et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

21 juillet, 2011

8 « TONTON FLIC »

Classé dans : — Alain @ 20:09

 

C’est sur le même ton caricatural, appuyé d’un sourire moqueur, qu’un costaud, décontracté, en short, même par cette journée d’hiver plutôt fraîche, j’en frissonnais, lui a répondu :- Je n’ai pas eu d’enfants ; je ne suis pas éducateur. Je suis un gendarme retraité prématurément, après m’être montré mou dans l’expulsion d’une fillette et de sa mère. J’aime l’ordre et pourtant, je ne suis pas d’accord avec vous, Madame.
Je suis Gilbert et heureux d’être ici !

Je me suis intéressé à l’univers de notre Ecole, aux mouvements qui la secouent surtout. A ces agitations qu’il m’avait fallu réprimer parfois.

Il est facile, trop facile de tout mettre sur le dos des enseignants qui sont les témoins privilégiés des possibilités et des écueils de notre système. Ils en sont ses instruments mais pas ses concepteurs !
Encore heureux qu’ils aient manifesté leurs inquiétudes, car hausser les épaules, et se satisfaire de bonus, samedis libérés, indemnités sans véritables justifications… auraient été beaucoup plus aisés qu’une journée de salaire en moins.

Les collégiens, les lycéens, les étudiants, encore marqués de frais par les déceptions de leur scolarité, déjà inquiets des débouchés de leurs études, n’étaient-ils pas, eux aussi, révélateurs des marasmes de notre Education Nationale ?

Ma nièce, Natacha, élève de 3ème, devenue autodidacte pour retrouver les richesses disparues dans des pro-grammes réduits au plus basique, m’a confié :

« Tonton flic, – et oui quel irrespect !- Je voudrais une Ecole où on ne s‘ennuie pas, où les leçons sont vivantes, où profs et élèves s’écoutent, communiquent, se respectent. » J’ai rencontré bien des enfants perturbés mais aussi bien des élèves performants. Ils apprennent, parce qu’ils ont une volonté forte, une famille motivante, des enseignants qui résistent encore et, jour après jour, se soucient plus de leurs progrès que de la valse des textes.

Plus notre Ecole s’est enfermée dans l’obéissance, plus j’ai voulu comprendre.

Le manque d’écoute des responsables et le manque de clairvoyance de notre Autorité, sont amplifiés aujourd’hui par les perturbations sociales et économiques, celles qui devaient être si rapidement réglées…
Elles en accroissent la rapidité de cette course vers le béton.

Comme vous, Catherine, j’ai regretté la suppression du samedi matin, sans véritable concertation avec les pa-rents, les enseignants, les éducateurs, les spécialistes… Voilà une grande réforme démagogique, qui n’a rien coûté et peut rapporter gros en heures récupérées.
Où est l’enfant là-dedans ?
Je partage totalement votre analyse. Certains parents qui ont des occupations lointaines le week-end, eux sont satisfaits. Cela ne représente qu’une minorité, même si les autoroutes sont chargées.
Pour les enfants du samedi matin maintenant l’emploi du temps, c’est : courses, nounous, TV, la rue pour beau-coup et de plus en plus jeunes.
Combien d’élèves bénéficient-ils vraiment de repos et de l’attention de leurs parents ?
Je vous copie, je vous répète, veuillez m’en excuser, mais laisser déborder ma science récente et constater qu’elle est l’écho de vos idées, me confortent tellement que, tant pis, je répapie !Vous voyez, même un gendarme peut apprendre beaucoup en écoutant, en observant, en lisant.
Alain vous l’a dit, et moi, j’aurais pu le faire : j’aurais pu postuler pour devenir, selon les nouvelles normes du recrutement ouvert à tous les fonctionnaires, Directeur d’Etablissement !
Certains de mes collègues, agents de l’Etat de plus de dix ans d’ancienneté, l’ont osé… Sans vergogne !

Il a fallu la tragédie de cet enseignant pour que je me forge l’audace d’enfin parler d’un sujet qui me passionne. Discret, jusqu’à ce jour, je ne vais plus me taire désormais.

Après un silence, pour donner corps à son affirmation sans doute, Gilbert a repris :
- Je vous l’ai dit, on ne m’arrête pas, ce serait un comble pour un gendarme.

Je n’ai pas souvent l’occasion de tirer souvenirs, réflexions et émotions de mes placards à secrets. Pourtant je vous demande, l’écoute de cette petite histoire, pour vous notamment, les animateurs.

Un jour, j’étais en poste dans le Tarn, notre petite gendarmerie a été éveillée par les cris de campeurs furieux : durant la nuit, leurs tentes, leurs installations avaient été renversées par des jeunes arrivés en silence sur le terrain… Vengeance était requise.
Nous avons vite identifié les vandales.
Un groupe d’une vingtaine d’ados franciliens s’était installé, pour la nuit, au bord de la rivière, près de l’ancien cimetière, avec l’accord du curé.
J’ai envoyé chercher les responsables de l’équipe sau-vage, deux jeunes hommes de vingt-deux, vingt-trois ans, à peine plus âgés que leurs ouailles.

