et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

  • Accueil
  • > 17 – Voyage dans l’Yonne.

5 août, 2011

17 – Voyage dans l’Yonne.

Classé dans : — Alain @ 11:03

       Alors que mes parents prenaient la vie comme elle se présentait, même si Colette faisait mine de la déchiffrer. Ils laissaient la nature, celle des êtres et des choses, suivre son cours. David lui croyait à l’influence des circonstances et au cap que l’on pouvait donner à notre bateau de vie pour les modeler, les corriger, les dépasser. Il croyait en l’héritage génétique et en l’Education. 

           Il avait affiché dans son magasin, dans le départe-ment, il parlait ainsi, ‘’APPRENDRE‘’, cette affichette joli-ment festonnée : 

               « Peut-on dire qu’il n’y a qu’un chemin pour apprendre ? 

          Bien sûr que non, ce serait trop triste, trop simple ! On mettrait chacun dans des petites cases en ayant interdic-tion d’en sortir… 

Mon Dieu, quel ennui mais surtout quel danger ! » 

             Il ne connaissait pas l’auteur de cette citation, l’ayant copiée, un jour, dans la vitrine d’une bibliothèque commu-nale, sans même penser à y pénétrer. 

          Je m’étais promis de lui donner une identité mais mon intention était restée à l’état d’ébauche, pour l’instant. 

          Pour que s’épanouisse un enfant, David mixait beau-coup : un peu de Rousseau mâtiné d’Alain, Emile frotté aux Propos sur l’Education, une pointe de Pagnol guindé, forte-ment relevée de Hussards de
la République et adoucie au miel des rêveurs de 68. 

        Il n’aurait jamais été enseignant, reconnaissait-il, trop affectif, trop tendre, trop permissif, trop coq-à-l’âne, trop d’écoute… 

       Il évoquait les écoles fermées des villages traversés, les bibliothèques négligées, les nouveaux intérieurs des jeunes couples sans livres apparents ; même s’il admettait la culture par l’écran, la page tenue lui aurait manqué. 

       Il disait la jouissance de la belle reliure, de l’avant lecture et de son après, de la 4ème de couverture. Il ne voulait pas être déçu et ne désirait pas connaître la vie des auteurs ni celle des artistes. 

       Pour lui, un meuble aussi était un livre, presque… 

       Les bibles annotées, les livres manuscrits de recettes, les journaux intimes inachevés, les dos de cartes postales, les photos de classe, officielles ou témoignages instantanés de vie écolière… tous se prennent en main, s’éprouvent charnellement, intimement. 

 

        Il regrettait avoir vu Yann trop léger dans son métier d’élève. Avec moi seulement, je crois, il reconnaissait sa fierté faussement goguenarde devant les remises à niveau autodidactes, les brillantes réussites de son fils. 

           Son souci de stimuler tous ses petits enfants, ceux de ses deux fils, sa complicité avec les jeunes visiteurs de son antre, son accueil des classes à la découverte, naguère, des vieux objets… le transportaient d’importance heureuse. 

 

         Son avis m’était nécessaire ! 

 

          Merveilleuse coïncidence, nous avions été sollicités pour décorer une classe pour les 70 ans d’une école crée en 1929. 

Pour l’occasion, David s’était mué en sociologue, en historien et en dénicheur d’archives. Surtout en fouineur, fouineur de mémoires, fouineur de symboles, fouineur d’i-mages, de souvenirs. 

 

          Par son réseau de brocanteurs, il avait appris l’exis-tence, dans un village de l’Yonne, de mobiliers en état incertain mais de la bonne époque, voire d’avant-guerre, la grande naturellement. 

       Après quelques échanges avec le Maire, ancien instit. évidemment, nous avons pris la route de Pont-sur-Yonne pour rejoindre un gros bourg sur les bords de l’Oreuse. 

         Bien qu’à l’abandon, enfouis sous des sédiments non identifiables, ce sont des trésors que nous avons exhumés. 

         Des tables tout en bois chevillé, dont la large gueule  des casiers bayaient d’ennui désormais. 

       Leur banc double était enrichi d’un dossier à claire-voie. Leur traverse supérieure avait été soigneusement arrondie pour que s’y incrustent les dos d’élèves. Un véri-table ouvrage d’artisan ! Il semble bien qu’un menuisier local se soit appliqué à peaufiner ces meubles du savoir en devenir. 

Bien sûr, l’école avait quitté le village ; le ramassage transportait ailleurs les élèves, vers un vaste E.P.E.P. de regroupement. 

