et l'école renaîtra

Le Futur dépend de notre engagement éducatif, l'école en reste l'outil majeur, ne le laissons pas se dégradrer!

28 juillet, 2011

12 Encore un prof!

Classé dans : — Alain @ 21:21

Le plus âgé d’entre nous n’avait pas parlé. Un peu en retrait, il avait suivi nos échanges comme à Roland Garros. Il a répondu, enfin  pas directement.
- Bernard, Bernie, Nanard, comme vous le sentez !
J’avais 66 ans, un jeudi de janvier 2009 et j’étais dans la rue.
Je n’étais pas le seul retraité et je préférais être utile à l’avenir en manifestant plutôt qu‘en répondant oui aux inspecteurs qui nous sollicitaient pour remplacer nos jeunes collègues grévistes !!!

Encore un prof !

-Illusions ! Aujourd’hui c’est rentré dans les mœurs ; affaiblissement du pouvoir d’achat oblige ! D’un autre côté comme les grèves, les manifestations d’humeur collectives sont devenues difficiles, les occasions d’accomplir les servi-ces minimums sont plus rares…

J’étais, je suis toujours fier de ma vocation précoce, ce n’est pas un gros mot, pour l’enseignement.
J’ai toujours refusé de m’engager dans un groupement politique pour garder ma liberté envers tous. Ce jeudi, je voulais manifester ma grande colère : celle de constater que non seulement les besoins de l’Ecole n’étaient pas pris en compte, mais qu’au contraire, nous étions dans une impasse qui provoquait plus de violence, d’agitation que de construction. Je voulais manifester aussi ma réponse à une accusa-tion non formulée mais latente :
«Non, nous les anciens maîtres d’écoles n’avons pas mal fait notre travail ! »
Au contraire, dans une société souvent bouleversée, dans une société devenue bouillon de culture anxiogène pour nos enfants, nous avons essayé de maintenir des îles de normalité, d’instruction, d’éducation et d’espoir.
Je comprends, qu’à la longue, se battre contre ceux qui ont le pouvoir, ceux qui devraient nous accompagner soit devenu un problème lourd, très lourd.
Pourtant, c’était incontestable : l’Ecole, l’Education Nationale avait besoin de s’analyser, de s’adapter, de se transformer, et cela depuis longtemps.
Des nombreuses intentions de réformes, il reste peu de choses en dehors de changements techniques, de struc-tures discutables, vacillantes.

En toute immodestie, j’ai le sentiment de comprendre le fond du problème et de connaître sa possible  solution.
Vous l’avez abordée, plusieurs fois, ce soir.    Tous ici, vous avez certainement eu l’occasion de travailler, d’œuvrer dans une collectivité.    Pouvez-vous me dire quelle aurait été son efficacité sans une équipe cohérente, animée avec compétence et liée par un projet soucieux de vos objectifs, de votre environnement et de la recherche des moyens utiles ? Une équipe capable de s’adapter aux circonstances, de s’épauler, de se perfectionner.Les écoles étaient, sont, au contraire, de plus en plus souvent, des incohérences, des juxtapositions de classes aux maîtres compétents mais isolés, rarement des équipes assurées !    Dans ce domaine, tout ce qui a été mis en place, ces dernières années, n’est que cautère sur jambes de bois.    C’est péremptoire, mais je crois que les prises de consciences générées par le sacrifice de Manu me donneront raison.
Pourtant, même actuellement, lors de ces dernières années sous contrôle, je suis persuadé que des professeurs s’efforcent de réaliser toujours le meilleur enseignement possible selon les conditions qu’ils rencontrent. Des condi-tions très différentes en fonction des quartiers, des villes, des villages.
Que ce doit être difficile, alors qu’ils sont de moins en moins maîtres des orientations et que leurs initiatives adaptées sont devenues quasi-subreptices, pour ceux qui en osent encore !
J’en ai connu des réformes, de fonds ou de détails. Je regrette qu’elles n’aient pas souvent, jamais, eu le temps de prouver leurs qualités ou montrer leurs défauts.
Pour les dernières, nouveaux programmes, nouveaux livrets, nouvelles évaluations, nouveau vocabulaire… tout a changé sans que soient expliquées leurs logiques, discutées leurs modalités, leurs adaptations possibles, que soient anti-cipés leurs effets…
La moindre critique a été qualifiée de polémique, d’opposition systématique et a entraîné des attaques perpétuelles, insultantes.Pas question d’envisager une formation, un stage, une affectation, une promotion si votre nom apparaissait au bas d’une lettre de protestation, une pétition contraire aux direc-tives des « Hauts-Lieux ».Chaque changement apporté à la vie des écoles était symbolique d’une intention du gouvernement pour brider des conseillers réfractaires, trop proches des familles, pour faire des économies dans ce vaste service non rentable, et asseoir des assertions pseudo pédagogiques…
Un programme est un texte de loi, chaque texte d’ap-plication qui en découle doit être mis en œuvre. Ne pas le faire rend le travailleur d’Etat hors-la-loi.
Pire, les arrêtés, les circulaires découlant de ce texte adopté par une majorité parlementaire bouillonnante mais godillots, tissent un rets que les enseignants sont tenus de faire passer auprès des familles.
Fonctionnaires d’obéissance, ils doivent assumer des nouveautés auxquelles ils n’adhérent pas.
Leur seul moyen de protester était les grèves, les réu-nions d’information hors temps scolaire. Même là, le rappel, parfois judiciaire, à un devoir de réserve bien commode a fini par les bâillonner
Les communications, sur internet, peut-être par télé-phone, on n’arrête pas le progrès dans l’espionnage, ont été pourchassées.

Vous l’avez dit, la lassitude, la pression de problèmes quotidiens de plus en plus pesants ont conduit à cette, fausse, indifférence que vous avez connue.
Les changements s’opéraient et plus personne ne les discutait.
Comment ne pas comprendre, alors, cet abandon ?

Certains apports auraient pu être bénéfiques : la modification du livret d’évaluation, par exemple, uniformisé sur la France, simplifié, le rendait plus lisible. Que ces livrets soient remplis principalement avec les résultats à des évaluations douteuses en a réduit la valeur.
L’aide personnalisée aurait dû se transformer en un moment riche d’échanges, de construction du savoir.
Non, elle a seulement ébranlé un peu plus un temps d’école déjà déséquilibré.
Elle est insuffisante pour des élèves qui ont des difficultés spécifiques et pour lesquelles l’enseignant ordi-naire n’est pas formé.

La marginalisation évidente d’enfants convoqués hors temps de classe n’en est pas le moindre mal.
Je n’ai pas encore répondu à votre question, Madame, dit-il en levant enfin les yeux.
Je crois qu’en effet, tous nos regrets seraient vains, même si nous avons besoin de les exprimer, si n’en sortait pas un mieux.

La réponse, vous la connaissez tous mais n’osez pas la formuler parce qu’elle est trop porteuse d’efforts et d’implications…

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