainement, se sont relevés en douce et ont semé la panique dans le camp plus loin.
Une belle partie de rigolade !

Que faire ? Les responsables nous ont fait partager leur année, leurs réussites, les rechutes et leurs espoirs… Un signalement judiciaire pouvait tout remettre en question. D’autant plus que certains jeunes avaient déjà marqué les archives policières.
Nous les avons laissé agir. Ce fut, d’abord, un grand moment de silence glacé sous le soleil déjà ardent. Le demi-cercle de regards fixés au sol était éloquent ; les quelques mots des animateurs encore plus:
- Rangez tout, ramenez les bateaux, c’est fini, on rentre !
Et demi-tour … Plus rien, que leur dos. Pas un mot de notre entretien pourtant connu de tous.
Peu à peu, des propos, trop bas pour être compris, se sont échangés, accompagnés de regards furtifs. Un vrai débat s’est installé, gesticulé, émaillé de vocabulaire sonore et haut en qualificatifs, par eux traduisibles seulement.
Puis, pas un ou deux, mais tous sont allés rejoindre Francis et Rémy qui déjà bouclaient leur sac.

Ce qui s’est dit, de notre poste de guet retiré, nous n’en avons rien su.
Nous avons accueilli, à la gendarmerie, une bande de repentants.
Sous notre conduite, sans la tutelle ou l’intermédiaire de leurs bergers, ils ont entrepris de présenter leurs excuses, redresser les tentes, remettre en ordre chaque emplacement.
Ensuite, ils ont procédé, dans le terrain de camping et dans le village, à une véritable opération de nettoyage. Pas de pagaies aujourd’hui ! Pas de pagaille non plus !
Le soir, une belle fête a rassemblé les saccagés de la nuit, les villageois, les « barbares » et nous, les pandores.
Une vraie, rare, sans besoin d’excitants autres que le partage d’émotions.
Pour achever ce souvenir, j’ai appris qu’à Millau, terme de leur aventure, ces loulous élevés au jus de la rue, avaient subi injures et provocations.
Devant un bistrot, des gaillards locaux, bien éméchés, ont voulu interdire, manu militari, le trottoir aux Parigots. Défis lancés en pure perte.
Même les bousculades violentes ne les firent pas dégonder.
Mes collègues sont intervenus sans qu’aucune riposte, verbale ou gestuelle, ne jaillisse.     Rémy m’avait donné en référence, et j’ai pu expliquer cette attitude à l’officier sur le terrain, un peu éberlué par cette passivité.
J’ai joint Francis au téléphone dans la matinée, avant leur départ vers l’Essonne.
Il bouillait encore et ne comprenait pas. Lui, le calme, le responsable, avait fermement été retenu par ses ados.

Il n’arrivait pas à supporter sans réagir cette agres-sion. Il aurait voulu discuter, expliquer, faire ami-ami ou riposter.Un comble !Ses jeunes en savaient mieux que lui l’inutilité à chaud, que « s’écraser et se tirer » était la seule façon d’éviter la bagarre. Ils s’étaient promis, sans l’exprimer, ce soir de fête, de ne plus « déconner »J’ai gardé quelques contacts, épisodiques, avec les deux éducateurs. J’ai même revu plus tard, bien plus tard, des garnements du camping. Certains sont revenus sur le terrain de leurs exploits avec femme et enfants. Que leur racontaient-ils ? Peu d’entre eux, je le crois, ont oublié ceux qui un jour ont pardonné. Ceux qui ont préféré la sanction méritée, par eux amplifiée même, sans humilier, sans l’aggraver… Ils ont apprécié la réhabilitation intelligente et conservé l’émotion de se savoir, sincèrement, acceptés. De cette fête partagée, Brassens aurait chanté, « …qu’elle leur avait chauffé le cœur et que dans leur âme, peut-être un peu, elle brûle encore… »

Je souffre aujourd’hui de tous ces jeunes incarcérés, embracelés, ces jeunes pour lesquels en trop grand nombre la peine de mort par le suicide a été rétablie ! Ces jeunes qui vieillissent dans la méfiance d’une société qui les fragilise.Ces jeunes, ces beaucoup moins jeunes aussi qui deviennent des maquisards, des pourchassés, des inquiets, des inquiétants… Voilà ! Ne souriez pas trop d’un vieux con encore attendri par ses propres mots et veuillez excuser mes dérapages mais ils ont une force que je ne sais pas exprimer plus simplement !