         En plus de nos dix tables, parfois à reconstituer, nous avons déniché, dans une remise, deux bibliothèques orphe-lines de vitres, des cartons d’encriers et leurs bouteilles verseuses figées… 

       Dans la cave de
la Mairie, nous avons dépoussiéré de vieilles cartes de géographie, d’histoire, des panneaux de sciences et des Rossignols émouvants. Ils n’avaient pas trop souffert. 

        Les tableaux de Montmorillon, les œuvres de Monsieur Rossignol sont de vrais témoignages progressifs, génération après génération de notre société. Combien d’élèves ont enrichi leur vocabulaire, leur élocution orale et écrite devant ses vendanges, ses retours du travail, ses marchés, ses arrivées de l’autobus… En 2002, François Cavanna leur a consacré un bel album. 

       Nous avons découvert des cartons oubliés, heureusement, dans lesquels d’autres richesses dormaient, des B.T.J. Ces petits fascicules de
la Bibliothèque de Travail, issue de la pédagogie de Célestin FREINET, des plus anciens, jaunâtres, aux derniers acquis, bellement composés, colorés. Ils commentaient, thème après thème, les facettes de notre évolution, les éléments de notre environnement. 

      Ces archives, souvent réalisées par des classes vrai-ment coopératives, étaient extraordinaires. 

       Nous n’avons trouvé que peu de manuels intéressants. David savait pouvoir en dénicher dans ses rayons ou plus sûrement chez des confrères spécialisés. 

      Un véritable premier ‘’Tour de France par deux enfants’’ notamment. 

 

       Tout le matériel, mobilier ou ustensiles scolaires un peu récent, avait émigré vers l’école expatriée. 

         Nous avons chargé notre camionnette, à ras le volet de fermeture. Puis poussé un grand ouf de sueur ! 

        Encore, un vieux Godin à charbon, d’épais tableaux noirs pour la phrase de morale, un compendium bien garni, une vieille pendule et la classe commémorative pourra ouvrir ses portes. 

 

          Le Maire a voulu nous garder à déjeuner. Il nous a enrichis de tous les souvenirs cimentés dans ses classes, sa cour, son préau, devenus éléments d’une propriété secon-daire rachetée par l’un de ses anciens élèves, ça atténue la nostalgie, professionnellement parisien. 

              

         Sur le chemin du retour, David m’a encouragée à m’investir pour que renaisse l’Ecole. 

        « Si tous ces pupitres pouvaient parler, ils te diraient avoir porté les espoirs des familles, les efforts des enfants. Ils ont entendu les savoirs s’inscrire dan les esprits, généra-tions après générations. Même obligatoire, l’instruction continue a longtemps été un luxe et des petits bergers pas-saient plus souvent devant la porte de l’école au lieu de la franchir.» 

        Je me laissais bercer par la route et ses paroles, mais goûtais chacune de ses images. 

 

     - Que penses-tu de notre action ? Est-ce du rêve ?  

    - Tu sais, moi aussi je pense à ce que toi et tes amis pouvez apporter et si c’est un rêve, alors dormez jusqu’au réveil de son plein épanouissement ! 

    Moi, je voudrais juste une Ecole où les enfants aient envie d’aller… Où ils découvrent l’envie d’apprendre, de savoir. Je ne veux plus d’entendre les enfants dire « J’ai pas envie d’y aller, je m’ennuie, c’est trop long, j’ai peur de pas réussir… »  Une Ecole où l’enseignant n’a jamais besoin d’élever la voix pour être entendu au fond de la classe ou pour être entendu et respecté par un enfant devant lui. Une Ecole où les enfants apprennent la collectivité sans sacrifier leur individualité. Une Ecole où on a le temps, où les en-fants sont en activité, où les parents sont respectés et où ils peuvent venir trouver des réponses. 

    Un endroit où on apprend le goût de l’effort et surtout que la vie ne sera pas juste une longue suite de journées ennuyeuses. 

    Que l’Ecole soit une fin en soi et une préparation, que les enfants piaillent d’impatience de la quitter parce qu’ils sont prêts 

    Une Ecole où plus aucun enseignant irait à reculons, persuadé que ça ne sert à rien. 

     Une Ecole comme celle que j’ai connue mais avec moins d’enfants par classe pour qu’ils puissent tous trouver une place sans avoir besoin de pousser les autres du coude sur le banc… 

 

     Je dormais lorsque nous sommes arrivés à « 
la Grange », ensommeillée par une belle histoire. Je ne suçais pas mon pouce mais tortillais mes cheveux, pareille à la petite Isabelle pendant le conte du soir de son papa. 

Laisser un commentaire

 

parcelle 53 |
Éloge des Loges |
MAYACAT-ESOTERISME |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cérelles C'est Vous !
| Carbet-Bar
| roller-coaster x