et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

29 juin, 2010

Sylvain dans « et l »école renaîtra de mes cendres »

Classé dans : roman de société — Alain @ 23:59

- 2 – L’ ECRIVAIN PUBLIC.             Nous avons découvert Sylvain en même temps que nous était révélée l’identité de Manu.             Les médias nous les ont livrés à travers leurs articles, les témoignages directs du Web ou les émissions d’analyse, de supputations des chaînes radio et TV.           

            C’était un personnage, ce Sylvain. Quarante-cinq ans, il allait de bars en cafés-restos citadins du début octobre jusqu’à fin avril. De mai jusqu’en septembre, ses routes le menaient de bistrots ruraux en estaminets, de village en village.  Nomade, il a beaucoup appris ainsi, sur les tables où se rédigeaient les cris, les plaintes, les joies, les amours de ses pratiques…             Il s’était façonné une vie à sa mesure, celle d’une bohème organisée. Une vie pleine de celles des autres ! Une vie dont les saisons étaient rythmées par ses engagements parisiens et provinciaux.  Pendant sa session fraîche, il ne quittait sa clientèle de la capitale que pour un rendez-vous hebdomadaire, dans une maison de retraite de la banlieue essonnienne.               Il y animait un remue-méninges, – est-ce moins bar-bare que « brainstorming » ? – où se développaient des souvenirs réels, rêvés, transformés…  Qu’importe ! 

              Des mémoires revécues par, pour leurs acteurs eux-mêmes d’abord, pour les enfants, petits-enfants ensuite.  Pour lui, des bibliothèques vivantes qu’ils feuille-taient.               C’était, près de chez lui, près de son deux-pièces H.L.M, la dernière demeure de sa grand-mère. Elle n’était plus là, le laissant seul survivant d’une famille jadis fournie et intense.            Un accident de car leur avait retiré, en un même moment, toute la parenté réunie pour le mariage de sa sœur.  Le véhicule loué, bloqué sur un passage à niveau, livré à la motrice d’un convoi d’entretien, n’avait libéré aucun survivant.        

            Sylvain était allé chercher sa grand-mère pour rejoindre le restaurant où le couple de la pièce montée attendrait longtemps ses mariés. C’est cette seule image que Sylvain a retenue de l’auberge décorée, parce que c’est elle que transportait le patron lorsque le téléphone a sonné…          Bien sûr, rien n’a été simple ; accepter la fatalité n’était pas possible.  Les indemnités importantes versées par les compag-nies assurances n’ont rien atténué. Sylvain se refusa long-temps à les considérer, laissant le notaire se charger de leur placement.         

           Celles attribuées à sa grand-mère garantirent les frais de la résidence pour personnes âgées et les soins indis-pensables à un esprit incapable de supporter l’immense vide creusé dans sa vie.          Sylvain avait vingt ans. Son bac obtenu sans prob-lème, il entamait en fac des études littéraires et se voyait bien en journaliste, voire reporter…  Impuissant à guider une existence devenue le jouet du destin, il a confié sa volonté défaillante à un encadrement sans discussion.        

               Hasard des relations, de la proximité sans doute, ce fut dans la vie militaire qu’il s’immergea, lui aussi. Son engagement dans l’armée de l’air se réalisa sans douleur. Il accepta la discipline comme on se munit de béquilles. Il accepta les autres et leurs histoires, pourvu que la sienne ne soit pas fouillée. Il accepta la responsabilité du foyer du soldat. C’est là qu’il devint écrivain public pour ses copains.  Il fut aussi, lorsqu’il ne conduisait pas un camion, coiffeur, sans expérience mais bien servi par sa bonne vo-lonté appliquée,           Il couvrait parfois quelques frasques de gars un peu éméchés. Lui-même sentait que l’alcool lui tendait les bras de l’oubli, mais que l’étreindre serait sa fin.  Voilà une lutte qu’il pouvait mener !         

          Ses dépannages épistolaires de sous-off, d’officiers parfois, lui permettaient ces coups d’éponges et lui ont mé-nagé une période de deux ans assez tranquille.  Ses permissions le menaient uniquement vers sa grand-mère.           Il a quitté l’uniforme avec, sinon un métier, une fonc-tion : écrire pour les autres.  Sylvain a officialisé sa petite entreprise en se décla-rant auto entrepreneur avant le terme. Un forfait fiscal, des frais réels, une assurance en cas de clients hargneux et vogue l’écriture.           