20 juillet, 2011

- 7- LA MAITRESSE DES PETITS.

Classé dans : roman de société — Alain @ 20:23

- Que peut-on faire ? Tout ne va pas bien, dans notre société éducative mais tout va-t-il si mal?
Nous avons soigné notre bonne conscience et ce ne sont pas une ou deux feuilles de chou, presque clandestines, qui pouvaient sonner notre réveil…
Je me comptais au nombre des silencieux, mon mari, mes amis, mes relations aussi…

Instinctivement, je m’étais adressée plus particulièrement à celle que je connaissais le mieux, Sonia, la maîtresse de Killian, mon fils.
Peut-être l’ai-je incitée à se lever à son tour. Nous nous serions crus à une réunion des Alcooliques Anonymes, comme si nous devions, l’un après l’autre, secouer la dépendance qui nous alourdissait. Dépendance à l’aboulie, à l’inertie.
- J’étais directrice d’école maternelle et enseignante de Petite Section, a-t-elle commencé, il y a quatre ans, avant la création des E.P.E.P.
Elle a mis fin aux directions attachées à chaque école, à la fonction de celui, de celle, qui connaît les familles, est disponible à 11 h 30 et à 16 h 30, est proche de ses enseignants, connaît les enfants pour les avoir eus en classe, les projets pour en être l’animateur.
Les jardins d’éveil destinés aux enfants à partir de trois ans révolus dans l’année civile ont fermé les Petites Sections. Déjà l’accueil des enfants de deux ans avait disparu sous prétexte que l’école n’était pas adaptée. Se demander si « l’enseignant a un rôle à jouer dans la cons-truction des apprentissages dès deux ans.»  était devenu obsolète.

Pour moi, pour mes collègues, c’était grave !
Pourquoi n’avait-on pas adapté la structure au lieu de la détruire ?
Un autre bouleversement m’a révoltée : chaque début d’année scolaire, les enseignantes du R.A.S.E.D. aidaient à l’accueil des enfants.
Ces adultes « transitoires » entre la mère et l’ensei-gnante pouvait alors se positionner en tant qu’être social. Son rôle était de permettre à chaque enfant de trouver sa place, dire ses inquiétudes, appréhender la séparation en y mettant des mots.
Ne plus avoir ce regard croisé sur les enfants, c’était isoler l’enseignant. C’était ne plus laisser l’enfant bénéficier d’un projet personnalisé, adapté ; un souffle d’air au milieu de savoirs qu’il n’est pas toujours prêt à accueillir.
«Les hommes naissent libres et égaux en droits… », en devoirs aussi, mais ils naissent inégaux en potentiels individuels, familiaux, sociaux.
Tout ce qui peut compenser ces différences doit être mis en œuvre.
En avoir enlevé les moyens est une trahison des engagements constitutionnels de notre République !