Toute l’année, ils avaient mobilisé les plus grands de leur M.J.C pour gagner de quoi fabriquer leurs canoës eux-mêmes. Ils avaient additionné les petits boulots de service pour financer leurs dix journées de descente entre Florac et Millau, en juillet, loin de leurs aléas quotidiens.
Dans l’ensemble, les journées, la répartition des tâches et le respect mutuel s’ordonnaient bien.
La veille au soir, au terme d’une descente particulièrement chaude, chacun semblait plus près du sommeil que de l’agitation ; en tout cas, nos deux animateurs, eux, avaient sombré. Nos pirates, bien énervés par leur émotions aquati-ques certainement, se sont relevés en douce et ont semé la panique dans le camp plus loin. Une belle partie de rigolade !

Que faire ? Les responsables nous ont fait partager leur année, leurs réussites, les rechutes et leurs espoirs… Un signalement judiciaire pouvait tout remettre en question. D’autant plus que certains jeunes avaient déjà marqué les archives policières.
Nous les avons laissé agir. Ce fut, d’abord, un grand moment de silence glacé sous le soleil déjà ardent. Le demi-cercle de regards fixés au sol était éloquent ; les quelques mots des animateurs encore plus:
- Rangez tout, ramenez les bateaux, c’est fini, on rentre !
Et demi-tour … Plus rien, que leur dos. Pas un mot de notre entretien pourtant connu de tous.
Peu à peu, des propos, trop bas pour être compris, se sont échangés, accompagnés de regards furtifs. Un vrai débat s’est installé, gesticulé, émaillé de vocabulaire sonore et haut en qualificatifs, par eux traduisibles seulement.
Puis, pas un ou deux, mais tous sont allés rejoindre Francis et Rémy qui déjà bouclaient leur sac.

Ce qui s’est dit, de notre poste de guet retiré, nous n’en avons rien su.
Nous avons accueilli, à la gendarmerie, une bande de repentants.
Sous notre conduite, sans la tutelle ou l’intermédiaire de leurs bergers, ils ont entrepris de présenter leurs excuses, redresser les tentes, remettre en ordre chaque emplacement.
Ensuite, ils ont procédé, dans le terrain de camping et dans le village, à une véritable opération de nettoyage. Pas de pagaies aujourd’hui ! Pas de pagaille non plus !
Le soir, une belle fête a rassemblé les saccagés de la nuit, les villageois, les « barbares » et nous, les pandores.
Une vraie, rare, sans besoin d’excitants autres que le partage d’émotions.
Pour achever ce souvenir, j’ai appris qu’à Millau, terme de leur aventure, ces loulous élevés au jus de la rue, avaient subi injures et provocations.
Devant un bistrot, des gaillards locaux, bien éméchés, ont voulu interdire, manu militari, le trottoir aux Parigots. Défis lancés en pure perte.
Même les bousculades violentes ne les firent pas dégonder.
Mes collègues sont intervenus sans qu’aucune riposte, verbale ou gestuelle, ne jaillisse. Rémy m’avait donné en référence, et j’ai pu expliquer cette attitude à l’officier sur le terrain, un peu éberlué par cette passivité.
J’ai joint Francis au téléphone dans la matinée, avant leur départ vers l’Essonne.
Il bouillait encore et ne comprenait pas. Lui, le calme, le responsable, avait fermement été retenu par ses ados.

Il n’arrivait pas à supporter sans réagir cette agres-sion. Il aurait voulu discuter, expliquer, faire ami-ami ou riposter.Un comble !Ses jeunes en savaient mieux que lui l’inutilité à chaud, que « s’écraser et se tirer » était la seule façon d’éviter la bagarre. Ils s’étaient promis, sans l’exprimer, ce soir de fête, de ne plus « déconner »J’ai gardé quelques contacts, épisodiques, avec les deux éducateurs. J’ai même revu plus tard, bien plus tard, des garnements du camping. Certains sont revenus sur le terrain de leurs exploits avec femme et enfants. Que leur racontaient-ils ? Peu d’entre eux, je le crois, ont oublié ceux qui un jour ont pardonné. Ceux qui ont préféré la sanction méritée, par eux amplifiée même, sans humilier, sans l’aggraver… Ils ont apprécié la réhabilitation intelligente et conservé l’émotion de se savoir, sincèrement, acceptés. De cette fête partagée, Brassens aurait chanté, « …qu’elle leur avait chauffé le cœur et que dans leur âme, peut-être un peu, elle brûle encore… »

Je souffre aujourd’hui de tous ces jeunes incarcérés, embracelés, ces jeunes pour lesquels en trop grand nombre la peine de mort par le suicide a été rétablie ! Ces jeunes qui vieillissent dans la méfiance d’une société qui les fragilise.Ces jeunes, ces beaucoup moins jeunes aussi qui deviennent des maquisards, des pourchassés, des inquiets, des inquiétants… Voilà ! Ne souriez pas trop d’un vieux con encore attendri par ses propres mots et veuillez excuser mes dérapages mais ils ont une force que je ne sais pas exprimer plus simplement !

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