          Pas de patron mais des clients très, très variés, exi-geants autant que confiants.  S’il avait voulu éviter les horaires infernaux, c’était loupé !             Pas de bureau imposé, des bureaux adoptés après bien des essais et fidélisés ensuite. Essentiellement dans Paris : cinq troquets, cinq journées et une matinée en réserve pour les urgences ou les imprévus… Le dernier après-midi était consacré ses amis de la Résidence.  Le dimanche, fara niente…          

           Quoique les devoirs à la maison existent aussi chez les écrivains publics.             Les jours ouvrables, toute l’année presque, travail de 10 h à 12 h, selon les circonstances, puis Sylvain déjeunait, aux frais du bistrotier ; avec lui, selon le coup de feu.  Après une sieste, parfois coquine, il reprenait son écoute et ses lignes de 14 h jusqu’à 19, 20 h, plus souvent…         

           Vingt euros pour une heure, avec, quelquefois, une rédaction immédiate, une commande, des recherches, des appels…  Sylvain acceptait tout. Il écrivait pour des employeurs potentiels, pour des administrations, des familles…            Il rédigeait des ruptures, des déclarations, des devoirs d’étudiants aussi.  Des discours solennels, des mots d’amitié pour un mariage, un anniversaire, pour des grands mais pour des petits aussi qui voulaient dire leur affection à un parent, à leur frère, leur sœur un jour de baptême par exemple…         

           Il aidait aussi à composer des mots d’accompagne-ment pour l’ami, le proche qui avait quitté notre monde…  Une fois, seulement, il avait refusé une demande, pour une lettre anonyme ! Un comble lorsque le corbeau est assis à votre table !            Des tranches d’existences réelles, imaginées ou sou-haitées ! Il évitait surtout de se laisser empoigner et pénétrer par la vie de ses clients.  Prendre pour important ce que le solliciteur s’efforce d’exprimer, s’imprégner de sa personnalité, pas de son vécu, Sylvain y réussissait bien.        

           Il aurait pu devenir voyant et anticiper les lendemains espérés par chacun.           En entendant les confidences de ses pratiques, il a commencé à puiser dans ses finances, presque oubliées. Il ne remettait pas de subsides directement.  Ses amis taverniers, ça c’était sa volonté, étaient ses intermédiaires. Ils expliquaient ces providences par la géné-rosité occasionnelle d’un gagnant chanceux, anonyme… Jamais Sylvain ne devait le regretter, à Paris comme en province.        

         Souvent, très souvent, le dépanné devenait dépanneur, toujours par l’entremise du bistrotier.  Dans chaque café, il avait son coin, ses habitudes. Ses clients naissaient du bouche-à-oreille. Le patron, la patronne prenaient les rendez-vous, établissaient l’ordre de passage.            L’attente favorisait la consommation ; la présence de l’écrivain public valait une attraction.  Certains patrons lui avaient proposé de s’installer à demeure, mais Sylvain tenait à son nomadisme, au caractère si particulier des quartiers qu’il avait choisis.        

            Il aimait chaque ambiance, chaque richesse différente des conversations de comptoirs. Plus que les brèves, si ré-vélatrices de l’humeur sociale, il aimait glaner les blagues, les notait. Il en avait des pages et des pages qu’il cédait à la douzaine, pour les réunions post-travail, pour les repas de famille, les retrouvailles entre copains, copines… Un à-côté non négligeable !  Sylvain gagnait bien sa vie : peu de besoins, d’envies, nourri, pas de bureau, des transports parisiens collectifs ou individuels.           Le vélo loué, quelle belle idée !  Lors de ses débuts, Sylvain transbahutait son dico, sa machine à écrire, son magnétophone, des feuilles, des sty-los… Une petite valise était nécessaire.        

           L’ordinateur portable, son imprimante, les mémoires annexes… lui ont bien simplifié les fournitures de base. Tous ses hôtes lui permettaient de se connecter sur internet. Ses ressources documentaires et ses relations étaient devenues nfinies. Abandonné l’usage du téléphone au comptoir ou dans la cabine ; son mobile professionnel lui a assuré le contact avec tous, par répondeur interposé le plus souvent.            Sa régularité allait jusqu’aux siestes accompagnées. Une femme dans chaque port, les mêmes, pas d’embrouille !    

            Il avait créé un véritable réseau de remplaçants pour que ses habitués ne soient pas lésés par ses absences, roulement et saisons obligent.            Tous y trouvaient leur compte : les étudiants, les profs qui constituaient le gros de son fonds de suppléants, autant que les demandeurs.  Si le contact n’était pas aussi cordial et efficace que Sylvain l’espérait, il abandonnait la doublure. Les clients, surtout aussi craintifs que l’étaient souvent les siens, au début, étaient rois !         

            Ce lundi 31 janvier, Sylvain atteignait son « bureau » de la rue de Grenelle.          

                Incroyable combien de synthèses d’articles, de rapports et de discours, il avait rédigé pour des fonction-naires d’en face, lourdement chargés de boulot ou au cerveau éreinté.     

           Trois jours après, à son réveil, sous ses pansements, dans sa tête, il n’était plus seul, à jamais.

                       *******************

pour le roman complet – demander à lurokijuna@orange.fr

ou aller sur PUBLIBOOK ou la FNAC 

 

parcelle 53 |
Éloge des Loges |
MAYACAT-ESOTERISME |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cérelles C'est Vous !
| Carbet-Bar
| roller-coaster x