J’ai parcouru une belle transversale de notre Education Nationale, intervenante en ateliers d’écriture, enseignante en collège, classes élémentaires, institutrice au Togo, postes de soutien pour enfants du voyage, pour non francophones…    Mes études en classe Préparatoire m’orientaient vers les « Grandes Ecoles »… Les circonstances en ont décidé autrement et je ne le regrette pas du tout.
C’est en pleine conscience, bien confortée par mes expériences que j’ai choisi de devenir Sonia, la maîtresse des Petits en Ecole Maternelle.    C’est là que tout s’initie, se révèle et commence l’égalisation des chances, que se déploient deux fonctions essentielles : la logique et le langage.
Le jeu des observations, des analogies, des paradigmes et les outils de la communication permettent de construire la personnalité, développer l’intelligence.    La confiance, le respect mutuel, la convivialité installent les bases de la citoyenneté, à ce niveau, suite logique des acquis en famille…
Que ceux qui nous réduisent à des changeurs de couches et des surveillants de dortoirs viennent passer quelques jours, non seulement en classe, mais hors classe. Je leur ouvre ma porte lorsque je prépare ma journée et mes activités nécessairement brèves, nécessairement variées, nécessairement complémentaires et nécessairement réfléchies pour être constructives.
Surtout, que l’on ne vienne pas dire, presque avec commisération que je suis une exception ! Ceux, celles qui n’agissent pas ainsi ne peuvent pas se maintenir auprès de l’exigence des petits. Attention, tous les niveaux ont leurs impératifs, mais autrement. Plus les enfants sont mûrs et plus ils admettent le partage collectif. Moi, je veux bien aussi suivre nos détracteurs, lança Sonia en apaisant son emballement, dans l’exercice de leurs fonctions !
Mes études de psycho ne me suffiront jamais… Mon quotidien les contraint à une mise à jour permanente…
J’ai refusé la direction du regroupement d’écoles. J’ai postulé pour une grande section hybride du C.P.

Les remplaçants ne sont plus des enseignants mais des vacataires recrutés par petites annonces sans aucune garantie de compétences, de durée pour eux et pour leurs élèves.    Les Instituts de Formations des Maîtres ont disparu, il n’en demeure plus que le U d’universitaire !
Moi, j’avais bénéficié de deux ans pleins, après le concours, pour apprendre mon métier. C’était un minimum…

Comme d’autres, j’ai perdu le courage de protester, anéantie par l’autisme de nos ministres successifs.
Comment des hommes intelligents ont-ils pu accepter et œuvrer pour conduire dans le mur la seule chance du futur : l’Ecole ?

Elle n’était pas parfaite. Avant, elle collait difficilement à l’évolution de la société mais l’action de ceux qui ont été élus pour la rendre positive, au lieu d’améliorer, a encore tout compliqué. Pourquoi ?    Notre Ecole est, devrait être, pourtant, un microcosme stable pour des enfants agressés par les assauts de la violen-ce familiale, sociale, médiatique….    Notre Ecole mérite une vraie consultation, non plus conclue par du papier, mais par des actes garantis quel que soit le mouvement des gouvernements.
Notre Ecole mérite que soit reconnue la réalité de sa diversité.
Notre Ecole mérite la création d’équipes solides, bien responsabilisées, bien dirigées.
Notre Ecole mérite de s’adapter, en projets d’école et en moyens, à la réalité de chaque population considérée.
C’est sans doute trop simple pour que médias, politiques, syndicats s’y soient arrêtés…

A peine la véhémence de Sonia retombée que ma voisine est intervenue, presque en colère :
- Oui, mais c’est votre faute aussi à vous les enseignants, si nous avons laissé faire. Toujours en grève, sans vous soucier des examens et de nos problèmes de garde, nous ne vous suivions plus!

- 6 – LA VIDEO.

Classé dans : roman de société — Alain @ 12:17

D’un commun accord, nous sommes entrés nous asseoir devant la télé pour revoir le film enregistré par Alain.

Manu apparaissait silencieux dans sa combinaison de mécano, comme s’il avait été pris d’une envie de parler pen-dant une réparation. Il s’appuyait sur une voiture claire aux portes ouvertes et se frottait les mains, geste habituel pour effacer du cambouis…Il est resté silencieux, assez longtemps pour rendre sensible le poids sur sa langue. Son regard ne s’est révélé qu’en plusieurs étapes, comme si l’objectif était un œil inti-midant. Puis il s’est affermi, brusquement tout à fulguré : son sourire, ses pattes d’oie, sa décontraction, son visage buriné.
Il n’a plus quitté la caméra, nous, des yeux, mais s’est continuellement déplacé, calmement, sans quitter le champ, parfois en venant presque en gros plan, au contact de l’appareil.
« – Vous connaissez ma voix déjà, maintenant me voici tout à vous. Evidemment pour les questions, ce sera difficile, mais justement, je n’ai aucune réponse à vous donner. Ce dernier message ne vous est destiné que si je ne suis plus.
Je n’ai pas perdu ma rage, mais elle ne peut avoir de force que dans vos réponses à vous, à vous !
Je répète, j’ai fait un rêve ! Tenez, je vais me donner le temps et le soutien de ma chanson. Pas un rap de mes élèves, non, plutôt une vieillerie, genre « Quand les hommes… » ou « Prendre un enfant… »… Vous voyez ? Moi, c’est « Imagine »… » et son  « dreamer ». Il s’est plongé dans la voiture, brièvement, et bientôt, la voix de John Lennon a rempli l’espace, sans pourtant couvrir celle d’Emmanuel.
Imagine the re’s no heaven,
It’s easy if you try,
No hell below us,
Above only sky,
Imagine all the people

