et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

3 août, 2011

16- Le Broc.

Classé dans : — Alain @ 22:09

            Je travaillais souvent avec mon beau-père. Il était le maillon actuel d’une grande chaîne familiale de « Peaux de lapin », de chineurs, de brocanteurs. 

                Lui ne circulait plus, sauf pour rencontrer vendeurs ou acheteurs, et encore, le plus souvent ses partenaires venaient à sa boutique près du M de Montpellier. Bazar, vaste et ordonné devant, deux étages de tentations, entrepôts derrière, vrac fonctionnel, recueil de bureaux presque comp-lets, bécanes comprises. 

 

                  J’assurais la place abandonnée par Xénia, plus classe qu’Eugénie, la mère de Yann, mon informaticien de mari, qui, autrefois, tenait « 
la Grange ». 

             David n’avait pas compris que sa femme, si belle, si attentive à séduire, était, elle aussi, en dépôt vente. Un jour, elle a trouvé preneur et quitté son antiquaire. 

                  Je la connaissais et sympathisais avec elle. Il était difficile de faire autrement, charme et gentillesse étaient ses fonctions vitales. Elle avait besoin d’être aimée et guidée, fermement. David manquait de cette poigne ! 

             Xénia adorait ses petits-enfants, lorsqu’elle les ren-contrait… Peu fréquemment. Son nouvel époux exigeait sa présence, ce qui la comblait, polarisait son attention sur lui, en priorité. Elle appréciait, voyages, réceptions, soins d’elle, meublait son temps, son esprit. J’avais rarement croisé son riche mari, gentil mais condescendant, beauf, réac mais sans excès. 

 

             Je remplaçais souvent David. 

             J’adorais promener les chalands dans les travées, devant les présentoirs, les vitrines de bijoux anciens, de babioles étranges, les étagères de livres reliés, de B.D. désuètes. 

              J’aimais entendre les déposants vanter les services rendus par le meuble, l’ustensile proposé. Profit escompté sans doute, mais aussi seconde chance pour un compagnon inanimé. Je comprenais leur nostalgie et parfois même l’humidité de leurs yeux lorsque l’objet, trop encombrant en volume comme en souvenirs, venait de la maison  d’un parent disparu. 

          Yann avait conçu un site extraordinaire pour vanter le magasin de son père. On s’y promenait en ouvrant des portes aussi magiques que la grotte d’Ali Baba. 

          Je l’alimentais avec les nouveautés, je mettais à jour le catalogue souvent changeant. 

          La possibilité de pouvoir travailler depuis notre domicile, la liberté laissée à mes présences me convenaient et convenaient à notre vie de famille. Mon beau-père me versait un salaire non négligeable et bien utile lors de nos premières années de couple. 

 

          J’appréciais beaucoup David ; il était devenu un conseiller pour moi. 

           C’est tout naturellement vers lui que je me tournais pour faire le point et savoir si mes engagements nouveaux étaient réalistes, compatibles avec travail et famille. 

 

         David, pour moi, parfois, évoquait ses soirées dans les cafés, chez des instits retraités ou débutants… La crise de 2009, celle de son père en 68, de son grand-père pendant la guerre. Ses récits me faisaient cheminer avec les colporteurs de marchandises et d’idées, les almanachs sur pattes… 

 

         Il avait un amour enfoui, impossible, pas très ancien puisque né avec mon mariage. Il y avait rencontré ma tante Alice et en restait profondément marqué. 

          Il la citait trop, me questionnait trop pour que n’af-fleurent pas ses sentiments. Je suis à peu près certaine que ma séductrice de tante avait vite deviné cet intérêt. Il devait la flatter malgré son attachement indéracinable à son Robert de mari. 

         Il s’entendait parfaitement avec mon inventeur-pla-neur de père et il montait souvent vers lui, sur
la Barrière des Cévennes, pour la restauration d’un meuble. 

         Ces prétextes, utiles néanmoins, leur permettaient de longs échanges décousus, pour nous… 

 

       De la terrasse grossièrement pavée, on assistait aux envolées de pipes plus souvent préparées, tassées que fu-mées, depuis les bancs de pierre, dans le verger redevenu, depuis longtemps, sauvage. 

         David se débrouillait le plus souvent pour que ces échappées correspondent avec des congés scolaires et faisait suivre mes enfants, Juliette et Killian. Pour leur grande joie, pour celle des deux papys et de leur mamy. 

 

         Colette, ma mère, finaude, connaissait le pouvoir de séduction de son Alice, autant que sa fusion avec Robert, et jouait malicieusement des mirages de mon pauvre beau-père. ! 

        Elle avait rapidement perçu l’attrait qu’exerçait sa sœur parisienne sur le brocanteur. 

          Elle l’entretenait benoîtement des nouvelles de la femme de l’horloger, arrivait même à lui tirer les tarots et ce grand benêt béait. 

         Pauvre d’espoir mais si riche de fantaisie ! 

        Il ne se faisait aucune illusion, c’est certain. Il appréciait énormément Robert et n’aurait voulu pour rien au monde envisager de troubler le couple. 

          Non, il se faisait son cinéma. Sur l’écran de son imagination, il projetait des sourires amusés, des gestes esquissés, une ou deux valses partagées, des regards complices, de demi confidences… rarement alimentés, pour ses séances intimes. 

Laisser un commentaire

 

parcelle 53 |
Éloge des Loges |
MAYACAT-ESOTERISME |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cérelles C'est Vous !
| Carbet-Bar
| roller-coaster x