et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

3 juillet, 2011

3- Manu.

Classé dans : — Alain @ 23:37

          Une cassette audio est arrivée à l’adresse d’un hebdomadaire. Sans doute avec regret mais avec loyauté, le rédacteur l’a dupliquée et communiquée son contenu aux agences de presse comme le lui demandait l’expéditeur

          L’Interrupteur, Prof d’atelier mécanique dans une S.E.G.P.A., avait mené une vie de baroudeur mercenaire après un service militaire où il avait fait son apprentissage de réparateur automobile… Un directeur de S.E.S., l’ancien sigle des Sections d’Enseignement Général Pré professionnel Adapté, l’avait débauché dans le garage où il avait fini par se fixer. 

          Lui, l’ascolaire qui avait croisé ses pas, sans s’y intéresser, avec ceux des enfants de plusieurs continents. Lui, qui avait connu des petits mendiants, des petits prostitués, des enfants soldats et des gosses dorés sur tranche. Lui, le prof par accident, a été envahi par ses élèves si complexes. Par eux, il a compris que, dès la naissance, leur voie vers la marginalité, très souvent, était tracée. 

           Manu était devenu un de ces spécialistes consacrés aux adolescents en difficulté. Un homme qui savait que ses élèves n’étaient pas ses enfants mais des gamins globale-ment intéressants et individuellement passionnants. Des enfants dont on attendait « simplement » qu’il en tire quelque chose pour leur donner une chance de devenir quelqu’un. Vous voyez, bien du flou. Heureusement, dans sa section spécialisée, parmi les profs de métier, jamais il ne s’était senti seul. 

            Leur établissement n’avait pas encore été trop touché par l’encadrement des écoles et des collèges, sinon par une arrivée plus importante de « cas » à retirer du cursus « normal ». Cet isolement les protégeait, un peu. 

             Mais… 

          Un lundi matin, son atelier a reçu chiens et policiers… 

          Sa paix s’achevait, sa lutte commençait. 

          Son atelier, son établissement, l’Ecole n’était plus un lieu protégé, sacré. Il avait failli ! Même si ses ados l’a-vaient remercié, lui manifestaient une certaine admiration, Manu savait qu’il n’était plus à la hauteur de leur confiance. N’importe quelle décision arbitraire pouvait briser cette sérénité. 

         Pire, il a réfléchi, il a pensé ! Pas à sa classe, pas à ses élèves mais à tous les enfants, à l’Ecole et à nos devoirs d’adultes oubliés. 

         Il n’était plus « une île éducative complète en lui-même »       Il s’est senti élément important d’un devenir, celui de l’enfant vers la maturité. 

     Il a remonté la chaîne de la croissance, de la connaissance. Il en a découvert la beauté, la logique, la riche diver-sité.          Il a compris aussi les inégalités, les handicaps, les accidents et les erreurs d’un système oublieux de l’être pour ne plus fabriquer que la forme. 

        Il s’est imprégné de ces révélations avec toute sa rage, son intransigeance, enfouies depuis ses révoltes adoles-centes. 

Son combat, son bref combat perdu d’avance, commençait. Il devait s’achever par son corps embrasé. 

Puis renaître avec notre réveil ! 

       Emmanuel n’était plus capable de se sentir le protec-teur des enfants qui lui étaient confiés. Tout avait explosé avec cette intrusion, alors il s’est voulu le catalyseur, le détonateur d’une explosion plus vaste, le réveil du volcan scolaire assoupi. 

         Pourquoi défendre l’Ecole ?           Parce qu’il a compris, entre les quatre murs de sa classe, de son atelier, que la seule chance de s’épanouir, de se reconstruire pouvait, devait passer par une Ecole attentive et efficace.   

        Parce qu’il a compris que maintenant à cause de toutes les portes refermées, l’Ecole était devenue une usine à gosses, avec classement sans suite des pièces défec-tueuses. 

        Tout a été dit, écrit ! Bien sûr, le désespoir et la folie qui en découlait, furent d’abord les plus affirmés. 

        D’autres réveils sonnèrent, celui des clandestins de la pensée, des anarchistes muets, des pamphlétaires souterrains et enfin des écrivains, des grandes voix médiatiques. Des Académiciens firent leur mea culpa.         Des éducateurs de tout poil s’entre-regardèrent, certains avec crainte. Allait-on les accuser d’avoir laissé faire, d’avoir profité des mesures lénifiantes ? 

        D’autres avec honte : ils savaient mais avaient mis leur mouchoir par-dessus leur révolte.        Ceux qui avaient préféré quitter l’enseignement pour ne pas collaborer, redressaient la tête. Contrairement au grand public, marqué par le spectaculaire du sacrifice, ces grands veilleurs de la condition humaine avaient lu, relu, commenté, discuté, disputé les messages majuscules et naïfs, apparemment naïfs, que déposait le coupeur de cou-rant. 

         Les syndicats ont été bien massacrés, mais il restait si peu de mouvements indépendants que les nouveaux secré-taires ont eu beau jeu de rejeter sur leurs prédécesseurs le déclin de leur vitalité. Eux, minoritaires désormais, géraient les carrières individuelles dans un grand Machin, après la disparition des commissions paritaires. 

          Dans un autrefois pas si lointain, on avait accusé les parents d’être trop permissifs, nocifs, générateurs de délinquance…Aujourd’hui, on les mettait en accusation pour avoir abandonné à l’Etat leurs responsabilités éducatives ! 

         Les familles se défendirent et exigèrent que se posent les questions sur ce que la société avait construit pour leurs enfants. La vox populi, la colère populaire même, peut de-venir aussi tonnante que la vox dei !         Un temps mort était exigé,- non, imposé !- pour qu’un  vrai bilan constructif s’établisse. Pas une consultation natio-nale comme il s’en était tenu dans le passé, une de ces con-sultations riches en échanges et pauvres en concrétisa-tions… 

         Nul ne sait qui a lancé le mot d’ordre, mais très vite a circulé un message, un seul, vers les autorités : «Finies les réformes sans nous, nous les refusons, nous réfléchissons, nous proposons, et vous, mettrez en œuvre ! » 

         Les réunions se sont instituées spontanément. Dans aucun endroit officiel, même pas une école, mais chez les uns ou les autres, dans des théâtres, des salles de bal, des ci-némas, des cafés, selon l’occasion, l’offre d’un propriétaire.          Partout des groupes se sont formés, au bureau, à l’usine, dans les salles d’attente, chez les commerçants… 

        Les conversations trouvaient vite leur sujet, les rendez-vous se fixaient. 

     Le gouvernement finit par promettre un grand débat national mais il fut rejeté par les Français, en respect des vœux, du testament maintenant, de Manu. 

         Bien sûr, des manifestations se sont ébauchées, des appels à la violence ont retenti.         Des collégiens, lycéens, étudiants ont crié à leur libération, à leur avenir formaté, à l’inégalité scolaire, à la sélection par la chance d’appartenir à la bonne école, au bon collège, au bon lycée, à la bonne université… 

         Toutes les facs étaient devenues autonomes, joli qualificatif pour traduire : concurrentes.         Rivales non seulement par leurs résultats mais aussi dans leur chasse aux moyens, aux profs, aux commandi-taires, et aux disciplines originales, voire superficielles.   

         Les enseignants, réveillés par le sacrifice de leur collègue, ont su calmer les plus violents d’entre eux. Non seulement, ils ont refusé de répondre à l’appel de leurs élèves mais ils les ont amenés à la modération et à la participation, aux concertations plutôt qu’aux emportements de colère. 

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