Living for today…

«Vous savez combien je me suis investi dans ce travail ici ! Vous savez combien j’en ai reçu de satisfactions aussi, de raisons de croire en moi, en eux, mes élèves !Vous savez moins, peut-être, combien j’ai repris con-fiance en l’homme, en la femme, simplement, en écoutant mes collègues, ces profs qui sont venus me chercher… Je ne me suis pas posé de questions sur les enseig-nants. Ceux de la S.E.G.P.A., ceux du collège, m’ont suffi. Nous ne sommes pas devenus des potes ! Je n’ai pas répondu aux avances de relations amicales ! J’ai appris à les estimer, à les respecter, à les comprendre, dans leurs enthou-siasmes et leurs découragements. Percevoir la sincérité a suffi à me les rendre sympa-thiques.Quant à leur compétence, je suis incapable d’en juger. J’aime ces réunions où s’analysent les moyens de hausser ces gosses en difficulté, où s’échafaudent initiatives individuelles et projets collectifs. Ce suivi régulier, cette mise en œuvre permanente de nouvelles chances me don-nent un sentiment de revanche. Mes aléas passés s’estom-pent devant une importance, l’avenir de mes élèves.Je ne suis pas le plus bavard, le plus inventif mais certainement le meilleur auditeur pendant ces réunions. Après, je bosse pour donner un sens à un vocabulaire, à des références, à des auteurs que j’avais fait semblant de comprendre. Fichu amour-propre !
Il n’empêche, qu’ainsi, je me suis plongé dans la psycho, la pédago et l’histoire de ce métier que j’ai fait mien.
Obtus, je suis resté hermétique aux discussions poli-tiques et j’ai fui tous les entretiens inquiets, polémiques pour défendre la Société, l’Ecole en danger.
Ma bulle de verre n’englobait que peu de mon environnement social et pratiquement rien de celui des autres.Tout a basculé, vous le savez et le verre s’est brisé.Mes yeux, mes oreilles, mon esprit, ma conscience se sont ouverts.
J’ai compris que si moi je vivais dans ma tour, notre société, elle vivait dans une cage de règles, de lois, de codes, d’interdictions et de consignes. Une cage où le moindre faux pas de la vie pouvait se payer longtemps. Une cage où être né mal loti handicape…

Rien de nouveau, certes, mais maintenant, c’était sans que l’Ecole soit encore une chance pour y remédier.

Je ne suis sans doute pas clair.
Disons que l’épisode du camp de Gitans évacué, l’irruption des policiers dans cet atelier, le mutisme de mes élèves, de mes collègues, m’ont réveillé.
J’ai appris que l’ordre, la tranquillité se payaient au prix de la liberté d’être différent.

Moi, l’ancien des forces de ‘’pacification’’, je dé-couvrais la désobéissance.

J’ai lu, beaucoup, tout, ce qui avait été écrit en 2008, 2009, tous ces témoignages du formatage, toutes ces révoltes réprimées, ces alertes ridiculisées et j’ai eu honte. Honte d’avoir passé mes jours dans la négligence et l’indif-férence.     Maintenant, il nous faut réparer, moi et vous, si ma honte vous touche un peu.
Je ne serai pas long, d’abord parce que mon courage n’est pas programmé pour un grand discours, et puis John n’en a plus pour longtemps à rêver lui aussi.
Je vais vous dire mon école, ce sera bref. Ensuite, ce sera à vous de développer.
Auparavant, écoutez mes souhaits : pas de défilé, pas de cérémonies, qu’il ne reste rien de moi, que des cendres dispersées en forêt.
Si mon geste, mes paroles ont pu réveiller quelque chose en vous, j’aimerais qu’un jour, un samedi, un diman-che sans grève, sans manifestation, éclosent des groupes de discussion.
Sincèrement, profondément, ensemble, imaginez, réa-lisez aujourd’hui, maintenant, sans attendre un « ciel » hypothétique, comme dans « Imagine », l’Ecole qui serait une vraie chance pour tous les enfants de notre pays, une chance pour que demain soit un espoir réaliste…

You may say Im a dreamer,

But I’m not the only one,
I hope some day you’ll join us,
And the world will live as one…

La projection se terminait sur les derniers vers de l’ancien Beattle, sans autre son, sur un petit salut, une main à hauteur du cœur, légèrement, comme son sourire, juste esquissé…

Puis plus rien, comme si la bobine avait été coupée sur la chanson finissante, comme ça, nettement…
Comme si la fin du film restait à tourner.

19 juillet, 2011

5 – PREMIERES REUNIONS.

Classé dans : roman de société — Alain @ 23:09

 

La première réunion post-drame, dans notre village, a été lancée par Alain, un retraité de 65 ans, bénévole dans notre petite bibliothèque.
Il nous a abordés, simplement, à la sortie de l’école, alors que nous débattions pour savoir quoi faire :
« Si vous voulez que nous en parlions, nous pouvons nous retrouver vendredi ou samedi chez moi. Venez avec qui veut comprendre, échanger, proposer… »

Le samedi matin suivant, peu avant les congés de février, nous nous sommes réunis, une douzaine, dans son jardin.
Quelques chaises autour d’une table en teck, dans sa véranda. Il a fallu en rajouter. Visiblement, il doutait un peu du succès de son invitation.
Nous nous trouvions trop peu nombreux. La commu-nication avait circulé mais la réponse, décevante après tant de palabres indignées, était évasive :
« Il faut voir ! »
Alain, lui, était heureusement étonné. Son sourire nous a accueillis et il a très vite ouvert la discussion.

- Je n’ai jamais quitté l’Ecole entre trois et soixante ans. Même pas pendant mon service militaro civil, (!) accompli en coopération.
Aujourd’hui encore, si je peux faire s’éclairer les yeux d’un groupe d’enfants, je suis heureux.
Après l’Ecole Normale, j’ai bien rempli une décennie de classes spécialisées pour enfants en difficulté, comme Manu, dans des quartiers à précarité durable…
Ensuite, je suis devenu directeur d’école élémentaire, toujours en banlieue parisienne, mais plus hétérogène.

En presque trente années de direction, j’ai vécu beaucoup d’évènements, croisé beaucoup de personnes. Il m’est impossible de privilégier un moment de la vie partagée avec mon école, avec mon quartier, avec ma ville.
Aucune journée ne fut banale !

Ce que je voudrais souligner aujourd’hui, c’est la chaleur que je ressens lorsqu’il m’arrive, et c’est assez fréquent, d’évoquer une anecdote, une famille, un visage.
Devenu directeur par circonstances, j’ai fini par croire en mon utilité.

Ce qui caractérise la fonction de direction, c’est la solitude. Affirmation paradoxale lorsqu’une communauté aussi active que celle d’une école vous baigne. Ce l’est beaucoup moins lorsqu’il faut digérer des informations pour les transformer en actions : préparer une réunion, présenter le dossier d’un enfant en difficulté, lister les arguments pour convaincre un partenaire de l’école.
Le responsable de l’école se retrouve encore seul après les rencontres pour établir des synthèses, mettre en musique les souhaits, les décisions prises au cours des entretiens. Il est seul aussi pour assimiler et réagir au malaise causé par le désarroi d’un enfant, d’un collègue, d’une famille.
Les instants de trop-plein, de découragement, ceux du soir où on remet dans le tiroir plus de documents à traiter qu’il y en avait le matin, les imprévus trop humains pour être esquivés… sont bien trop nombreux !
Ce sont ces instants que j’ai eu la chance de pouvoir dépasser dans mon école.

D’abord avec mes élèves : rien n’est plus vivifiant que le sourire d’un enfant qui vous dit : « C’est facile ! » à l’issue d’une leçon commencée dans l’ignorance.
Rien n’est plus réconfortant aussi qu’une réunion coopérative pendant laquelle fusent critiques et projets.
Avec les familles ensuite, leur confiance, confortée au fil des années, parfois après d’âpres discussions, s’est maintes fois exprimée par des réponses cordiales, concrètes, à nos sollicitations. Elles répondaient « présentes ! » pour un accompagnement, une B.C.D. à installer, une fête à préparer, un jardin pédagogique à entretenir, une pièce de théâtre à monter, un livre à écrire… ainsi que par des élans d’amitié formidables.
Cette confiance accordée par les enfants, par les parents, a fait reculer la masse de l’isolement et m’a tenu dans un engagement total, excessif peut-être, mais si chaud, si porteur!
Et mes collègues? C’est par eux, dans leur action quotidienne, dans le vécu de chaque classe que pouvaient s’épanouir nos projets communs. C’est aussi par chacun d’eux que prenaient naissance des initiatives pédagogiques originales. J’ai, souvent, été fier de ce que des classes pré-sentaient comme réalisations après une année de motiva-tions, de mobilisation.
En contrepartie, que de lacunes dans l’animation de mon équipe !
Que de temps gaspillé en gestions de petits imprévus incontournables ! Incidents, accidents, conflits, arbitrages, réparations, ouvriers, visites ou appels des familles, de l’Inspection, de la Mairie… Difficile d’éluder quand l’im-portance de l’intervention n’est pas connue.
Quelles contorsions pour enfiler le costume de direc-teur, au beau milieu d’un temps de classe ou pour revêtir celle de maître d’école pour un remplacement défaillant…

Directeur « Maître-Jacques » !

Dans mon établissement élémentaire, comme dans la plupart, pas de personnel surnuméraire, ni pour un élève malade, ni pour pallier une absence subite !
Sans nos partenaires officiels ou associatifs, pas de réalité pour une vie scolaire organisée, conseillée, caution-née, dotée des moyens adéquats pour fonctionner, pour que se concrétisent nos projets.
J’ai eu la chance, cela compte beaucoup, dans ma ville de trouver des réponses intelligentes, adaptées, à mes inquiétudes. Appréhensions parfois aiguës lorsqu’un enfant était en danger ; craintes parfois fortes lorsqu’un projet ambitieux était compromis.

J’ai fait appel, en dehors des services de l’Inspection et de la Mairie, à de nombreuses associations. Toutes m’ont ponctuellement bien aidé à répondre aux demandes de notre équipe.
J’ai trouvé dans ces œuvres proches de l’école, non seulement des amis, non seulement des gens dévoués et efficaces, mais aussi des esprits ouverts par delà toutes étiquettes.

A toutes, j’espère avoir fourni quelques pierres de construction.
Ce sera toujours beaucoup moins que ce qu’elles m’ont, les unes et les autres, apporté.

Depuis, j’évoque souvent tous ceux qui m’ont fait vivre avec tant d’intensité, l’aventure de mon école dans son quartier et je plains mes collègues en activité.
Je les perçois sevrés de vocation et empêchés d’ap-porter, à chaque enfant, un enseignement à la mesure de ses aptitudes, de ses difficultés…

J’ai crié dans les radios, dans les courriers de lecteurs, dans les réunions, mon désespoir de voir sombrer cette école imparfaite mais si inventive, si chaleureuse à laquelle j’ai crue.
Jamais je n’ai rencontré de contradicteurs virulents, pire j’ai, souvent, rencontré l’embarras, la commisération, l’indifférence et la surdité.
Ce fut le cas pour de nombreuses petites voix comme la mienne.
Seuls, les grands noms, médiatiquement influents, ont subis des combats dédaigneux puis, de guerre lasse, con-duits à l’abandon.

J’ai également fini par me taire…
Comme Candide, j’ai décidé qu’il valait mieux cultiver mon jardin.Aujourd’hui, à vous rencontrer ici, à entendre s’agiter les remords, je reprends un peu, un peu seulement espoir, car tout est si fragile…

Parfois, j’ai, moi aussi, pensé qu’un éclat très sonore me délivrerait de cet accablement et ouvrirait des yeux pas encore trop scellés.
Un autre, qui lui avait encore une longue vie à bâtir, l’a fait. Je m’en veux d’avoir ressenti son désespoir mais pas eu son courage…

Une femme d’une quarantaine d’année, a rompu le silence qui a suivi les paroles de l’ancien directeur. Elle s’est présentée :
- Catherine ! Mes enfants étaient déjà âgés lorsque nous sommes venus, cette année, habiter ce village.
Dans le quartier de la ville où ils ont suivi maternelle et primaire, ce que j’ai regretté ces dernières années, ce sont les fêtes conviviales au cours desquelles parents et enseignants mêlaient leurs initiatives et leurs coups de main, la disparition du samedi matin a, sans doute, démobilisé enseignants, familles et intervenants bénévoles…
Autrefois, j’aimais aussi me retrouver avec mon époux, ma moitié de couple, en cette matinée hors boulot. Une fois nos enfants à l’école, accompagnés sans urgence par nous deux le plus souvent, nous pouvions remplir notre caddie tranquillement…
Ensuite, nous avions la maison pour nous retrouver et vaquer à ce que nous voulions. Le temps passait très vite et l’un et l’autre, nous allions cueillir le sourire de nos enfants à la sortie des classes.
Leur sourire, mais aussi celui des autres parents pa-reillement décontractés, mais aussi celui des enseignants rencontrés sans crise, sans convocation.
Même nos amis séparés arrivaient à apprécier ce moment de leurs fins de semaine alternées et profiter de ce lieu important, le seuil de l’école.

Depuis cinq ans, c’est fini !
Il est devenu, d’ailleurs, difficile de poursuivre ces rencontres car la carte scolaire éclatée s’est  installée.
Au gré des rapprochements du travail, des nourrices, de la réputation de professeurs, des populations enfantines, des familles fréquentables… la dispersion s’est généralisée. Plus question que l’école s’appuie sur son environnement ou que les familles se l’approprient comme l’école de leur quartier.

Elèves de père, mère en fils, en fille, c’était Avant !

- C’est vrai, a rebondi son voisin, du même âge à peu près, même nous, les profs, jouons de la carte scolaire et bougeons selon les postes libérés dans les écoles huppées. La retraite étant devenue lointaine, il faut se ménager.
Ajoutez que les projets d’établissement, édulcorés, ne sont plus attractifs. Autant dépenser initiatives et engage-ments dans les œuvres locales…
A titre de simple particulier, évidemment, puisque  associations éducatives, péri et post scolaires, ont dû fermer leurs portes. La disparition de leur ossature, les détachés, et de leurs subventions a enlevé la stabilité et les références dont a besoin le bénévolat.

Le silence était palpable lorsqu’il s’est assis ; nous osions à peine nous regarder…
Pas culpabilité mais responsabilité révélée.

C’est le premier intervenant qui l’a rompu en tapant des mains et en souriant largement.

- A nous, maintenant, de transformer le geste d’Em-manuel en renaissance ! Alors que faisons-nous ? »

Nous sommes revenus à l’essentiel du vœu de Manu, celui exprimé dans son second message posthume. Un nou-veau message aux médias, par un biais toujours inconnu.

A qui Manu avait-il confié son ultime  paquet? Sans doute à un anonyme qui le détenait inconsciemment ou à un organisme à retardement… Personne ne l’a su et sans doute ne le saura jamais.
Il s’agissait cette fois d’une vidéo, maladroite, tour-née avec une caméra fixe.
Manu apparaissait dans son atelier désert. Des bribes, des entames de tournage montraient que le prof avait dû s’y reprendre à plusieurs fois avant de trouver ses mots, son ton, son courage peut-être…

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